INTRODUCTION
Quatre années d’une guerre sans précédent, suivie de profonds bouleversements d’ordre politique et économique ont rappelé l’attention du monde sur des notions qui semblaient bien périmées et provoqué une révision des différentes branches de l’activité humaine quant à leur valeur respective. Le XIX° siècle et le début du XX° ont vu le développement prodigieux de l'industrie et du commerce. Certains pays en ont fait un instrument de leur hégémonie mondiale et ils y ont délibérément consacré toutes leurs forces vives: argent, main-d'œuvre, intelligence ont travaillé pour l'Usine, la Banque, le Comptoir de vente. Les crises, le chômage ont pu causer des arrêts momentanés; l'essor
np n’en a pas moins continué. Après guerre, il a été porté au paroxysme jusqu’à l’arrêt brusque de 1929 qui a ébranlé toute l’organisation capitaliste jusque dans ses fondements, et ouvert une crise dont on n’entrevoit pas la fin.
Dans un monde où toutes les inquiétudes sont permises, la France seule, parmi les grandes puissances, conserve encore son équilibre. Tout ce qui, chez elle, avait pu sembler routine ou pusillanimité n’était, au fond, que l'effet de sa modération. La France n’a pas cédé au mirage de l’industrialisation à outrance. Elle a assuré le développement harmonieux de toutes ses forces productives. Elle a fait de l’économie nationale. Elle est demeurée, avant tout, une grande nation agricole. Quels que soient les événements que l’avenir nous réserve, la France est assurée de vivre. D’autres nations auront peut être besoir d’elle pour vivre. Le prestige de la France trouve ses racines profondes dans la vitalité de l'Agriculture française.
Aussi bien, l'intérêt qui s’attache à maintenir cette branche de l’activité nationale fait un devoir de rechercher les causes possibles de son affaiblissement, et d’y parer. Or, il suffit d’avoir parcouru les campagnes françaises pour remarquer tout de suite le mal profond qui les accable: le manque de main-d'œuvre, fruit de la dénatalité, de la guerre et de l’exode vers la ville. Les campagnes souffrent, comme la ville, de la baisse des naissances et les causes psychologiques du problème échappent au cadre de notre étude. D’autre part, on sait les coupes sombres que la guerre a faites dans la paysannerie française: elles sont malheureusement irré-
re parables. La seule cause sur laquelle on puisse encore essayer d'agir, c’est l’exode vers la ville et pour cela il faut que l’agriculture française s’adapte aux conditions de la vie économique moderne.
Sans doute les hauts salaires, les plaisirs nombreux attirent le paysan à la ville. Mais son bon sens naturel lui a fait comprendre l'instabilité des premiers. Les moyens de communication rapides lui permettent d’aller y chercher les seconds. Mais surtout, sa manière de vivre donne au paysan le sentiment d’une certaine infériorité vis-à-vis du travailleur des villes et il lui semble qu'il lui suffira de quitter la campagne pour combler la différence. Aujourd’hui, le paysan souffre de voir son village plongé dans l’obscurité complète dès la nuit tombante. Ce n’est pas sans regret qu’il vit dans une vieille maison, souvent délabrée, qu’il doit emprunter des chemins boueux, qu’il manque de l’eau et de l’air qui lui sont cependant si largement dispensés. Quand des intérêts puissants ne le retiennent pas au sol, il part en quête d’une place à l’usine ou d’une situation dans l'administration.
Au fond, l’agriculture française souffre de n’avoir pu s’adapter aux conditions de la vie économique moderne. Il faut sans tarder équiper l’agriculture, c’est-à-dire améliorer la terre partout où c’est nécessaire et possible, moderniser les méthodes de travail et pourvoir au manque de main-d'œuvre en confiant à la ma chine toutes les besognes qu’elle peut faire (1). Equiper
(1) Il faut surtout faciliter le travail de la femme à la campagne. Le travail dur et rebutant que la femme doit fournir lincite, plus encore que l’homme, à se « placer » à la ville,