LES LENTEURS DE LÈVACUATION DES BLESSÉS
Capacité et rendement des moyens de transport des ambulances tel qu’il a été prévu par le règlement de 1910.
Ambulance divisionnaire :
Sur ses voitures ; 24 blessés couchés ou 56 assis. Sur ses mulets ; 60 blessés.
Ambulance de corps d’armée :
Sur ses voitures : 60 blessés couchés ou 138 assis. Sur ses mulets : 90 blessés.
Ambulance de brigade de cavalerie :
Sur ses voitures : 18 blessés ou 32 assis.
Chaque ambulance (modèle 1910) comporte une colonne (voiture et personnel à pied) de 100 mètres de longueur (p. 388).
Chaque section d’hospitalisation (type 1910) comporte une colonne de 30 mètres (p. 391). i
Chaque groupe divisionnaire de brancardiers comporte une colonne de 280 mètres (p. 394). l
Le groupe de brancardiers de corps d’armée comporte une colonne de 450 mètres (p. 395). '
Toutes ces formations se déployent et fonctionnent à une vitesse moyenne de moins de ^ 6 kilomètres à l’heure.
Pour l’hôpital de campagne, l’auteur prévoit un matériel de couchage qui n’est pas détaillé ï dans le paragraphe 3 (Section d’hospitalisation) et ne doit pas y être compris dans les prévisions, " la longueur de la colonne n’étant que de 30 mètres. «
A la description minutieuse de chaque formation sont annexés des tableaux de la composition des caisses réglementaires où nous relevons (p. 450) un matériel considérable d’attelles et de gouttières en tôle (attelles Raoul Deslongchamps , démarquées par Delorme) et (p. 470) le détail de i la caisse qui contient la paperasserie réglementaire, circulaires et imprimés.
Voici le fonctionnement de ces différents rouages :
Le Directeur du Service de Santé de corps d’armée après la bataille.
« Dès la fin de Taction, le Direcleur du Service de Santé de corps d'armée doit parcourir le (( terrain de la lutte. C’est le moment, pour lui, de voir pour savoir, afin de proposer ou prendre (1 les mesures dictées par la situation et ses constatations personnelles (jp. 310).
« Il doit prendre les mesures suivantes :
«• 1° Faire connaître le plus tôt possible au commandant du corps d’armée et au médecin I de l’armée l’étendue des pertes;
1 (( 2“ Faire achever le relèvement des blessés;
« 3® Fixer le fiombre d’ambulances à immobiliser par les médecins divisionnaires;
« 4° Désigner les sections d’hospitalisation à leur adjoindre ;
« 5® Faire connaître aux ambulances en action, qui ne s’immobilisent pas, les formations sur « lesquelles seront dirigés leurs blessés inévacuables ;
« 6® Faire la répartition des moyens de transport requis ou mis à sa disposition entre les i divisions;
« 7® Demander au médecin de l’armée (D.E.S.) le complément de moyens d’évacuation IC nécessaires;
« 8° Demander au médecin de l’armée le personnel de complément nécessaire;
« 9® Demander au médecin de l’armée les ambulances et sections d’hospitalisation destinées « à remplacer celles immobilisées ou employées;
« 10° Remplacer dans les divisions les ambulances immobilisées par des formations « semblables restées à sa disposition au T. C. ou au G. P. ;
I (( 11® Prescrire la cession de pansements aux ambulances non immobilisées par celles qui restent •c sur place, dans le cas où le ravitaillement ne pourrait se faire en temps opportun.
Le Médecin divisionnaire.
Pendant la bataille il doit (p. 316).
« 1® Rester au contact du chef d’état-major de sa division ;
« 2® Disposer, à sa portée, ses ambulances et son groupe divisionnaire de brancardiers : absolument défilés et invisibles de l'ennemi ;
« 3° Faire reconnaître les points d’installation des ambulances ; les porter à la connaissance ï des postes de secours régimentaires;
« 4® Faire appel au Directeur du Service de Santé pour l’envoi d'ambulances supplémentaires * en cas d’affluence des blessés ;
« A moins de circonstances exceptionnellement favorables, ne jamais se hâter de prescrire I l’entrée en action des ambulances, attendre que la situation se dessine nettement. »
Après la bataille il doit, notamment :
« Désigner celles de ces ambulances qui seront immobilisées-, leur adjoindre les sections l’hospitalisation nécessaires-
« Aviser les autres ambulances de leur envoyer leurs blessés inévacuables.
« Hâter la libération des ambulances qui ne doivent pas s’immobiliser;
a Provoquer auprès du Directeur du Service de Santé du corps d’armée le remplacement des - formations qui restent sur le terrain. »
On conçoit qu’avec de telles imprécisions, le Service de Santé de l’avant, pour ce qui concerne les blessés, ne fonctionne pas du tout dans le cas de retraite rapide. C’est pourquoi on ne recevait guère dans les hôpitaux de l’intérieur, avant la bataille de la ^larne, que des blessés légèrement atteints et qui avaient accompagné par leurs propres moyens nos troupes en retraite.
Les ambulances étaient pour la plupart inutilisées et celles qui fonctionnaient étaient placées tellement près de l’ennemi qu’elles furent criblées d’obus ou bien tombèrent entre les mains des Allemands. Les ambulances et les groupes de brancardiers qui suivirent la retraite formaient sur les routes de longues files de voitures, de mulets et d’hommes à pied et ces formations se trouvaient rejetées sur les bas côtés, pour laisser passer les troupes, notamment l’artillerie, qu’il importait de déplacer rapidement.
Le médecin-chef d’ambulance.
« Le médecin-chef d’ambulance, au reçu d’un ordre de déplacement ou d’entrée en action « doit immédiatement faire reconnaître le terrain, les voies d’accès, les cheminements, lei « défilements qui permettent d’aborder le point désigné ou choisi pour son emplacement nouveai « ou son installation, qui doivent être bien défilés des vues et des coups de Vartillerie et auxquels i « lui faut parvenir sans laisser soupçonner sa présence. Cette précaution est de rigueur élémentaires^ « lorsque l’ambulance, au cours de l’action, doit traverser une zone dangereuse pour atteindre un^ « position abritée (p. 334). » |
« Si Vambulance s’installe pendant le combat, le médecin-chef s’inspire des prescriptions! rr réglementaires et des conditions locales pour organiser son service ; choix et aménagement des.' « locaux; reconnaissance des alentours; voies d’accès et de dégagements faciles ; eau, feuillées, etc[ « En cas de retraite, le médecin divisionnaire lui fait connaître le point sur lequel doivenf « être dirigés le personnel et le matériel sauvés.
« Le médecin-chef, dans cette dernière hypothèse, et à défaut d’ordres, prend l’initiative de (c mesures suivantes : '
« Évacuation hâtive, avec tous les moyens dont il pourra disposer, du plus grand nombre' « possible de blessés, en commençant par les moins gravement atteints; ^
« Laisser auprès des autres le personnel et le matériel réduits au minimum indispensable « Rendre compte de la direction prise par la formation ; P
(c Incinération et destruction de tous les documents militaires capables d’éclairer l’ennemf « dans le cas où la formation tout entière resterait entre ses mains. »
La lecture de ces instructions confirme l’erreur habituelle du Service de Santé, de placsci les ambulances tellement près de la ligne de feu que leur personnel et les blessés sont souvenj en danger et qu’il leur faut ou bien s’enfuir en toute hâte ou bien tomber entre les rnain^ de l’ennemi.
Le médecin-chef du groupe de brancardiers. “
cc En principe, le rôle du groupe des brancardiers ne débutera qu’après la bataille, à « de mouvement de retraite qui obligera le médecin-chef à défaut d’ordres, à contribuer (, a l’évacuation rapide des ambulances menacées d’être enlevées par l’ennemi (p. 338). «
qui I « Éclairé par son directeur ou médecin divisionnaire sur la répartition approximative des Uoi «blessés, des postes de secours et des ambulances, son premier soin sera de parcourir autant que des !« possible, lui-même, le terrain avec les médecins et officiers d’administration pour repérer les pes « principales zones de chute des blessés, se rendre compte des accidents topographiques des '« conditions particulières qu’ils imposent à l’emploi des divers moyens de transport de blessés, ent « pendant que la formation amenée à pied d’œuvre se prépare, sous le commandement des gradés, Itre I à entrer en fonction par le montage des brouettes porte-brancards et des brancards, la t la j( constitution du dépôt des voitures et la distribution aux brancardiers d'une boisson réconfortante.
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■ « Il donne ses ordres pour que les brancardiers trouvent, une fois les opérations terminées lorsque la formation se reconstitue, un repas chaud, facile à préparer grâce à la cuisine roulante. Le travail particulièrement dur des brancardiers exige impérieusement, de la part du médecinchef, la surveillance de leur alimentation. »
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Après ces instructions pour le ravitaillement où l’auteur n’oublie que « les blessés » il termine en indiquant, dans sa conception géniale de sa tactique des secours aux blessés, un nouvel emploi des pilotes-aviateur s :
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« Les progrès de l'aviation permettent aujourd’hui, à la fin de l’action, l’exploration du champ de bataille pour préciser les emplacements des postes de secours, des refuges et des groupements de blessés.
« Les renseignements très précis que fournit l’aviateur orientent d’emblée les recherches et suppriment cette période prémonitoire, si longue et si pénible pour les brancardiers, de l’exploration des diverses zones de l’action (p. 340). »
Voici une nouvelle ordonnance pour le service d’aviation : après la reconnaissance et Ife repérage de l’armée ennemie et de son artillerie, la reconnaissance et le repérage des ^^(hlessés. Nous attendons du médecin inspecteur Troussaint la nomination des médecins chefs des avions sanitaires.
jjgl On ne saurait être plus moderne, et l’on conçoit qu’à la première lecture de cet opuscule Bussi prétentieux qu’indigeste, la Commission de l’Académie des Sciences lui ait décerné une .jjjjde ses plus hautes récompenses.
Le médecin-clief du corps de troupes.
gjj « Le poste de secours ne doit pas être installé prématurément... « Il sera défilé aux g^oups de l’infanterie et autant que possible de l'artillerie ennemie (p. 353).
Apres le combat « le médecin-chef devra organiser méthodiquement « le relèvement des (f. blessés à l’aide des équipes de brancardiers et de musiciens, ceux-ci sous la conduite de leur ;« chef et sous-chef ». Pour ce faire il constituera des groupes d’équipes sous le commandement des médecins auxiliaires, du chef et du sous-chef de musique, du sergent brancardier ; il assignera 3 r|« à chaque groupe la zone de terrain qu’il doit battre et dirigera cette battue suivant la topo- |« graphie du terrain (p. 355).
« Documenté par le médecin divisionnaire sui- les emplacements des ambulances, il les indice quera aux chefs de groupes, de façon à pouvoir y faire transporter directement les blessés, sans « passer par le poste de secours, »
Reconnaissance du terrain, utilisation des aviateurs, organisation d’une battue sous le commandement du chef de musique, dont le grade est supérieur à celui des médecins'auxiliaires, tel est, d’après le Code Troussaint, le rôle du médecin-chef d’un régiment. j
Ces citations étaient indispensables pour montrer comment toutes les fautes qui ont été > signalées ont été commises par ordre et par obéissance à cet évangile du Service de Santé en ) campagne. Ce qui frappe à l’analyse de ces instructions, c’est l’incértitude où se trouventjf les médecins-chefs de chacune des formations de l’avant. L’ambulance 6 sera-t-elle active ou bien inutilisée? Si elle fonctionne, sera-t-elle immobilisée et, dans ce cas, où trouvera-t-elle le matériel d’hospitalisation nécessaire ? Où doivent se rendre les groupes dcj brancardiers indépendants ? A quelles ambulances vont-ils conduire les blessés gravementi atteints et quel est l’emplacement de ces ambulances, que les instructions ordonnent del défiler des vues et des coups de Vartillerie ennemie.
, C’est ce « langage particulier d’état-majoi\ encore trop ignoré des médecins de l’année » | (p. 15),dont l’auteur se plaît à enrichir son texte, certain de l’approbation des grands chefsq^ qu’il a fréquentés comme médecin-chef et professeur à l’École de guerre. I
Ainsi, chacune de ces formations séparées et indépendantes a son médecin-chef. Nulle ne sait, au moment de la bataille, quels seront son emplacement et son rôle exact. Les unes; restent inutilisées; les autres perdent contact entre elles. Un jour 150 blessés, à Ville-en-[ Tardenois, se trouvèrent voisins de l’ambulance Y, qui refusa de les recevoir parce que le ’ médecin-chef avait des ordres formels. Cette ambulance resta vide et l’on expédia ces blessés, dans de mauvaises voitures, à l’ambulance N, désignée pour les recevoir niais qui se trouvait à Fismes, c’est-à-dire à une distance de 20 kilomètres environ. I
A Berry-au-Bâc, par une nuit obscure, le planton de garde, voyant arriver un blessé qui se traînait avec peine l’interroge: « De quelle division es-tu? » — « De la division N » —
« Alors f... le camp, ton ambulance est par là, à 2 kilomètres » et il montre de la main laj direction. Le fait d’être blessé ne suffisait pas à cette époque pour, donner le droit d’être! soigné, et les médecins qui, par humanité, osaient contrevenir aux ordres reçus pour lai répartition des blessés dans les ambulances s’exposaient aux peines disciplinaires les plusl rigoureuses. j
Près de Reims, à Taissy, même incident : impossibilité de recevoir et de traiter les soldatsi ] blessés, qui étaient des soldats d’infanterie, parce que l’ambulance la plus voisine étarqi réservée aux coloniaux. t i
Ailleurs, c’est la fantaisie du médecin-chef de l’ambulance qui faisait loi : à Ville-sur-f; Tourbe, un chirurgien agrégé de l’armée, désireux de faire une statistique importante d’opé- : rations sur le crâne, a refusé de recevoir et de traiter dans son ambulance, transformée en « formation chirurgicale, d’autres blessés que ceux atteints de la tête et qu’il pouvait trépaner.) ] Dans la zone de l’arrière, les contagieux sont restés presque partout en contact avec les blessés. Certains hôpitaux traitent des blessés au rez-de-chaussée, des typhiques aux étages,j < sans les précautions les plus élémentaires d’isolement et de prophylaxie. | i
j A Châlons, vers le 25 janvier, on a fait coucher à l’hôpital Corbineau des officiers i ! blessés dans les lits vides d’une salle remplie de typhiques.
I A Doullens, en décembre, 1.200 typhiques étaient entassés dans les locaux inhabités de l’ancienne citadelle où il y avait en tout deux thermomètres et tout au plus l’eau nécessaire au lavage des bassins.
• L’organisation du Service de Santé aux armées pèche par sa base. La respon- ■ sabilité entière du désarroi incombe à l’incompétence des membres de la Commission J technique qui a élaboré le nouveau règlement et en première ligne au rapporteur de cette Commission : le directeur actuel du Service de Santé,
tf LES INSTRUCTIONS TECHNIQUES AUX CHIRURGIENS
Je vais démontrer que les instructions techniques données aux chirurgiens ont été Sj aussi malencontreuses que l’organisation du Service de Santé dans la zone des armées, b Le titulaire de la 7^ Direction a laissé au médecin-inspecteur Delorme, du cadre de réserve, rappelé en activité, le soin de prescrire aux chirurgiens-mobilisés le rôle qu’ils devraient remplir auprès des blessés militaires.
»| Le médecin-inspecteur Delorme, jadis modeste et travailleur, est devenu pédant et ^^prétentieux à mesure que ses collègues les chirurgiens civils lui ont accordé des marques I de sympathie et des honneurs. Delorme est entré à la Société de Chirurgie, puis à e l’Académie de Médecine parce que ces sociétés civiles accordent certains de leurs sièges à s-: des médecins ou chirurgiens militaires, comme l’Académie française réserve certains sièges à un marquis ou bien à un évêque. Ses collègues l’avaient félicité, par courtoisie, de eùquelques communications d’ailleurs très banales; il a conquis leurs suffrages par sa bonhomie 5 apparente, par son assiduité aux conversations d’antichambre, et il a été élu. i Le Congrès français de Chirurgie, qui nomme comme président, alternativement, un I chirurgien de Paris et un chirurgien de province désigne aussi, de temps à autre, un i chirurgien étranger, ou bien un militaire de carrière. Élu dans ces conditions, par la - courtoisie de ses collègues les chirurgiens de toute la France, président du congrès annuel, ij Delorme s’est imaginé qu’il était devenu une des lumières de la chirurgie mondiale et que î lui seul pouvait décider en matière de chirurgie de guerre.
1 Le proverbe « fabricando fit faber » ne fut pas mis en échec. Delorme, chirurgien >1 incompétent, grand officier de la Légion d’honneur, candidat à l’Académie des Sciences, propagea, grâce à son outrecuidance, les erreurs les plus néfastes à nos blessés et il les ijUropagea, je l’ai déjà signalé, non seulement par l’autorité de son grade et de ses titres îî honorifiques, mais ce qui est plus regrettable par suite de l’intervention inopportune de I l’honorable Société dont il ambitionne les suffrages. Cet homme très galonné et très I affirmatif sut, en effet, convaincre des naturalistes, des physiciens, des chimistes, des mathématiciens et des astronomes, nos plus grands savants, que la chirurgie de guerre était très différente de -la chirurgie en temps de paix^ que lui seul pouvait en formuler les règles et qu’il allait être la providence des blessés de guerre.
C’est cette fameuse lecture de Delorme à l’Académie des Sciences, le 10 août 1914, au début de la guerre, qui a désorienté les chirurgiens. Cette note, transformée par le vote imprudent de l’Académie des Sciences en circulaire officielle, a propagé parmi les médecins
aux armées l’erreur grossière que la plupart des plaies de guerre étaient aseptiques, et qu’il ne fallait pas les explorer, de peur de les infecter. C’est cette conception théorique et erronée de Delorme, érigée en dogme de foi sous le couvert de l’Académie des Sciences, qui a été le point de départ de. presque tous les désastres causés par l’infection des plaies.
L’assurance donnée par Delorme, que les plaies de guerre étaient le plus souvent aseptiques, a été l’origine des circulaires prescrivant aux médecins du front l’abstention à outrance ; c^est pour les mêmes raisons que la 7® Direction a ordonné le transport de tous les blessés, même gravement atteints, loin de la zone des armées, vers les hôpitaux de l’intérieur, où ils n’arrivaient souvent qu’au bout de quatre ou cinq jours.
Les médecins des gares régulatrices furent bientôt effrayés par le nombre des cas d’infection aiguë, de gangrène gazeuse et de phlegmons que la plupart des médecins pansaient à plat parce qu’ils avaient reçu l’ordre formel de ne pas intervenir.
Le 28 septembre, le médecin-inspecteur Delorme, effrayé de la responsabilité qu’il avait assumée par suite de son ignorance des préceptes les plus simples de la chirurgie générale, chercha à réparer sa faute première, en faisant, devant la même x4cadémie des Sciences, une autre lecture, où il chercha à expliquer comment les circonstances imposaient une technique diamétralement opposée à celle qu’il avait primitivement formulée.
On verra que l’incompétence chirurgicale du médecin-inspecteur Delorme a été confirmée par les fautes grossières qu’il a commises ultérieurement dans les hôpitaux de l’intérieur, notamment pour la chirurgie des lésions nerveuses (voir plus loin).
Voici les principaux extraits des deux lectures contradictoires de Delorme à l’Académie des Sciences le 10 août et le 28 septembre. Je citerai ensuite les instructions données dans des conférences faites, par ordre du Service de Santé, aux médecins mobilisés par leurs chefs du cadre actif.
Communications du Médecin-Inspecteur Delorme à l’Académie des Sciences.
Le 10 Août 1914. Le 28 Septembre 1914.
« Au moment où la Chirurgie va étendre son Après un préambule de circonstance, où il « action bienfaisante sur des blessés présentant affirme « la haute sollicitude du Gouvernement, « des traumatismes que l’emploi de projectiles « la prévoyance du Commandement à tous les . nouveaux a modifiés, il m’a paru utile... d’in- « degrés,prévoyance paternelle qu’on ne retrou- « diquer les résultats qu’on doit attendre de « verait aussi intensive et aussi vigilante dans « leur application... « aucune autre campagne, l’organisation, le
... « L’étroitesse des plaies par les balles « fonctionnement régulier, méthodique et actif « actuelles, l’abstention du cathétérisme de « du Service de Santé de l’armée, l’auteur « ces plaies et de la recherche systématique « s’exprime ainsi ;
« des corps étrangers, enfin, les pratiques de ... « La tactique actuelle, qui fixe sur lé
c( l’antisepsie et de l’asepsie ont eu pour consé- « champ de bataille les combattants pendant « quences de transformer le pronostic du plus « plusieurs jours, sous une grêle de projec- (( grand nombre des blessures de guerre, d’en « tiles... le séjour forcé des blessés sur le lieu cc écarter les complications, de réduire les « même où ils ont été frappés, rendent souvent a pertes, d’améliorer les résultats... « fort difficiles... les secours de première ligne.
... a Les pratiques de la chirurgie de guerre, cc' Il en résulte que nombre de ces blessés arri-
cc dans les lignes de l’avant, diffèrent de celles cc vent déjà, de ce fait, à l’arrière, tardivement
cc de la chirurgie commune, parce qu’elles sont cc pansés, souvent suppurants...
Communication du 10 Août [Suite).
« commandées par des conditions de milieu,
« de circonstances et de fonctionnement chirur- « gical.
« Dans les hôpitaux de Varrière, par contre,
« elles tendent à se confondre avec celles de la « chirurgie journalière...
... Les plaies des parties molles produites « par la ball^ allemande sont, en général, très « étroites quand cette balle a atteint les parties <( du corps de plein fouet... Ces plaies gué- « rissent en quelques jours ou quelques se- « maines. Leur pansement est élémentaire...
... -« Quand la balle a basculé ou ricoché, « quand la plaie a été produite par la balle « ronde des shrapnells, elle fait des plaies plus « larges, plus ouvertes, compliquées souvent de « corps étrangers vestimentaires.
« Ces plaies ne sont pas graves, mais elles <( ont des tendances à suppurer; le blessé est à « surveiller au cours de ses transports, surtout I « pendant les dix premiers jours. Les trans- « ports doivent donc être peu prolongés.
« La cicatrisation est un peu plus lente que « celle de la première catégorie de blessures.
« La conservation doit être la règle du trai- « tement des fractures par balles...
« La conservation comporte primitivement le « maintien à la fois des esquilles adhérentes et « des esquilles libres.
« Il faut s’abstenir de la recherche primitive <(■ des corps étrangers métalliques, pratique -« inutile.
...« En principe, dans les blessures abdo-
mino-intestinales, la laparotomie immédiate « est à rejeter... elle a fourni bien moins de ) -« guérisons que l’abstention opératoire...
' « Quand l’infection péritonéale est certaine,
« l’incision sus-pubienne de Murphy est indi- « quée.
« La technique de Murphy ouvre à nos chi- « rurgiens une voie nouvelle, dans laquelle ils « doivent résolument s’engager. Ce n’est plus « l’opération compliquée qu’est la laparotomie
Communication du 28 Septembre [Suite).
... « Cette nécessité impose au Service de Santé « de changer ses tactiques; il n a plus à compter (( sur une asepsie qui, dans ses prévisions, Vau- « lorisait à évacuer au loin ses blessés. L’asep- « sie n’a que faire sur des plaies infectées. L’an- « tisepsie elle-même n’est pas tout. Il y a « d’autres Interventions à accomplir.
« Avec la suppuration, notre thérapeutique « chirurgicale doit changer d’aspect, de moyens « et d’action.
« Si, pour les blessés atteints de balles tirées « de plein fouet, dont les plaies en général ne c( sont pas infectées, on peut songer au transie port à distance, tout en tenant compte des « catégories intransportables... Il ne peut en d être de même pour les blessés frappés par les « engins de l’artillerie...
« Il est des combats qui ne sont presque que « des combats d’artillerie. Les balles des shrap- « nells, les éclats d’obus sont, le plus souvent,
« souillés de terre ; ils entraînent dans les « plaies des fragments de vêtements...
« Les plus graves complications, le phlegmon (( diffus, la gangrène gazeuse, le tétanos, sont « menaçantes et ces menaces ne peuvent dispa- « raitre que quand la plaie aura été débarrassée « des corps étrangers, quand elle aura été sté- « rilisée...
« Pour être efficace, la défense doit être « assurée très rapidement. Elle ne peut se réa- « User sur des blessés transportés au loin...
...« Pour les balles de shrapnells et des éclats « d’obus, la règle est la recherche et Vextraction « immédiate des projectiles...
« Ce ne sera que quand les pansements et « les interventions indispensables seront ter- « minés que l’évacuation pourra se faire à dis- « tance...
« On avait jusqu ici des raisons de reporter a à Varrière la chirurgie active; les circons- « tances forcent à la concentrer en partie réso- « lument vers l’avant.
« A situation nouvelle, dispositifs nouveaux...
Communication du 10 Août [Suite).
« classique. C’est au contraire un acte très « simple, d’exécution très rapide, à la portée « do tous les chirurgiens (1).
« Telle est, esquisséo à grands traits, la pra- « tique actuelle de la chirurgie de guerre. »
[Presse Médicale, 12 août 1914.)
(1) J’ai appris que cette opération, tentée près du front, n’a donné que des désastres.
Communication du 28 Septembre [Suite).
« La désinfection très rapide des blessures « produites par les projectiles d’artillerie,, « l’extraction des corps étrangers qu’ils laissent « dans les plaies est nécessité impérieuse: ces « opérations doivent être hâtives...
...« La chirurgie conservatrice est devenue « une règle qui a été maintenue pour ainsi dire « sans exception. Partout où je passe, au cours « de mes missions, je ne trouve cohame amputés « que des blessés dont les traumatismes ont été « compliqués de gangrène. C’est un grand série vice rendu au pays. »
... L’auteur continue par des considérations où nous ne le suivrons pas sur la prophylaxie et sur le traitement de la gangrène gazeuse et du tétanos. Il prescrit les injections préventives de sérum antitétanique.
« Quand le tétanos est déclaré, le mal paraît, « à la plupart, sans remède dans les formes « aiguës et suraiguës... Le chapitre de la thé- « rapeutique du tétanos déclaré, et aigu, reste « toujours ouvert. Celui qui le clôturera aura bien mérité du pays... car le tétanos déclaré est aujourd’hui une calamité. »
[Presse Médicale, 22 octobre 1914.)
Il eût été impossible de formuler des instructions plus contradictoires que celles de ces deux notes à l’Académie des Sciences. Malheureusement, comme je l’ai déjà signalé, tandis que la communication du 10 août a reçu une très grands publicité sous le patronage de l’Institut, la note du 28 septembre est demeurée à peu près sans écho. Les médecins militaires ont ainsi continué à considérer que « le^ plaies larges, ouyertes, compliquées « souvent de corps étrangers vestimentaires ne sont pas graves; qu’elles ont des tendances à
« suppurer. et que leur cicatrisation est seulement un peu plus lente que celle des bies-
« sures étroites par balles coniques » (voir p. 25).
L’auteur de la communication du 10 août avait donc assumé une responsabilité dont il ne paraît pas avoir eu conscience, lorsque le 28 septembre, il a cherché à expliquer son revirement par les circonstances de la tactique actuelle.
Voici, d’après la note d’un chirurgien de carrière, les prescriptions qui ont été faites, sur l’ordre du Service de Santé, par des médecins militaires haut gradés, aux médecins et chirurgiens des ambulances divisionnaires et des autres formations.
. (( 1° Les guerres russo-japonaise et balkanique ont démontré que les balles modernes faisaient
« des blessures très petites et qu’elles étalent aseptiques » (Delorme-Matignon-Folenfant).
« 2° On a vu des blessés graves guérir sans intervention, tandis que les opérations donnaient « un pourcentage déplorable. On a donc établi pour la chirurgie de guerre des règles que chaque « médecin est tenu de suivre :
« A. Ne jamais toucher à une plaie quand elle a été pansée, à moins que ce pansement ne « soit trop souillé ou ne tienne pas bien. S’il n’est que sanguinolent, il faut remettre par-dessus J « un autre pansement.
(( B. Quand la plaie n’a pas encore été pansée, se contenter de toucher les bords avec de la i « teinture d’iode et recouvrir avec un pansement sec.
^ « C. Il ne faut enlever aucun projectile, aucune esquille, aucun corps étranger, même au
« bord de la plaie. Se contenter de recouvrir avec un pansement.
« D. 'Pour les fractures compliquées, agir comme ci-dessus et immobiliser le membre par une « gouttière.
I « E. Plaies de poitrine et de ventre. Agir comme ci-dessus et serrer le pansement, faire une « injection de morphine et ne rien donner au blessé. Prescrire l’immobilité la plus complète.
« Conclusions. — Faire des pansements aussi rares que possible, de peur d’infecter la plaie, « par elle-même aseptique. Défense absolue de toucher avec les doigts, même bien lavés ou « gantés, défense de faire un lavage, de mettre des drains ou des mèches. »
On eût dit que le Service de Santé, lorsqu’il a formulé ses instructions, venait de faire une gageure pour défier à la fois les microbes de la suppuration, de la gangrène gazeuse et ^ du tétanos.
La plupart des chirurgiens mobilisés, qui se trouvaient au front, ont reconnu immédiatement les erreurs grossières du médecin-inspecteur Delorme. Mais les instructions formelles, signées de leur auteur, leur avaient été remises, leur interdisant d’intervenir chirurgicalement. Un de ces chirurgiens [Revue moclei'ne de Médecine et de Chirurgie., n° 1, p. 31 et 32) se demandait à quoi pouvait servir, puisqu’on ne devait pas opérer, l’arsenal chirurgical des ambulances. « Il m’a paru, ajoute-t-il, que bien souvent, une intervention I d’urgence aurait été très utile ; j’ai eu, à diverses reprises, la sensation très nette qu’une I opération habilement pratiquée aurait sauvé un blessé à qui on était obligé d’imposer un ' long voyage, qui le faisait mourir ». D" C. S.
Une phrase du professeur Hartmann [Médecine Internationale., n° 1, février 1911, p. 8) résume l’opinion de tous les chirurgiens sur la circulaire Delorme du 10 août : « Le traitement., dans Viminense majorité des plaies de guerre., doit être exactement l’inverse de celui conseillé par M. Delorme. »
L’interdiction de toucher aux plaies était encore imposée, à la fin d’octobre, aux \ chirurgiens des hôpitaux de l’intérieur, par le médecin-inspecteur Martin, dans la troisième ! et la dixième région. Cet homme éclairé interdisait d’explorer les trajets et d’extraire les ' corps étrangers; il défendait l’emploi du tamponnement, des mèches antiseptiques et des drains, enfin il imposait, comme étant seul efficace, le pansement sec, obturant les orifices des plaies.
Parmi d’autres circulaires typiques et consacrant l’incompétence des grands chefs de de notre Service de Santé, je dois citer la circulaire et les instructions du médecin-inspecteur Chavasse, parue le 15 décembre dernier dans le Bulletin de la Société de Chirurgie.
Circulaire du 13 aoyemere 1914 sur l’évacuation des rlessés.
La circulaire du 13 novembre, concernant l’évacuation des blessés, est aussi extraor- ■ dinaire que la note technique du 10 août précédent, bien que n’émanant pas du même auteur.
Cette circulaire indique une certaine préoccupation du Service de Santé de réformer les errements antérieurs concernant le manque de soins immédiats et l’expédition des blessés graves à une trop grande distance. Mais elle reste singulièrement imprécise.
L’auteur réunit dans le premier paragraphe, concernant les blessés inévacuables, des , cas non comparables :
1“ Les blessés gravement atteints, qui arrivent directement du front ;
2® Les blessés atteints de tétanos, d’inflammation grave, de gangrène commençante et ceux venant de subir des opérations graves, qui tous ont déjà séjourné un ou plusieurs jours dans une ambulance ou dans un hôpital situé à quelque distance de la ligne de feu.
Il continue : « Les blessés inévacuables seront conservés, soit dans des ambulances désignées | « pour s’immobiliser près du front, soit dans des établissements hospitaliers situés à faible ' « distance, tout transport prolongé leur étant préjudiciable.
« On semble avoir parfois perdu de vue que les ambulances actuelles, doublées suivant les « cas de sections d’hospitalisation, ont été constituées en vue d’une immobilisation plus ou j « moins prolongée en arrière des fronts de combat lorsque les Directeurs du Service de Santé « le jugent nécessaire. On a été amené, de ce fait, à imposer à ces blessés très graves des « transports à des distances trop éloignées. i
« Une ambulance ainsi immobilisée ne doit mettre aucune hâte à se libérer, si elle est sur le « point de tomber aux mains de Vennemi-, il suffira d’y laisser un personnel et du matériel en « rapport avec le nombre des blessés restants ; il en est de même pour les hôpitaux voisins du « front de combat. »
[Bulletin de la Société de Chirurgie, 15 décembre 1914.)
Cette circulaire, de même que la note du 28 septembre, était la condamnation de tout j ce qui s’était fait depuis le début de la guerre; mais elle n’indiquait ni les améliorations | urgentes à apporter au traitement de nos blessés, ni les moyens d’éviter l’abandon à l’ennemi des formations de l’avant, avec leurs blessés, leurs infirmiers, leurs médecins et leur matériel.
Un aveu de la mauvaise organisation des ambulances de l’avant.
Dans uné note annexe [idem, page 1306), le même médecin-inspecteur Chavasse , s’exprime ainsi :
a L’instruction technique du 13 novembre a prescrit que les blessés inévacuables seront cc conservés non loin du front... tout transport prolongé leur étant préjudiciable. Leur évacuation « au loin est donc interdite, mais il ne s’en suit pas qu’on soit autoi-isé à les conserver à tout prix cc surplace, couchés sur la paille, et sans être déshabillés. Quelqu’intérêt qu’il y ait à n’imposer aux cc blessés atteints de plaies pénétrantes de l’abdomen, de la poitrine et du crâne, que le moindre
I « déplacement possible, il y a un avantage plus grand à leur procurer des conditions d’hospita- « lisation et de traitement qui aideront grandement à leur guérison, c’est-à-dire des lits pourvus de draps et de couvertures... et des locaux convenables, propres et bien chauffés. L’expérience « de la guerre actuelle a montré que ces blessés graves supportent généralement sans grand incon- « vénient un transport sur les brancards des voitures des sections sanitaires automobiles, pouvant « aller jusqu’à une distance d’une vingtaine de kilomètres... Mais il importe au plus haut point « que ces blessés soient transportés sans délai vers leur destination. »
On ne peut pas enregistrer un aveu plus complet des conditions déplorables dans lesquelles ’ ont été soignés un grand nombre de nos blessés. La plupart des ambulances où l’on a traité de grands blessés se trouvaient immobilisées tellement près de la ligne- de feu, qu’on a dû évacuer à la bâte des blessés opérés quelques heures auparavant d’amputation ou de laparotomie. Il est vrai que cette évacuation dans des conditions fâcheuses était peut-être préférable à leur abandon entre les mains d’un ennemi trop souvent cruel et sans pitié, comme le recommande la note du 13 novembre.
' Les meurtres de blessés, d’infirmiers et de médecins que nous avons à déplorer n’auraient pas eu lieu si les formations, que l’on a immobilisées trop près du front avaient été munies de moyens de transport rapides pour les blessés, ce qui aurait permis de les placer à une distance suffisante de la ligne de feu pour qu’elles puissent fonctionner en j sécurité.
Circulaire du 7 janvier.
i Au moment où je terminais ma lettre aux membres du parlement, parut dans « Le Journal » le 8 janvier, une circulaire officielle du 7 janvier, émanant du même médecininspecteur Chavasse, et intitulée : « Instructions sur le traitement des blessés de guerre... pour les médecins militaires des formations de l’avant. »
Cette nouvelle circulaire, dont la caractéristique est d’être, comme les précédentes, très confuse, constitue un nouvel aveu du mauvais fonctionnement du Service de Santé et de l'inobservation des règles les plus élémentaires de la propreté.
I L’auteur, dans son empressement à justifier les fautes commises, cherche à rejeter des I accidents infectieux, effectivement causés par l’insuffisance des soins à l’avant, sur « la fâcheuse habitude des dames hospitalières... qui se font aider », dit-il, « pour préparer les objets de pansement., par des blessés encore suppurants ».
I Cette accusation est particulièrement injuste, car, si des pansements ont été appliqués I avec des mains sales, ce sont les pansements dits individuels, et cette faute est impossible I à éviter dans les postes de secours de l’avant.
' Toutes les personnes compétentes qui ont visité les hôpitaux de l’intérieur ont constaté, V contrairement à l’opinion du médecin-inspecteur Chavasse, que les mieux tenus, particuf fièrement pour ce qui concerne la propreté et l’antisepsie, sont ceux qui possèdent un i nombre suffisant de dames infirmières.
Si je passe aux instructions techniques du médecin-inspecteur Chavasse, je suis obligé de constater qu’elles manquent de clarté. Pour ce cqui concerne le tétanos et la gangrène gazeuse, elles sont, non seulement insuffisantes, mais encore inexactes.
Les trop nombreuses imprécisions de la circulaire du 7 janvier démontrent d’ailleurs Cfu’elle émane d’un fonctionnaire plutôt que d’un chirurgien.
L'esprit réactionnaire des grands cliefs du Service de Santé.
Pour avoir l’impression du mauvais vouloir avec lequel le Service de Santé accueille toute innovation, il suffît de lire la communication devant la Société de Chirurgie, le 10 mars 1915, du D’’ Ferraton, professeur au Val-de-Grâce [Chirurgie cTarmée et blessures de guerre).
Le professeur Ferratok, dans ce plaidoyer en faveur de la 7® Direction, cherche à démontrer comment l’organisation actuelle des ambulances répond à tous les desiderata.
« Certes, dit-il, elles sont perfectibles, mais les reproches qui leur furent récemment adressés semblent.immérités. »
« Les ambulances de première ligne sont très mobiles, d'une installation rudimentaire, pouvant partir au premier ordre. »
« Elles nont point de lits, sont installées dans des maisons, des chaumières de village. On ne « peut mieux demander que de coucher leurs blessés en chambres chaudes sur une bonne couche i « de paille propre, au reste toujours préférée par nos blessés à un inconfortable brancard. Quelle « est la fonction de ces ambulances? Recevoir les blessés que les régiments leur envoient, les « réconforter au point de vue alimentaire et pharmaceutique, , leur assurer un gîte tout « momentané; au point de vue chirurgical, elles devront renouveler les pansements en de bonnes | « conditions, immobiliser les membres avec des appareils de bonne contention, exécuter quelques 1 « rarissimes opérations d’extrême urgence, mais surtout faire un tri de blessés. » |
« Tous les matins, et même le soir, des voitures viendront les prendi’e, qui conduiront les « blessés légers à un dépôt d’éclopés, les blessés moyens à l’hôpital d’évacuation du corps d’armée,
« les blessés graves, tout près, à une ambulance immobilisée chirurgicale...
« Or, cette ambulance, cest celle que tout à l’heure j’appelais ambulance de corps darmée « ou ambulance de deuxième ligne. Elle s’est immobilisée sur l’ordre du Directeur du Service de « Santé. Elle s’est installée en un village, dans des bâtiments confortables; elle a reçu du <( directeur du corps d’armée une section d’hospitalisation (trois fourgons) qui lui apporte le « matériel de couchage. La voici donc transformée en une ambulance-hôpital, en un hôpital de « campagne. Est-elle bien organisée par un médecin-chef actif avec un bon chirurgien, cette I <( ambulance immobilisée, cette ambulance-hôpital pourra donner une sécurité très suffisante j « pour la pratique des plus graves interventions.
« De leurs blessés, qui tous, remarquons-le, furent des blessés graves, le plus souvent j « soumis à une intervention opératoire, elles se libéreront par deux voies bien différentes. Ceux | « que le chirurgien, qui les a opérés et soignés pendant une période plus ou moins longue, ' « jugera capables de supporter sans souffrances ni dommages un transport à longue distance,
« seront livrés à l’hôpital d évacuation du corps d’armée qui les expédiera sur l’intérieur par un j « train sanitaire. Ceux, au contraire, et les plus nombreux, qui ne pourraient encore tolérer cette I « longue évacuation, seront transportés, biens couchés, en voitures automobiles, dans un centre « chirurgical voisin. »
Dans les deux divisions du corps d’armée, le professeur Ferraton possède, à la division A, deux voitures automobiles, dont il se contente.
La division B, qui n’en possède pas^ doit en demander par voie télégraphique lorsqu’elle en a besoin.
Le professeur Ferraton critique les améliorations proposées :
« Voyons donc les modifications proposées. Il faudrait, dit-on, remplacer les ambulances « actuelles par des hôpitaux de campagne ; ces hôpitaux seraient très éloignés du front ; il (( faudrait évacuer nos blessés en voitures automobiles, Or, de la description que je viens de « faire du service au N® corps, ne résulte-t-il point que nos ambulances sont à volonté transfor- « mables en hôpitaux de campagne, que l’on place à volonté ou près ou loin du front ; que nos «blessés sont transportés, et rapidement quand il y a lieu, en voitures automobiles. Ces « voitures, nous les avons obtenues pour les ai’mées et les corps d’armée ; nous les demandons « pour les divisions. Que propose-t-on alors qui ne soit, et depuis longtemps, prévu et exécuté ?
« Les ateliers de simple emballage et d’expédition, les évacuations ultra-rapides de tous les « blessés à longue distance, ont été, bien avant cette guerre, rejetés comme règle générale par « nos chirurgiens militaires français. »
Après ces dernières affirmations, contraires aux. faits les mieux connus, le professeur , Ferraton aborde les instructions techniques et il essaie, par une cote mal taillée, de concilier les instructions déjà désuètes de Delorme et Troussaint avec les instructions plus judicieuses qui sont en vigueur actuellement ;
« D’autre part, les règles de thérapeutique de chirurgie d’armée admises et conseillées « jusqu’ici se sont-elles montrées à ce point erronées ? Malgré l’affirmation de voix autorisées, « rien ne me semble moins certain.
« J’estime, pour ma part, que rien n’est à changer aux doctrines générales. Lors de plaies « étroites, punctiformes, produites par des balles de fusil, point d’expioration, point d’inter- « ventlon chirurgicale ; désinfection cutanée, pansement, immobilisation! Lors de plaies larges, « tout change ; la lésion est infectée : il faut, et sans tarder, débrider largement, nettoyer, « désinfecter, drainer. Qu’est-il donc survenu de nouveau? Ce qui s’est modifié, ce n’est ni le « caractère des plaies, ni leur thérapeutique : c’est la proportionnalité des plaies étroites et des « plaies larges, des plaies par balles de fusil et des traumas par obus. »
Cette argumentation est très habile; malheureusement, elle pèche par sa hase, car ce sont surtout les plaies infectées à petit orifice qui sont les plus dangereuses.
Le professeur Ferraton se reprend et discute en ces termes ce. qu’on doit considérer comme un orifice large :
« L’expérience récemment vécue nous apporta une donnée quelque peu nouvelle. En « présence diine plaie des dùnensions du pouce, de Vindex, nous eussions été tentés jadis « d’hésiter, nous demandant si tels traumas ne pouvaient être classés orifices étroits et traités
« comme tels. Aujourd’hui, dès quun orifice est nettement plus étendu que le punctiforme, nous le « classons large, donc infecté, et l’interventioii par débridement, pour nettoyage et aseptisation « du foyer, nous semble de thérapeutique presque nécessaire. » {Sic^
Après ces contradictions et ces impressions qui montrent à la fois le souci du professeur Ferraton, de donner raison à son collègue Delorme et de réformer cependant les instructions officielles qui avaient provoqué tant de désastres, le directeur du Service de Santé du N® corps d’armée éprouve le besoin de critiquer à fond, comme lourdes, encombrantes et inutiles les nouvelles formations chirurgicales automobiles.
Voici ce qu’il dit à leur sujet :
« Si j’ai bien compté, il y a là treize voitures dont quatre gros camions. C'est donc une « formation de poids. Toute perfectionnée qu’elle soit, peut-elle vraiment prétendre faire entrer « dans le néant d’un complet discrédit nos modestes ambulances actuelles avec leurs six voitures « que nous jugions trop lourdes mais qui sont cirons à côté de ces mastodontes, avec leurs « quatorze malheureux chevaux de chair et d’os à opposer à quel nombre de HP? »
Il continue :
« Nos oreilles jadis tintèrent aux enthousiastes descriptions des wagons-salles d’opérations « d’une princesse chirurgicale.
« Telles conceptions sont merveilles d’ingéniosité, mais de valeur pratique à peu près nulle.
« Il en est autrement, je le reconnais, du train automobile dont nous a parlé notre collègue « Hallopeau. Je l’admets volontiers pratique, puisqu’il a fait ses preuves. Et cependant, l’exemple « d’une organisation analogue, théâtre ambulant qui fit quelque bruit naguère, nous laisse un peu « sceptique sur la capacité de durée de son fonctionnement. »
Le professeur Ferraton termine ce long plaidoyer « pro domo » par une description de l’ambulance chirurgicale idéale, dont nous voulons bien lui accorder qu’il y a peut-être quelques unités, puisqu’il la décrit :
« Où les blessés, enfin, sont couchés en des chambres bien aérées et bien éclairées, sur de « bons lits ordinaires ou improvisés. Leur nourriture est abondante et bien préparée; toutes les « médications pharmaceutiques vraiment utiles se trouvent à leur disposition. »
Suit une statistique favorable et il termine :
« Ajoutons que, maintenant que la doctrine est chez nous bien établie d’inciser d’emblée « comme septiques et très largement, tous les trajets supérieurs aux dimensions punctiformes « pour les nettoyer, désinfecter et drainer, nous n’observons plus, pour ainsi dire, de gangrène « gazeuse ou de tétanos. D’autre part, dans une de nos ambulanees, pendant un mois et demi, les « amputations se sont réduites à zéro. »
Si l’on n’a pas fait d’amputations dans cette ambulance chirurgicale, c’est que pareille
indication ne s’est pas présentée, par exemple l’arrachement partiel d’un membre; je ne comprends donc pas la valeur de cette déclaration.
On voit que les préceptes du professeur Ferraton sont diamétralement opposés à ceux formulés au début de la guerre par Delorme et par les conférenciers officiels du Service de Santé. 11 lui suffit de suivre la maxime erronée « ah uno disce oinnes ».
Malheureusement pour le professeur Ferraton, un grand nombre des chirurgiens qui ont été au front souriraient à la lecture de ce factum, si la connaissance de la vérité ne le ‘ rendait pas pénible et attristant.
Si un grand nombre d’ambulances sont restées immobilisées, celles, qui ont fonctionné sont loin d’avoir donné partout des résultats encourageants, et leur installation n’est pas partout aussi satisfaisante que celle des ambulances du P" Ferraton.
Au commencement de juin, par exemple, au bois de Mortmare, l’évacuation des blessés des postes de secours vers les ambulances se faisait encore avec des voitures hippo- I mobiles. L’ambulance chirurgicale la plus rapprochée était immobilisée à 5 kil. 1/2 des ! tranchées de première ligne ; elle possédait une salle d’opérations et, comme appareils de stérilisation, de simples bouilloires chauffées par des lampes à alcool ; ni étuve Poupinel, ni • autoclave. Les blessés qui séjournaient à cette ambulance étaient couchés sur de la paille, j dans les salles de la mairie.
L’évacuation se faisait vers Toul, par des automobiles portant les blessés couchés.
I C’était la seule innovation dans ce secteur..
Au bois Le Prêtre, au commencement de juillet, les blessés étaient conduits des postes de secours à 2 kilomètres de là, par des pentes rapides, sur des petites voitures réglementaires à deux roues, attelées d’un seul cheval et appartenant à la section des brancardiers divisionnaires.
Là, de petites voitures automobiles les conduisaient vers deux ambulances voisines, situées l’une à 800 mètres (Pont-à-Mousson), l’autre à 4 kilomètres plus loin (Dieulouard).
La gare d’évacuation avait été reportée à Belleville, c’est-à-dire à 3 kilomètres de , Dieulouard, qui était bombardée comme Pont-à-Mousson.
Le matériel de stérilisation était rudimentaire et insuffisant comme celui des ambu- I lances chirurgicales voisines du bois de Mortmare.
Or, si les ambulances du front ont presque toutes manqué de matériel, on peut constater que les réserves sanitaires sont encore pleines. Ce matériel de réserve est neuf et moderne, mais on ne peut pas l’obtenir sans une paperasserie invraisemblable.
Dans des ambulances comme celles citées plus haut, et c’était le type habituel, il était • impossible aux chirurgiens les plus compétents d’observer les règles de l’antisepsie. C’est
( ainsi que, dans la plupart de ces formations où ont été tentées de grandes opérations, les laparotomies ont succombé presque sans exception ; beaucoup d’amputations ont été également suivies de mort; enfin des sutures, imprudemment faites sur des plaies septiques, ont été le point de départ d’accidents infectieux, de gangrène gazeuse et de tétanos.
Le professeur Ferraton ne convaincra personne par son argumentation ; il représente à la fois l’esprit réactionnaire du Corps de Santé, sa volonté absolue d’opposer à toutes les
améliorations, à toutes les compétences, à toutes les lumières qui seraient étrangères à cette chapelle vétuste, la force d’inertie la plus redoutable.
Voici quelques faits précis qui montrent sinon l’incompétence chirurgicale, tout au moins la malveillance extraordinaire de quelques grands chefs de notre Service de Santé à l’égard de certains chirurgiens civils.
Lorsque la première formation chirurgicale automobile fut envoyée au front, en novembre dernier, elle reçut la visite de plusieurs médecins inspe'cteurs.
Cette innovation ne pouvait être acceptée sans critiques. Un jour, la formation reçut un blessé agonisant, atteint depuis vingt-quatre heures d’un écrasement de l’abdomen. Le pouls n’était plus perceptible et les injections classiques de sérum artificiel, de spartéine, de caféine et d’huile camphrée restèrent sans effet.
« 11 faut opérer ce blessé », dit le médecin principal Darde, directeur du Service de Santé du N® corps d’armée. — « Il n’a plus de pouls », objectent les chirurgiens. « Cela ne fait rien, ces malades-là guérissent tous ».
L’état général . restant très mauvais, l’opération fut cependant différée. Survient le Directeur des. Services de l’arrière, le médecin-inspecteur Chavasse, qui dit, en voyant le blessé : « Comment, vous n’opérez pas », Les chirurgiens observent qu’il est hors d’état d’être anesthésié, que l’opération est inutile et n’aura d’autre résultat que de hâter la mort.
Le grand chef de répondre : « L’absence du pouls ne signifie rien. J’ai montré que, dans les contusions de l’abdomen, c’était simplement un signe de perforation intestinale. »
Les chirurgiens insinuent timidement que « la disparition du pouls est surtout un signe de mort imminente, quel que soit le traumatisme ».
Le médecin inspecteur : « Mais non, ces malades guérissent parfaitement, opérez-le. »
L’opération fut pratiquée après cet ordre, que de simples médecins aides-majors ne pouvaient transgresser. L’incision, faite sous l’anesthésie locale, montra le péritoine souillé de matières fécales ; l’intestin avait été déchiré par le traumatisme ; les anses intestinales étaient agglutinées; il était trop tai*d.
Le blessé supporta l’opération et il succomba au bout de quelques heures.
Cet incident serait peut-être passé inaperçu, si les opérations des D*'® Marcille et Hallopeau n’avaient pas été l’objet d’un rapport malveillant d’un de leurs collègues, chirurgien des hôpitaux de Paris, le D*" Potherat, où il est écrit que, pour les laparotomies, le nombre des insuccès a été de 100 p. 100 (1).
Or, les observations prises par les médecins présents démontrent que, sur six laparotomies faites au front, ces chirurgiens ont obtenu trois succès opératoires ; deux opérés vivent encore et un troisième, atteint de scarlatine avant la fin de sa convalescence, a succombé à cette complication dix-sept jours après la laparotomie.
Le D’’ Marcille, de passage au quartier général, à son retour vers la capitale, fut reçu par le Directeur de l’arrière, qui lui fit deux objections principales :
1® Le montage de sa formation chirurgicale serait tellement compliqué qu’il exigerait quarante-huit heures ;
2® Les laparotomies auraient donné 100 p. 100 d’insuccès.
Le D'Marcille offrit au médecin-inspecteur Chavasse de faire monter en quelques heures,
(1) Voir le rapport officiel et la réponse des chirurgiens.
devant lui et dans l’endroit qu’il désignerait, sa formation chirurgicale, qu’il convoyait vers Paris.
Le Directeur de l’arrière répondit « qu’il ne le voulait pas et que cela ne l’intéressait aucunement »,
Au sujet de la statistique des laparotomies, le chirurgien faisant observer que, sur 6 opérés, 2 vivaient encore et que le troisième n’était pas mort des suites de l’intervention, le grand chef fit cette réponse monumentale :
« Dans une statistique, il suffit de considérer un seul cas; si le malade est mort, cela fait (( une proportion de 100 p. 100, et il refusa d’examiner le dossier. »
Dans une autre circonstance, où je présentais une première statistique de traitement du tétanos confirmé par les injections intrarachidiennes de sérum antitoxique, en position de déclivité bulbaire, comprenant 15 observations, avec 80 p. 100 de guérisons, un autre des médecins inspecteurs généraux de l’armée me répondit : « Vous ne devriez pas parler de 80 p. 100 de guérisons puisque vous n’avez traité que 15 cas ; attendez d’en avoir traité cent. »
Ces exemples montrent l’esprit de ces messieurs et leur habileté à conclure, serait-ce par l’absurde, dans le sens qui leur convient.
La vaccination antityphique.
J’allais omettre un exemple frappant de l’incohéi’ence des instructions ministérielles.
La vaccination antityphique a été rendue obligatoire par une loi et l’on pouvait croire que le parlement avait accepté une technique bien définie. Il n’en est rien. Depuis le commencement de la guerre, le nombre des injections de vaccin antityphique a été d’abord fixé à 3; une seconde circulaire l’a réduit à 2; la fièvre typhoïde se propageant avec une rapidité inquiétante, le nombre des injections fut porté à 4. Or, une circulaire récente vient de les réduire à 2 pour une catégorie de soldats, la réserve de l’armée territoriale. Malgré toutes ces mesures, qui étaient insuffisante^ ou bien ont été mal appliquées, la fièvre typhoïde a sévi, avec une intensité rare et le bacille typhique a été constaté par l’hémoculture dans le sang de beaucoup de soldats qui avaient reçu le nombre le plus élevé d’injections vaccinales, 4.
J’ai déjà dit comment les typhiques et d’autres contagieux avaient été laissés en contact avec des blessés. La statistique actuelle des cas de fièvre typhoïde atteint actuellement, m’a-t-on affirmé, un chiffre supérieur à 60.000 et la mortalité globale aurait été supérieure à 10 p. 100 ! !
LES SERViCES DE L’INTÉRIEUR
Les hôpitaux de l’intérieur n’ont pas mieux fonctionné que les services de l’avant parce que les compétences n’étaient généralement pas utilisées. Des médecins dépourvus de toute valeur chirurgicale prenaient partout lés décisions les plus graves, laissant mourir ici des blessés qu’une opération opportune aurait sauvés, amputant ailleurs des membres qu’une bonne technique eût permis de conserver.
Actuellement, les mêmes errements continuent et des opérateurs incompétents se livrent à tort et à travers à des interventions malencontreuses, qui aggravent l’état des blessés ou prolongent à la fois leurs souffrances et leur séjour à l’hôpital.
Ou a cherché à remédier aux premiers errements par la création, ordonnée le 25 janvier
1915, de centres chirurgicaux régionaux. Cette mesure a été insuffisante, car la répartition des blessés reste défectueuse.
L’exemple le plus précis de llncompétence galonnée nous est encore fourni par le médecin-inspecteur Delorme, qui aurait pu se taire après les désastres qu’il avait provoqués par sa circulaire du 10 août. Cet homme ambitieux, voulant, par un coup de maître, racheter sa faute du 10 août devant l’Académie des Sciences, dont il ambitionne les suffrages, eut l’idée géniale de donner une preuve éclatante de son habileté et de sa compétence chirurgicales en opérant les lésions des nerfs par projectiles de guerre.
Voici le jugement de ses collègues, jugement formulé, malgré sa sévérité, avec la modération en usage dans les sociétés savantes.
L’incompétence chirurgicale du médecin-inspecteur Delorme.
Sa condamnation par l’Académie de Médecine et par la Société de Chirurgie.
Le médecin-inspecteur Delorme a communiqué successivement à l’Académie des Sciences, à l’Académie de Médecine et à la Société de Chirurgie une technique dont il réclame, bien à tort, la priorité et qui serait applicable aux plaies des nerfs par projectiles de guerre.
En premier lieu, il est tout à fait faux que les blessures des nerfs par projectile de guerre diffèrent sensiblement des blessures des nerfs dans la pratique de la chirurgie courante, oû il s’agit très souvent de coups de feu et oû l’on peut observer, comme en chirurgie de guerre, des corps étrangers.
Ce qu’il y a de plus étrange dans les communications de M. Delorme, c’est qu’elles sont purement théoriques et qu’il n’appuie pas ses dires par l’exposé de résultats thérapeutiques indéniables.
Les communications de M. Delorme ont été très sévèrement appréciées par la plupart de ses collègues, si l’on peut en juger par les réponses suivantes ; (V. Bulletin de VAcadémie de Médecine, 19 janvier 1915.)
« M. Babinski. — Parmi les nombreuses observations qu’il a recueillies, M. Delorme en « a-t-il quelques-unes établissant l’efficacité particulière du mode de traitement qu’il préconise « et l’autorisant à écarter les autres moyens que l’on peut employer et dont il semble faire fi?
M. Delorme a répondu que « ses opérations sont trop récentes et qu’il veut attendre, pour « être fixé, le résultat définitif ».
M. Babinski continue ; « M. Delorme reconnaît que les troubles de motilité n’ont encore « été atténués chez aucun de ses opérés...
« Je m’attendais à cette réponse. Il me sera permis de faire remarquer que, n’ayant pas « obtenu jusqu’à présent de résultats thérapeutiques et ne sachant pas quel sera le pourcentage « de ses succès, M. Delorme n’est pas autorisé à soutenir que la méthode mise en œuvre par lui « doit être choisie dans la plupart des cas, de préférence aux autres moyens dont on peut faire cc usage.
« M. Pozzi, prenant la parole, s’exprime ainsi :
« J’ai écouté, avec attention et un peu de surprise, la communication de M. Delorme. Elle « me paraît passible de graves objections.
« Un premier point m’a frappé : c’est que notre collègue a fait un exposé uniquement « théorique, sans l’appuyer d’aucune observation clinique. Il s’est placé — il l’a dit lui-même « à diverses reprises — au point de vue purement rationnel. Il a conçu et exécuté une opération, « assurément séduisante, guidé uniquement par une conception a priori. Il a continué à la « pratiquer, et cela sur quatre-vingt-dix blessés, sans que son opération eût reçu la sanction de « l’expérience. Cette hardiesse est grande. Il est possible que l’avenir démontre que la théorie « de notre collègue est vraie, mais le contraire est possible aussi. Et si, au lieu d’avoir amélioré « l’état de ses opérés, il Vavait considérablement aggravé, s’il leur avait même enlevé en grande « partie les chances d’une guérison spontanée tardive, quels regrets ne seraient pas les siens ? »
Le 10 février suivant, le professeur Delbet a critiqué en ces termes, devant la Société de Chirurgie, les interventions du médecin-inspecteur Delorme pour les blessures des nerfs :
« M. Delorme n’a apporté aucune recherche microscopique, aucune étude électrique des « nerfs, ni des muscles, aucun élément scientifique qui puisse nous renseigner sur l’état des nerfs « qu’il a si généreusement réséqués. La communication qu’il a faite à l’Académie des Sciences, « à l’Académie de Médecine, à la Société de Chirurgie aurait pu être écrite avant la découverte « du microscope, avant la découverte de l’électricité, avant la découverte des réflexes.
« Quand on fait une opération de caractère expérimental, j’entends une opération légitime, « on attend de voir le résultat qu’elle donne avant de la répéter.
« Or, ce qu’il y a de très particulier dans le cas de M. Delorme, c’est qu’il a répété un « grand nombre de fois ses résections nerveuses sans attendre un seul résultat.
« M. Delorme a été conduit, après les résections qu’il fait généreusement, à donner aux « membres, pour permettre la coaptation, des attitudes singulières, flexion de la jambe sur la « cuisse, extension de la cuisse sur le bassin, attitudes qui, si elles persistaient^ rendraient le « membre inutilisable.
« M. Delorme ne nous dit pas combien de temps il maintient cette attitude, ni s’il a cherché « à la redresser. Je veux croire que le redressement sera très facile, mais je ne suis pas sans « inquiétude.
« Il a dit à l’Académie de Médecine ; « Fai imaginé des modes d’intervention nouveaux. » « Je cherche les modes nouveaux.
« Je ne trouve pas dans le texte même de la communication l’expression complète de la « pensée de M. Delorme; je n’y vois pas ce qu’il considère comme réellement nouveau.
« Ainsi je n’ai trouvé, à mon grand regret, dans la communication de M. Delorme aucun « mode opératoire nouveau.
« Il y a cependant quelque chose d’extraordinairement nouveau, c’est l’usage qu’il fait des a modes opératoires anciens.
« Si presque toutes les résections nerveuses qui ont été pratiquées par M. Delorme «c m’inquiètent, il en est qui m’effrayent :
« Voici, par exemple, Tobservation VII. C’est seulement plusieurs jours après la blessure « que l’on constate les signes d’une paralysie. Il est donc probable qu’il n’y avait pas de lésion « primitive du nerf. Et, en effet, M. Delorme ayant découvert le sciatique nous dit ; « Le nerf « paraît d’abord assez peu atteint. » Mais il trouve (je cite ses propres paroles) « un tissu « intermédiaire qu’une section longitudinale, puis des sections transversales lui firent voir « exclusivement fibreux ». Et il fait une résection telle que ï écartement est deb àQ centimètres.
« Ainsi, dans un cas ou l’on ne peut même pas dire que la paralysie ait été primitive « sans examen électrique ni du nerf, ni des muscles, alors que le nerf lui paraît d’abord assez « peu atteint, s.implement parce que, à l’œil ûu, un tronçon lui paraît fibreux, M. Delorme « sacrifie une grande étendue du nerf sciatique. J’avoue que je suis confondu.
« Et je ne le suis pas moins, je le suis plus encore, s’il est possible, par deux autres obser- « vations où toute l’épaisseur du grand sciatique a été sacrifiée sur une notable étendue alors que « la paralysie était partielle.
« L’observation II ne comprend aucune symptomatologie ; mais dans le titré je trouve cette « formule très nette, diagnostic arrêté à paralysie du sciatique poplité externe. Ceci est catégo- « rique. J’ai bien le droit de conclure, puisque le diagnostic était paralysie du sciatique poplité « externe, que le domaine du sciatique poplité interne n’était pas paralysé. Que fait M. Delorme ? « Il résèque plusieurs centimètres de toute Vépaisseur du grand sciatique, de telle sorte que Vécar- « tement entre les deux bouts est de 6 centimètres.
« L’observation VI est du même ordre. Je cite : « La paralysie a été immédiate. Comme celle cc de l’extenseur commun, du jambier antérieur et des péroniers latéraux est la plus frappante,
« on croit ce blessé seulement atteint d’une lésion du sciatique poplité externe. »
« Dans ce cas aussi, M. Delorme fait une résection de toute l’épaisseur du grand sciatique « et une résection singulièrement étendue, car M. Delorme écrit à propos du bout inférieur « la « sensation éprouvée par la palpation indique que le nerf est encore là un peu plus dur que « sur les parties tout à fait saines (comme si le bout périphérique pouvait jamais être tout à fait « sain). Mais je ne puis pratiquer une excision plus étendue, en raison de Vintervalle considérable « qui déjà sépare les fragments . » , '
« Messieurs, je n’ajoute rien. Que pourrait-on ajouter à de pareils faits? Si l’avenir montre « que, contrairement à ce que pensent tous les médecins et chirurgiens, on est autorisé à sacri- « fier des tronçons de nerfs sans être renseigné ni sur leur état anatomique, ni sur leur valeur « physiologique, rie7i jamais ne pourra établir quen cas de paralysiepai^tielle d’origine trauma- « tique il est légitime de réséquer toute l’épaisseur d’un nerf.
« J’ai la plus grande considération pour le caractère de M. Delorme. J’estime qu’il s’est (c laissé entraîner dans une voie qui présente pour nos malheureux blessés de terribles dangers. « Comme l’exemple qui vient de haut est aisément suivi, j’ai cru de mon devoir de dire ce que je (c pense. »
La discussion continue t
M. E. QüÉxu — cc Le point capital des communications de M. Delorme est sa prétention inadcc missible de reconnaître à l’œil nu l’intégrité et la valeur anatomique d’une cicatrice nerveuse. Il cc m’a suffi de parcourir un volume de nos Bulletins (1911) pour y trouver deux observations « qui ruinent la conception de M. Delorme, ce sont les deux observations de Schwartz et de cc Jeanne (de Rouen). Dans cette dernière, le nerf radial au bras est réduit, sur une longueur cc de 10 à 12 centimètres, à l’état d’un tractus fibreux que le chirurgien a un instant la tentation
I K de réséquer ; il ne résèque pas ; son malade guérit et retrouve ses fonctions. Je n’insiste pas, ayant « traité hier cette question à l’Académie de Médecine, »
M, Pozzi, critiquant de nouveau la technique inconcevable du médecin-inspecteur Delorme, s’exprime en ces termes dans La Presse Médicale, le 18 février 1915, p. 291 ;
« La méthode de notre collègue est, en effet, nouvelle et singulièrement audacieuse ; elle va « à l’encontre de l’expérience jusqu’ici acquise et fait, me semble-t-il, trop bon marché des notions ' « physiologiques expérimentales. Avant de l’adopter avec un pareil enthousiasme, il semble que « son auteur aurait pu attendre que ses vues théoriques et son ce hypothèse dirigeante » comme « disait Claude Bernard (qui, lui du moins, opérait sur des animaux) fussent vérifiées par l’expé- I « rience limitée à un petit nombre de cas. Cette expérimentation clinique eût déjà été fort auda- « cieuse, et pour ma part je n’aurais pas osé l’entreprendre. Mais, çue penser d’une série de 8 quatre-vingt-dix opérations continuées sans qu’aucun résultat acquis ait été obtenu pour les 8 légitimer ?
« En somme, le seul guide de notre collègue a été jusqu’ici un acte de foi, car on ne peut ^ 8 donner un autre nom à la confiance excessive qu’il accorde à ses vues théoriques.
^ « La résection suivie de suture. n’est nullement une opération sans gravité ; au lieu de
8 l’améliorer, elle aggrave souvent la situation du blessé et rend sa guérison beaucoup plus I 8 douteuse. On sait combien sont incertains les résultats obtenus par la suture nerveuse.
1 « Ce n’est pas tout : du fait de ses conceptions théoriques, M, Delorme se place souvent dans
‘ 8 des conditions particulièrement défavorables à la réunion.
I « Il n’hésite pas à faire subir aux nerfs les sacrifices nécessaires pour obtenir Une surface I a saine, disait-il devant vous. Il n’a donc pas hésité, pour cela, à enlever jusequ’à 5, 6, 7 centi- 8 mètres d’un nerf, ce qui nécessite, pour arriver à réunir les deux bouts, des manœuvres parti- 8 culièrement dangereuses.
« Il n’est pas un chirurgien qui ne se rende compte du danger qu’il y a à libérer de ses 8 connexions vasculaires un cordon nerveux dans une. étendue de 10 à 15 centimètres. Malgré a cette libération, M. Delorme est souvent obligé, pour éviter les tiraillements, de mettre le a membre dans une flexion forcée allant, nous a-t-il dit, comme M. Routier l’a rappelé à la « Société de Chirurgie, jusqu’à faire appuyer le talon sur la fesse. On conçoit ce que peut avoir 8 de pénible une pareille attitude longtemps conservée ; on se rend compte aussi de la gêne que 8 doit apporter ultérieurement à l’extension du membre un cordon nerveux ainsi raccourci.
« J’attire enfin l’attention sur les mauvaises conditions apportées par un pareil tiraillement « à la cicatrisation de la suture nerveuse. La proportion de 40 p, 100 de succès Indiquée par Vaughan « dans les cas les plus favorables doit certainement être alors réduite, et il est fort à craindre que « les sutures nerveuses faites par M. Delorme, dans des conditions difficiles, ne donnent une « proportion d'échecs très supérieure.
« Il nous l’apprendra dans quelques mois. »
Mais ce n’est pas tout : à la désinvolture avec laquelle le médecin-inspecteur Delorme
s est livré, sur les blessés militaires, à des opérations que condamnent tous ses collé gués, il faut ajouter son manque d’égard envers ces malheureux, qu’il a considérés commt des sujets d’expérience.
Je me suis documenté; j’ai appris que le professeur Delorme faisait pression sur les blessés de son choix pour les opérer. J’ai su aussi les désastres qu’il a causés par ses interventions inopportunes et par son inhabileté opératoire.
A Laval, par exemple, six des blessés qu’il avait désignés le dimanche pour les opérations du lundi s’étant esquivés au dernier moment, le médecin-inspecteur Delorme les a fait rechercher et ils ont été expédiés le soir même, sous une surveillance rigoureuse, à l’hôpital d’une ville voisine, où il opérait le lendemain.
11 est facile de réunir des preuves : que l’on examine les opérés de Delorme et que l’oi compare leur état actuel à leur état antérieur; tel qui pouvait écrire avant l’opération est irrémédiablement paralysé depuis cette époque ; tel autre, qui pouvait encore se servir de sa jambe, n’a plus qu’un membre inerte et inutilisable.
Le médecin-inspecteur Delorme s’est donc rendu coupable, sur un grand nombre de blessés, de fautes lourdes, qui tombënt sous le coup de l’article 319 (v. p. 13) du Code pénal et, circonstance aggravante, il s’est rendu coupable en même temps des manquements les plus regrettables aux principes de l’humanité.
Parmi les fantaisies auxquelles se sont livrés d’autres chirurgiens sur les blessés militaires, je cite, parce qu’elle me tombe sous les yeux, une communication du D*" Bousquet, ancien médecin de l’armée, membre correspondant de la Société de Chirurgie, sur un procédé de désinfection dans les gangrènes traumatiques. (Séance du 10 février.)
Voici la technique étrange du D^' Bousquet :
« La plaie étant largement débridée, les bords en sont recouverts de torsades de compresses « de gaze trempées dans de l’eau froide, puis on verse dans l’intérieur de la plaie de l’alcool i « 90 degrés, pur ouiodu.ré; on peut fort bien employer, pour cet usage, Valcool à brûler. On me< « le feu à cet alcool et on fait ainsi un punch dans cette sorte de cavité ; on a soin de rallumet « Valcool lorsqu’il s’éteint^ d’en remettre à deux ou trois reprises différentes, jusqu’à ce que la plaie « soit recouverte d’une bouillie noirâtre. Si la plaie n’est ni anfractueuse ni cavitaire, chose rare^ « on verse une couche d’alcool à sa surface, ou on la flambe plusieurs fois, avec un tampor « imbibé d’alcool. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce flambage est peu douloureus « et, maintes fois, nous l’avons employé sur des blessés non endormis, sans que leurs plaintes soieu « trop vives ».
Aucun des membres de la Société de Chirurgie n’a protesté contre une telle technique- Sans doute ils ont pris en considération que le D’' Bousquet avait été le collègue de Delorme au Val-de-Grâce.
Llncompétence générale du triumvirat Troussaint, Delorme, Chavasse.
Toutes les citations qu’on vient de lire démontrent que les médecins inspecteurs Troussaint, Delorme et Chavasse se sont montrés au-dessous de leur tâche. Leur incompétence et leur insuffisance ont été notoires pour tout ce qui concerne le traitement de no^
blessés, tant au point de vue du fonctionnement des formations de l’avant, des évacuations et de l’organisation des hôpitaux du territoire, qu’au point de vue technique et chirurgical proprement dit. Et je passe sous silence tout ce qui a trait à l’hygiène des armées, au traitement des typhiques, aux dépôts d’éclopés et des convalescents, sur lesquels viennent de nous parvenir récemment des rapports pitoyables.
Je ne parlerai pas des statistiques. J’ai déjà démontré comment celles qui ont été publiées par la 7® Direction ont été soigneusement élaborées pour sa défense.
Les chiffres véritables montreront que toutes ces fautes ont déjà coûté à la France plus de morts, de mutilés et d’infirmes qu’une grande bataille.
I Les réformes promises.
J’ai déjà signalé (p. 9) la nomination le 8 janvier par le Ministre, inquiet des réclamations qui lui arrivaient de toutes parts, d’une Commission consultative.
Le rapport de cette Commission, remis le 2 mars au Ministre et publié le 10 mars dans ÏOfficiel, a reconnu les fautes commises ; il a indiqué la nécessité d’améliorer le transport et l’évacuation des blessés par l’emploi de voitures d’ambulances automobiles, l’urgence d’envoyer au front des formations chirurgicales dotées d’une installation aseptique et antiseptique parfaite; la nécessité d’utiliser, conformément à leurs aptitudes, toutes les compétences. Il est facile de constater que ce programme n’a été réalisé qu’en apparence.
Voitures d’ambulance automobiles.
Le plus grand nomnre de ces voitures a été offert par la générosité privée, particulièrement par la Croix-Rouge anglaise, par la haüte société américaine, russe et argentine.
^ Beaucoup de ces formations ont été réparties dans des conditions qui ne permettent pas . d’en tirer, pour les blessés, tous les avantages qu’on pouvait en attendre (voir p. 11) parce que leur distribution n’a pas été faite conformément aux besoins des armées.
e Formations chirurgicales mobiles.
’j La première de ces formations, construite sur le plan des D®® Marcillè et Hallopeau, •chirurgiens des hôpitaux, a été expérimentée en novembre 1914.
^ D’autres formations analogues ont été établies sur un plan un peu different et d’après les indications du D’' Gosset, chirurgien des hôpitaux, qui a fait adopter ses modifications par la 7® Direction.
Actuellement, après onze mois et demi de guerre, huit de ces formations ont été J envoyées à nos armées, où elles sont annexées à des ambulances immobilisées, qui hospitalisent leurs opérés. Ces ambulances chirurgicales sont loin de rendre les services qu’on devait en attendre, parce qu’elles n’ont pas l’autonomie nécessaire.
Il suffit de se reporter au plaidoyer « pour le Service de Santé », présenté par le Professeur Ferraton, de l’École du Val-de-Grâce, devant la Société de Chirurgie (voir p. 30 .etsuiv.) pour comprendre que les nouvelles formations chirurgicales, qui sont dirigées jpardes chirurgiens de carrière, ne seront pas très bien accueillies par certains directeurs iidu Service de Santé aux armées, parce qu’ils leur préfèrentles formations actuelles, type 1910..
Le professeur Ferraton nous l’a formellement déclaré; il préfère le « ciron modèle 1910 au « mastodonte modèle 1915 »,
Utilisation des compétences.
Il est facile de démontrer que, en dépit de nombreuses circulaires, les compétences n sont pas utilisées conformément aux intérêts de la nation, tandis que le favoritisme cher ai ministre et au titulaire de la 7® Direction continue son œuvre regrettable et néfaste.
Le Ministre a décrété, il y a quelques mois, que les médecins ou chirurgiens mobilisé! ne pourraient pas être employés dans leur département. Or, au Havre, un chirurgien civi a été maintenu, tandis que les autres médecins et chirurgiens mobilisés étaient envoyé! dans des formations éloignées. Il est facile de citer des exemples analogues dans de! grandes villes de province et particulièrement à Paris, au Ministère même :
Lors de la mobilisation, la 7® Direction a envoyé au front, d’après la seule fantaisie di ses bureaux, un grand nombre de médecins de la réserve et de la territoriale ; tandis qu( d’autres, mieux en cour, à l’exemple du D® Guillot, du Havre et du D' Lequeux, spécialisti d’accouchements, attaché à la 7® Direction, étaient mobilisés dans leur résidence habituelle et restèrent au milieu de leur clientèle.
Pour ce qui est des compétences, on signale encore, à la tête de grands services chirurgicaux, des spécialistes en gynécologie et des accoucheurs, tandis que des chirurgiens de carrière restent inutilisés et que des médecins sans compétence chirurgicale continueni à pratiquer des opérations journalières.
Je puis citer le cas d’un chirurgien des hôpitaux de Paris, le D® Demoulin, ayant plus de cinquante ans, qui a dû diriger des conseils de révision et vacciner les Belges contre h typhoïde, tandis que son service chirurgical hospitalier de la capitale était, il y a quelques jours encore, entre les mains d’un médecin de réserve, spécialiste en oto-rhino-laryngologie à Paris, et contrairement aux instructions ministérielles.
Puisque je suis conduit à parler des conseils de révision, je dois signaler dans leui composition les incompétences et les défaillances les plus regrettables. A Meaux, pai exemple, les décisions du conseil de révision étaient prises sur l’avis d’un médecin trèf âgé, incapable d’un diagnostic précis et devant lequel on a fait défiler plus de 100 hommeî à l’heure.
La même incompétence a présidé presque partout au renvoi des blessés insuffisain ment guéris dans les dépôts; on a observé dans toute la France ce qui m’a été signab à Laval, où une seule compagnie, celle des éclopés, comptait, il y a quelques mois, plui de 1.200 hommes, pour la plupart inutilisables, parce qu’ils avaient été visités avant leu: départ de l’hôpital par des médecins incompétents. Sur ces 1.200 hommes, il y avai environ 400 blessés impotents, dont près de la moitié avaient encore besoin d’être opérés
C’est ainsi que, pour dégager les dépôts, on à renvoyé au front un nombre considérabk de blessés encore inaptes au service armé, et que les médecins régimentaires ont dû réexpédier dans la zone de l’intérieur.
Parmi les nominations scandaleuses, je puis citer celle d’un médecin étranger n’appar tenant même pas à une nation alliée, auquel la 7® Direction a confié un laboratoire au Valde-Grâce. Ce médecin, qui n’a pas le droit d’exercer en France, et qui se prévaut sanaucun droit de l’Institut Pasteur, a eu l’audace de faire venir au Val-de-Grâce, où il le^: a traités par des préparations secrètes, des malades privés.
) J’igQore quels services peut rendre au Val-de-Grâce ce favori de la 7® Direction, mais il est incontestable qu’il n’y est pas à sa place.
Je terminerai ces observations contre le favoritisme, trop en faveur à la 7® Direction, en publiant deux documents caractéristiques (1).
1 Voici une lettre de la 7® Direction, transmettant un ordre du Ministre, de donner une 1 place de gestionnaire à un de ses protégés :