‹ Le ShinntoïsmeChapitre 2 sur 44 · LES DIEUX DU SHINNTO · texte numérisé non relu

LES DIEUX DU SHINNTO

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LE SHINMOÏSMK

6 l'E SM]?C.NTOlSME

OÙ le Bouddhisme apporte un nouveau courant relip:ieux, qui se m6le au vieux courant indi^'ène : un compromis s'opère, et Tanlique Shinnlô (levi(*nl le Hiyobou-SliinnlA. c'est-:î-dire la Voie divine à doux formes'. Plus lard enfin, au xviiT siècle, un troisième mouvement se produit : un groupe d'érudits'f condamnant ces adjonctions tMrangères.

le Nakohi no Mitama, T., III, app., pp. 22, 23. 24. ' — Sifrnalons enfin, à ce propos, une tli/'orie «'trange de Sir llnrry raike8,«|ui n*hésitait pas l'i soutenir qu»^ le shinnloïfimp vient de la Chine parce qu'il porte un nom chin<i:s cf. T., III, app.. p. 122). C'est, poussée à l'absurde, une tendance dont nous ri'trouverons plus d'un exemple chez les critiques européens qui, comme .M. Cli.uiilM'rlain, abusent de la méthode philologique.

2) Sans parler d'autres combinaisons, moins importantes, que nous p'^uvivis m''frliger pour le moment. (Voy. l'ênumération de ces systèmes secondaires dans T. VII, part. II, p. in,)

i) Les principaux de ces érudits, (ou frrzf/aAotiJt/i{i, c'est-à-dire savants versés dans les choses japonaises, par opposition aux kannijak"U>hti, ou savants ▼ersi^s dans les choses chinoises-, furent, après quelques i-omuientaiours, comme Kêitchiou. qui ne s'rtaient fcucre occupas i]ue do l'aDcii-nn*- )hi.'<ii> i.aliunale, d*at>nrd Kada et .Mabout(*iii, los véritables précurseurs du niouvemt*nt shinntoïste, puis Motoori et Hirata, ses maîtres iiicontesirs. — K\i>k Ai'ZOi ma- MAHO (1069-1730) était iils du f;ardi<Mi d*un temple près de Kinlo. 11 s'adonna avec ardeur à l'étude des antiquités japonaises, et présenta au nouverniMin-nl un Mémoire resté célèbre contre l'oubli où on les avait laissées. On dit qu'avant sa mort il ordonna de détruire tous ses manuscrits, disant quo >s erreurs qu'ils contenaient pourraient tromper ses élèves, tandis que les bonnt^s choses i]ui pouvaient s'y trouver seraient aisément découvertes à nouveau. — MAit'>rT<;iii (1697-1769) fut le meilleur disciple de Kada. Comme son maître d'ai.lours, il était issu d*une vieille famille attachée au service d'un temple. Kn I7!is, il vint à Edo, où il fonda une écol*^ fameuse, et où il passa le reste de sa vie. .MotiM>ri l'appelle « le père des études antiques »; et en etTet, ce fut lui qui inaufrura l'examen critique des anciens livres avec un esprit détache df tout pnjuire chinois. Le plus intéressant de ses ouvrages, au point de vue de nos recherchf s religieuses, est le Xurito-kô, commentaire sur les rituels publié en 176><. — MoTOOHi NoHi\AaA(1730-mul)est le plus grand entre ces maîtres de réru>litio:i japonaise. Né d'une famille de samouraïs, à Matsou/aka dans la sainti' province d'Icé, il se montra, de bonne heure, avide de savoir. Son père étant mort sans laisser de fortune, il obéit au désir de sa mère en allant étudier la médec ne à Kîôto, puis rentra chei lui pour exercer cette profession. .Mais bientôt, un iivre de Maboutchi étant tombé entre ses mains, il se sentit pris soudain d'un amour ▼iolent pour l'étude des antiquités nationales. Il se hâta donc de faire la •'onnaissance du vieux maître, qui lui conseilla de poursuivre sa propre tâche en exécutant le grand projet qu*il ne pouvait plus accomplir lui-même : l'étude

LE SHINNTOYSMB 7

prétend remonter le cours de Thistoire, reculer de mille ans,

critique du Kodjiki, Motoori entreprit aussitôt cette œuvre colossale, qui, à peine commencée et lue en manuscrit, fonda sa réputation et lui attira des centaines d'élèves; mais, en pleine gloire, il resta toujours fidèle à Thomme qui lui avait montré le chemin et dont il aimait à se dire Thumbie disciple ; c'est même grâce à lui seul que les titres scientifiques de Maboutchi, un peu oubliés après sa mort, furent remis en lumière, sauvegardés et conservés enfin jusqu'à nous. Le Kadjiki-dann^ commencé en 1764, ne fut achevé qu'en 1796; et l'impression de l'ouvrage, inaugurée en 1789, ne devait être terminée qu'en 1822, longtemps après la mort de l'auteur. En 1801, pensionné par les princes et entouré d'admirateurs, Motoori visita une dernière fois Kiôto, où de véritables foules se pressaient pour entendre ses leçons et où les plus hauts personnages de la cour recherchèrent son enseignement. Il mourut dans l'automne de la même année, et fut enterré sur la colline du village natal, dans la tombe q'uil s'était lui-même préparée : une simple pierre ne portant que son nom, à l'ombre d'un sapin austère et d'un cerisier en fleurs. Outre les 44 volumes du Koijihi' denn, il laissait de nombreux ouvrages : en tout plus de 180 volumes répartis en 55 ouvrages divers. Les plus intéressants pour nous sont : le Nahobi no Mitamat ou l'Esprit de redressement, 1771, qui devait faire partie ensuite du Kodjiki-denn; le Kouzouhana^ 1780, réponse à un pamphlet évhémériste d'Itchikawa Tatsoumaro ; le Kennkiôdjmtïy ou le Fou mis au carcan de fer, réponse à une autre attaque contre les anciens livres shinntoïstes ; un examen critique des deux premiers livres du Nihonnghif les plus importants pour l'étude du Shinntô (1789) ; des commentaires sur deux de nos rituels, en particulier sur celui de la grande Purification (1795); deux ouvrages de controverse plus spéciaux au sujet de la déesse du Soleil et de la déesse de la Nourriture; une édition annotée des messages impériaux du viiie siècle; enfin le Tamagalsoumaf carnets de notes en 15 volumes publiés après sa mort, et où se trouvent des renseignements précieux sur les rites du shinnloïsme. — Hirata Atsoutané (1776-1843) fut le dernier de ces grands érudits; mais tandis que Motoori avait été surtout un historien nationaliste, Hirata fut un théologien animé d'un véritable esprit religieux. Né dans le lointain district d'Akita, au nord du Japon, d'une famille de samouraïs qui prétendaient remonter à la déesse du Soleil, il passa sa jeunesse à étudier le chinois, l'escrime, bref à recevoir l'éducation classique. Mais à vingt ans, poussé par d'autres besoins intellectuels, il écrivit un jour une lettre d'adieux à ses parents, quitta sans esprit de retour la maison paternelle, partit pour Kdo avec un écu en poche, et là, évitant de rencontrer les fonctionnaires ou amis de sa province qui auraient pu le soutenir, mais dont la société l'aurait distrait de son dessein, il se mit tout seul à la recherche d'un maître savant et vertueux qui put diriger ses études. Pendant cinq ans, il vécut dans la misère, tantôt faisant le métier de pion, tantôt se livrant à des besognes manuelles, lorsqu'en 1800, un bon samouraï l'ayant adopté, il put enfin se remettre au travail. L'année suivante, il lut pour la première fois les ouvrages de Motoori, qui le remplirent d'enthousiasme ; il courut bien vile chez le vieux savant et devint son disciple, par malheur deux mois seulement avant

N LK SIlINVmïSMK

ramener (rnn seul coii|) la religion du pays h sa simplicilr

la nior! «!•» Moloori. Mai* il avti! leru IVliiiceiK», *l c-'l ouvrier «in la «lorniere heure alluit ôin* hieiit''>l > plus farni'uz l'ntre tous ifS •-lf\ys ilu iii.ilir»v lifiix ans après, pu pfftM. il [•iihlcul son preinior travail, un»* crili>]Ui* vi >!i'nl** rie racole chinoise, et <li''S riiriiiéi* suivanie, il comoieni-ait a furriifr «les rlu-liiinls â Sun tour; c^ qui ifaiîitMirs ni> reinp^chail pHi> irezffcer encore, pnr surrroil, la prori'ssioii iinMlirale. Depuis liirs, cha<|ue année, il puMia un livre i.'iuviau. Kn ^^^ll, il se retira à Stiiilinunka pour ri^tlij:<*r ses cours «les anni-es pnW'- (lentes, et en tira toute une sene irouvra^res inip'trlants, a eiunnifncfr par les premiiTS vulunn s «lu Ko>/ii-'/c7<»f. i{u'il ni* i levait jamais achever, mais <]Ui n't-n reste pas mnins, aprrs le K'"ljiki-ilenn dr Mulonri, le p. us Immu niiinumeiii ijc rérudition japonaise. Kn iX'Sd, l* supi-rieur trOueiiM, i]ui l'iail un prin-^f ilu san^, lui ayant (li*nian<l<* des ezi'mpîairt'S d** S"S nuvra^TS sur le frliiiiiiU't>M)i>, Hiiati'L fut aiiihi aineih* a visiter Kinli). ou >es livrrs s«- ri panilireni à l.i ('•utr et furent reiiianpii'S fie i'riiipcriMir lui-nn^uie. M.iis ce «jui plaisait au ^juviTiju légitime ne [louvait «{u'irriltr If ::MUveriieiii«'nl shiV'ounal. l'n i>uvi\i^'e ipii' iiittr«> auteur publia -i \i*\n vu IKii'i fut niieniit, sims pr«-lt'xlt> «ju'il Cifil^nait îles n'usei^'nemrnts fian^enMix pour la ilefense njtionali'. Kn 18ï'^ un écrit sur l'ancienne chronoio^'if ameuta c-inlre lui les faiseurs d'alinanaciis oMicu'ls; ils obtinrent sans tro)i de peine du guuvernemmt un décret ijui binnissait 11 rata el lui enjoif^nait de ne plus rien publier a Tavenir. hix j«iurs afirês, !•• \ieux savant quittait la capitale et allait se retirer dans son pays d'Akita; lî y iinuirut deux ans plus tari, i-puis** [ku son activité cliaril.ible envers les noiiibreux malades ipii étaient venus le consu ter. Penilanl >a longue tarnére, ù avait eu plus de cinij cents élèves persiumels, et il laissait plu** de cent ouvra^'es, représentant plusieurs centaines de volumes, sans parler des manuscrits i{u'il n'avait pas voulu publitM'. Parmi ses nombreux travaux sur le shinntoisme. un peut citer surloul : d'abord le Koshi-StUboun^ou Texte cumplel dfS anciennes annales, essai de reconstitution harmonique, et par suite artilicielie, *U'> mythes primitifs; puis, les deux irrands ouvrages qui depeiiilerd de ce livre cardinal, a savfir. d'une jiait. le Ao^/h-/» /<«'- (4 Volumes, 1S19). cunlenanl la lisl-' des documents enqdoyés puur établir sa narration, iTautre part et surtout, le K'^shi-lhuri (28 volumes, a partir de ISiJ), en ap|>aren':e si:n[ile commentaire ^lu K">hi->t'ihùuu, en réalité trésor de renseignements sur la vieille reli^'ii^n indicèiie; entin, roniine ouvrages secondaires, mais ties précieux aussi: le Ki ijinn'S'iinnrouHf Nouveau traité sur les dieux (1S05), où il soutient l'exislenee de «lieux viva']!s et condamne les principes abstraits de la méia[diysi>|ue chiiioiS'*: le K-W'/ r>/i-r, ou Sommaire de Tancienne Voie ISil', exposé freneral du Munni-'»; .e TimanO'Mi'hashna (ISivHi, compilation trop savante sur les anciens myilji'S.n<.damment en ce qui touche la cosmoponie; le TtiwM •/<!>■•« A* ;10 vol., 1^11, récrit entièrement en I82i), sorte de brév.airc dusina^t toutes les prières CMin: use^s par lui en vue de ressusciter un culte privé pure:nent &iiiiint(.ii>te; et inaiiits autres ouvrages, plus spéciaux, sur les dieux, les rituels, les temples shinntoïstes, et la suite. — Tels furent les maîtres de férudition Japonaise, [•remiers

native : c'est le rétablissement du pur Shinnlô*. Mais à travers toutes ces vicissitudes, le shinatoïsme primitif se maintient : car le bouddhisme n'arrive à établir son pouvoir qu'en adoptant tous les dieux indigènes, et les letli:és trop patriotes qui, pour rendre acceptable à leurs contemporains la religion fruste des aïeux, s'étaient efforcés de la présenter sous un vernis de décence raffinée, ne parviennent pas à déguiser ses vieux traits natifs. Le Shinntô apparaît toujours, sous les couleurs factices que ses ennemis lui imposent ou que ses amis lui prêtent, comme une religion spontanée, analogue à toutes les religions primitives; et c'est sous celte forme primitive qu'il survit encore, aujourd'hui même, dans l'âme des croyants.

Ce caractère primitif est sans nul doute la raison de l'idée commune d'après laquelle le shinntoïsme ne serait pas une

révélateurs des anliquilés nationales qui nous intéressent, mais en même temps promoteurs réels du grand mouvement populaire qui, en abolissant à la fois le bouddhisme et le pouvoir shogounal pour rétablir le shiantoïsme et la puissance impériale, devait emporter d'un seul coup tout le système religieux et politique du vieux Japon. On peut donc comparer très exactement l'action de ces penseurs à celle de nos philosophes du xviii* siècle ; car tandis que les uns ébranlaient la royauté française, les autres sapaient le shogounal, avec la môme sérénité littéraire et ie môme retentissement dans les masses; et ainsi, de même que Voltaire et Jean-Jacques avaient préparé la Kévolution de 1789, Moloori et Hirata furent les auteurs directs des troubles qui entraînèrent la Révolution de 1867.

1) Sur ce dernier mouvement, voir Texcellent travail de Sir Krnest Satow, The revival of pure Shinntô. (T, vol. III, app.) — Les shinntoïsles comme Moloori et Hirata, sous prétexte de restaurer Tantique religion nationale en repoussant les idées bouddhistes et confucianistes comme on sépare Tivraie du bon grain (voy. ibid,, p. 39j, ne firent qu'imaginer un système de plus et mélangèrent dVtrange façon les mythes vraiment primitifs avec des notions cosmogoniques modernes. Kn même temps, la religion devint entre leurs mains une formidable machine politique, et comme l'a très bien dit Sir Ernest Satow, en finissant par ne plus enseigner, pour toute morale, qu'une obéissance passive aux commandements, bons ou mauvais, de Tempereur, ils transformèrent le Shinntô en un moyen de u réduire le peuple à un état d*esclavage mental. » (T, II, 121.) Mais ce n'est pas une raison pour aftirmer, comme fait le même auteur (t6ûi.), que « le shinntoïsme ne contient aucun code moral ». Le shinntoïsme de Motoori, procédé de domination politique, n*est pas le shinntoïsme primitif, culte vivant et spontané. Voy. au surplus p. 10, n. 1, et p. 12, n. 1.

10 LE SlIINNTnïSME

religion*. A prcmièro vue, une telle aflirmation semble

1) CVst Topiniori f^éiiérale, à l'heure présente tDi'me, malgré qu'-iiiues siirnes d'un revir»»monl en sens conlrilri* (voy. par ex. un arlirli» »iu Jap'in Mail, 6 septemhiv \H0? ; et cetl<* ojiinion est M'aulant plus naturelli* rlii-z t^us ceux qui n*ont pas fait du .Sliinntn une ôtu'le spfcia <% «qu'elle >'ap[iuie, depuis des années, sur raul«.»nli' des meilleurs japonisants. «Ju'on ii?e. par oxempît*, e compte*rendu d'une séiiice de VAsifUir S'Cicty of Jai>an a ses on^'ines ^18 février iH7S;, dans T, II, p. \20 seq. L»» presi«lenl, M. Hephurn (i'aul«'ur du fameux dictionnaire), d'-flure que, • pour sa part, il sVst eiri>rce avec arieur di> découvrir ce qu'i; peut y avoir dans le sliinnt'iisme. mais qu'il y a depuis lonL'temps rononci*, ne distinp:uant p;is la moindre cliosi? i]ui pùl le rrr-impeiiser le son l'il»«'ur >»; et il ajoute • i|u*a l'exci-fition d'un pi-lil livrr d«» prif-r»»? :ihinntoïstes, il n*a [mi di-couvrir aucun nuvrafr»^ sur !«' sujeî •>. \\i..i il«inc utj philolof^ue qui passe son existence à ûpqirofondir la ian^ruo j.ipon.'iise. sans se douter que la iiUeralur«' du pays roniprend *\r^ nmnci'aux de c>inime:j:atrt.'S sur le shiniiluïsme; et chose rur.«'USi*, iu; qui. au:-MlM: apii-s la r- v..i.ul:i.):j !•■ Hù-^, présentait une Hililc à ri*iii[>creur, ii s«'njlne lu'nonT •]!]»' 1*'S .lapo!it<s p-'ts>*' it*nl. dans le Kniijiki^ un livre sHcri- tout à fail pareil. Li-di'>sus. Sir H irry I'ark»»s exprime « !e désappointemenl i]u*il a l'pruuve, iMiniiie l»e.iuc<>up ilautres, en si* voyant incapaMc d'apprendre ce qm* rVî-t ijU'- ie siiinntnisni**. .» I*u:5, !•• U- v. Brown n'prte à s<in tour que i«' Sniiiut ■• u'rA pas u:.o ri-!.«'..»ri. l .IiM-in -luf, durant une n'sidence de plus de iî anni'»*s au .lap'in, -. s-.- r«'i luTch^s «lins .a litttVature du pays n'ont ♦Hé qu»* |tuu\r'MiiiMil ii'iromp.'i.si»'?, ,i moiiis «juM n*» compte la découverte du vnle ahsulu du shinntoisnie roinine une o>impensalion de ses eilorls >». <]opendant, il corinaii |i> K^'iiiki: m iis i" iivri*, dii-il. > n* vaiit ffuéro la peine qu'un f^rend à !•• panourir «: m rtfil, ■ Ii\«î d'lai!s de l.i osui «gonie qu'il expose si^nl pui'-riis et d«'nu<'S de plulnsopiiti' ; il n-* r niin-nt auouii système de morale, tie discute aucune question d'i'tii<que, no picM.Mil a>ji'uri rituel, et n'indique point de dieu ou de iiieux coimhio n)»jets di- rijlle ; l»re\ « tous !es caractères essentiels de ia reh^'ion f.»nl •l.faul dans !•' >h nnioisine. »l il est difficile d'apercevoir comment on a jamais fiu i'appi'!i'r un*' riM;:ii-i s. M.iis le mol d«' la situation est dit ritliti[i.ir M. vou r>ra!idt, qui .l'iirme '{Ui' » ii' peu qu'on connaît aujourd'hui du sliriiiloïsinc ne sautait lui •ionniT le oara-ti-O' d'une religion t<'IIe que l'enteniitM.t les nations ociridentairs ». .Nous avoui^ U tout le secret du malcntenJu, pour h* Shinnlô comme pour tint d'auties religions primitives. On nest pas prépare, par l'éluile iomparaiive -les reli^'ions. a reconnaître que tous les peuples ont eu au déhul une religion einhryonnairi*, • t comme on prend alors pour étalon religieux .«'S grand^ ^y^t^•mes pleiTu-im'tii développes, on refuse le titre «le religion a tout ce qui en -i lîiTf*. C'l•^l ••"mii.rsi on disait que les quadrupèdes sont les seuls animaux de ia civalion. — l'i;* tendance inverse, mais tjui provient du m'iiie St-Miimifiit, consiste u ne disli:.guer dans le SliiiinlA une véritable religion qu'après l'jivo r tout a fait ijéti^'u:sous prétexte de l'embellir. Je n'en donnerai que deux ex- lupies typi>pif\'^, choisis l'un du coté européen, l'autre du côté japonais. •< Le siiinntoisrae, r.r.i le général Le Gendre, consiste ilaos la croyance que l'esprit eihéré et produc-

étrange : car, quoi qu'on en ait dit\ les races les plus inférieures ont une religion*; or, les Japonais, à Tépoque où nous les voyons apparaître pour la première fois dans l'archipel, s'élaienl déjà élevés à un certain degré de culture; il serait donc assez bizarre qu'un peuple aussi avancé n'eût « ni corps de dogmes, ni livres sacrés, ni code moral* ».

leur étant répandu dans tout Tunivers, chaque partie en est imprégnée à quelque degré, et par conséquent chaque partie est en quelque mesure le siège de la divinité; d'où il résulte que des dieui locaui et des déesses locales sont adorés partout et multipliés sans fin. Comme les Grecs et les Romains, les Japonais reconnaissent un Être Suprême, le premier, le suprême, Tintellectuel, par lequel les hommes ont été tirés de la grossièreté et de la barbarie, élevés à Télégance et au raffinement, et grâce auquel ils ont appris, par l'intermédiaire d'hommes et de femmes privilégiés, non seulement à vivre avec plus de confort, mais encore à mourir avec de meilleures espérances. » (Cité avec approbation par Sir Edward Reed, Japan,Us history, traditions and religions; par le Rév. GrifBs, Religions of Japon, p. 382, etc.) D'autre part, voici quelles étaient les déclarations d'un Japonais, M. Ymaïzoumi, au Congrès des Orientalistes de 1878 : « Aménominakanoushi-no-Kami est le dieu unique de notre religion. Il est éternel, invisible. C'est une essence dépourvue de toute forme matérielle. Aussi n'est-il jamais représenté sur aucun dessin ni de quelque façon que ce soit... L'&me est de même essence qu'Aménominakanoushi-no-Kami et peut s'en rapprocher infiniment par ses mérites... Nous n'avons qu'à penser à lui, et il e&t alors en notre présence, sans que pour cela nous puissions le voir... La condition première pour tUrc agréable à Dieu, c'est la pureté sous tous les rapports; toujours par suite de l'identité d'essence de l'dme humaine et d'Aménominakanoushi-no-Kami, on croit que la pureté en honneur chez les hommes doit l'être auprès de Dieu... Nous n'avons pas ce qu'on peut appeler la confession; mais en cas de péché, on fait son examen de conscience... Etc, etc. » (Comptes" rendus du Congrès des Orientalistes, t. II, p. 115 seq.) — La vérité, c'est que le Shinntô est une religion, mais non pas une religion compliquée de métaphysique abstraite; c'est une religion primitive, et voilà tout.

1) Voy. surtout Sir John Lubbock, Les origines de la civilisation^ traduction Barbier, 3« édition, p. 209 seq.

2) Voy. Roskoff, Dos Religionwesen der rohesten Naturvœlker; A. Réville, Prolégomènes, p. 45 seq., et Religions des peuples non civilisés, t. I, p. 10 seq.; etc...

3) B. H. Chamberlain, Tkings japanese, p. 358. Cf. le même, K, introduction, p. Lv. — Il est curieui de voir cette opinion émise par le savant traducteur de la Bible japonaise. Mais M. Chamberlain, ayant consacré sa vie à l'étude de la langue, n'a pu se livrer en même temps aux études comparatives qui l'auraient préservé de cette erreur. Tout en nimt l'existence d'une religion japonaise, il a rendu à cette religion le meilleur service en nous donnant la tra-

LK SIlIKNToISMK

Une analyse plus attentive nous montre, en eilet, quo le SliinntA possédait une* dorlrine reli};ieusr, un iMisemlile de conceptions pareil à relui di* tous les peuples à demi civilisés; puis, des dorunu*iits .sacrés, très nets et très complets, où on peut rclrouviM' tout un sysl^nle lo^'ique, depuis les mythes fondamentaux qu'enferme le Kodjiki jusqu*aux moindres détails du culte, dépeints dans les rituels; un code moral enfin, dont la litur^ne de la Purification nous précise assez les caractères'. Le sliinntoïsme est donc une religion

flurtion excellente «jui nous perihfi de l'étU'IitT aujoiinl*liui. — C/esl de ia m^ine lii\;oii t]ue Sir Juhri Lu[it>oi'k. pourtant si vers» flans U soi'io;oi:ie, se rérnie lui-tm^rm; en hi>us si^Miali'int, che; les } euples aliX'{ue.^ il refustr toute relif^ion, les pratii]ui-s rrli^ieu!>es les plus lypii)Ui>s. >. Vuy. pur vx. Oriijines 'ie la ciiHlisation, pp. 3Jo, 33s. 30'J, etc. — La cuntra'lii'tioii devait 'otater dans l'index de I ouvrait: ; et en effet, un y peut lin? : («a.iforniens ; leur :tl>sence de relif:i(jn, p. 'JH ; leurs i^iees rrli^ieuses, p. !VJ|^ ••)

1) Sur c»*tt*; iniportantr >{uestinn dn l.i morale, comme sur Cfhe de la reli^'ion, nous relrtiuvons les drux nii'^mes opinions tauFSi'S : <v!le <]ui nif IVxislt'nn* d'une morale sliinntuistc, et cille i^ui no l'.iiup't «{uVn la tran>furmanl. — I^ première est soutenu^, non seulement f»ar les criti^ju^s l'uropcens Satow, Cliamberlain, etc. ; voy. p. 10, n. i et p. il. n. 3j. mais e:u'ore par les savants japonais eux-m^mes. Kn elfr^t, dfs i'ru<1its rlu xviii* si>c.e, nourris au cunfucianisMie, ne pouvaient ief:.ir'li*r comuic a>s<'z Imllante la nioriili* de li*urs lointains aieiix. Mais, clinse niriiMise, tout en se cToviinl obli^^rs d'avouer cette pri'lendui» lacuni*, ils s'en frkintipnt; et pour eux, si les Jaf»onais primitifâ n'ont pas eu de code moral, c'est qu'i.s riaient trop li<)iis puur en avoir besoin. l>lie theorio se triiuve dt'jà chez Maboutchi, ipii snulifnt que des r«*^li'S complp{ii«*es eussent éti> inutiles aux hommes ilt> l'anfi**!) temps, pari*e qu'ils ftaietii pi^'ins île ilroitufp. Sans d«>utr. ils ptnivaient, :i rM-i*asii)n. couimetlre un ai'te re[iréheDSiblH: mais liMir nature iranche ne penitftlail pas i]ue le ma. depMiënU en hypocri*^ •' et s'étendit. Les t'hinois au contrairf, avec, touti-is leurs iielles doi^lrines, ètait-iit fonciërement depravi's. et leurs inauv-iises actions prirent un tel déve.uppemeiii jpje toute la >ocirlé fut pli»n^'>'0 nans le desordre. Vu oljK-rir, i, e.<t vr.n, -jue les Japonais primitifs ne possédaient in^me pas les mots nécessaires puur ilésif^ner la bienveilUnce, la droiture, la r.tnvenance, ta sairacité, la ver.icile, toutes les grandes vertus des (Chinois; mais e«'S principes existent dans chaque pays, tout comme les saisons de Tannée. Seulement, la nature procède toujours par degrés : au printemps, la tern)»é rature s'a<ioucit peu à peu, et en êiè, la chaleur ap[»arait iTune manière insensit»ie: t.in*lis iiue, pour les Chinois, il semblerait qu'il n'y a point de printe.nps si la t'-mperalure ne devient pas douce tout d'un coup, ni d'été si la canicule ne s'installe pas d'une manière subite. Tout cela, conclut Maboutclii, est fort joli, mais peu pratiiiue ; et la murale japonaise est

régulière, d'un type connu et général, malgré les traits originaux qu'y imprima le génie particulier de la race ; et c'est

seule naturelle, parce qu'elle sort sans peine des instincts du cœur. (Dans le KokoU'i'ko, pass.) A cette thèse fondamentale, Motoori vient apporter le secours de son esprit iogf^nieux et de son ardent nationalisme. Pour lui, si les Chinois sont une nation inférieure, c'est parce qu'ils ont la manie de raisonner à propos de tout. La philosophie est la vraie racine de tous les maui : car les dogmes perdent la religion, les règles perdent la morale, et la métaphysique perd l'Etat. Tout le bruit que font les Chinois au sujet de leur morale théorique vient uniquement de ce fait qu'en pratique ils sont immoraux. Mais quand les choses vont toutes seules et tout droit, il n'y a qu'à laisser faire; c'est pourquoi les Japonais, qui s'en remettent à la direction fatale des dieux, n'ont jamais eu besoin d*un système éthique, et ont toujours joui d'une paix profonde sous un gouvernement parfait. Les êtres humains, ayant été engendrés par l'esprit des deux Divinités créatrices, possèdent naturellement ta connaissance de ce qu'il doivent faire ou éviter. A quoi bon se troubler la tête avec des systèmes sur la morale?Si un code moral était nécessaire, les hommes seraient inférieurs aux animaux, qui tous savent, eux aussi, bien qu'à un degré moindre, comment ils doivent se comporter. Par bonheur, toutes les idées morales dont l'homme a besoin ont été implantées dans son sein par les dieux eux-mêmes, et elles sont de même nature que les instincts qui le poussent à manger quand il a faim ou à boire quand il a soif. En revanche, ce que les Chinois appe'l<>nt la bienveillance, la droiture, la convenance, la retenue, la piété filiale, l'amour friternel, la fidélité, la vérité, ne constitue pas réellement le devoir humain ; autrement, on saurait bien reconnattre et pratiquer tout cela sans enseignement formel ; mais ces vertus ont été inventées par les soi-disant Sages comme le seul moyen de régir une population vicieuse, et il leur a fallu insister, appuyer, exagérer nos véritables obligations. C'est pourquoi beaucoup professent ces doctrines, bien peu les observent. Là-dessus, on accuse les désirs humains; mais ces désirs faisant partie de notre nature, la philosophie chinoise elle-même devrait reconnattre qu'ils sont légitimes, puisqu'ils se rattachent à l'harmonie générale de l'univers; et c'est précisément parce que les vertus des Chinois ne correspondent pas à cette harmonie qu'elles blessent les sentiments humains et qu'on leur ot>éit peu. On s'est demandé parfois, à ce sujet, si le Shinntô ne serait pas identique au Taoïsme; Lao-Tseu, à la vérité, honorait le naturalisme, ce qui peut faire naître la confusion; mais comme il était né dans un « sale pays », qui n'est pas sous la protection spéciale de la déesse du Soleil, il prit pour choses naturelles les idées factices des prétendus Sages qui l'avaient précédé, et il ne comprit pas, (ce qui nous sépare de sa doctrine), que toute action humaine n'est qu'un geste des dieux. En somme, et pour conclure, « avoir acquis la connaissance qu'il n'y a aucune Voie à étudier ou à mettre en pratique, c'est réellement avoir appris à suivre la Voie des dieux. » (Dans le Kouzouhana ei le Nakohi-noMUama, pass.). Telle est la thèse de Motoori, qui retentira dans tout le Japon, jusqu'à notre époque même, et qui, des Chinois, sera étendue à

14 LK SilINMi»ÏSME

une religion d^aulaut plus intéressante à approfondir que, si son côté national nous laisse pénétrer Tespril de la civilisatons lofl u Barbares de l'Ouest. " « bans toutes les contrées étrangères, des prophètes sont venus pn'cher la morale aux hommes : los hommes y sont restés méchants comme des fauves. Chez nous, point de prophètes ; mais le (»euph' e<-t hon. » (Kato Skéitriii. dans une fameuse Itrochurt* adressée aux marciiamls d'Ohsaka en 18ri9.) — Kii regard dt* cette thêi>ri(^ celi'hre, dont !• côté négatif est bien <'troit et injuste pour la Chine, mais dont ie CMte positif esl souvent prnfnnil, il faut placer le système de Hirata ft de tous ceux qui ont tfiit>' d'iMnbellir la vieille morale 9hinntol^l»^ Dfja, dans un de ses premiers essais IH.SI1, Hirata étudiait avec arl<>ur les c\ut\ vertus cardinales que consliluiMit le respect, la droiture, la bienveillance, la saifesse et la valeur. Peu après, dans un livre plus connu, (le Ko-dô r<ii*i)» il ^^'attarhail à prouver que les Japonais, natifs de la « terre des dieux », viennent au muiideavec une disposition nécessairement sincèr** et parfaite le vieux Yam'it'."'infmishii ou Yatinto-Qokoro (l'esprit Japonais, le co-ir japonais'. cVst-à-dire en somme la conscience humaine telle que l'entendait Moiuori. Mais bient<M, mèlang'eanl toutes ces notions chinoises et ces doctrines indigènes, Hirata en arrive, comme d'ordinaire, â tout confondre dans un niia^e lirillant. D'une part, en elfet, il aftirme [Ihid.) que les meilleurs préceptes moraux ne valent rien; que le seul moyen d'éveiller les^^^randes actions, c'est de proposer à l'imilalion iies hommes de iu'aux exemples; et que par ronsiMjntMil, pour trouver les vrais f^rmcipes de sa conduite, le Japonais ne doit pas ciiercher dans les traitrs abstraits des saines, mais dans les faits vivants qu'exposent les livres sacrés île son pays. Comme disait déj«i Lao-Tseu : « Quand la Grande Voie eut dépéri, on vit paraiiP' IMiumanité et la justice. » {Taote-King, trad. St. Julien, ch. xviii.) El pour (lirala aussi, c'est sur les ruines de la morale formelle i]u*on voit s'élever la morale réelle. Mais d'autre part, (dans le Tama-'iasouk»), il essaie de créer de toutes pièces un nouveau Shinntô, destiné à remplacer à la fois le bouddhisme et le confucianisme, au point de vue moral comm*" au point de vue religi«*ux; et par malheur, le cniie moral «lu'il croit avoir tiré de !a vieille reli- ^Mon nationale n'est qu une ronlrefa(;on des ouvrages chinois. Vous y retrou* vez, en elTel (livre X), toutes les idées familières sur la dévotion aux ancOtres» source unique de toutes les vertus, el sur l'adoption qui s'y rattache; sur la pieté filiale, » base de toutes les actions»; sur le loyalisme entin, qui en dérive : car u le sujet loyal sort de la porte du fils pieux. » Bien plus, il aboutit, comme sanction finale, à la doctrine de l'immortalité, avec tout son svstéine de peines et de récompenses. « Agissez, dit-il, de telle sorte que vous n'ayez pas à être honteux devant les dieux de l'Invisible... Faites un v^i^u au dieu qui fçouverne l'Invisible, el cultivez la conscience ma-tj'jkor'j) qui est en vous... Kii admettant môme les circonstances les plus favorables, vous ne pouvez espérer vivre plus de cent ans ; et puis^iue vous irez, après votre mort, au Hoyaume Invisible d'Oh-Kouni-noushi, et que vous serei soumis à sa loi, apprenez de bonne heure à vous incliner devant lui. » Kvidemment, nous sommes très loin du shinntoïsme primitif; et Hirata eût bien fait de se rappeler cet avertisse*

tion japonaise, son côlé universel, ane fois éclairé à l'aide de comparaisons scientifiques, peut à son tour jeter quelque lumière sur l'histoire générale des religions».

méat de son vieui maître : « Il n'est pas étonnant que des savants versés dans la littérature chinoise méprisent leur propre pays comme n'ayant pas un système de morale; mais que des Japonais au courant de leur littérature nationale osent prétendre que le Japon, lui aussi, a possédé un tel système, et cela par un pur sentiment d'envie, c'est ce qui est tout simplement ridicule. » (Motoori, dans le Nakobi-no-Mitama,) — Nous voilà donc en présence des deux thèses entre lesquelles se partagent les commentateurs japonais. (Cf. aussi, T, II, p. 121 ; III, app. pp. 14, 23-26, 30, 31, 37, 38, 40, 70, 77, 85, etc.) Ces deux thèses sont également inexactes ; et la vérité, ici encore, c'est que le Shinntô a une morale, mais non pas une morale savante et raffinée : c'est la morale primitive, telle qu'on l'observe chez tous les peuples à demi civilisés. Pour vous en rendre compte, prenez comme point de départ une affirmation très nette de M. Aston, d'après laquelle « les rituels énumèrent les offenses dont le mikado ou ses repré.sentants purgeaient la nation deux fois l'an, sans mentionner aucun des péchés du Décalogue. » (Histoire de la littérature japonaise, trad. fr., 1902, p. 317). Puis, relisez, d'une part, le Décalogue {Exode^ xx; Deutéronome^v); et d'autre part, la liste de péchés contenue dans le rituel de la Grande Puriûcation. ( Voy. notre ch. sur le Culte public ; et cf. le R. X, dans T, XXVIl, part. I.) De ce rapprochement, il résulte avec évidence que tous les commandements essentiels du Décalogue (sur le meurtre, le vol, la fornication, etc.), se retrouvent dans notre rituel; qu'ils y sont même précisés avec plus de détails; et qu'en conséquence on doit reconnaître, ou bien que le Décalogue n'est pas un code de morale, ou bien, s'il en est un, que le rituel de la Purification en est un pareillement.

1) Sir Ernest Salow, qu'on peut considérer comme le premier des japonistes, avait bien aperçu l'intérêt que peut offrir cette étude du vieux Shinntô. « Si nous pouvons, dit-il (T. VII, part. II, 98), séparer le Shinntô primitif des contrefaçons et des sophistications qu'on nous présente comme étant le Shinntô, nous arriverons sans doute à une religion naturelle dans un état de développement très ancien, et qui peut-être se forma d'une manière absolument indépendante de toute autre religion naturelle connue de nous ; ce qui serait à coup sûr un résultat précieux, puisque nous verrions ainsi un exemple de la manière dont une religion naturelle peut se constituer. » Le savant philologue renonce à faire lui-même ce travail ; car, dit-il, « il y a au Japon un champ immense ouvert à la recherche, et nul ne peut espérer trouver le temps nécessaire pour l'explorer entièrement, à cause des difficultés qu'offre l'étude de la langue. » 11 s'efforcera donc uniquement d'établir une traduction aussi précise que possible des anciens documents^ laissant aux spécialistes le soin de les interpréter en tirant des faits épars les conclusions qu'ils renferment. Cependant, il indique d'avance (/6id., p. 99) la méthode qui lui paraît la meilleure pour y [arriver^ soit en ce qui touche les dieux et les mythes, soit en ce qui concerne les di«>

16 LK SHI^NTiiïSMK

ijitA ce que nous allons /«prouver imi ('*luiliant, (l*une manière systi'unatique, d abon] le cùlt'' liu'''oriqne. puis le coté

verses parties du nilti* ; et imi h\{. il pouss** tr^'S l<>in f\'jk I»' Irav.iil •!»> rapprit chômant ft «rfclairrissPimMil «les textes. Vov. ses savants comiiifntaires sur les rituels, dans T, vol. VII i*t IX.) Mais, faute «le temps, il resli» dans l»'t liuiitus (lu Shinnt<*', hien (ju'il ait parraiteiiienl roinpris la ni rfssit*'* «Tappli-iuer à r«tude de cette religion ianu^lhode l'onipiirativ'». 'Voy. T. lil, app., p. >^7.) — OrAce à la masse de faits ainsi rerueillic, a la suitf* ^les comm''nlateiir8 japonais du XVIII* siècle, par Sir Krnest Sati»\v et par les autres pliilot<'»:;ue> anciais, nous pouvons mainleiKiiii appliquer ri*tte meth<»le, «pji, p<Hjr nou*». diiii c<tnsisler surtout en ceci : !• Prendre les dorume-its primitifs f'i< t/uid jt'-nf, dans toute leur na'ivetë et leur inrohéreni'e, o{ sans se laisser inlluenr^-^r. ni par les cornmentaireB ries tiiéolo^iens ja^ninais ipji venant fndrf tes histoires di*s dieux décentes et raisonnaliles, m par 1<'S i'ir-es pnviiiM (ii*s *]**> pliilo!nt:iies europiVîjs qui ont tàclit' ilWlairrir i-es dociiinenis. l'ar i*x.,S'.r Krnest Sat'iw Voit le shinntoisme à travers la the«.trie dt* ll<*rliert SpenriM. liiMt»' ilhisi«in ••vhémérisle est très naturelle en ce qui touche la rdiLMiUi japonaise, qui a reçu de bonne heure les apparences d'un simple culte d'*s anr'*'tP*s. et ipii semble, à première vue, une confirmation «''.'lataiite des i b't's du penseur anclais. Je mV'tais tout d'abord laissé prendre à ee mira::e, qui se l'itntirmait chaque Jour plus nettement dans mon esprit a iiiesuri> ^lue je vi -Mais le nMU veaux templ>'s, perpiHuellement consarri''S à des aii*ux illustres <>u a dfs «Im'ux de la nature confondus avec «les ancJ^ln'S impriaox ; j'en fus tin'- bin« (Ui'ineiit par la lecture d'un article de M. A^b'^rt H«'vill«' Ji'-iw' '/e /'^/«roirr >(*'> rt*/i7i'«ns, t. IV, n* 'i, p. t), où je trouvai l'explii-atitMi île certains pnints obscurs qui in*avaient toujours em barras s •' ; «'et article fut pour moi u!i trait île lumière, »'i je vis aussitôt le di'>vi'loppeiiii*iil. liislorii|iii* du shiniitnisni.' sous un jour lo:it autre, cVst-à-dire comiii'' le ren\er8emi'nt nv-nie de l'ovitlulon d»»i nie par Herbert Spenoer. Or, j'aurais [leut-t'lre apen;u plus tAl cett-^ v»'»rité si je m'en étais tenu simplement aux anciens textes, au titMi d'''"i]iiii>r -Ifs pile< -li' •ommentaires qui paraissent souvent conlirmtT !a tln''"rie èviw'm'Ti>li'. parce .juiis lurent eorilsà un moment où on ne distin^'unil plus létit pr.miti: di*s c[tiis»*s snus li veir^iation ultérieure qui l'avait recouvrl. 'J" l'.ompari'r le? !'i»'i's ri* i^'i-'uses iieg Japonais dans le tmqi^^ en «'clairant i»»s documents primitifs A iVi d«» des croyances contemporaines ; mais, [lour • vii-r t-iui»* eiiufusion avei- li»s notions bouddhistes ou confueianistes, ii''di<i»rver i*es l'ruy.ince-î qu>* rli»»z les iji'!!^ du peuple, de pn- S- renée dans des villa^re-i r-'-ul-'S -pii «iii i^>n>frv.'' N's vn'ihfs coutumes, et m^Mne alors, w tenir eompl*' d»» .vii.- p«5y«:lMl'»u'ie aiUu*'il** que si elle s'accorde avec, les documents primitifs. Par "'X., pour «'iuriier Ih point de savuir si les Japonais primit'^s adoraienî 1»» «i-.i ••!. mu au ■•o'iîrarf u'i espra distinct qui ^^iiivernt'rait cet as.re. conslat'-r tout sinplem-rîi ipT i liipuri* présente m^mo ils adorent 1»» soI-mI mater. »•:; -••• «pii ivpo'i I f*M<^l'»în''nt aux an.'!»"is mythes que les commentateurs interméiliaires S'taieiil atlioiies à obsi-urcir ) 3* Faire la m^me comparaison 'hns l'esinre, en rapprochant les conceptions

Le shinntoïsme i^

pratique de celle religion primitive, c'est-à-dire, d'une part, les dieux du Shinnlô, et d'autre part, le culte shinntoïste.

Les dieux du Shixmtô

L'anthropomorphisme est le principe de toute religion; car toujours et partout, Thomme a fait ses dieux à son image *. Les dieux du Shinnlô auront donc leur origine, en premier lieu, dans le fonctionnement normal et universel de l'âme humaine mise en présence du mystère, et en second lieu, dans les caractères plus particuliers de l'âme japonaise, avec ses modes originaux de sentir et de penser en face des

japonaises de celles des autres races, soit anciennes, soit surtout existantes, et rechercher par là si telle ou telle forme religieuse dont on n'aperçoit plus le sens n^aurait pas ailleurs son interprétation rationnelle et reconnue ; mais pour que ce procédé soit fécond en résultats, ne pas se contenter des rapprochements classiques avec la Chine ou la Corée, analyser aussi le système religieux des autres peuples qui, comme les Malais et les Océaniens en général, ont pu fournir des éléments tout ensemble à la nation et à la religion japonaise», et chercher même des termes de comparaison dans les croyances ou les rites des pays les plus éloignés, Tesprit humain ayant travaillé partout de même manière. (Par ex., on a observé, dans la très ancienne divination japonaise, un certain rite de sifflement qui paraissait incompréhensible; mais il n'en est plus de même si l'on se réfère aux usages modernes des sorciers polynésiens.) — « Il est très clair, disait Sir Ernest Satow comme conclusion d'un de ses savants ouvrages, que le dernier mot sur le Shinnlô n'a pas encore été dit. m (T, m, app., p. 87). Comme on va le voir, la méthode comparative nous permettra d'établir que ce dernier mot est bien simple : les dieux du Shinntô sont ceux de toutes les religions primitives, avec la même origine, la même évolution, les mêmes mythes, et le culte shinntoïste n est, au fond, que la magie primitive à un certain degré de développement.

1) Xénophane avait déjà dit, vers Tan 600 avant notre ère, que si les bœufs et les chevaux savaient peindre, ils ne manqueraient pas de représenter les dieux comme des bœufs ou des chevaux.

IK LE SHlM^CToïSXB

choses qui Tcnlou raient ou dont oUe supposait Texistence. Le inonde surnaturel que constitueront ces dieux sera le reflet du monde naturel tel que les Japonais primitifs Tubservent ou Timagincnt; et, depuis les objets de la nature jusqu'aux esprits, tous les êtres dont l'homme peut se préoccuper, tous ceux surtout qui devaient frapper d'une manière plus vive les habitants du pays, sVMèveront au rang divin et s'organiseront peu à peu en une va^^te synthèse mythique. La nature de ces dieux, de toute nécessittS sera le portrait des Japonais eux-mêmes, avec tous leurs caractères physiques et moraux. Le séjour de ces dieux sera un paysage japonais, conçu à rimitation de la terre native. L^histoire de ces dieux sera le retentissement des premières lultos qui ensanglantèrent Tarchipel, comme des premiers progrès qui le civilisèrent. La vie de ces dieux sera la peinture fidèle de toute la vie matérielle, sociale et morale des conquérants. Et ces dieux prendront (in, comme ils avaient commencé, lorsqu'un nouvel état mental succédera h celui qui les (it natire : tout doucement, une main étrangère glissera dans la lanterne à projections la plaque bouddhique, aux couleurs éclatantes, aux resplendissements inconnus; et à mesure que Timage des dieux hindous deviendra plus glorieuse, l'ancien tableau du monde et les dieux shinnioïstes retourneront à lombre dont ils étaient sortis.

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