‹ Le seul bandit du villageChapitre 4 sur 12 · I.A BARONNE · texte numérisé non relu

I.A BARONNE

Julie, vous pouvez aller vous coucher.

L.\ BONNE

Madame se déshabillera seule?

LA BARONNE

Oui.

LA BONNE

Je vais lermer les volets.

LA BARONNE, vivement.

Non.... Je laisserai la fenêtre ouverte. Il fait un peu chaud.... Allez. (Exit la bonne. La baronne jiendant ce qui suit, ôte son chapeau.)

ARSiiNE, aux écoutes.

Il n'y a pas à dire, ma place n'est pas ici. La place d'un vagabond est partout, excepté dans un cabinet à robes,... Je suis chez des étrangers. On est bien dur pour les voleurs. Si on savait toutes les gènes et toutes les humiliations qu'on a dans ce métier-là! Enfin, t?ette dame ouvrirait la porte et me demanderait ce que je viens faire ici, je ne serais pas à mon aise. (Regardant le

JE NE FAr<. OLE l'A.SSER...

jond flu cabinet.) C'est triste, ici. Il y a des robes qui doivent sentir bon. Mais j'ai le nez bouché.... (Regardant la porte.) Heureusement qu'il me vient un peu de lumière. Ça m'égaie un peu. Quand cette lumière s'éteindra, je verrai que la baronne est couchée. (Pendant cette dernière phrase, la baronne s'est approchée du cabinet à robes. Elle en ferme la porte.)

L.\ BARONNE, allant jusqu'à la fenêtre et regardant au dehors.

Personne encore. Le fossé est sombre.... Le champ en face est faiblement éclairé par la lune.... Triste décor pour une première faute.... Dans cinq minutes il sera ici.... (Descendant à lavant-scène.) C'est curieux, cet événement décisif ne produit en moi qu'une impression bien faible.... Évidemment, ça me fait quelque chose de tromper mon mari. Mais quand je compare cette impression avec ridée que je me faisais de la première faute! La première faute! Comme ces mots avaient une importance dans mes rêves de jeune fille. C'était plus grave encore, plus imposant que la nuit nuptiale.... Et ça va être encore plus toc, j'en ai peur.... Mon mariage au moins sélait accompli au milieu d'un appareil solennel, et de gens qui me regardaient, qui m'enviaient.... L'adultère manque décidément de musique et de spectateurs. Seul à seul, dans le silence d'une chambre, c'est d'un froid!... (Elle va à la fenêtre et revient à ravant-scène.)

Quand, cédant aux pressantes sollicitations de ce gentlemanfa rmer, je lui ai permis de venir ce soir... c'est curieux ce que j'y tenais peu. Seulement mon mari s'absentait, il fallait profiler de l'occasion. L'occasion! C'est bête! Mais les raisonnements les plus sages échouaient contre cette idée fixe : mon mari s'en allait, il fallait le tromper. Le tromper! c'était du nouveau, de l'inconnu. Ah! tous les raisonnements ne pèsent pas lourd, quand ils vous conseillent le statu quo. (Elle va à la fenêtre et revient à l'avani-scène.) Ce gentleraan-farmer a pour lui d'être élégant et distingué. C'est évidemment ce qu'il y a de mieux dans le pays. Et puis, il m'a laissé entendre qu'il m'aimait. C'est bien difficile,

quand on se trouve avec un genlleman-farmer qui vous aime, de ne pas l'aimer soi-même, un petit peu....

Il est onze heures (Elle regarde la ieiièlie, puis toiiine la lèle du

côté opposé.) J'entends le cri de la hulotte. C'est lui.... Il imite d'une façon parfaite les cris de tous les animaux et des automobiles. 11 est con^enu qu'il doit venir avec deux serviteurs muets et une grande planche que ses serviteurs enverront pardessus le fossé, en l'abaissant comme un pont-levis sur l'appui de la fenêtre. (On voit rextrémité d'une ])lan(he qui entre par la fenêtre.) Je n'ose pas regarder. (Elle se retouine. Le gentleman ai)iiarait sur la planche. Il saule à terre.)

LE GENTLKMAN-FAiiMKR, posant un doigt sur SCS lèvres.

Je ne fais que passer. Bonjour (avec recueillement :) ma l)ienaimée.... J'hésitais à venir; mais il fallait bien vous prévenir. ^ otre mari a des sou[)(;ons. \'ous le croyez sur la route de Paris? Pas du tout! 11 est allé jusqu'à la première station. Il revient sur un tricycle à pétrole, en ramenant derrière lui dans une petite voiture le commissaire de police de la ville voisine.

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