SI J AVAIS UN FAUTEUIL COMME CELUI-LA
iO LE SEUL BANDIT DU VILLAGE.
LA BON.NE
Elle ne se réveillera pas, soyez tranquille.
ARSÈNE
Moi, vous savez, donner des coups de lingue, c'est pas ma spécialité. Une fois, je me suis évanoui dans un château pour avoir tué un traversin.
LA BO.NNE
Un traversin?
ARSÈNE
Oui, c'était chez un garde. J'étais venu la nuit, j'avais forcé la porte. Je m'étais rué sur le lif.... Seulement mon garde n'avait pas couché là. Je me suis aperçu le matin que j'avais tapé dans un lit vide....
LA BONNE
Mais il ne s'agit pas de toucher à madame. Elle a toujours été gentille pour moi, elle. C'est une brave dame tout à fait, et il faut vraiment que ça soye mon inlérèl, pour que j'y fasse du tort.
ARSÈNE
C'est donc bien entendu que, si elle se met à crier, je m'excuse. Je veux bien voler ce que vous voudrez, à part ça. Y a-t-il ici qué'que bibelot qui vous fasse plaisir? Je ne sais pas, moi : voyez ce qui peut faire votre affaire. Parce que, dame, Une fois que je serai sorti, je ne rentrerai pas.... Tout de même, j'aimerais mieux être ailleurs, qu'ici.... Ah! Marguerite! pourquoi est-ce que vous m'avez choisi?
LA BONNE
Je ne m'appelle pas Marguerite.
ARSÈNE
C'est possible.... Vous n'avez pas vu jouer //; Tour de XcaleJ Y a une femme qui s'appelle Marguerite. Ah ! Marguerite ! pourquoi est-ce que vous m'avez choisi?
LA BONNE
Il n'y a (lue vous de voleur dans le village.
ARSÈNE
C'est vrai. Il faul èlrc un piopre à rien comme moi pour venir travailler dans un trou pareil.
LA BONNE
Voici le moment de vous cacher. Entrez dans ce cabinet à robes.... (Il enlie à gauche.) Je vous laisse la porte entr'ouvei'te. Vous guetterez madame. Quand vous verrez qu'elle dort, vous sortirez doucement....
ARSÈNE
Ah! ne parlez pas de ça, vous l'avez déjà dit. Rien que d'y penser, ça me fait mal au cœur. Parlez-moi plutôt de mes troi;^ cents francs. Dire que. le mois dernier, j'ai refusé une place de professeur de bicyclette dans un manège.
LA BONNE
Il fallait accepter.
ARSÈNE
On m'a dit que c'était fatigant — Ecoutez, ^larguerite.
LA BONNE
Qu'est-ce qu'elle fait. ]\Iarguerile?
ARSÈNE
Si je réussis dans mon entreprise, vous m'avez promis....
LA DONNE
Tout ce que vous voudrez.
ARSÈNE
Quoi? Non, simplement ce qui est convenu : trois cents francs (La regardant de côté.) Je pense pas à ça pour le moment.
LA BONNE
A quoi?
, ARSÈNE
A rien.
LA BONNE
Je vais chercher madame....
AUSÈNE
Prenez votre temps, prenez votre temps.
(Elle sort.)
Celui qui regarderait ce qui se passe dans moi, on ce moment— Ah! là là là là!... (Après avoir secoué la tète comme pour chasser une idée.) Ou'esl-ce que je vais faire avec mes trois cents francs?... Je vais commencer par m'acheter une bicyclette >' comme ça, je pourrai aller travailler dans tout l'arrondissement, excepté toutefois à. Marcigny... parce qu'il y a une côte trop dure^... Je m'achèterai un vieux clou de cinquante francs, et je l'échangerai contre une machine beaucoup plus belle quand je trouverai une occasion. On en trouve comme ça de très bien au bord du trottoir.... (Il va écouter à la porte du fond et revient à ravant-scène.)
El puis, qui sait? Je retournerai peut-être à Paris.... J'allais tous les dimanches aux courses.... J'étais en relations avec les gens les plus chics... à la sortie.... C'est toujours moi qui demandais le cocher Hubert de l'avenue Kléber, et le cocher Justin de l'avenue d'Antin. Ah! c'était le bon temps.... Zut! j'entends monter l'escalier.... Si quelqu'un voulait ma place, je la lui céderais dans de bonnes conditions. (Il enlie dans lo cabinet à robes (lonl il laisse la porte enlr'ouverte. On l'apereoil dans lenlrebaillenient. La baronne et sa bonne entrent par la porte du fond.)