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TROUBLES DE LA DIURESE

« Contribution à l'étude du venin de Vipère comme antiépileptique et puissant diurétique. » (Concours médical, BARBÈES, 1930). ;

Imaginons l’attention curieuse du corps médical à ce titre original et séduisant. Une qualité insoupçonnée de la Vipere se dévoile. La voici aujourd’hui douée d’un pouvoir diurélique.

Hypothèse avancée ou affirmation justifiée ?

Dans un instant nous allons en juger. Résumons l'historique de cette découverte.

En 1913, un de nos compatriotes de Montbrun-en-Quercey, BILLARD, Prefesseur à l’Ecole de Médecine de Clermont-Ferrand, cherche un antidote au venin et effectue une « Macération de têtes de Vipères » dans l’alcool à 65°. Le proditit obtenu surprend, il manifeste des propriétés diurétiques inattendues, BILLARD interprète ces résultats imprévus avec une extrême prudence et ne les publie pas. 1e

En 1930 seulement, un de ses anciens préparateurs, le doeteur BARBES, signale ses heureux effets.

Il nous précise les expériences réalisées :

1" Expérience. — Six lapins normaux, utilisés pour la première fois en vue d’essais, reçoivent dans le péritoine une injection de deux em de « Macétration de têtes de Vipères ». Dix minutes

oi

plus tard, ces lapins urinent abondamment et dépassent les limites normales. La débâcle urinaire persiste 24 heures environ. Les animaux, nourris comme à l’ordinaire, ne paraissent pas s’en ressentir. Pesés 24 heures après l'injection, ils traduisent une perte de poids assez sensible atteignant même 60 g.

2° Expérience. —- Lapins, chiens, cobayes, réagissent avec les mêmes symptômes, Le produit n’a aucune toxicité: un lapin supporte aisément 20 em de « Macération de têtes de Vipères » dans le péritoine.

& Expérience. — Une injection à l’homme est tentée. Ainsi, Jean Serpent subit une injection d’une ampoule de 2 cm® de ladite « Macération de Vipères ». En 24 heures, il urine 2 1. 172. L'examen de l’urine ne décèle ni sucre, ni albumine, mais note une grosse quantité d’eau.

Encouragé par ces résultats, le Docteur BARBÈS essaie de recourir à la « Macération de têtes de Vipères » pour sauver une enfant atteinte d’une néphrite scarlatineuse. Deux heures après une injection d’ampoule de 6 cm*, l’anurie cesse, la malade est encore dans le coma.

« Quatre heures après la première injection, j’en fis une seconde de 1 cm, et pendant la nuit qui suivit, la malade urina cinq fois et sortit du coma. Les urines au début étaient troubles, blanchâtres, peu à peu elles devinrent de plus en plus claires et volumineuses.

Le matin du second jour, je fis une analyse de ses urines qui étaient fortement albumineuses. Je fis pendant quatre jours une injection de 1 cm® de « Macération de têtes de Vipères ». J’ai pu obtenir ainsi une forte diurèse de deux litres un quart le 4 jour.

Le 5° jour, il n’y avait plus d’albumine dans les urines, la malade urinait normalement.

Par la suite, la maladie évolua sans incident, et le 20° jour après le début de la scarlatine, cette enfant, qui avait été considérée comme perdue, put se lever. Elle était définitivement guérie, »

Telle est la guérison merveilleuse rapportée par BARBÈS. Il considère la préparation comme <« une dilution homéopathique de venin de Vipère » et rend responsable ce dernier.

Suite à ces premiers essais, en 1934, DopEL, PIToN et le Professeur DASTUGUE cherchent à vérifier cette hypothèse. Ils mettent au point un bouillon de peaux de Vipères qui, curieuse coïncidence, offre le même intérêt.

Observations relatées. — Quelques exemples :

&« 1° M. D. 50 ans. Rétrécissement aortique avec insuffisance cardiaque. Oligurie sans rétention d’urée.

Le 14 juillet 1931, crise d’anurie complète, calcium et théobromine sont sans effet pendant deux jours.

Le 16, injection de 1 cm de bouillon de peaux de Vipères. Dans les 24 heures qui suivent, le malade émet 250 cm d'urine.

Le 17, nouvelle injection qui donne une émission de 1 1. 200 en 24 heures : quantité inaccoutumée pour le malade. Les injections ne sont pas continuées et une oligurie à 7 à 8 cm reprend place.

A trois reprises, par la suite, les injections ont été faites avec un résultat identique. »

« 2° Antoine R.…, 54 ans. Récidive locale d’un cancer gastrique. Douleurs continuelles dans la région épigastrique. Urines 1.100 cm par jour.

Une série d’injections de bouillon de peaux de Vipères entraîne une diurèse nette à 1 1. 900 et la disparition des douleurs. Le malade est ensuite perdu de vue. »

&« 3° M. N..., 20 ans. Récidive de sarcome du genou traité par amputation haute de la cuisse, sarcome vérifié histologiquement.

Il présente actuellement une infiltration néoplasique du poumon, des ganglions trachéo-bronchiques, axillaires et cervicaux avec énorme cou proconsulaire, impotence fonctionnelle presque totale du bras droit avec énorme œdème. La dyspnée est intense. Les douleurs, extrêmement violentes, font que le malade ne peut dormir que grâce à la morphine dont il reçoit six injections par jour. »

Du traitement au bouillon lipoidé de peaux de Vipères, nous devons retenir :

1° Action diurétique, 2° Action sur les algies d’origine cancéreuse, 3° Action sur les métastases,

et résumons avec L. Prrox les résultats de ces travaux tant sur les humains que sur les animaux :

« — Pouvoir diurétique très net du bouillon de peaux de

Vipères.

— Disparition ou sédation des douleurs cancéreuses dans de nombreux cas.

— Fonte de l’œdème autour du néoplasme, quelquefois régression temporaire de la tumeur.

— Arrêt ou ralentissement de l’évolution des formations malignes.

— Destruction probable des toxines hémolytiques mises en liberté par toute tumeur maligne. »

Ainsi les phénomènes sont multiples, et le Professeur DopEL envisage la possibilité de relier tous ces effets entre eux par le seul fait de la déshydratation tissulaire. D’une part, elle donnerait lieu à une diurèse plus active, d’autre part elle se traduirait par une réduction des réactions périganglionnaires responsables souvent des douleurs des cancéreux.

Le Professeur DASTUGUE a l’ingénieuse idée d’expérimenter

ENT us

sur les muscles gastrocnémiens : Les uns sont immergés dns des échantillons de bouillon de Vipère, les autres dans des bouillons « à blanc » préparés dans les mêmes conditions, mais exempts de Vipère. Dans tous les cas de la première série, une diminution sensible du poids du muscle immergé s’observe.

Dans tous les cas de la seconde série, une augmentation de poids toujours présente s’affirme, elle est de l’ordre de 5 à 8 %. Opposer l’action déshydratante du bouillon de peaux de Vipères à la légère hydratation du bouillon « à blanc » est désormais autorisé.

Quels éléments entrent en jeu et dans cette déshydratation constatée, in vitro et dans cette diurèse provoquée chez le malade ?

Nous sommes loin déjà de l'hypothèse de BARBÈS. Il ne s’agit plus d’une propriété du venin.

La peau des reptiles ne contient aucune glande.

En effet, on obtient toujours des résultats constants après macération préalable dans l’acétone ou le méthylène commercial. Un principe secrété n’est pas l’auteur de cette activité. De nombreuses coupes microscopiques effectuées justifient cette affirmation, aucun élément sécréteur n’apparaît.

Donc, seules, seraient en cause les cellules dermiques et épidermiques. L. PITON envisage pour leur précieux contenu tour à tour l’hypothèse des sels minéraux, des albumines et enfin des corps gras.

Le zinc, élément capital de DELEZENNE, en quantité si infime dans le tégument, ne semble pas être le facteur de cette puissante action diurétique.

La question se résout aisément pour les albumines qui n’échappent pas à l’action destructive de la chaleur dépassant ici 90°.

Au contraire, les lipoides retiennent .davantage l'attention. L'aspect opalescent du bouillon trahit leur suspension. Des coupes de peaux de Vipères colorées à la Laque d’'Hématoxyline avant et après la préparation précitée présentent une différence de coloration très nette. Les lipoides passent donc, sous l’influence de la cuisson, dans le sérum physiologique. Les noyaux présentent un pâle très franc. Les lipoides nucléaires plus que d’autres.seraient responsables de ce dynamisme particulier.

La substance active n’agirait pas par irritation locale : l’examen du rein ne relève aucune lésion.

LR CNE

Une contraction cellulaire serait plus plausible. En effet, l’inhibition constatée permet de le supposer : un muscle gastrocnémien de grenouille, pesé, immergé dans du bouillon de peaux de Vipères et repesé à intervalles réguliers diminue graduellement de poids.

Que conclure ?

Il serait osé de déterminer avec certitude le mécanisme de l’action diurétique engendré par « le bouillon de peaux de Vipères », mais il est indéniable que cette préparation permet de fonder de grandes espérances en urologie et même en médecine générale.

Les docteurs d'Auvergne ne l’oublient pas, témoin le Laboratoire de Physiologie de Clermont qui, à la saison d'été, reçoit de nombreuses demandes.

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