LE SERVICE DE SANTÉ AVANT LA MOBILISATION
Le Service de Santé en campagne, dont l’organisation n’avait guère été modifiée depuis la guerre de 1870, a été l’objet d’un nouveau règlement le 26 avril 1910. Ce règlement a été élaboré par une Commission technique dont le rapporteur était le titulaire actuel de la, 1'^ Direction, alors médecin-chef de l’École de guerre.
Or les événements ont prouvé que toute la conception du Service de Santé en temps de guerre, tel que le Directeur actuel l’a proposée comme rapporteur d’une commission ministérielle, en 1910, était purement théori(iue, et qu’elle ne répondait pas aux exigences de la réalité ?
Le Service de Santé en campagne est réglementé par un opuscule du directeur actuel « La Direction du Service de Santé en campagne », ouvrage couronné par l’Académie des] Sciences en 1912 (prix Larrey).
Cet opuscule est en quelque sorte, pour employer une expression chère à son auteur, un traité de tactique du Service de Santé. L’auteur s’est décerné à lui-même les appréciations les plus élogieuses : il affirme qu’il a tout prévu et qu’un Directeur du Service de Santé incapable d’avoir prévu à l’avance le fonctionnement de tous ses services serait impardonnable.
Le médecin-inspecteur Troussaint condamné par lui-même.
Il est curieux de citer quelques extraits de cet « avant-propos », réédité dans l’édition de 1915 et dont l’auteur avait probablement oublié les termes exacts :
« La direction du Service de Santé en campagne est exercée par les médecins du cadre actif... « Elle exige des connaissances militaires spéciales, qui s’acquièrent de longue main par une « préparation mûrie, soutenue, en collaboration avec le commandement et les états-majors, sans « laquelle les directeurs seront impuissants à actionner vraiment cet organisme complexe qu’est (( le service de santé des armées actuelles.
« La direction ne s'improvise pas ; elle ne doit pas compter sur Vinspiration, née des événements, (( pour faire face à des exigences pressantes, nombreuses. On ne fait très bien à la guerre que ce « ([ue l’on sait bien pour l’avoir bien appris.
« On n’improvise pas davantage un directeur qu’un clinicien. Dès le début, la rapidité des (( opérations d’entrée en campagne ne permettra pas de parfaire une instruction incomplète-, le (c désarroi causé d’emblée par une direction malhabile ou inexperle se transformerait bien vite en a un désordre absolu paralysant les meilleures volontés et annihilant toute valeur technique.
« Compter, d’autre part, sur la durée des opérations pour acquérir l’expérience nécessaire (( est une erreur grosse de mécomptes : c’est se condamner d’emblée à être inférieur à sa tâche (p. 6).
(c J’ai vu que la Direction du Service de Santé, à tous ses échelons, ne pouvait remplir « utilement son rôle sans une étroite union avec l’état-major, qui veut qu’elle soit familiarisée
« avec certaines notions cFétat-major et de tactique, voire un langage particulier, encore trop « ignorés des médecins de l’armée (p. 15).
L’auteur confirme, dans les « notes additionnelles » de la 3® et édition, 1914 et 1915 (p. 17), comment il a conçu l’idée de ce livre dans le milieu de l’École de guerre.
Les erreurs du Médecin-Inspecteur Troussaint.
Analysons rapidement quelques-uns des principaux chapitres de cet opuscule, qui a fait tout le mal, car il a été le « code » obligatoire du Service de Santé en campagne.
Pour son auteur, tout, dans le Service de Santé en campagne, est tactique et adminis- I tration, et cet homme, à la fois présomptueux et incompétent, oublie dans sa folie administrative qu’il faut, pour soigner les blessés de guerre, des chirurgiens de carrière.
Egaré par sa conception purement théorique des rouages du Service de Santé, qu’il cherche à transformer suivant les besoins de la nouvelle tactique de l’état-major, il ignore que la pratique de la chirurgie exige des connaissances spéciales, que ne donnent ni l’ancienneté ni le favoritisme et paraît s’imaginer que n’importe quel médecin, qu’il soit du cadre actif ou du cadre de réserve, se trouve prêt à remplir les fonctions qui lui seront attribuées. C’est ainsi que la mobilisation et l’affectation des médecins de réserve se sont faites sans que la 7® Direction ait tenu compte des compétences.
Dans cette mobilisation incroyable du corps médical, les chirurgiens les plus qualifiés restèrent inactifs pendant que s’improvisaient opérateurs, par la puissance de leurs galons, des oculistes, des masseurs, des spécialistes des maladies du nez, des oreilles, de l’estomac même des pharmaciens, docteurs en médecine et qui n’avaient jamais exercé cette profession.
Je reviendrai sur l’utilisation des compétences. Étudions d’abord, d’après la conception grandiose de ce tacticien du Service de Santé, le fonctionnement des différentes formations.
Ces formations comprennent, dans la zone des armées, les rouages suivants :