‹ Le ShinntoïsmeChapitre 3 sur 44 · I. L'origine des diel'x · texte numérisé non relu

I. L'origine des diel'x

La religion étant un lien* entre Thomme et ses dieux, il

1) C'est ce qui résulte à la fois de l'iiiée même do la reii^'ion v^y. la ilt-Otiition qu'en donne M. A. Héville, P/o/t*^., p. 3i) et <le rélymolo;:ie du mot. (Car, à l'opinion peu aulorisoe de Cic«^ron, qui, romme on sait, faisait \eiiir religio de relegere, recueillir, repasser dans son esprit, nous préforons de beaucoup Tinterprétation traditionnelle qui, depuis le vieux Sorvius jusqu'à Max Muller, trouve dans religio la racine li>j de religare. — Nous avons vu (p. 5, n. 2) que les Japonais primitifs n'avaient pas de mot pour d''signer la religion ; mais nous insistons à nouveau sur ce point essentiel que Tabsenoe

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convient d'analyser tour à tour les deux termes ainsi rapprochés, c'est-à-dire, d'une partj'élément subjectif, et d'autre part, Télémenl objectif qui la composent.

L'élément subjectif, à savoir l'esprit humain et en particulier Tesprit japonais^ veut être examiné lui-même sous deux faces : le côté sentimental, le côté intellectuel. En effet, la religion n'est pas une simple affaire de sentiment, comme certains esprits mystiques paraissent enclins à le croire'. Elle ne repose pas non plus sur la seule intelligence, comme l'ont pensé certains esprits rationalistes, trop portés à ne voir en elle qu'un essai de science primitive', quand ils n'allaient pas jusqu'à nous la présenter comme une invention des prêtres'. Quiconque a été croyant à un moment de sa vie

du mot ne prouve nullement Tabsence de la chose. La grande adoration des Japonais, c est la nature, et le domaine où ils excellent, c'est Fart ; or, la langue japonaise ne contient aucun mot pour désigner soit la nature, soit Tart. (Voy. Chamberlain, Thingsjapanese^ 3e éd., p, 53.) Ce simple rapprochement nous paraît décisif. — Quant à l'expression chinoise adoptée au vi« siècle, elle est trop arti6ciclle pour servir de base à une définition de la religion en général, surtout de la religion japonaise ; et on en peut dire autant des divers autres termes employés au Japon pour exprimer la même idée. (On peut s*en rendre compte en examinant, dans le dictionnaire de Hepburn, le sens des mots oshiéf hôy dôf kyôhôy etc.)

i) Par exemple, pour n'indiquer que deux opinions contemporaines, prises dans deux camps très opposés, M. Grant Allen (The évolution of Ihe idea of Godf Londres, 1897) exclut arbitrairement de la religion toute la partie mythique, la plus intéressante comme explication des phénomènes, pour ne conserver que la partie rituelle, où le sentiment domine; et M. Fonsegrive (Le catholicisme et la vie de l'esprity Paris, 1899), après avoir soutenu, sans songer à Texistence du bouddhisme, que le christianisme est la seule religion où se rencontre une piété fondée sur Tamour, arrive à ne voir partout ailleurs « qu'une religion d'où est absente la religion même. »

2) Par exemple, Herbert Spencer n'étudie guère dans la religion que le côté intellectuel, parce que lui-même est un intellectuel. Il a l'esprit religieux : mais il n'arrive à la religion que par l'esprit. (Voy. sa Sociologie^ t. I, pass.)

3) Cette opinion, si répandue chez nous au xvni^ siècle, se trouve soutenue au Japon, à la même époque, par plusieurs érudits de l'école chinoise, depuis Araï Hakouséki, qui commence le mouvement rationaliste, jusqu'à, Itchikawa Tatsoumaro, qui n'hésite pas à écrire que tous les vieux mythes ont été inventés par les mikados* (Voy. T, III, app., p. 26 seq.) Au xii« siècle môme, M. Chamberlain suppose que les mythes cosmologiques du Kodjiki ont pu être

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connaît (l'expérience ce senlinient. d'une nature toute parliculièref qu*on appelle le sentiment religieux : el quiconque étudie les religions [irimilives peut observer qu'elles contiennent toutes un elFort pour expliquer les mystères du monde, depuis les lois de la nature physique jusqu'à la destinée de l'être humain. La religion est une adoration spontanée, en même temps qu'un éveil philosophique; et c'est à ces deux points de vue qu'il nous faut rechercher ses ori.uMues dans Pâme du Japonais primitil*.

Considérons d'abord le côté sentimental, qui semble bien avoir la prépondérance dès les commencements d'une religion, en attendant qu*il l'abâorlu* prrsqut* tout entière quand la science et hi philosophie auront pris leur di'\eloppemenl distinct; et pour mieux comprendre à cet rjrard les sentiments du Japonais primitif, rapprochons-les de ceux de riiomme primitif en général, que l'enfant, son frère actuel, nous aidera à mieux observer lui-même*. — Or. quiconque connaît un peu les enfants sait qu'ils sont à la l'ois confiants et craintifs. Klonnés de toutes les merveille^ inconnues qui les entourent» ils s'avancent d'un pas délibéré i la découverte; mais bienlùl ils rencontrent des obstacles impré\us. qui les mettent en larmes; puis, une nouvelle impression joyeuse survient, et dans leurs yeux, Ta/ur succèl*' aux nuages. « Ils ont, dit La Bruyère, des joie*^ immoléives et des aftliclions amères sur de très petits sujets. • «- Ils sont déjnb'- hommes»», ajoute le moraliste. Mais ce qu'ils sont surtout, ce sont des hommes primitifs. — Kn etfet, de même que l'enfant, l'homme primitifanime tout ce qui ren\ir«>iiue : et comme lui, plongé dans un milieu de choses ou d'êtres qui lui sont ou lui paraissent supérieurs, il est sans cesse |)orté par sa vivacité d'impressions à se ji»ler en avant, les bras ouverts, ou au contraire à reculer plein d'eH'roi dès qu'il >e heurte à

imaginés par tel ou tel praire. indivi'Juo.leîfionl. V-ty. K, /ii/r/., p. i.x\.) Sur ce préjugé, voy. A. liêville, Prolty,, p. «2 seq., elc...

1) C'est ce que conseillait dojà Voltaire, bkti'iunnire j^Ai/osu/^/n'/Hf. ch. iK* id Heliyion )

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des phénomènes hostiles. Toute puissance extérieure, naturelle ou humaine, le séduit ou Tirrite, l'attire ou Tépouvante ; et à mesure que le sentiment religieux s'éveille en lui, il peuple Tunivers de divinités bienveillantes ou redoutables. « C'est la crainte qui fit les dieux », dit Lucrèce. Rien de plus vrai ; mais à condition que Ton ajoute à ces premières ter* reurs deThumanilé ses premiers ravissements. — 11 semble d'ailleurs que le plus souvent, dans le sentiment religieux, la crainte l'emporte un peu sur la confiance. J'en trouve la raison dans ce simple fait que^ d'une manière générale^ les phénomènes malfaisants ont un caractère plus exceptionnel que les phénomènes bienfaisants. Dans la nature, ce qui est la règle, c'est le cours paisible des saisons, Talternance harmonieuse des jours de soleil et des jours de pluie qui de concert produisent la végétation, la croissance lente et sûre des récolles attendues ; ce qui est l'exception, c'est le cyclone qui les emporte ou l'orage de grêle qui les abat. Dans la vie humaine, ce qui est normal, c'est la santé ; ce qui est anormal, c'est la maladie. L'homme s'habitue donc peu à peu à considérer comme naturels les phénomènes bienfaisants, tandis qu'il continue de regarder les phénomènes malfaisants comme l'effet d'interventions surnaturelles. Une tempête imprévue qui ravagera le pays, une épidémie mystérieuse qui décimera le peuple, voilà l'œuvre des dieux ; et ainsi, par degrés, la confiance primitive cédera devant la terreur*.

C'est ce que nous observons chez les Japonais, aux lointains débuts de leur histoire religieuse. Si vous consultez leurs plus antiques rituels, vous constatez que les prières ont surtout pour but de détourner des calamités' ; et si vous recherchez dans ces documents quel est le mot caractéristique

1) La crainte et la confiance se trouvent dVilIeurs unies dans un autre élément de cet état d'âme, ingénieusement noté par M. Albert Réville : c'est le goût de rhomme pour le tragique, son secret penchant pour les drames dont il ne peut avoir à souffrir lui-môme. (Voyez Prolég., p. 99, seq.)

2) Voy. par ex., le R. X., qui justement peut être regardé comme le plus important de tous.

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qui détermine la nuance (lu sonliment religieux, vous trouvez que c*est le mot : crainle*. La confiance d'ailleurs n*en subsiste pas moins, chez ce peuple issu des dieux eux-m<^mes*.

1) Si bien que lorsque Hirata voudra rompo^er, au xiz* «'ècle, des prières imitées des anciens rituels, il commencera toujours par l'expression énergique et répétée de vo sentiment. Par ex. : •■ F»e I'.i;n, j'adore Ir^s resp*'cluousement et avec crainte... »; et quelques lignes après : <> Je dis av«^c crainte : daignez me bénir en corrigeant mes fautes involontaires... »» (T. lli, app., p. 73 ; m^me formule, p. 70.) — (^c sentiment (1<* cra.nle respectueuse n'est d'niiieurs pas aussi prononcé dans le Shinnl<** quo dans certaines autri's reliL'tons, comme la reli^^ion juive, {(icnrse, xxviii, 17; K.rQU\ xx» 19. etc.. ^ On pourrait pîutill le rapprocher du sentiment grec.r/est ainsi que les Ja[>onai«, eux aussi, redoutent la (( jalousie des dieux ». Par exemple, un {•i>fel du x* sirrle nous raconte un voyage en mer : il nous fait remanjuer qtio, depuis le jour du départ, personn»» à bord n*a porté ilVlufTes éj.irla'os ou voyintes, ni de l>e*|t»5 soies, de peur d'évt'iliiT la coU-re des dieux marins. (Dans ie T'M'I .ViUi, ««u Journal de voya/jc de Toça, 1*35.) Anjourd'iiui même, visitez a Nikko le grand temple d'Iyeyas ; tout est d'un art parfait; et rependant, en passant sous la porte magnifique qu'on appelle Y''>m''i'mon. ^\ vous p-irirdez de près les superbes colonnes blanches, à peine décorées d*un ]e;;er dessm fréometrique, qui supportent toute la lourde structure, vous pourrez «dii^erv'T qu»* l'une dViles a été ciselée en sens inverse des autres, en surle qu'un pourrait la croire renversée : c'est que l'archilecle du xv:r sièrle, trouvant son chef-diruvre trop beau» avait voulu y mettre au rouins un petit di'faut, presque imperceptible, mais sufHsant pour empêcher que la jalousie des ilieux n'attirât ipielque infortune sur la maison des Tokougawas, dont l'ani l'Ire est adur»'- dans ee tem[de ; et en efTet, ce pilier imparfait est connu sous le nom de mtii/ok''-n—ha»hira, le « pilier qui dt>tourne le malheur ».

2) Le sentiment de conflance est tout naturel dans un pays qui s'appelle i la terre des dieux » {Shinn-kokou, Kami no kouni)^ et chez des hommes qui se considèrent comme les descendants directs des rtres célestes (Mythes du K.. Dans les rituels, les Japonais se désignent eux-mt^mes comme ■• le grand peuple de la région qui est sous le ciel », comme «f !e grand et auguste peuple ». (K, m, 434; R. IV, 442. Et si répiihèle mi, auguste, s'explique par cette idée que le peuple appartient à l'empereur, répithèteo/i, grainl, n'est «évidemment que la simple expression de Porgueil national.) ^ Pour bien apprécier cet état d'esprit, il faut le voir systématisé par l'?s érudits de la renaissance shinutuiste. D'après Motoori {Nahobi no Mitama)t le Japon est la contrée où naquit la iléesse du Soleil, ce qui établit sa supériorité sur tout le reste du monde; Tempereur du Japon est donc maître de Punivers pour l'éternité, et le peuple divin, qu'il gouverne d'un esprit infaillible, est le type parfait de rhuma:iil*'>. La terrible Ilchikawa essaie bien de protester (dans son Maya-fio-hin) : Les dieux du «ici, dit- il, ne font aucune différence entre les diverses races; si elles se sont constituées en nations distinctes, c*est en raison des mers ou des chaînes do montagnes qui le!* sépa-

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Riea que Texistence des ordalies surfirail à le démontrer pleinement; car qu'y a-Wlau fond de ce moyen de divination

raienl; mais le soleil rayonne également sur toutes les patries ». â ces sages paroles, que plus d'un Occidental pourrait méditer avec fruit, Hirata oppose bientôt une théorie encore plus exorbitante que celle de Motoori lui-même. Pour lui, deux vérités fondamentales sont à établir : le Japon est la terre des dieux, les Japonais sont les 61s des dieux; et c*est ce qu'il va nous démontrer avec une logique tranquille. (Voy. Kodo Taùif ch. 6 et 7.) En effet, tout d'abord, les vieilles traditions nous disent que Tarchipel japonais fut engendré par les dieux créateurs, aux premières origines du monde; donc, les autres pays n'apparurent que bien plus tard ; et par suite, le Japon, chef et tète de Tunivers, est inGniment supérieur à toutes les autres contrées. Ces traditions sont certainement exactes, et les Japonais sont le seul peuple qui possède des informations correctes sur la naissance du monde; car on conçoit bien que les peuples étrangers, trop éloignés du centre, n*ont pu recueillir sur tout cela que des récits contrefaits, de môme que, lorsqu'un événement est arrivé dans la capitale, les versions colportées en province s'y déGgurent, jusqu'au moment où les provinciaux en viennent môme à croire que leur localité fut le thé&tre de l'incident. Il y a plus : les quelques découvertes qu'ont pu faire les Occidentaux ne font que conBrmer nos vieux textes, et notamment l'idée de la rotondité de la terre se concilie à merveille avec notre récit d'une chose mystérieuse qui se forma dans l'espace spontanément. Au demeurant, les Barbares de l'Ouest feraient bien mieux de s'instruire par la lecture du Kodjihi^ où ils trouveraient sur l'évolution des astres tous les renseignements précis que ne leur ont pas encore révélés leurs vains calculs. Mais tout en méprisant celte science incomplète, on en peut tirer quelques arguments en faveur de la vérité religieuse; et c'est ainsi que, d'après le système cosmographique des Européens eux-mêmes, le Japon doit se trouver sans contredit au sommet du globe terrestre. (Pour cette démonstration, un peu longue, voir les figures 5 et 6 de l'ouvrage.) La meilleure preuve que l'archipel japonais est ainsi à la cime du monde, c'est qu'il a échappé au déluge universel : ni la grande inondation qui, au temps de Noé, noya les lointains Barbares, ni môme celle qui eut lieu en Chine sous le règne de Yaou, ne purent arriver jusqu'à cette terre supérieure; de ces cataclysmes, la Chine souffrit moins que l'Occident, et la Corée moins que la Chine, dans la mesure où ces pays étaient plus rapprochés du Japon; quant à l'archipel sacré, en raison de sa situation élevée, il n'entendit jamais parler de ces déluges légendaires, qui n'avaient pu recouvrir tout à fait que les terres basses des sauvages les plus éloignés. A cette supériorité géographique du Japon doit répondre sans nul doute une suprématie de ses habitants. Et en effet, ce n'est pas en vain que ce pays a été appelé la terre divine : les dieux y sont nés, et depuis les Coréens jusqu'au reste de l'univers, nul peuple ne saurait dénier aux Japonais le droit de préséance qu'un tel choix implique. Des dieux sont descendus les empereurs japonais, à qui seuls appartient l'hégémonie du monde, le gouvernement sur les quatre mers et sur les dix mille pays. De»

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judiciaire, sinon une assurance Iranquillc. unt» sccurilé profonde qui compte sur lu justice des dieux ' ? Celle conliance se manifeste elle-même par des senlimonls d*es{uTancc dans la bonté de ces ôlres suprêmes': de n»prct do les avoir of-

dieuz aussi sont issuos les ;rraii<ies familles qui, en s-o nui lip i.inl, ont ternie toute la nation japonaise : il est hors ii<« doute que tuut J.iponais (!p.^cen<l di'S dieux, et chacun peut trouver les gt'Ui'alo|:ies qui, ri'anct'trc on anotri', prouvent son titre divin. D'où une difTerenc«.*esseiilie.lp ontre cps iiis des dieux. d'une part, et d'autre part les Chinois, les Ilind<jui:, les Siamois, les (lamho'U giens, les Husses, les Ilollandai", href touiï \es Itarhares : ditTèrenco. non «h* de^'ré, mais de nature; car les Japonais snr.t aussi su|MTi(Mirs aux auires hommes, par le rœur et rinteilipenoe, quo c<-s hoiiiines eux-iiirmes le «ont aux animaux. La supn'matio des Japonais, i^n etrel, n'«cl^te pas seniement au point de vue inaléri»*!, mais encore au point de vue fpiritu'l. Non rontenls «le posséder la vraie religion et la vraie morale, ils oni la ^ariu-v la mi'ilItM.ri- : car, s'ils ont étudié les coniiaissanccs de l'olranirer, eux seuls •>;il ^n chui^ir avec discernement ce qu'elles contenaient df hon; en sorte qne tout«' la seienre des Chinois, des Hindous et même des Kurop. ens n'est réi'ilemenl qu'une science japonaise. Les f^ens que la science élranpère a ejjares pr^i'-ndent, il est vra», que le Japon est un petit pays; mais où voit-on que l'i-tiridue du territoinsoit la marque de l'importance d'un Ktat? Onnons ilit eno'irequi' la civi:i!iati"n japonaise fut plus tardive que celle de divers autres pays; mais ri> M.t justement démontre sa transcendance Chacun sait i|ue les grands ••spiils se développent tard; et pareillement, les quadrupèdes ou les niseaux savent min<;«*r peu de temps après leur naissance, quand l'homme n'ett er.cnre «{u'un Taitiie enfant : ainsi des Japonais, qui furent moins précoces que les arilres [M-uph'S parce qu'ils devaient leur être infinim<»ntsup»Tieurs. (/''i/., ch. S; et cf. T, II', app., p. 21, 27, 38, 39, 41, 46, seq., 5J, (>1, 62. 6i.> — T.lie est ia th.se t;.- Hirata. Ça été, plus ou moins, celle de tous les peuph's, avi-c souvent une ingéniosité moins brillante de la part de leurs Iheolni^iens; et n^ijs n'avons pas trop le droit d*en sourire nous-mêmes si nous ri'n<'cliiss>«ns que la France, avee son climat médiocre, sa végétation assez pauvre, et la suite, nous ap;*arnlt volontiers comme « le plus beau royaume sous le ciel «s tandis qii*' pen-lar t des siècles noire nation, en se disant •« la fille aînée de IKirlise ••, s est crue rattachée à Dieu d'une façon plus particulière que tout le reste -le laclirélienlè. De DOS jours encore, au Japon, la même idée essenlieile ilom:rM\ sous des formes plus atténuées, il est vrai voy. la première paire de toutes les h!sloir»'s du Japon écrites par des Japonais); et il était utile de bien pré-'iser le cùiè religieux de ce patriotisme intense : car il suffit à nous explii|uer pour {uoi, avec la crainte primitive, l'antique Japon nous montre au plus haut de^rê le sentiment de la confiance religieuse, d'autant plus vif ici qu'il puisait surtout sa force dans un orgueil sincère et reconnaissant.

1) Voy. N, l, 73, 85, 8'J, 25S, 316, cto.

2) Par ex. l\. I, 113; R. II, i26; etc.

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fensés * ; de reconnaissance surtout : car la nation élue ne se lasse jamais d'exprimer sa gratitude aux grands ancêtres bienfaiteurs, dans toutes les liturgies qui leur sont adressées *;

1) R. IV, 442; R. X, 60, seq.; cf. N, I, 224, 308, etc.

2) Â cet égard, les rituels sont pleins dWusions lyriques. Par ex., dans la prière pour la moisson (R. I, 115) : a Je déclare en présence de la grande et auguste déesse brillant du haut des cieuz, qui siège à Jcé. Parce que la grande et auguste déesse souveraine lui accorde (à Tempereur) les contrées des quatre coins du moide sur lesquelles s*étend son rayonnement, aussi loin que la limite où le ciel se dresse comme une muraille, aussi loin que les bornes où les nuages bleus reposent aplatis, aussi loin que les bornes où les nuages blancs gisent au loin abaissés; — et la plaine bleue de la mer, aussi loin que la limite où atteignent les proues des vaisseaux sans laisser sécher leurs gaiïcs ni leurs rames, des vaisseaux qui sans relâche s'assemblent ndtnbreux sur la grande plaine de la mer ; — et les routes que les hommes suivent sur la terre, aussi Uin que la limite où parviennent les sabots des chevaux, avec les cordes des bagages étroitement serrées, foulant les roches inégales et les racines des arbres et se tenant sans cesse debout sur un long chemin sans aucune interruption ; — faisant vastes les contrées étroites et planes les contrées montagneuses, et rapprochant les contrées éloignées comme si on jetait sur elles de nombreuses dizaines de câbles : — parce qu*elle fait tout cela, il entassera les prémices de Tannée comme une rangée de collines en la grande présence de la grande et auguste déesse souveraine, et paisiblement, il prendra pour lui le reste. — Puis, ô dieux, parce que vous glorifiez l'âge auguste de votre auguste et souverain petit-fils comme un long âge auguste, èlernellement et immuablement, et que vous le bénissez comme un âge auguste et florissant, je plonge profondément la racine du cou, à la manière du cormoran, devant vous, comme devant les chers et augustes ancêtres de notre souverain, et je célèbre vos louanges en élevant les grandes et augustes offrandes de lauguste et souverain petit-fils... (Et le prêtre continue ainsi, remerciant les dieux qui ont protégé lu culture des fermes impériales, les dieux des montagnes qui ont fourni le bois pour la construction du palais, etc..) Ces sentiments de reconnaissance éclatent encore, et de façon plus particulière, dans les services d*actions de grâce proprement dits, ou sannsaï, qui étaient célébrés à la fin de toutes les grandes fêtes religieuses. (Pour cette partie du culte, voy. T, Vil, part. IV, p. 423,425; IX, part II, p. 189.) En certaines occasions même, lorsque les dieux avaient envoyé quelque grand bienfait inattendu, on organisait une cérémonie spéciale : c'est ainsi que le Shokou-Nihonnghi nous donne un message impérial uniquement composé pour ordonner des remerciements solennels aux dieux après la découverte de For au Japon, en 749. (T, III, app , p. 35.) A plus forte raison trouvera-t-on cet esprit de gratitude développé chez les shinntoïstes modernes : Hirata consacre un chapitre entier d'un de ses principaux ouvrages à énumérer les motifs pour lesquels les dieux ont droit à la reconnaissance de Thumanité (Kodô Taï'if 5«^ partie); et de nos jours, si Ton cherche à saisir le fond des

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en atlcndaiil le jour où un prfilrc indigène, arrivé à aimer le sentiment religieux pour lui-même et à bt^nir jusqu'aux dieux inconnus, s*écriera en face des aulels d*Icé : « (Jui habite ici? Je ne sais; et cependant je verse des larmes reconnaissautes ' ! » Mais en somme, dans la pi*riode primitive, ce qui domine, c*est un respect rrainliT. Ce sentiment s*explique assez par la nature intime des vieux Japonais, très gais de caractère, il est vrai, et enclins par suite à une certaine familiarité envers leurs dieux nationaux*, mais très polis aussi, déjà amoureux de réiiqut'tle, et purlés h exagérer les marques de respect envers les êtres de Taulre monde comme envers les puissants du monde réel. 11 s'ex[ilique aussi, et plus encore, par les nnpressions externes de leur milieu, soit naturel, soit humain. Du milieu naturel : car ils étaient à la merci de nombreux Iléaux, tremblements de (erre, éruptions, inondations, typhons, incendies. Du milieu humain : car à Tintérieur, ils se trouvaient sous la main de chefs |)eu endurants, tandis que, dans les rapports avec Texlérieur, la destinée de la nation 4>'était ébauchée au milieu de luîtes guerrières qui ne pouvaient faire concevoir les dieux mêmes que comme des êtres violents. Les relations entre hommes et dieux furent donc considérées, dans une certaine mesure, comme une alliance de fils pieux à ancêtres paternels, mais aussi et surtout comme un hommage de sujets tremblants devant des maîtres redoutables. Bref, ce furent des rapports fondés, à la fois, sur ce vague instinct de dépendance qui est une des conditions essentielles du sentiment religieux', et sur ce désir d*union réciproque, non moins important, qui de Tadmiration

ci'oyances actuelles dans l'àme des enfants japonais, un constate que les cinq sixièmes des écoliers interrogés répondent par un rian de gratitude envers les dieux qui, disent-iis, sont « nos ancêtres impériaux et les aulnes bienfaiteurs que nous vénérons ». (D'après une enquête faite dans une école japonaise; voy. Japan Mail, !«' août 1893.)

l)Ver8 fameux du prêtre Saï^hin (mi' si«''cle).

2) C'est une des cjjosos qui frappent 1^ plus l'oliservateur européen. Brièveté des prières, amusements devant les temples, «^tc ..)

'<; Voy. A. Héville, Prolè'j., p. 1^2 seq.

s'élève jusqu'à Textase» : le tout s'harmonisant en un senlitiment moyen, mêlé de terreur et de confiance, mais dont la dominante était le sentiment du respect*.

Ayant ainsi analysé la qualité du sentiment religieux, il nous reste à déterminer son degré d'intensité : car c'est de là que dépend évidemment le génie plus ou moins religieux d'une race. — A cet égard, le sentiment religieux des Japonais nous apparaît comme très modéré, plus étendu que profond, plus facile à émouvoir qu'à exalter. Prêts à reconnaître tous les dieux, à s'incliner devant tous les autels, ils ne semblent guère avoir ces élans de passion qui ont fait les grandes religions du monde. Ils ont la piété facile, mais peu ardente. Us vénèrent plutôt qu'ils n'adorent. Ce sont simplement des hommes polis envers les dieux comme envers tout ce qui est supérieur*; et précisément, le mot Aami^ qui désigne les dieux, ne signifie pas autre chose *. Pour s'en rendre compte,

1) Voir notre ch. sur la Divination,

2) Cette idée de respect est exprimée dans les formules de tous les rituels. Elle apparaît aussi très nettement dans les gestes qu'évoquent les textes : en présence des dieux, on « plonge la racine du cou à la manière du cormoran » (R. I, 116; R. III, 434; R. IV, 444); on « plie les genoux comme le daim » (Manyôshiou, T, VII, part. II, p. 130); on « présente humblement » (R. Il, 426), et on <c élève très haut » les offrandes (R. 1, 117; R. III, 433, 434; R. IV, 444), qu'on a d'ailleurs « préparées avec un profond respect » (R. I, 117); etc..

3) « Politeness towards possibilities », disait un observateur anglais essayant de déÛnir l'attitude japonaise en face du surnaturel. {Things japanese, p. 294)

4) L'étymologie de ce mot, si important puisqu'il recèle toute Tidée que les Japonais se firent du divin, a été longuement discutée à Tokio, en 1899, dans une séance de la Uikakou Shoukyô Ghakkaï (Société pour Télude des religions comparées). Les explications qui trouvèrent des partisans à cette réunion d'érudits indigènes ne s'élevèrent pas à moins de dix, à savoir : i^ Kami est une contraction de kagami (ou kangami)^ miroir, et ce nom a été donné à la divinité parce qu'elle seule reflète clairement la nature. (Explication d'origine assez récente, et qui ne se fonde que sur certaines applications bouddhistes et confucianisles du mot discuté.) 2o Kami désigne l'être qui est kéidjô, au-dessus de toute forme, c'est-à-dire qui dépasse toute la nature physique. (Explication non moins artificielle.) 3© Kami signiBe simplement ce qui est supérieur, comme lorsqu'on dit, en Occident, le Très-Haut. (Nous allons revenir sur cette étymologie.) 4« Kami est une abréviation de akami^ l'idée étant que toutes choses

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