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LE FACTEUR ELECTRICITÉ EN ECONOMIE POLITIQUE

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L’Electricité s’identifie avec l'énergie que l’on peut mettre au premier rang des facteurs de la vie économique

La distribution de l'électricité est certainement au point de vue économique, un des plus grands événements des temps modernes. Mais d'une façon générale en voit-on vraiment l'importance ÿ

L'intérêt que présente l'électricité est pourtant devenu presque un lieu commun. Ses applications dans l’ordre pratique s’en sont étendues avec une rapidité vraiment étonnante. Il y a moins de 50 ans le fait d'allumer par elle une ampoule et de faire ainsi un feu dans un bassin d’eau à l'extrémité de deux fils froids était une de ces expériences de magie noire, qu'un amuseur de foules pouvait fort bien intercaler dans son programme parmi des tours de passe-passe. Il faut faire maintenant un effort pour se rappeler l’étonnement que faisait naître cette application. L'emploi de l'électricité a pénétré dans tous les domaines de notre activité. Nous l'avons sans cesse sous la main. Elle n’étonne plus et elle nous à si bien accoutumés à répondre très rapidement à tous les nouveaux services qu'on lui a réclamés, que chaque jour montre à son égard d’autres exigences et qu> parfois l’on s’impatiente du retard qu'apporte la science à la mise au point de certaines réalisations trop facilement escomptées. On peut di-

re, par exemple, que la téléphonie sans fil entre actuellement dans le domaine pratique, mais avant qu'elle ne le fût combien de gens auraient été déçus s'ils avaient appris que la chose n'était pas réalisée. Un autre exemple plus frappant encore de tout ce que l'on attend toujours de l'électricité est donné par cette curieuse affaire d'escroquerie, qui, il y a quelques années, occupa la chronique, et où des per. sonnalités industrielles et financières acceptèrent si crédulement la solution pratique du transport à distance de l'électricité sans fils pour les usages de force motrice.

Ainsi l'électricité s'applique à tout, bien mieux, avant même qu'elle n'ait réalisé, on l’applique d’office à tout. On accorde à ses applications la première place dans les réalisations économiques. Et pourtant il semble que bien peu de personnes fassent à son sujet cet ef'ort de synthèse qui lui donnera sa . véritable individualité dans le domaine de l'économie politique et en marquera l'importance. On en admire toutes les dérivées acquises ou espérées. D'une façon générale on n’accorde pas de temps à en faire l'intégration.

Il faut dire que l'électricité est entrée à un mauvais moment dans la vie publique. Après les grands ænthousiasmes pour la collectivité et ces brillants débats sur toutes les questions traitées de haut, dans une vue d'ensemble avec comme horizon la nation dans l’avenir, qui marquèrent la jeunesse de notre vie parlementaire pendant la première moitié du dernier siècle, l'esprit public da&rant la seconde moitié qui fut l’époque où il eut à soccuper du problème posé par l'intervention de l'électricité dans ‘économie générale semble subir une profonde dépression ou du moins obéir à de tous autres mobi-

les. I ne synthétise plus les affaires qui lui sont soumises, il les analyse, et substitue à la recherche d’une solution formant un tout constitué, au dépens parfois des détails constitutifs, la préférence pour l'étude des détails constituants sans marquer la ligne du monument définitif. Ces deux états d'esprit contraires, ont l’un et l’autre leurs avantages et leurs inconvénients. Il nous suffit de les signaler et d’en trouver des applications typiques dans la manière différente dont furent traités, aux deux époques de leur règne successif, deux problèmes assez voisins et dont le second ne cède en rien comme importance au premier, celui de l’organisation des transports par voie ferrée et celui de l’organisation du transport de l'énergie par voie électrique. Il est extrêmement instructif de comparer les grands bruits de tribune provoqués par l’examen de la question ferroviaire de 1837 à 1842, aux étouffements systématiques de 1885 à 1906 sur tous les essais faits pour amener une discussion spéculative sur la question électrique. La poétique, pourrait-on dire, qu'Audiganne éditait en 1558 et 1862 sous ce titre : « Les chemins de fer aujourd'hui et dans cent ans », est toujours à faire pour l'electricité. Nos législateurs avaient eu cependant de suite sous les yeux tous les éléments voulus pour brosser un tableau d'ensemble d’une quesüon dont il leur était donné d'apprécier et de favoriser l'avenir. Nous sommes persuadés que venue plus tôt à la vie économique, par suite du jaillissement de considérations qu'elle n’aurait pas manqué de soulever dansecette tribune de la nation qu'est le Parlement, l'électricité aurait trouvé de suite sa véritable signification sociale, et une place de tout premier ordre dans l’économie politique, alors que tout en reconnaissant son extrême intérêt bien peu cher-

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chent à en définir maintenant encore l’exacte personnalité. Il ne faut pas croire, au surplus, que la chose ne vaut qu’au point de vue spéculatif et qu’à cette différence de traitement le malheur n'est pas grand. Se détacher du terre à terre, survoler une question est souvent de grande conséquence pratique. Cela permet de donner à son développement la direction utile, sans pertes de temps et détours fächeux, pour les résultats qu’on en peut et doit espérer:

Notre premier soin va donc être d'effectuer ce survol de la question électrique, quitte à paraître un peu hasardé dans les commentaires auxquels de telles généralisations entraînent, afin d'essayer d’en dégager l'avenir économique, et de situer celte étude dans l'atmosphère de pensées où nous l’avons conçue.

Le premier résultat de notre méditation tendant à ce que nous avons appelé faire l'intégration du phénomène électrique pourrait se traduire ainsi « L’électricité est l'énergie libérée sous forme distribuable. » Il semble, tout d’abord, qu'il y ait une singulière témérité scientifique à vouloir assimiler l'électricité à l'énergie, alors qu'en général on la considère comme une des nombreuses espèces d’énergie. Aussi tenons-nous, avant d’aller plus loin, à dissiper les scrupules qu'on pourrait avoir à cet égard.

Depuis fort longtemps, les savants ont émis les hypothèses les plus variées sur la constitution de la matière. C’est ainsi qu’une théorie ancienne semble avoir voulu voir dans la matière un ensemble de tourbillons atomiques infiniment petits qui, en défi-

nitive, ne seraient que de l'énergie ramassée sous une action centripète considérable la condensant. Cette théorie un peu abandonnée pourrait fort bien être reprise. M. H. Poincaré, dans son ouvrage sur la Science et l'Hypothèse, paru à la Bibliothèque de Philosophie Scientifique, fait état de l'alternance que présentent les hypothèses dans l’histoire de ‘la science où elles reviennent, après un temps d’éclipse, souvent plus brillantes qu’à l'époque où elles avaient paru. La théorie qui voit dans la imolécule tout un monde animé dans le genre d’un système planétaire mettant l'infiniment grand dans l’infiniment petit, peut fort bien être conçue comme un retour vers la conception énergétique. Le Docteur Gustave Lebon, dans son ouvrage sur l’Evolution de la Matière dont la vogue fut considérable, donnait d’ailleurs, il y

a quelques années, un retour d'actualité saisissant à

l'hypothèse énergie-matière, réduite à la forme simpliste que nous avons envisagée tout d'abord. Au moyen d'expériences dont, il est vrai de dire, les résultats furent par la suite contestés, M. Gustave LE- BON mesurait une certaine dégradation de l’énergie contenue sous forme condensée ou mieux centripète ou encore latente dans l’atome en énergie active ou centrifugé ou dégagée. Il tentait d'expliquer par là les phénomènes de radio activité qui préoccupaient tant alors le monde savant. La matière se décomposait donc en énergie.

Les idées nouvelles sont nettement dirigées maintenant vers la théorie électrique de la matière. Cette théorie trouve sa base dans l'idée émise par LorenTz des particules électriques ou électrons. M. Lucien PoiNcaRÉ, ancien directeur au ministère de l'instruction publique, dans son ouvrage. L’Electricité (Bibliothèque de Philosophie Scientifique), fait

mention de cette théorie dans les termes suivants qui en montrent toute l'ampleur : « Aux yeux de beaucoup de savants modernes, les phénomènes électriques doivent être considérés désormais comme jouant dans la nature, un rôle prépondérant ; la particule d'électricité, l’électron serait en quelque sorte, le substractum universel. » Henri Poincaré avait dit avant lui, en se plaçant au point de vue général des théories de la physique moderne, «ce que nous avons de plus satisfaisant, c'est la théorie de -Lorenrz qui explique les courants électriques par les mouvements de petites particules électrisées ». Par ces deux citations, on voit le développement qu'avait pris, en quelques années, la théorie de l’électron. Considéré d’abord comme une quantité d'électricité, accompagnant dans certains cas la mätière, de Lorentz cité par Henri Poincaré aux audaces plus modernes dont fait état Lucien Poincaré, l'électron en devient le substractum universel. La physique va maintenant plus loin. L’électricité prend de plus en plus la forme matérielle. M. Maurice LEBLANC, membre de l’Institut et inventeur auquel nous devons des aperçus hardis sur les théories du jour, écrivait en juillet 1921, dans une note de vulgarisation publiée par la revue Science et Industrie « L'électricité est le corps simple par excellence. Nous ne le connaissons qu'à l’état gazeux. Ses atomes dits électrons, ont une masse (m = 8 x 10% gr.). À la température de o° centigrade, la vitesse efficace de l'électron dans son mouvement d’agitation est de 110. kilomètres par seconde... ». Finalement la matière se résoudrait à l'électricité.

Nous pouvons conclure de ce qui précède, hypothèses énergie-matière et électricité-matière, qu'il serait fort possible par suppression du terme

commun, de réduire ces deux théories à une hypothèse électricité-énergie.

Sans vouloir entrer dans des.considérations scientifiques d’un ordre plus abscond, on peut donc avancer qu'assimiler l'électricité à l'énergie ne sort pas de la hardiesse conimune des conceptions physiques modernes.

— Si maintenant, nous cherchons à définir l’un

des termes électricité ou énergie que nous voulons assimiler il faut convenir que nous nous trouvons en face d’une difficulté insurmontable. Il semble impossible de donner une définition intrinsèque ou complète par elle-même — définir l'énergie par la force ne serait que renvoyer ($) la difficulté à la définition introuvable de la force — de ces deux mots qui pourtant représentent pour nous des réalités bien vivantes. « Ayons donc le courage intellectuel,

écrit Lucien Poincaré dans son ouvrage sur l’Electri-

cité déjà cité, de nous mettre directement en face des choses et regardons-les sans intermédiaire. Il ne nous faut ressentir aucune honte de notre infirmité et nous devons, au contraire, être fiers de pouvoir raisonner sur ce que nous ne parvenons pas à sentir . » Ces termes, énergie et électricité, subissent d’ailleurs en cela, le sort de la plupart des mots de notre vocabulaire auquel nous confions le soin d'exprimer les choses dont nous doutons le moins. Est-il donc plus aisé de définir, par exemple, l'intelligence ?.…

Prenant le mot d'énergie, à défaut d’une défini-

tion qui ne saurait jamais noys satisfaire, nous allons du moins tenter d'analyser la conception qu'il éveil-

($) Sous forme plus mathématique l'énergie c’est le développement ou l’action d'une force dans le temps et dans l'espace. La force et l'énergie sont deux noms donnés à la même puissance, considérée dans le second cas à son état actif.

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le dans notre esprit. La première singularité c'est que le mot d'énergie présente pour nous une entité, c’est que nous avons la notion d'une « énergie cosmique unique » (voir « L'activité psychique et la vie » du Professeur Bechterew, de St-Pétersbourg, traduit par le D' P. Keraval, médecin en chef des asiles de la Seine, Librairie Ch. Boulangé, 1907, et les nombreuses références que fait l’auteur aux écoles allemandes d'Ostwald, de Grote, notamment), alors que les manifestations par lesquelles l'énergie se révèle prennent toutes les variétés des forces diverses qui nous frappent. Que ce soit La lumière, le son, le mouvement, la chaleur, la croissance des êtres, la volonié humaine, nous reconnaissons en toutes ces variétés les activités d’une même personnalité qui est l'énergie.

Il est fort probable que cette synthèse inconsciente provient de la possibiliité que nous avons reconnue à ces différentes manifestations de forces de s’accompagner simultanément ou de se résoudre les unes dans les autres suivant les conditions dans lesquelles elles s’exercent. Il est très rare que la lumière ne s'accompagne pas de chaleur et inversement. Le mouvement, habituellement, produit un son. La vie ou la volonté d’agir se double de mouvement. D'ailleurs, les découvertes physiques vinrent consolider l'opinion que l’on avait de la personnalité de l’énergie se rencontrant comme manifestation d’une cause unique, la force. Il y a une demi siècle, la découverte de la « conservation de l'énergie » et de ses transformations en physique venait répondre à l'idée d’absolu qu'avait notre pensée. Immédiatement l’esprit allait plus loin et par le principe de la conservation de l'énergie étendue à tous les domaines, il se consolidait dans l'opinion que l’énergie était partout la

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manifestation d’une entité toujours unique. « Les modes de l’inconnaissable, disait Herbert Spencer, que nous appelons mouvement, chaleur, lumière, affinité chimique, etc..…., sont transformables les unes dans les autres et dans ces modes de l’inconnaissable que nous distinguons par les noms d'émotions, de sensations, de pensées, celles-ci à leur tour peuvent par une transformation inverse, reprendre leur première forme. » Plus hardis que le philosophe anglais, qui reconnaissait un principe de conservation dans deux modes différents de l’inconnaissable, physique et psychique, des penseurs modernes réunissent en un seul ces deux. modes d’inconnaissable euxmêmes. Dès 1903, le D’ Bechterew, de St-Péters- .bourg, et une bibliographie plus étendue nous permettrait sans doute de citer d’autres références, s’engageait dans cette voie. Par l'identité dans la loi de

leurs manifestations qui est la conservation, ils en.

déduisent leur identité elle-même fondée sur l'énergie. ; TL

La connaissance des phénomènes électriques est venue confirmer encore la conception que l’on avait de l'entité de l'énergie. Grâce à cet agent inconnu,

l'électricité, on vit la possibilité de passer de l’une

de ces manifestations de forces à une autre, du mouvement à la lumière, de la lumière à la chaleur, etc.

On entrevit enfin qu’il serait possible un jour de ra-.

mener par l'électricité, toutes les manifestations de l'énergie à une commune mesure, ce qui semble bien être la preuve que l'énergie est unique en soi. Les choses, certes, ne se sont pas produites ou ne se produisent pas avec cette simplicité apparente et nous sormmes encore loin d'avoir appris à mesurer au même mètre, toutes les sortes de manifestations de l'énergie, ce qui supposerait que nous avons dès maintenant la

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possibilité de transformer toutes espèces d'énergie en électricité. Mais chaque jour, la science travaille à ramener à cette commune mesure, évaluées en grandeur électrique, les manifestations énergétiques anciennes ou nouvelles dans les ordres les plus divers, physique, chimique, biologique et même. psychique.

La conception de l'énergie unique, animant les planètes ou les micelles des cellules vitales les plus infimes, non seulement n’a jamais été infirmée mais elle se trouve donc confirmée de jour en jour de manière plus éclatante.

Si, pour l'électricité, nous nous posons la même question que. pour l'énergie, nous nous. trouvons devant la même difficulté à la définir. Mais si alors nous nous demandons quelle conception le mot d'électricité éveille en nous, nous ne pouvons hésiter à reconnaître que c’est la conception même éveillée par le mot d'énergie, et nous ne pouvons manquer de trouver là les raisons déterminantes d'une identité. :

Rien ne saurait être aussi révélateur de la force de cette conception que d'interroger l'opinion commune. À ce point de vue, nous nous reportons à la lecture faite il y a quelques temps sur l'écran cinématographique à l’occasion d’un film populaire (intitulé Travail) de grand succès, de l’aphorisme suivant : « Un jour viendra où l'électricité, comme l'eau, comme l'air appartiendra à tout le monde. » L'impassibilité convaincue du public répondait de l'intensité de ses convictions. Le contexte ne laissait aucun. doute. L’électricite, dans sa conception générale, élément qui dans l'avenir idéal tomberait dans la propriété commune et.libre de la collectivité, c'était l'énergie éparse autour de nous, et qui domptée par l'homme

serait mise à la disposition de chacun, pour la satisfaction de tous les besoins, supprimant enfin l'effort pénible de l'homme à maîtriser la nature pour en extraire les richesses. L'esprit se complait vraiment à s'imaginer ce que serait la vie dans un monde où l'intelligence et le cœur de l’homme, dégagés des soucis matériels, auraient seui. à agir. La force enfin captive permettrait de réaliser un tel devenir et l’imagination s'exerce déjà à diminuer les distances qui nous en séparent... Nous ne voudrions pas par quelques ombres assombrir un tel tableau.

La foule est souvent hallucinée par ses rêves, et sa conception pour être brillante n'en est pas pour cela plus proche de la réalité. Mais nous allons trouver la même conception dans le monde scientifique, et nous nous reporterons encore au témoignage de M. Lucien Poincaré qui semble bien en refléter l’esprit : « Les besognes serviles tendent à disparaître, écrit-il dans son ouvrage sur l'Electricité déjà cité ; trop longtemps sous une forme atténuée sans doute, mais encore pénible et opprimant, a duré l’asservissement à la nature. Quand la navette marchera seule, disait Aristote, on pourra peut-être supprimer l’esclave. Ces temps que le philosophe antique considérait comme ne devant jamais venir, ne paraissent plus éloignés aujourd’hui. Bientôt, mue par l’énergie que la science a su conquérir, la navette travaillera sous la direction active et intelligente d’un homme sur qui ne pèseront plus les servitudes de la matüière, et, dans le domaine moral comme dans le domaine économique, l'électricité aura été la grande libératrice ».

L'opinion populaire comme l'opinion savante nous ramènent ainsi à cette conception commune de l'électricité identifiée à l’énergie. Par un contre-

sens assez singulier, si l’on passe du domaine des idées dans celui des faits quotidiens, l'électricité est descendue de son piédestal et ravalée à une modeste situation. Il est mêmé curieux de voir que dans les milieux professionnels qui sont en contact quotidien avec les phénomènes électriques, qui établissent les appareils propres à leur captation, ou qui en réalisent techniquement et commercialement la vente, qui sont donc mieux que tous autres capables d'ouvrir les veux sur le caractère propre et extrêmement original de l'électricité, se rencontrent fort peu de personnes décidées à la remettre à son niveau et à la séparer d’autres éléments avec lesquels des aspects très secondaires la rapprochent. Et pourtant combien les différences sont grandes ! « Placez entre les mains d’un ouvrier intelligent, écrit M. Daniel Berthelot, membre de l’Institut et Président d'honneur du Syndicat des Producteurs et Distributeurs d'Energie Electrique, dans une note sur l’Evolution des Industries Electriques, un moteur d'automobile d'abord, puis une dynamo. En examinant le premier, en le mettant en mouvement, il arrivera sans trop de peine à en comprendre le fonctionnement, voire même à en réparer les accidents. La dynamo, au contraire, lui restera toujours une énigme s’il n’a pas reçu la clef théorique qui peut lui ou: vrir les portes du domaine mystérieux. C'est qu'en effet l'électricité n'appartient pas au monde sensible. Le toucher, la vue, l’ouïe, nous renseignent sur l’anatomie et la physiologie d’une machine. Aucun de nos sens ne nous avertit du passage de l'électricité dans un conducteur. Rien ne nous indique si le fil léger tendu au-dessus de nos têles est inerte et au repos, ou si un flux d'énergie le parcourt. Rien ne révèle l’insaisissable Prométhée à nos sens impar-

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faits. Nous le savonsimaintenant, le monde de lélectricité est si vaste, si varié, que pour un physicien moderne il serait bien difficile de trouver des phénonènes où elle ne joue aucun rôle... » Nous avons élendu à plaisir celte citation qui, par l'autorité qui s'attache à la personnalité de l'auteur, vient appuyer ce que nous disions précédeniment sur l'opinion du monde savant concernant l'identification de l'électricité et de l'énergie. |

Est-il donc possible de comparer plus longtemps sans faire l'effort pour l'en dégager l'électricité, cet élément insaisissable et supérieur, à une denrée comiméreiale quelconque, et de diminuer par une assiilation trop facile la réputation qu'elle mérite. D'un certain côlé, envisagées dans un sens crilique, ces comparaisons sont de nature d’ailleurs à affermir la haute conception que l’on doit se faire de l’électricité.

On a, par exemple, comparé et assimilé l'électricité au gaz, la distribution de l'énergie par l'électricité avec la distribution des gaz propres dans cerlains cas à produire l'énergie, ou encore avec la distribution de l’eau où de l'air sous pression. Sans doute l'on se plaçait tout d'abord sur le terrain de la vicinalité, pour établir les conditions d'existence el de relations entre eux de facteurs certainement différents, mais intéressant par un de leur aspect commun la vie coliective, I y avait à cela quand mème, nous semble-t-il, quelque chose d’injuste. On doit reconnaître jusque dans les traitements de la vie ordinaire des différences de considérations suivant l'importance que l'on attache au développement de tel ou tel agent économique, IT Y à, au surplus, à agir autrement, le grave danger d'une part de masquer le vériable caractère d'un élément important de progrès,

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d'autre part d'en limiter ou d'en différer J'évoiution en ne lui laissant que des moyens médiocres. L'électricité était mise dans sa vie publique au niveau du gaz d'éclairage, de l'eau ou de l'air sous pression, et elle garde encore l'empreinte de cette comparaison.

Rien pourtant ne distingue la distribution du gaz de celle distribution de la houille qui se fait, par exemple, par voie ferrée d'une gare à une autre, qu'une simplification des moyens. On a extrait du charbon les éléments de ses composants qui sont les plus propres à produire l'énergie qu'on lui demande ordinairement, on s'est limité aux éléments gazeux qui se sont prêtés tout naturellement à un transport automatique sous l'effet de la gravité. Elle est comparable à cet autre genre de distribution qui envisage egalement par tuyaux, au moyen de la pression ou de l'aspiration, un transport des pétroles du Hâvre à Paris, ou mieuëx encore d'Amérique en Angleterre.

La distribution de l'eau ou de l'air met à profit certains phénomènes de compressibilité ou d’expansivité pour recueillir en un point un effort produit en un autre point. Mais rien en définitive ne la sépare de cette distribution d'un mouvement par transimissions d'arbres, de courroies ou de cordes que l’on voit réaliser dans les installations industrielles.

La distribution de l'électricité est quelque chose dé tout différent. C'est la distribution de l'énergie elle-même, de cette puissance immatérielle qui, au gré de nos volontés et utilisant les moyens mis peu à peu par la science à notre disposilion, se mue en lumière, en chaleur, en mouvement, en force chimique, peut-être même en force biologique et psychique. Nous ne voyons pas d'autre manière de distribuer que par l'électricité, non pas des matières sus-

ceptibles de produire l'énergie, non pas des mouvements, mais l'énergie elle-même. En somme, l’énergie électrique, c'est l'énergie transportée. La distribution de l'énergie électrique c’est la distribution de l’énergie tout court, et pour bien comprendre l'importance économique et sociale de la distribution de l'électricité, il est important de ne jamais perdre de vue cette considération, à laquelle est d’ailleurs bien propre de nous amener les comparaisons que l’on a voulu faire de l'électricité avec d’autres agents.

Nous pouvons considérer comme admis que l’électricité est un mystérieux moyen de capter l'énergie pour en faire une distribution. Avant elle on avait pu transporter de la chaleur mais en rendant aux pertes près toujours de la chaleur à l'extrémité de l'appareil de transport. De même, on avait pu transporter le mouvement sous ses différentes formes de chocs ou de continuité, mais en rendant le même mouvement aux atténuations près. Seule l'électricité nous a permis de prendre et de transporter l'énergie en essence, la captant sous l'une quelconque de ses formes, chimique, ‘mécanique, calorifique, et nous mettant à même de la rendre également sous l’une ou l’autre de ses formes au gré de notre volonté. Pour que l'assimilation fût complète entre l'électricité et l'énergie, il faudrait évidemment que ,nous soyons bien assurés que dans l’avenir aucun autre moyen de transport ne se présentera que l'électricité. Il y a donc un facteur d’indécision contraire à une assimilation absolue entre les deux conceptions.

Il est possible de traduire par une forme mathémaique notre raisonnement d'identification, et de bien saisir par eile le point où nous sommes parvenus. Supposons que nous appelions À l'énergie. Elle donne des effets que nous nommerons a, b, c.... de telle

sorte qu'elle pourrait être définie par ces qualité a, b, c.. Or, l'électricité qui cache pour nous l’inconnue X a toutes les qualités a, b, cr. ide À qu'elle reproduit et n'en a pas d’autres. Nous pouvons conclu. re que l'électricité aura la même définition que l'énergie, et que X n'est autre que À. Il en sera ainsi tant que électricité et énergie ne seront pas vues cas pables l'une d’une qualité n'’appartenant pas à l’autre ($). |

On voit par cette définition qui marque l'identité actuelle existant mathématiquement entre électricité et énergie que scientifiquement l'avenir est un inconnu pour cette identification. Aussitôt que l’énergie ou l'électricité auront une qualité différente notre assertion pourra être considérée comme inexacte.

Il convient pourtant de ne pas s'arrêter plus qu'il ne convient à cette hésitation. « L'Avenir apparait avec des résultats voilés, mais qui doivent nécessairement se lier aux faits déjà acquis à la science et que l'œil de l'esprit, comme dit Hamlet, tâche de dégager des nuages qui les entourent. » Dire que l’électricité c'est l'énergie, c'est entrevoir sans doute une vérité dont les futurs développements du savoir, liés aux développements actuels, sont appelés à faire rayonper la clarté. Les connaissances de la nature en montrent sans cesse peu à peu l'unité et il y a beaucoup à espérer que cette unité ne s’écarte pas de celle, qu'avec audace il faut l'avouer, la pensée peut entrevoir dès aujourd’hui.

($) J1 va sans dir que la réalité ne présente pas cette rigueur arith: métique, mais aux infirmités près qui sont du domaine de nos perceptions et de nos connaissances elle nous en fait reconnaître la loi dans le domaine de l’absolu.

Dans le premier effort spéculatif que nous venons de faire, nous avons été amenés à identifier électricité et énergie, de telle sorte que l’une bénéficie de toute la situation de l’autre dans le domaine économique. Au cours de nos développements précédents, nous avons déjà pu pressentir la haute portée de celte situation. Il convient, semble-i-il, d'entrer maintenant dans les détails et nous le ferons (puisque aussi bien de par ce qui a été dit, nous en avons le choix) sous le vocable énergie dont la portée, par suite des habitudes prises, paraît plus générale.

Si l’on se reporte à la table des matières des ouvrages classiques d'économie politique, il est bien rare de trouver le mot énergie aux divisions des articles. Sa place semble indiquée en premier lieu au titre de « la Nature » parmi les facteurs de la production. C'est comme facteur de la production, en effet, que nous voyons toute l'importance de J’énergie. Mais observation plus curieuse encore, non seulement l'étude de l'énergie ne forme pas l’une des sections d'un chapitre où nous croyons qu'elle dexrait se placer en bonne place ($) on rechercherail encore sans plus de succès, le terme énergie lui-méême dans les indexs alphabétiques dont les auteurs ent pris soin de faire suivre leurs ouvrages en référence des mots qu'ils y ont employés. Ce concept de l'énergie paraît donc, à première vue, absolument étranger aux préoccupations de la science économique. |

Il'est pourtont d'une fécondité remarquable. Si Fon veut bien nous suivre dans les considérations que nous allons rapidement exposer et si l’on veut surtout pousser, à loisir, les méditations auxquelles

($) Ce que ‘on appelle force motrice n’est en réalité entendu que comme l’une des formes de l'énergie.

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