CHAPITRE PREMIER
Danger
Rà vient d’être piqué à l’improviste. Son cri s'élève jusqu’au ciel: « Qu'est-ce, qu'est-ce ? >» et ses dieux : « Quoi done, quoi donc ? » Mais il ne trouve que leur répondre tant ses lèvres claquaient, tant ses membres tremblaient. Le venin prenait ses chairs comme le Nil prend sur le terrain qu’il envahit... Il parvient à exprimer sa souffrance: « Quelque chose de douloureux m’a poinct, mon cœur le perçoit, et, pourtant, mes deux yeux ne le voient. Je n'ai jamais goûté peine pareille et il n’y a de douleur au-dessus. Ce n’est point du feu, ce n’est point de l’eau. J’ai froid plus que l’eau, je brûle plus que le feu. Tous mes membres ruissellent de sueur. Je tremble, mon œil n’est point ferme et je ne distingue plus le ciel. L'eau coule sur ma face comme à la saison d'été. »
Isis vint : ” Qu'est-ce, qu'est-ce, à père dieux ? Ne serait-ce pas qu’un serpent produit la souffrance en toi qu’un de tes enfants lève contre toi”? »
Ce récit, tiré d’un très ancien papyrus hiératique de Turin, reconnait, dans le Serpent, l’auteur de douleurs vives et fulgurantes, et cette description des symptômes est si pittoresque qu’elle nous peint l’état alarmant du blessé, son attitude tremblante, son corps glacé, ses traits décomposés et évoque William JAMES dans une de ses minutieuses analyses de psychologie. Reconnu dangereux, le Serpent sera l'inquiétude constante de l’humanité et nous devinons que l’homme cherchera tous les moyens pour rompre cette hostilité, dompter l'animal, ou vaincre son mal. Ce sera le travail de plusieurs siècles et l’histoire médicale du Serpent lui est intimement liée,