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CHAPITRE IV

L'avenir du setter anglais

Dans tous les domaines où il a exercé son action, le progrès a été une arme dangereuse ; s’il a fait faire à l'homme des chefs-d’œuvre, il l’a malheureusement trop souvent égaré dans le dédale des découvertes funestes.

C’est de cette idée de progrès à rebours, de fausse route, que nous devons partir pour envisager l’avenir du Setter anglais. Et l’écueil qui fait dévier le Setter anglais de sa route normale, telle que l'avait comprise LAVERACK, est le mauvais parti que l’on a tiré des fields-trials. Ce sont surtout les Anglais qui doivent être incriminés puisque ce sont eux qui ont manqué de psychologie et se sont trompés totalement sur les possibilités du Setter. Grisés par leur passion de la vitesse, ne recherchant que la vitesse, ils ont voulu faire du Setter un chien aussi rapide que le Pointer. En même temps qu’ils augmentaient la vitesse de leurs chevaux de chasse, ils augmentaient celle de leurs chiens courants, ce qui était normal, et celle de leurs chiens d’arrêt, ce qui était complètement erroné. Or, le Setter n’a jamais été un chien à très longue quête, voilà ce que les Anglais n’ont jamais voulu admettre. Ils ont infusé à leurs Setters du sang de Pointer, les ont fait concourir ensemble et sont arri-

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vés ainsi à réduire à néant tout le travail de LAvE- RACK.

En France, les principes anglais ont prévalu, et le type actuel du Setter est un chien haut sur pattes, allongé, aux poils semi-longs, un chien au galop rapide qui ne rappelle en rien le Setter ancien, près de terre, puissant tout en étant élégant, aux beaux poils soyeux, à l’allure rampante, beaucoup plus résistant que le Setter actuel qui est plus taillé pour la course que pour la chasse.

Quel est l’avenir du Setter anglais ainsi transformé ? Tous les cynophiles réputés à qui nous avons posé cette question ont été pessimistes. Ils ont argué la difficulté d’un élevage actuellement, sa cherté et également l’évolution de la façon de chasser ; enfin, le perfectionnement de certains chiens, qui, comme l’Epagneul breton, tendrait à remplacer en France les Setters. Quant à nous, en plus de ces raisons qui font présager au Setter anglais un sombre avenir, nous en ajouterons une qui nous paraît primordiale : l’apathie des éleveurs qui pour la plupart ne trouvent plus dans le chien qu’une source de revenus et se préoccupent peu de savoir quelle sera la destinée du Setter, pourvu qu'ils puissent vendre ceux qu'ils détiennent actuellement.

Telles sont les raisons qui font envisager sous un mauvais jour l’avenir du Setter anglais.

Quels remèdes pourrait-on apporter ? D'abord et avant tout, revenir au type ancien. Nous savons que dernièrement un setterman renommé, qui cherche à restaurer le Setter anglais, a trouvé deux types admirables en Suisse.

I] faut ensuite sélectionner et exclure irrémédiablement de tout concours, les chiens rappelant même faiblement une infusion de sang de Pointer.

Il faut, comme on le fait depuis peu de temps, faire des fields-trials où seuls les Setters ont le droit de concourir ; et surtout ne pas oublier que le Setter est un chien à moyenne quête, à allure rampante et à arrêt couché.

I est nécessaire également de former des juges qui connaîtront bien le Setter et chercheront à revenir au type Laverack. Il est impossible d’obtenir de résultat si les jugements continuent à faire prévaloir le type actuel.

Les Américains ont si bien compris la nécessité de revenir en arrière que les Setters anglais qu’ils avaient transformés en véritables chiens de courses, retournent maintenant au type ancien ; il est vrai que leurs fields-trials qui durent huit jours leur ont montré le peu de résistance du Setter actuel.

En résumé le Setter anglais se trouve actuellement au point le plus critique de son histoire ; derrière lui : un brillant passé, devant lui : un avenir sombre, que seuls pourraient transformer une sélection rigoureuse et des fields-trials appropriés à ses qualités naturelles.

Malgré les difficultés de la vie présente, nous souhaïtons qu’il se trouve des settermen qui comprennent toute la nécessité de la transformation du Setter actuel et qui reviennent à ce chien racé et résistant pour lequel LAVERACK avait consacré sa vie.

Nous espérons que les obstacles rencontrés ne les rebuteront pas car, s’ils arrivent au but désiré, ils auront sauvé d’une décadence certaine l’un des plus beaux et des meilleurs chiens d’arrêt.

Conclusions

Nous ne voudrions pas terminer cette étude sur le Setter anglais, sans souligner cinq points essentiels dont nous nous sommes constamment efforcé de faire ressortir l’importance.

I. — Le Setter anglais est le chien de LAVERACK ; il est indubitable que c’est grâce à lui, grâce à un élevage judicieux que le Setter anglais a atteint la plénitude de ses capacités.

II. — Malheureusement les modifications ultérieures apportées par les éleveurs anglais ont presque complètement détruit tout le travail de LAVERACK.

III. — Ces modifications ont été si néfastes qu’il n'existe plus actuellement un seul Setter Laverack pur. Inutile d'ajouter que ces méthodes d'élevage des successeurs de LAVERACK sont à rejeter.

IV. — Il n’y a qu’un seul moyen d'empêcher le Setter anglais de sombrer dans une déchéance totale : le

retour au type ancien.

V. — C’est par une sélection continue et bien comprise, en faisant de la consanguinité raisonnée, en partant de géniteurs en bon état, que l’on retrouvera une race pure.

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Nous insistons particulièrement sur lurgence de la mise en œuvre de ces deux derniers points par les juges et les éleveurs.

La sélection ne sera ni inconsciente, ni empirique, mais méthodique et visant la reconstitution de la race primitive ; c’est ce que CORNEVIN appelle : « La sélection progressive ».

C’est à cette méthode que nous devons donner nos préférences si nous voulons, pendant qu’il en est temps encore, retirer le Setter anglais du mauvais chemin où il est engagé.

Vu : Vu :

Le Doyen, Le PRÉSIDENT, ROUSSY. GOSSET.

Vu et permis d'imprimer

LE RECTEUR DE L’AGADÉMIE DE Paris,

S. CHARLETY.

FIGURE 1 Type idéal du Setter anglais

FIGURE 2 Type actuel de Setter anglais

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