‹ Le service de santé de notre armée. Les réformes urgentes. Observations présentées... le 7 juillet 1915 à la Commission de l'armée du Sénat... et à la Commission d'hygiène de la Chambre des DéputésChapitre 6 sur 20 · LA FORCE D’INERTIE DE LA 7^ DIRECTION · texte numérisé non relu

LA FORCE D’INERTIE DE LA 7^ DIRECTION

De retour à Paris, j’ai dû m’opérer d’un second foyer purulent à streptocoques.

Dès que je fus rétabli, je demandai à la Direction du Service de Santé du camp retranché de Paris l’autorisation de consulter les observations des cas de tétanos qu’on y avait centralisés, afin de déterminer, ce qui est très important pour le traitement de cette maladie, les rapports qui existent entre la durée de l’incubation et la gravité des accidents.

J’essuyai encore un refus formel.

Une partie de ma clinique étant transformée en hôpital auxiliaire, j’ai donné mes soins à un certain nombre de blessés militaires; j’ai opéré notamment plusieurs cas de lésions nerveuses et j’ai déterminé le mode opératoire qui convient le mieux à chaque cas particulier. ]Mes opérations ont confirmé les bons résultats que j’avais obtenus antérieurement de la suture nerveuse, faite d’après une bonne technique.

J’ai poursuivi, en même temps, avec le D‘ Yamanouchi, l’étude bactériologique des plaies de guerre et j’ai continué à me documenter sur les fautes du Service de Santé aux armées, sur l’évacuation des blessés et sur leur traitement dans les hôpitaux de Pintérieur.

Parmi les fautes lourdes qui ont été commises à cette époque dans un certain nombre d’hôpitaux militaires, il faut noter des résections osseuses d’emblée pour de simples plaies articulaires et des amputations de jambe pour gelure partielle du pied, lésion qui peut guérir avec une mutilation limitée à la perte des parties sphacélées, si l’on^ agit'confor-

mément aux préceptes de la méthode conservatrice. Ces mutilations regrettables n’auraient ^ pas eu lieu si le Directeur du Service de Santé avait réglementé, suivant mes propositions J antérieures, les opérations graves, notamment les amputations, en exigeant une consultation ^ écrite et motivée, signée par trois médecins militaires (voir p. 4'.

Les hôpitaux de l’intérieur continuaient à recevoir des blessés qui leur parvenaient dans un état pitoyable, parce qu’ils n’avaient pas reçu en temps opportun- les soins que " j comportait leur état. Nous verrons que cette insuffisance des formations chirurgicales de J. l’avant était l’œuvre de la 7® Direction, qui avait fait preuve partout de l’incompétence ^ la plus notoire.

Les renseignements qui nous parvenaient chaque semaine du front démontraient en outre que le fonctionnement de tous les rouages du Service de Santé aux armées était j caractérisé par l’anarchie la plus complète ; et le manque de cohésion de ces différents j rouages était encore aggravé par les contradictions journalières des circulaires du quartier - ■ général ou de la 7" Direction, qui sont encore deux directions indépendantes, ï ‘ J’ai cherché les moyens de remédier à ces errements regrettables. La 7“ Direction ^ opposait à tous les projets de réforme la force d’inertie la plus tenace.

Ne pouvant pas me faire entendre, j’ai résumé mes critiques dans une lettre aux ^ membres du Parlement, le 8 janvier 1915.

1 Le ^Ministre, pour parer aux reproches qui lui -arrivaient de toutes parts, nomma le

■ 8 janvier une Commission consultative extra.-parlementaire, comprenant parmi ses membres le Directeur du Service de Santé. En même temps il s’assurait l’appui d’un des rares journaux qui osaient le combattre, la Guerre Sociale (1).

I ' Cette Commission ministérielle remit au ministre, le 2 mars 1915 [Officiel du 10 mars , un rapport qui est, pour une part, un aveu des fautes commises, aveu d’autant plus significatif que ce rapport a dû être approuvé par le titulaire de la 7'^ Direction, membre de cette Commission; dans la seconde partie, le rapport prévoit une série de demi-mesures qui devaient améliorer les rouages d’alors, en y surajoutant des formations chirurgicales et des sections de voitures d’ambulance automobiles.

j Je vais exposer comment les améliorations projetées demeureront inefficaces, si le règlement du Service de Santé, tel que le comprend le Directeur actuel, n’est pas réformé ' dans son ensemble.

Quels sont les perfectionnements réalisés dans ces derniers mois par le Service de ' Santé?

Le Ministre a fait annoncer par les journaux ministériels [Excelsior^ 21 mai) que les j groupes de brancardiers et leurs moyens de transport surannés seraient remplacés par des , sections de voitures d’ambulance automobiles.

^ (1) Le journal « La Gnewre sociale » ne devint le défenseur du ministre de la Guerre qu’à partir du 12 janvier

1915, après s’ètre transféré d'un étroit local du faubourg Saint-Denis dans les confortables bureaux de la rue Montmartre, où l’on fit à la hâte les aménagements nécessaires. M. Millerand devint immédiatement pour M. Hervé '16 et 31 janvier) « un travailleur et un administrateur remarquables », un homme indispensable, et irresponsable des fautes de ses bureaux, dont il va « cesser d’être l’avocat » pour faire preuve enfin de « volonté, de décision et de caractère. » l’j juillet). Voir aussi numéro du 14 juin « Peut-on le dire? » où M. Hervé annonce qu’il « adresse « personnellement à M. .Millerand des indications précises » et, plus bas qu’on doit faire confiance à M. Millerand », Le 23 juillet la censure ministérielle a laissé passer un article Propos de permissionnaires », où le conseiller intime de M. Millerand critique — ce qui ne serait toléré d’aucun autre —, l’armement, la tactique et les opérations militaires. Voir aussi l’article du 8 juin y Malaise ». accepté par la censure et saisi après mise ep vente du journal sur réclamation de 1 autorité militaire.

Des formations chirurgicales, comprenant chacune neuf voitures automobiles de vingt chevaux et dont la première avait été inspectée le 27 avril par le ministre de la Guerre, étaient envoyées au front [le Journal, 28 avril).

Chacune de ces formations chirurgicales serait placée à côté d’une amhulance, transformée en hôpital de campagne et qui recevrait les opérés.

L’idée de cette formation chirurgicale automobile est attribuée au 0“' Gosset et les médecins-inspecteurs Chavasse et Troussaint se sont associés à lui pour partager l’honneur d’une telle innovation [Illustration, 22 mai 1915, dernière page).

Or, le simple respect des dates m’oblige-à constater que cette formation Gosset-Troussaint n’est que le démarquage de la formation chirurgicale des D" Marcille et Hallopeau (1), tous deux chirurgiens des hôpitaux de Paris, comme le D" Gosset qui, en la circonstance, n’a pas été juste à l’égard de ses collègues.

Le 6 juin, un autre journal très ministériel, le Matin, déclarait dans un article non signé, que « la Science médicale était armée pour réparer les désastres de la guerre et qu'elle avait profité d’expériences nouvelles ».

Cet article, très adroitement rédigé pour la défense de la 7" Direction, fait table rase de toutes les fautes commises et décrit, comme étant de pratique courante, non pas ce qui s’est fait, mais ce qu’on aurait dû faire.

« l^a chirurgie de l’avant, écrit le Matin, se réduit aux opérations indispensables., elle se

« borne le plus souvent à arrêter les hémorragies, à désinfecter et à panser les plaies, bref à « rendre possible, dans les meilleures conditions, l’évacuation des blessés vers l’arrière.

« C’est là une besogne courante pour laquelle les médecins les moins spécialisés dans la « chirurgie étaient préparés. Pas un seul d’entre eux à qui l’expérience de l’hôpital et de la « clientèle n’ait donné, en cette matière, toute la compétence nécessaire. Il n’est pas interdit, « toutefois, de dire qu’ils ont, par l’usage, perfectionné leur habileté professionnelle et leur tour « de main. »

11 serait impossible de se moquer du public avec plus de désinvolture. Alors que tout le monde sait en France que le Service de Santé avait interdit les interventions à l’avant, que plus de 300.000 hless 's ont été évacués au loin, par ordre, après un pansement sommaire et malpropre, dans des conditions inavoualtles, que ces malheureux sont morts par milliers pendant le trajet, que d’autres, par milliers, sont morts d’accidents infectieux, que d’autres enfin, plus nombreux encore ont été amputés ou bien sont devenus infirmes, faute de soins immédiats ou éclairés, le correspondant anonyme d’un journal ministériel affirme que tout s’était passé pour le mieux dans .le meilleur des Services de Santé.

Le même article vante les services spéciaux qui ont été organisés dans les hôpitaux de l’arrière, et pour lesquels, après onze mois et demi de guerre, il y a encore tant à redire. Ce qu’il ne dit pas, c’est que la Direction n’a commencé à organiser ces services que dans les premiers mois de l’année 1915, et qu’elle l’a fait contrainte et forcée par des réclamations innombrables, sans qu’on puisse lui accorder le mérite de la moindre initiative.

(1) Presse Médicale, ii“ 6, 11 février 1915. La première formation chirurgicale Marcille-Hallopeau a été envoyée an front le 9 novembre 1914.

! Il est incontestable que, dans la zone des armées, l’adjonction d’un certain nombre de sections de voitures d’ambulance automobiles a amélioré le transport des blessés, mais il faut ajouter que le nombre des blessés a été très beureusement moins considérable depuis six mois qu’en 1914.

Ges sections de voitures d’ambulance automobiles, qui ont été offertes pour la plupart par de généreux donateurs, n’ont cependant pas rendu tous les services qu’on pouvait en attendre, parce que leur répartition n’a pas été faite conformément aux stricts besoins des ' armées.

Elles existent en abondance en certains points où la guerre de siège reste stationnaire, tandis que d’autres armées, où l’offensive est presque journalière, en sont à peu près dépourvues.

Les formations chirurgicales automobiles, qui ont été organisées d’abord en dehors du Service de Santé et par l’initiative privée, sont aujourd’hui au nombre de huit.

Ges formations ne rendent pas les services qu’on serait en droit d’en attendre parce que la Direction du Service de Santé ne les utilise pas conformément aux exigences de la pratique chirurgicale : en effet, le Service de Santé annexe ces formations chirurgicales mobiles à des ambulances immobilisées, transformées en hôpitaux, qui reçoivent et traitent les opérés. L’adjonction à certaines sections d’hospitalisation d"une formation chirurgicale automobile dépendant, pour la réception des blessés, d’un groupe indépendant de brancardiers ou bien d’une section de voitures d’ambulance automobiles, qui ont chacune leur médecin-chef, est une conception fâcheuse en ce qui concerne l’intérêt des blessés. Il est inadmissible que le chirurgien-chef de la salle d’opération automobile n’ait pas la direction technique absolue de tout ce qui concerne le triage des blessés et leur traitement après l’opération.

J’exposerai plus loin comment il conviendrait de transformer, en les simplifiant, tous les rouages inutiles.

Actuellement, les améliorations apportées deci et delà n’ont pas remédié au désordre antérieur : en effet, au début de la guerre, les formations du Service de Santé aux I armées étaient toutes identiques. Petit à petit, des modifications variables ayant été j apportées dans la plupart des secteurs, déjà trop compliqués, les différents médecins-chefs de toutes ces formations indépendantes, groupes de brancardiers, sections de voitures d’ambulance automobiles, ambulances et sections d’hospitalisation, formations chirurgicales ' automobiles, se trouvent juxtaposés sans ligne de conduite précise.

I Le rôle des formations chirurgicales n’est même pas défini. Au début de juillet, un médecin-chef d’une de ces ambulances, située non loin de Compiègne, me dit : nous , sommes assez bien installés pour ce qui concerne l’antisepsie, mais nous ne savons pas ce que nous devons faire ; on nous ordonnait, il y a un mois, d'évacuer au plus tôt les blessés que nous avions opérés; depuis quelques jours, un nouveau médecin-inspecteur nous a signifié que nous devions les hospitaliser jusqu’à la guérison et que nous devions faire toutes les opérations qui pouvaient se présenter, telles que la cure radicale de hernie et l’appendicectomie.

G’est, dans tout le Service de Santé de la zone des armées, pour ce qui concerne la chirurgie, l’anarchie la plus complète. Je passe sous silence les hôpitaux de typhiques, de contagieux et toutes les formations médicales dont l'organisation a été et est encore aussi défectueuse, ou peu s’en faut, qu’il y a six mois.

La inèjiie anarchie a présirh* à rorganisation et au foiictionneinent des services hospitaliers du territoire, où des médecins'’non compc'tents ont décidé et pratiqué sans contrôle les opérations les plus g-raves.

« J’ai ordonné, répondra le ^Ministre, l’utilisation des cojupétences. » Je reconnais que certaines améliorations ont été faites ; il n’en est pas moins vrai que pour les hôpitaux de l’intérieur, comme pour le Service de Santé de la zone des armées, les directeurs responsables n’ont pris ([ue des demi-mesures insuffisantes.

La 7“ Direction avait une excellente occasion de montrer jusqu'à (|uel point elle avait mis à'profit les enseignements des premiers mois de la guerre actuelle ; c’était l’expédition des Dardanelles. Or, l’organisation du Service de Santé aux Dardanelles a été aussi défectueuse qu’au moment de la bataille de la ^larne. Meme imprévoyance, mêmes incapacités, aggravées par suite de réloignement des opérations militaires.

Interrogez les blessés qui arrivent des Dardanelles. Ils vous diront que les médecins les plus dévoués ont été tués auprès des combattants. Beaucoup de blessés ont rejoint le bateau-hôpital par leurs propres moyens et ils se sont embarqués sans contrôle, un matelot inscrivant les noms. Des hommes atteints de blessures insignifiantes ont été conduits à Tunis ou bien à Bizerte, tandis que des blessés incapables de se mouvoir n’étaient pas évacués. Parmi les blessés gravement atteints, un grand nombre sont morts sur les bateaux, pendant le trajet; d’autres, faute de place à Tunis ou à Bizerte, ont été réexpédiés sur Toulon, de Toulon sur Nice.et pendant ce long trajet un certain nombre succombèrent chaque jour.

Qu’importe au ministre de la Guerre? La censure, si bien dirigée par le président du Conseil, est pour lui, tant que le Parlement ne l’obligera pas à s’expliquer personnellement à la tribune, une sauvegarde suffisante.

Les fautes dont il est responsable dans tous ses services ne doivent pas rester plus longtemps inconnues.

LES DIRECTEURS DU SERVICE DE SANTÉ AU MINISTÈRE DE LA GUERRE ET AUX ARMÉES

Le Ministre peut-il se dérober? ^

NLl’un ni l’autre des deux grands directeurs du Service de Santé n’était préparé par sa carrière antérieure à la fonction qu’il devait remplir en temps de guerre.

Le premier, ancien médecin-chef de l’Ecole de Guerre, chargé du cours d’hygiène et du service de santé en campagne, est un administrateur incapable, dénué non seulement de sens pratique, mais encore des connaissances techniques les plus indispensables; il esf demeuré le prisonnier de ses propres bureaux.

Le second, auteur des « Nouveaux éléments de petite chirurgie », ancien professeur de spécialités au \’al-de-Gràce, où il enseignait les maladies des yeux, des oreilles, du nez et du larynx, a prouvé par ses actes son incom])étenee générale.

Ces deux hommes néfastes n’ont pu rester à leur poste qu'en établissant, grâce a L complicité aveugle du ^Ministre, une véritable barricade autour du sanctuaire de leurs fautes*

Tous deux sont responsables des soufrrances et de la mort d’un nombre considérabk de nos soldats, nombre tel que i'hésite à donner un chilTre, même approximatif; ce?

j malheureux ont succombé soit faute de soins immédiats, soit par suite de l'observance des' circulaires malencontreuses et formelles de la 7“ Direction, qui a ordonné leur transport à orande distance, après un pansement sommaire, sans leur accorder les secours immédiats . qu’exigeait riiumanité la plus stricte, les condamnant par son aveuglement à la suppuration,

. à la gangrène, à l’infection sous toutes ses formes, au tétanos.

Le Ministre peut-il rejeter la responsabilité de ces désastres sur la 7^“ Direction et sur le Directeur du Service de Santé aux armées ? J’affirme que non. Il aurait pu le faire jusqu’en t i octobre 1914. Dès cette époque, des plaintes justifiées affluaient en tel nombre que le I ministre de la Guerre ne peut pas ne pas en avoir recueilli les échos.

i Si le Ministre a été momentanément induit en erreur par le Directeur du Service de - Santé ou par ses conseillers intimes, il devait faire procéder à une enquête impartiale, qui I l’aurait éclairé. Sen entêtement à maintenir à la tête de la 7® Direction un homme présomps ! tueux et incapable, dont le remplacement lui est demandé depuis plus de six mois, engage e I sa responsabilité personnelle et le rend complice de cet organisateur de la défaite du Servicen de Santé de notre armée.

s Plus de 50 p. 100 des soldats morts après les premières vingt-quatre heures qui g suivirent les blessures, plus de 50 p. 100 des amputations et des infirmités consécutives aux plaies de guerre incombent, je l’affirme hautement, à la mauvaise organisation du Service r de Santé, et engagent directement la responsabilité du Ministre.

it ' Si nous ajoutons le nombre exagéré des journées de séjour dans les hôpitaux de ; plusieurs centaines de mille de nos blessés, qui y sont arrivés en pleine suppuration, grâce U ^ à l’incurie et aux instructions du Service de Santé, nous commencerons à réunir les premières indications pour évaluer d’abord les souffrances inutiles qu’ont endurées nos blessés, ensuite, le surcroît de dépenses immédiates et ultérieures où l’impéritie de. la s 7® Direction aura engagé la France tout entière.

Le titulaire de la 7® Direction s’est condamné lui-même à deux reprises et sans s’en douter : il s’est condamné, par anticipation, dans la préface pleine de présomption qu’il a écrite pour son opuscule sur la Direction du Service de Santé en campagne voir plus loin;. Il s’est condamné en approuvant, comme membre de la Commission ministérielle consuli tative, le rapport Reinach, où sont énumérées les principales fautes commises dans le I Service de Santé depuis le commencement des hostilités.

LES RESPONSABILITES

Le court aperçu des faits regrettables que j’ai signalés et que tous les Français connaissent aujourd’hui plus ou moins nie conduit à rechercher, les responsabiliti's.

. Des fautes lourdes, entraînant la mort de milliers de soldats, occasionnant à ceux qui ont survécu des mutilations et des infirmités incurables, ont été commises. Ces fautes lourdes, dont les médecins civils, s’ils viennent à les commettre dans leur clientèle privée, peuvent avoir à répondre devant les tribunaux en temps de paix (article 319 du Code pénal 1(, la nation doit-elle les tolérer pour les défenseurs de son indépendance ? doit-elle en

(1) Quiconque, par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou inobservation des règlements, aura ^ commis involontairement un homicide, ou en aura involontairement été la cause, sera puni d’un emprisonnement de ; 4rois mois à deux: ans, et d’une amende de cinquante à six cents francs.

supporter les conséquences morales, humanitaires et financières, sans rechercher leurs | auteurs et sans sévir contre les coupables ?

Si la Commission du budget veut faire une enquête sur les dépenses du Service de * Santé, elle découvrira les mêmes gaspillages et les mêmes incorrections que dans les autres directions du ministère de la Guerre.

On m’a cité par exemple, pour l’Hôpital complémentaire 82 à Avranches, un gaspillage de 40.000 francs que le maire, malgré la résistance justifiée du médecin-chef, aurait fait accepter sous la pression de puissantes influences. * j

La création des 21 inspecteurs régionaux, qui coûtent l’indemnité d’entrée en campagne de 2.000 francs, un salaire mensuel d’environ 900 francs, plus des frais de déplacement et l’entretien de leurs automobiles, a assuré de bonnes places à des camarades déjà retraités. Alors se succédèrent les créations d’inspecteurs spécialistes, postes réservés à des médecins plus jeunes et surtout bien apparentés ou bien en cour, dont aucun n’avait jamais été sur i le front.

Le mécontentement se propage ainsi parmi les médecins de l’armée active et parmi les médecins mobilisés, jusqu’au grade de médecin principal, parce qu’ils constatent chaque jour les effets du favoritisme effréné qui caractérise la méthode du ministre de la Guerre et des directeurs du Service de Santé ;

c( Sait-on, m’écrivait récemment l’un d’eux, combien nous avons de médecins inspecteurs sur « le front, à la tête des directions de corps d’armée? 4, 5 au plus, sur 21.

« Soit qu’ils soient inutilisés par suite de maladie, de surmenage, les médecins inspecteurs « défaillants ont été tout bonnement remplacés par des médecins principaux de première classe,

« qui ont la fonction, non le grade, o)

Deux opinions sont en présence : les uns prétendent que le Ministre actuel et le Directeur du Service de Santé, dont la mauvaise gestion et l’incompétence ont occasionné tant de désastres, sont cependant le mieux qualifiés pour trouver le remède et pour appliquer les réformes nécessaires. Ne connaissent-ils pas mieux que personne les fautes auxquelles il faut remédier ?

De responsabilités ? Point. Qui saurait être responsable d’événements provoqués par j des circonstances exceptionnelles, par des cas dits « de force majeure ».

Si l’on sévissait, ajoutent-ils, si le ministre de la Guerre, si les Directeurs du Service de Santé de la rue Saint-Dominique et du Quartier général étaient remplacés, ce serait diminuer la confiance aveugle de nos vaillants soldats envers leurs chefs, ce serait compromettre la victoire ! !

Je vais discuter cette opinion; je montrerai combien de tels arguments sont dangereux pour la France.

Le courage de nos armées faiblirait, prétendent les amis de ces incapables, s’ils savaient la vérité sur le Service de Santé !

Or existe-t-il en ce moment un seul homme, dans les tranchées, qui n’ait pas connu, soit par lui-même, soit par les blessés renvoyés au front après guérison, les faits regrettables que j’ai signalés.

. Ne savent-ils pas, puisqu’ils les ont vues, des choses plus navrantes encore et que je ne ! dirai pas, parce qu’elles se sont |)assées devant l’ennemi, et que je dois aujourd'hui laisser I de côté les fautes du Ministre pour ce f|ui concerne rarineinent et les munitions.

Ces dernières fautes, les meml)res du Parlement les connaissent, particulièrement les membres des Commissions de l’Armée du Sénat et de la Chambre des Députés, et petit à petit elles transpirent au dehors.

La valeur de nos soldats s’est-elle amoindrie? Bien au contraire. Les défenseurs de la , France n’envisagent que la victoire finale et, chaque fois que l’ennemi est revenu plus fort fit plus redoutable, l’offensive des nôtres est devenue plus énergique.

Puisqu’i/^ savent^ ceux qui font le sacrifice journalier de leur vie, qu’il y a eu des faiblesses inconcevables dans l’Administration et dans les Bureaux de la Guerre, le Parlement ( leur doit le sacrifice des incapables.

I Le Gouvernement a trop abusé de la censure, primitivement adaptée aux besoins de la défense nationale, pour cacher à la France les faiblesses et l’indécision de quelques-uns.

Un mauvais chirurgien opère mal toute sa vie. Un mauvais technicien n’acquerra jamais . les connaissances et le sens pratique qui lui manquent.

Plus de 150 généraux ont été relevés de leur commandement. Des mesures analogues doivent être prises dans le Service de Santé. Il faut à la tête de ce service un homme compétent, actif, énergique, capable de vouloir, et doté des pouvoirs indispensables.

La responsabilité de M. Millerand est d’autant plus engagée qu’il avait déjà rempli antérieurement les fonctions de ministre de la Guerre. On dit même qu’au moment du remaniement ministériel du 26 août 19 1 4, cet homme présomptueux a su convaincre le Président de la République que, lui seul, parmi les membres du Parlement, était capable d’assumer une charge aussi lourde.

M. Millerand, ancien ministre de la Guerre, ne devait donc pas ignorer les défectuosités de la plupart des services administratifs de la rue Saint-Dominique, la force d’inertie des Comités techniques et des Commissions consultatives, où viennent échouer les initiatives individuelles les plus énergiques et les plus éclairées.

Ce n’est pas en plaidant pour ses directeurs, comme il le fait depuis plusieurs mois, devant les Commissions parlementaires, sans même prendre la peine d’examiner les dossiers adverses, que cet homme trop peu clairvoyant remédiera aux fautes antérieures.

En ce temps où nul n’a plus le droit de faire connaître publiquement sa pensée, même, s’il est membre du Parlement, il faut cependant envisager que la nation ne peut pas tolérer plus longtemps, sous des prétextes illusoires, des abus qui se multiplient de mois en mois.

Des voix s’élèvent déjà pour réclamer des comptes du mauvais emploi de nos finances, du gaspillage des vies humaines ; et par centaines de mille commencent à se dresser contre les incompétences du Service de Santé les éclopés, les infirmes, les amputés, les parents des soldats morts faute de soins, tous ceux qui ont souffert ou souffrent encore physiquement et moralement.

Le Service de Santé doit être expurgé de tous les incapables, particulièrement de ceux qui ont réussi, dès le début des hostilités, à se faire exhumer du cadre de réserve pour profiter de la solde élevée de la période de guerre.

Le Parlement a le droit de contrôle et ce droit, il doit l'exercer sans limites. Les incapables doivent être éliminés ; leur culpabilité sera démontrée après la guerre.

Pour comprendre les réformes urgentes, il est indispensable d’analyser les causes de l’état de choses actuel.

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