CHAPITRE PREMIER
Les venins en allopathie
PRELEVEMENT
Pour opérer dans des conditions optima, il ne faut pas aller ici à l’aveuglette. Il faut tenir compte de trois conditions :
1° Le lieu du prélèvement ;
2° Le moment du prélèvement ;
3° La manière d’opérer.
Le lieu du prélèvement. — Influe sur la quantité et la concentration en principes actifs du venin.
J. VELLARD a communiqué, en 1937 (C.R. Ac. des Sc.), les variations géographiques du venin de Bothrops atrox, ainsi que celle du Crotalus terrificus. Ces variations ne sont pas à négliger.
MM. G. BERTRAND et R. VLADESCO ont signalé, en 1941, € un cas remarquable de variation de toxicité du venin de Vipère » : la virulence du venin est très faible pour les Vipères du Pont-de-Cé (Maine-et-Loire), et contraste avec celle du venin des Vipères de Rives-sur-Eure (Isère). Dans les deux cas, la Vipère identifiée est la Vipera aspis.
Le moment du prélèvement à aussi beaucoup d'importance.
Depuis longtemps déjà, il est reconnu que le venin des Vipères subit une influence saisonnière. En 1941, MM. G. BERTRAND et R. VLADESCO, dans l'expérience précitée, l’ont aussi notée.
Au Laboratoire de physiologie de Clermont-Ferrand, après capture de Vipères et examen des globules rouges et des globules blancs sanguins, les résultats des nombres enregistrés permettent de conclure à une diminution très nette au cours de l’hibernation, diminution persistante jusqu’en mai, et à
laquelle fait suite une augmentation débutant en juin el s'étendant jusqu’en octobre (Observations du D' DasTu&GuE el de Mme Joy). CALMETTE a constaté, d'autre part, pour un Cobra captif et sans nourriture, un venin beaucoup plus toxique. Au début de sa captivité, 0 mg. 7 de venin tuait un lapin de 1 kg. 700 ; huit mois après, 0 mg. 1 suffit à tuer un lapin de 2.000 g. Le venin est donc plus toxique après le jeûne de l'animal. Mme PHisaLix, en 1922, y faisait déjà allusion dans son livre, Les animaux venimeux et les venins. Il en est de même après une morsure très lointaine. Nous avons déjà parlé de cette question au chapitre des morsures.
Il est aussi admis que le sujet à l’état de veille fournit une quantité inférieure à celle obtenue si l’animal est anesthésié, celle-ci est encore plus faible que celle que l’animal émet volontairement.
La manière d'opérer. — Il existe aujourd’hui deux méthodes pour recueillir le venin.
Une première s'adresse à des Serpents captifs. Leur captivité est totale ou partielle.
Les animaux capturés vivent dans des cages vitrées ou grillagées, soigneusement aménagées. Les sujets doivent pouvoir obéir à leurs caprices, se chauffer au soleil, se mettre à l'ombre et boire à leur gré. Le repos hibernal physiologique doit être observé, et une température convenable doit leur permettre de s’adapter aisément.
Plus chanceux sont certains autres, en particulier les Cobras, dans l’Inde, où des fermes, spécialement pourvues à cet effet, leur permettent une plus grande liberté.
À des époques déterminées (jamais lors d’une mue), le venin est prélevé. Capturer l’animal exige une certaine habileté, et il faut s’adresser à des mains expertes. La meilleure manœuvre consiste à fixer au sol brusquement le cou de l'animal avec une petite fourche à deux pointes et à le saisir prestement. Nous indiquons un procédé local assez curieux de « Jean SERPENT » le grand chasseur de vipères de Clermont- Ferrand, il saisit la vipère par la queue et l'élève rapidement, la voici inoffensive, en vain essaie-t-elle de se redresser, elle n’arrive pas à remonter la tête à plus d’un tiers de sa hauteur. La tête est immobilisée de la main gauche par une pince pour l'empêcher de se retourner et de mordre. De la main droite, par un geste approprié, les crochets de l’animal sont rejetés
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en avant, obligés de perforer une gaze aseptique, qui recouvre une coupelle stérilisée présentée par un aide.
Alors, il suffit de comprimer, d’arrière en avant, les régions latérales de la tête où sont localisés les acini des deux glandes à venin pour expulser ce dernier, qui s'écoule par la pointe des crochets. La compression doit être suffisante et assez douce à la fois pour éviter de trop aplatir le canal excréteur de la glande et de l’obstruer.
Certains opèrent sur des animaux anesthésiés au chloroforme.
Une seconde méthode utilise les Serpents en liberté. Son rendement est supérieur ; la quantité de venin est plus importante, car l’animal, souvent, s’accoutume assez mal à l’élevage. Il refuse de se nourrir, il faut le gaver, et, insensiblement, il est voué à la cachexie, Cette autre méthode s’applique pour le Cobra. Tous les ans, le Mékong sort de ses berges et crée un immense lac qui atteint la forêt d'Angkor, et même les confins de l’Indochine. Les Serpents viennent pulluler sur les flots et des missions indigènes, dirigées par des membres du corps médical, capturent les animaux ; ceux-ci sont tués, leur tête est coupée, et les glandes venimeuses, arrachées, sont mises dans un récipient stérile, en contact avec de la glycérine.
Dans tous les cas, la pratique de ce prélèvement est délicale. Elle exige de nombreuses précautions, et c’est ainsi que le manipulateur ne devra jamais oublier que les crochets de la Vipère décapitée sont encore venimeux quelques instants après.
Rappelons, à ce sujet, l’accident célèbre dont fut victime Mme PHIsSALIx.