Les dipfi.r de la naturo
Observons d*al»orJ K*s dit*u\ naturistes, en commençaDt par le monde inor^Mnique; et pnur procéder par ordre, examin(»n8 un à un Ions les tléparl«*ments de cet univers physique on ils pullulrnt, atlachr^ lanlnt à un ohjel. laDtAl à un phénomrno, tantôt enlin à un };roupe de phénomèDes ou d'objets, à une région phis rompb'xe dont ils deviennent Tàme et dont ils constituent Tunili^.
La premi^re rbose que nos anciens Japonais aperçoivent, en levant la Irte, c*e>t ce qu'ils appellent la <« Plaine des hauts cieux ' »• Mais, pour eux, ce ciel matériel n*est que le séjour des dieux : il n'est pas un dieu lui-môme \ I/idée du Ciel personnel n'entrera dans leur esprit que sous Tintluence chinoise *. Vax altiMidanl. ils ne regardent b* ciel que comme la demeure des dieux sii|iièmes. â commencer par les deux (grands astres qui t(»ur à tour rein{»li>sent de leur rayonne* ment.
1) T'iA i/«'Z-n'>-/i'ir'i. — <'..»tli* HiLin-ssi')! :ri|uriii -i-s la pn^mière phrase qui oiivn* le Koiljiki. Vny. iM»lre ciji(»i;re .^nr !«• ^•'ji'mr •i< »hi*ux,
2) ilVsi aii;si (|tii* Moionri, li.ii.s s«in K'»ijiKt Ihnn, litii-iit le ciel {Amé, dont T'ik'itttu-no-hfva n est iju'uri i;y:nj:iymi; p. us «Irvi'î'.ipiii- , comme une rt'ji^iori sitiiÎM' ruj-'lfssus •!«• r.itrii'»sphèri', i-i •>ii ri ^. l-nl le? *lieux célestes (<^r. T. III, ;ip|», f). TiO). \\u ri-v;iîi. 1|.', li f.il r-'n ir jh-t j:j«» {•niic renTonce au ciri coinriirt ;i un I oiivoir ;ii-t.f t-i i!iii'".!iji'nt * ^\ r:«'-i'ss:iire:in?nl d'origine
chllinis»» /'./■'/., p. JCI).
'.i) On ;ipi'!-ç.jii [rr< lurn r.'ttf ' vij uiitjri m pin-nir iril nus vi»*ux liocumenls. liafis li*s «"WriN, nous av):is li v i-iif n-aii»!! j !:• 'Uii-:'; !.ir»s lo K" (/«Ai, elle domirit* lnujours, Ihimï i|u«' ..i rioli'îi i:iin»is.' c.i:u'ii-:i '»• "i >•» in-viTt-r un peu; dans le ?iih"nn'jhi, «»l i tMO.-urr •pi'oij avanoo i rj .-tvi'iI j'ur-îr»* riironulogique, les l'xpn'ssiofis cliiii-^ses .ju'iinp.iit* l: n* ia."t«Mir li'iiss«'î.l par •!i':j:;urt»r tout à fait ï\'U*e in'l!.::i'uo. M.iis cVsl seul-intMil en IT'.M .jif. p-Mjr !i pri'iiiifre fuis, dans U.' S'^llU'^'llk^^^ un elovi» dt? M ilo ni, Ilnîl.i.i .N.iû il<.ni:h'', osera deilier nettement le Ci^l, i-u | iiit'nli;iaiil d'iiil.i'urs nvr,* '.*} Sh.hiI lui-rnêri.-'. Kntin, Ilir.ita, tout en «Tiiiiuint r-uume une ci irepimn ctiiiM.Sf la docirin*; de Hatt'in (pli, très li)^n |ui', av.iil atlriltue au (jel i'ess<»n<'e dii fi-u. ie supposera c!a I et hri.ianl c-Miiinr» le i-rist il sans re<ser pour cela de 1p mnfnM'lre avec le SoIimI (iJ.ins le Ttima no Mi-ffi^hiru, pul»iiê en 1S13; voy. le diagramme n* 3 df l'ouvrage. Cf. T. III, app., pp. 5U et 50).
LK SHnVNTOÎSME 6i
Les dieux de la lumière sont en effet les premiers kamis importants que nous révèle la mythologie indigène, et c'est le plus brillant des deux, le Soleil, qui va étinceler^ durant toute rhistoire sacrée, à la voûte du panthéon japonais. Rien de moins étonnant, pour qui songe à cette peur de la nuit qui dut obséder Tâme primitive. Tout près de nous, Tenfant, même lorsqu'il n'a eu Timagination troublée par aucun conte de nourrice, redoute Tobscuritéi parce qu'on y tombe, qu'on s*y cogne, qu'on risque à chaque pas de se faire du mal *. A plus forte raison l'homme primitif, environné de dangers innombrables, qu'il ne pouvait prévenir lorsqu'il ne voyait pas clair autour de lui. D'où le culte universel' des deux astres bienfaisants qui, avec la clarté, l'activité et la joie, apportent la sécurité : l'adoration de la Lune, qui s'allume chaque nuit, à l'heure où commence l'envahissement des ombres, pour servir de veilleuse à l'homme endormi^; l'adoration du Soleil, qui chaque matin reparaît, chassant devant lui les terreurs nocturnes. La religion de la lumière sera donc un des premiers sentiments de l'homme, parce qu'il a horreur des ténèbres; et pendant longtemps encore, même lorsqu'un état de civilisation avancé l'aura délivré des périls originaires, il n'en conservera pas moins une impression de crainte devant la tombée de l'ombre : il restera inquiet, et il priera ses dieux de le garder contre les alarmes de la nuit *.
1) Cette impression se retrouve dans un mythe californien destiné à expliquer l'existence des deux astres. A l'origine, alors que les ténèbres couvraient tout, les animaux se heurtaient les uns contre les autres; c*est après un de ces chocs douloureux que le faucon et le coyote Brent deux boules de substances inQammables, que le faucon emporta dans le ciel et alluma avec une pierre à fusil (Cf. Lang, Mythes, cuUes et religion, p. 118).
2) La généralité de ce culte chez les peuples anciens est bien connue. Pour la constater dans toutes les parties du monde présent, il suffira de se reporter à A. Réville, Kdigions des peuples non civilisés, t. Il, index, v° Soleil et V® Lune,
3) Un de mes enfants me fit un jour cette question : u Papa, la lune, dis? c'est la veilleuse du bon Dieu? » — L'homme primitif, qui n'avait pas de veilleuse dans sa hutte, pensait plutôt que la grande veilleuse du ciel avait été créée pour lui-même.
4) Rituel du Ohtono Hogai (Souhaits pour .la prospérité du Grand Palais) :
62 LE ftlIlNNTOÎSMB
Ce sentiment suiTil à nous expliquer les circonstances dans lesquelh's le mythe japonais fait naître le Soleil et la Lune. Izanaghi vient justenitMit d'échapper aux rpouvanles du royaume souterrain '. A p<*ino revenu au J4>ur, il se purifie dans la rivière des t)ran<:(*rs. et parmi les tlivniilés bienfaisantes * qui. h cet instant. rinani*iit <le son corps, les deux 6tres qui Unissent par jaillir de s(*s or^'anes les plus élevés el les plus précieux, de m*s yeux mj^mes s, sont les deux lumi-
<( Je répr>te los auf^ustpn noms des liieiii ijui, trnTi'iiniiement et paisiblement* veillent, aOn que... il n\ ;iit pas li'aUrmes noclurn»-s » U. VI II, 1V4). Os alarmes <ie ht nuit, «{u'on vi*ut frartiT «je . einprivnr, se trunvfnt iLises, dans la formuli' nwivii|ue. sur h* nti^mc r:in/ «pi*' ïvi^ [iir«'s » iMuimitcs • ntueiles.
1) K., yj sejj. O. N, 1, '^t\ s«'ij.
*J) Car lorS()Ut' U:inaf:hi >e plon;:e dans ji-s eaux, il se dt'-pouilte d'aliord des divinitrs malfaisantes t.>rif;en<lrffs |i:ir les SMUilhires des Knfers, ei aussiiùi surfissent les divinités liit>iifai>iiiiti'> qui vnra i'i»ritre-l».ilancer les premières.
!)) l^;i naissancf ilu soti-il et ii«' la iiini-, rn tiiasil d'izana^lu lorsqu'il lave ses veux, a d(inn«' lieu à des ciimnn'ntaires Inrn douteux, soit du côté des èrudits japonais, soit du ciMé des critiques i*ur«iii'»*iis. l.a cause de leurs réflexions a ce sujet se trouve dans !a res>einl>IaiiC'- «pu exist* entre .e mj'lhe d'Iiana^hi et U* mythe chinois de P.-ink>>u. « Panktiu vint à l'être dans le Grand Désert ; son comnienreinfnt est inc>>nriu. Kn iiHuirant, il donna nais* sance au présent univers matériel. Sim hileine devint le vent et les nuay^es, sa VOIX le tonnerre, son n'il f^uuche !e >*>liMi, son tril droit la lune; ses quatre membres et ses cinq extrémités devinrent les qu itre quartiers «le lu terre et les cinq grandes montagnes; son sang forma les rivhri's: ses musc.es et ses veines, les reliefs de la terre; sa chair, le sot, etc. • ,Mayer, f'hincs*' matiuai, p. 17 i). Là-dessus, les Japonais pnqenilent «]ue leur mythe national a été emprunté et perverti p.ir les Chiinûs. » II y .i, dit Mutouii. une trailition en Chine, d'après laquelle TumI ^Muche rt r*>-il dioil de l'ankou devinrent le soleil et la lune; tradition qui d'.iil.eurs n'nhtient ::uére di* crédit, parce que les natifs de ce pays, admirateurs d'une fausse sc.eiH'<>, allnliuent Torigine de ces deux luminaires aux éléuients piiMtif et ntgalif. L.i v* Tité vraie est que le soleil et la lune furent produits lorsqu'IzinaL'hi iav^i ses yeux, «n revenant de chercher Iz inami dans le momie soulerniin. La tra<liti«Mi a évidemment voyagé jusqu'en Chine, où elle a [iris, au cours des V::€s, la forme corrompue sous laquelle nous la trouvons dans ce pays. » (Dans le K'wizouhtma, t. III» app. p. 31.) A quoi les japonisants, qui ne peuvent admettre que les Japonais aient inventé quelque chose sans le secours des (Chinois, répondent tout naturellement que ce sont eux qui ont pris à leurs voisms le mythe de Pankou. « Cette légende, dit M. Chambeiiain, est un fragment à peint* altéré du mythe chinois de Pankou » {Koiijiki, Introd., p. lxix. Cf. Aston, yihonnghi, p. 28, n. 2). Cependant, les deux mythes ne coïncident guère que sur un point : le
LE SRINNTOÎSMB 63
naires d'en haut. Lorsqu'il lave son œil gauche \ Amalérasou -oh-mi-kami ' apparaît, « la Grande et auguste Déesse ' qui
mode de création des deux luminaires célestes ; et même sur ce point particulier, la, légende japonaise a des variantes diflérentes (par ex., N, I, 20). Notre opinion est qu'on se trompe des deux côtés, et que le mythe en question est à la fois chinois et japonais, parce qu*il est universel. D*une manière générale, Tidée de faire émaner les objets de la nature du corps d*un dieu se retrouve chez nombre de peuples (M. Lang fait remarquer qu*ou la rencontre à la fois M chez les Cbaldéens, les Iroquois, les Égyptiens, les Grecs, les Tinnehs, les Mangaîens et les Aryens de l'Inde ») ; et pour ne citer qu'un exemple significatif, nous voyons d'une part le héros solaire Maui détacher son œil pour le mettre dans le ciel, et d'autre part Tétoile du matin et l'étoile du soir sortir des yeux de deux autres dieux de la Nouvelle-Zélande, c'est-àdire justement du pays dont la race a pu fournir un des éléments essentiels du peuple japonais. (Voy. A. Héville, Religions... ^ t. 11, p. 36 et p. 166. Cf. Lang, op, cil,, p. 178-180, pour une conception analogue des Mangaîens, dont les mythes sont si proches parents de ceux des Néo-Zélandais.) Cf. aussi nos notes 1 et 3.
1) M. Aston fait remarquer que le mythe japonais donne ici la préséance à la gauche sur la droite, ce qui est un trait chinois {Nikonnghi^ p. 28, n. 2). Biais pour pouvoir tirer argument de ce détail, il faudrait savoir, d'abord, si les Japonais, aux plus lointaines origines de leur mythologie, n'honoraient pas la lune plus que le soleil (cf. plus bas), ce qui renverserait alors la situation ; puis, s'ils n*ont pas simplement interverti après coup l'ordre des deux yeux, sous l'influence des idées de préséance chinoises (ces modifications de pure forme sont fréquentes dans nos vieilles annales); etc. Un autre texte (K. 33) nous montre diverses divinités naissant du cadavre du dieu du Feu : il en sort de sa main gauche, puis de sa main droite, de son pied gauche, puis de son pied droit; dira-t-on que c'est encore un mythe chinois? — Mais peut-être l'explication se trouve-l-elle ailleurs. Nous verrons plus loin que, dans la magie primitive du Japon, la droite le cède toujours à la gauche. (Pour la généralité de cette conception, cf. Victor Henry, La Magie dans VInde antique, p. 223 et pass.) Cette tendance particulière, si profondément inscrite dans le cerveau des vieux shinntoistes, ne les aurait-elle pas amenés à renverser l'état normal des choses dans les légendes comme dans les rites, et notamment, les récits magiques du K., où la gauche domine la droite, n auraient-ils pas influé sur l'ordre des faits contés, en d'autres endroits de la tradition sacrée, par la vieille personne qui le dicta? La variante du N, I, 20, où le soleil et la lune naissent de deux miroirs de cuivre qu'Izanaghi saisit tour à tour, l'un de sa main gauche, l'autre de sa main droite, a une certaine allure de magie qui peut donner à réfléchir sur ce point.
2) Pour simplifier, nous l'appellerons désormais A materas, Vou final du premier mot ne donnant pas la vraie prononciation, et les mots suivants n'étant que des termes honorifiques.
3) Nouvelle preuve de la spontanéité du mythe japonais : car le Soleil, qui
LC SillN:<(TntSIIC
brille «lans lf> rii'ux " : et lorsqu'il law son œil droit, c'esil Tsouki-vn.iii-iM-mîkoto. •• l'AuL'u^ti* Lune des léiièlires * »>. A leur vu**, l/.iii.ii:lii e>l reiufili «l*» joie : il sVcrie qu'après a\oir (in* de inniilireux cnfuiits. il a enfin produit de> èlres illushi*** : i'I au'»>iltM. il enlève son collier de joyaux, 11* fait ;:aieii)i*ij( liiiler, et le donne à la déesse du Soleil en lui eonfiTanl li* L'oijVf«rni*menl de la IMaiue des rirnx. tandis qu'il oelroie au dii'U lie la Lune la domination sur If* ro\auu]i* dt* la Nuit '. Wiilà donc \r> deux grandes l*ui>sanrcs du riel en |H»»i*^>ion de leur domaine. Kn même l(*ni{i9ap|>aralt le dernier né d'ei'lK* tous res dieux de la |iUriliration, le mrrhanl <ii«'U i^su du ne/d'I/inaulii, Také-liayas)ousa-no-ouo-no-mi kolo\ » rAu;:us(e Mâle impétueux, ra-
rst iJiH- 'Ii'i'Sm' nu J i}»<i[i, r>i n'.i 'iii'U l'M Cniii'. Mo'.o »ri >\i;ipuy.iit di'jà sur rt'h*- •iliS'TViilmi» ji'iiir <■ •:! i.i'ii'ifr .iiiuin' fi-iijiTr' îj iljclrint* il-'S principes |MiMlif r»i n.-^Mtif ij.' .''j'iiviMS. ■ h".ip-rb fil- .1'. ■■»■:.?!• > IraTli -'is naiionaies, •'■«Tiv-iil-il, l.'i iliviiiiii'" fi .i;ri« Hîii ft-iii ii;ri- .1 II :;v. '..:•■ iuniiri' m.i.<>*uline, ce
<|tji »*8l «1 .irii"ir-iUMii»'îtî -'['i 4 I l:;- -r. ■ i iiîi ■"■', ii'.ipr-s '.i-]:ie!le I»' soleil
1*^1 tii.V»' mi j..i5ilif I'I l:i Iiitjf *"t'ii-!»- .' i [i'ii:.»'. rt.I>ri'« .i* K" ijiki h'nn. i'A. T. ML :i(r;i. [>. -'»., y.'i ^•■ui• v -'.Il i r. . i-i p . ;i » ■ .''■i:! iii.il^r- l-iul i'i-lentite <lirs «Iiriix riiu!i«'>, M. .\>li't / ■' 'it. l:.-.^^■ -iiT c" '. i i ijU*' «ii*s peuples aussi i"'lroiliMiif»r»l .i:i(i,ii«-rjl«'S «j'U' N'S An-'.ii.' el !»•- .\!.-:ii .:j "> .l'iî :htji»:il un gexe 'Iitr rrnl ;iu «•»]••. I. •■l -pio upmii-, imj .\>i-lr:i i . •! vi-r- -= ir:.j- ■''' Il un^nit» race oîil «les M[»iniui.s «>j>[»')St*i\-. "ur N-s^'X" «j-i s • f . -"l •:•• li .uri- . Sur r** ilt'fnier |ii)inl,<r. I.îiu;:, •!/». 'if., p. !l'«"., Mi.- M. A-i n .-•.■:i.i' e i>u!- :-t •jur, ilans le r;iH il»' l;i '-liirif r\ ili .îip.n.l.i ii;vi" i:-::t.*t.' •!••- ir.yt •■.- ■ rnsp-.in'l à une «liir-pMin* pri>!-'n I" 'ii:i* I'. in ■":■■!» ■■lil >'ir:iâ" ■:•■? -If'iix p iv*. Li priVminence ilicitjiT I li'i S'i'n îi'--n.ri:n u'.iir.t f pu i^':lrHi .iin- l'r-p:;: ''hiti-».?: :iu c<»ntraire, rit'n ■!•' piiis iJLtiir<-! rlii>/. rn p'-u[<> -:ui. ji.--;:]*! 1 .r.tr-i iiiciK-i îles idées riiiMDiSfS, iiri'or l:ii( ;i l.i f'-riiiti>> iiii*' li .iil" î^it.j iti>»n si)i'..-i!'\ '■( iluns un pays ijur F»'S V'ÏMiii^ «•l'iiiiH'.-< .ipjM'l li'Tii it II' [uys il'- !;i H-* ne • .
1; K.. ii.
'J; Yornu-n't-\\i».siiu-li'iijtii K., Jî .
'A) Nous riippt'Ilt-riiî.^ ll''^•JrmalS Szirr i>m, I--^ J.i:i.»ri:i':s •■ux-!i.i'iin*s avant r.outuinr 'l'nni'-lîiT j-s <lfU\ ♦'[nîii'-l"S fyn jiri-fi'l-nt, ♦•{ ».'•-.•* -lui sjil n'fl.int rpj*uu lilrr s.'iri^ iulrn-î. nuii'il au .-"Mis ili- c.v iimui, M. .\<:cm {-ur N, I, 19). propose lie Ira'iuiri? p:ir i ji* ni'ile lii' Si)us;i •►, nom «l'u'i vi i.iire iri'!zi»umo ; mais nous jin-i'-rons .aiiMmin' ifitorpretitl in a loptiV, :i .:i suilp lin MuNoutchi ri •!»* M-itoori, p;ir Saîow ri lih.inilMTMiiri ^ur K., 42), el tpii corn^spond si bien au carariiMi' » imprlueux >i dv ceUe divinité dans toutes nos légemles.
pide et brave », qui se voit assigner le royaume des mers ^ Entre ces divinités, Amatéras est manifestement la première. C'est elle qui a reçu Tinvestilure la plus éclatante^ et c'est elle qui va tenir le plus haut rang dans l'histoire sacrée. En effet, à peine élevée à la royauté des cieux, elle prend dans les mythes le rôle le plus noble et le plus puissant tout ensemble ; et le long récit de ses démêlés avec Szanuoô ne fait que mettre eu pleine lumière les beautés d'un caractère vraiment divin. C'est d'abord l'ascension bruyante du Mâle impétueux qui, désertant son royaume, s'élance au ciel en bouleversant toute la nature >. Il a annoncé une simple visite à sa sœur ; mais celle-ci se méfie de ses intentions. — c< Alors la grande et auguste déesse Amatéras, alarmée de ce vacarme, dit : « La raison pour laquelle est monté ici mon auguste frère aîné ' ne vient sûrement pas d'un bon cœur. C'est seulement qu'il veut m'arracher mon territoire. » Et aussitôt, dénouant son auguste chevelure, elle la tordit en d'augustes nœuds ; et à la fois dans l'auguste nœud gauche et dans l'auguste nœud droit, comme aussi dans son auguste coiffure et pareillement à son auguste bras gauche et à son auguste bras droit, elle enroula un auguste cordon complet de joyaux courbés % long de huit pieds^ de cinq cents joyaux ; et posant en écharpe sur son dos un carquois d'un millier de flèches, et y ajoutant encore un carquois de cinq cents flèches, elle prit et mit en écharpe à son côté un gantelet fort et résonnant; puis, elle brandit son arc et le ficha de telle
1) Ou, comme dit le N (I, 28), « la Plaine de l'océan aux vagues huit cents fois repliées » •
2) K. 45, seq ; N, I, 34 seq. — Cf. le mythe des Esquimaux, où le dieu de la Lune, frère aussi de la déesse du Soleil, poursuit sa sœur et tente même de la violer (Lang, op. ct<., p. 121).
3] C'était son frère cadet; mais dans les relations de famille du Japon primitif, la subordination des cadets aux aînés était modifiée par celle des femmes aux hommes, et ainsi une sœur atnée donnait à son jeune frère le titre de se on ont (frère aîné).
4) Ce sont les maga^tama, ou pierres précieuses (cornaline, calcédoine, chrysoprase, serpentine, etc...), courbées en forme de virgule, qu'on retrouve dans les fouilles (Voir T. Kanda, Notes on ancient stone impUments of Japan),
i\6 Lc ftBiliTroIsiic
sorte que le sommet de Tare trembla; et elle enfonça ses pieds dans le sol dur jusqu*â la hauteur de ses cuisses, faisant voler la terre comme de la neige, et elle se tint vaillante comme un homme puissant: et, attendant, elle demanda: « Tourquoi es-tu venu ici ?■ » — Ces préparatifs homériques semblent annoncer une formidable querelle; cependant, Szannoô assure qu*il n*a pas « d'intentions étranges», et pour prouver la sincérité de son cœur, il propose à la déesse un grand serment qui établira leur bonne Toi mutuelle. Les deux divinités se tiennent en face Tune de Tnutre, des deux côtés de la Tranquille rivière du Ciel ', échangeant les paroles qui engagent. Szannoô li\re à Amatéras son sabre, qu'elle brise en trois morceaux; Amatéras abandonne à Szannoô ses bijoux, qu'il brandit, fait tinter, et disperse en sourflani; et de tous ces objets, aussi bien que du léger brouillard produit par Thaleine des dieux, de nouvelles divinités, mAles ou femelles, naissent encore. Mais le terrible MAle, ivre de joie à la vue de trois déesses charmantes qu'il vient de créer, se livre aussitôt à mille violences. Dans « Timpétuosilé de sa vie* toire ' B, il renverse les limites des rizières d*Amaléras, comble les fossés d'irrigation et, pour dernière offense, va répandre des excréments jusque « dans le palais où elle goûtait l'auguste nourriture ^ ». Pourtant, sa grande sœur, indulgente et sereine, s'efforce elle-même de l'excuser. « Ce qui ressemble à des excréments, dit-elle, doit être quelque chose que mon auguste frère atné aura vomi, et ml ivre. De même, si mon auguste frère a renversé les limites des rizières et comblé les fossés, c'est sans doute qu'il déplore
1) K, 46. — > Remarquons en passant cet are et ces flèches, qui sont eTirlemment des armes défensives contre Szannoô, mais qui en même temps répondent si bien à la conception d*une Hiviniié solaire.
2) Amè-no-yasou-kaha (la Voie lactée).
4) Ohnihé (K, 53). Cr. le nom d'Oh-nihé no matsouri, donné à la fête des prémices. D'après le N (I, 40» 47, etc..) il semble bien qu'il s'agisse ici de eeite cérémonie religieuse.
LB SHINNTOÏSME 67
la terre que ces choses occupent * ». Maïs ces douces paroles ne peuvent arrêter les violences du jeune dieu, dont le dernier crime va dépasser tous les autres. Eu eff't, « tandis que l'auguste déesse Amaléras était assise dans sa chambre sacrée, veillant au tissage des augustes vêlements des divinités, il fit un trou au sommet de cette salle de tissage, et par ce trou il laissa tomber un céleste clieval pie qu'il avait écorché en commençant par la queue'; à la vue de quoi, les femmes qui tissaient les célestes vêtements * furent si effrayées qu'elles tombèrent sur leurs navettes, se blessèrent et moururent*».
Conséquence de ce crime : une éclipse de soleil, qui est sans contredit Tincident le plus fameux de toute la mythologie japonaise, en raison surtout des nombreuses cérémonies religieuses que s'y rattachent, et qu*il convient par suite de rappeler en détail. — Amaléras, remplie d'horreur devant le dernier exploit de Szannoô, ferme derrière elle la porte de la « Céleste demeure da rochers » *, la fixe solidement, et se retire. « Alors toute Ta Plaine des hauts cieux fut obscurcie, et toute la Terre centrale des plaines de roseaux fut enlénébrée. A cause de cela régnait une nuit éternelle. Et on entendait bruire les voix d*une myriade de dieux, pullulant comme les mouches dans la cinquième lune ; et on vil apparaître une myriade d'augures de malheur* ». Que faire dans un tel embarras? Les huit cents mvriades de dieux se réunissent en une immense assemblée, dans le lit desséché
1) En d^autres termes, il pense que les limites, les fossés enlèvent trop de terre à la culture.
2) Nous reviendrons sur ce crime bizarre, au chap. du Cuite public,
3) Remarquons en passant qu*^, dans une des v^^rsions du N (I, 4ô), on nous parle ici d'une petite déesse salaire, sœur d*Amaléras : Wdka hirou-in<^ (m. à m. : jeune soleil femele).
4) « Impegerunt privatas partes adversis radiis et obienint. » (K, 51). Dans le N (I, 41), c'est Amatéras eile-mémequi se blesse, mnis sans en niuurir.
5) K, 54. Quoi qu*en dise Motoori, il 8*agtt éviiemmeat d*uae caverne, et non pas seulement d'une maison solide (Cf. N, I, 41).
6)ii;54.
BR LE SHIÏUNTOÎ&IIB
(le la Tranquille rivière du ciel; ils supplient le dieu Assembleur des pensées, Omoï-kané-no-kamiy de trouver an plan pour induire la déesse à reparaître ; et aussitôt, un passage fameux du Kodjiki ' nous les montre « assemblant les oiseaux aux longs chants de la nuit «''ternelle, et les faisant chanter ' ; prenant les durs rochers célestes du lit de la Tranquille rivière du ciel, et prenant le fer des célestes Montagnes de métal*, appelant le forgeron Ama-tsou-mara \ chargeant l'auguste I-sbi-ko-ri-do-mé * de faire un miroir, et chargeant Tauguste Tama-uo-ya* de faire un auguste cordon complet de joyaux courbés, long de huit pieds, de cinq cents joyaux; et appelant Tauguste Amé-no-ko-ya-né^ et Taugusle Foutolama*, et leur faisant tirer, par un effort complet, l'omoplate d*un véritable daim' du céleste mont Kagou, et prendre de Técorce de cerisier du céleste mont Kagou'<*, et procéder à une divination ; et soulevant en Tarrachant par les racines un véritable sakaki", à cinq cents branches, du céleste mont Kagou; et prenant et mettant sur ses branches supérieures l'auguste cordon complet de joyaux courbés, long de huit pieds, de cinq cents joyaux; et prenant et attachant aux branches moyennes le miroir de huit pieds; et prenant et suspendant aux branches basses les blanches offrandes pacificatoires et les bleues offrandes pacificatoires"; Tau-
1) K, 54-58. (Comme nous devrons sans ceste nous référer à ce patitge important, nous on donnons ici la traduction littérale.)
2) Appiremment, des coqs, par application du principe magique déjà signalé p. 151, n. 4.
3) Amé no kana-yama.
4] Mot à mot : « Cœlestis pénis », quoi qu'en disent les théologiens japonais. Nous y reviendrons à propos du culte phallique.
5) Nom obscur. Voir Chamberlain, sur K, 55.
6) Mot à mot : ancétre-joyau.
7] Nom obscur.
8) Mot à mot : grand-joyau*
9) Voir notre chap. sur la Divination.
10) Voir notre chip, sur le Séjour des dieux. il] Cleyera japonica, Tarbre sacré du Shinnttf. 12) Origine du gokéi (Voir an chap. du Culd).
LB SniNNTOÏSME 69
guàte Foato-tama prenant ces diverses choses et les tenant ensemble avec les grandes et augustes offrandes, et Tauguste Amé-no-ko-ya-né récitant avec dévotion un grand rituel*; et le dieu Amé-no-ta-djikaraH3uo" se tenant caché près de la porte; et Tauguste Amé-no-Oudzoumé' se mettant en écharpe le céleste lycopode du céleste mont Kagou, faisant du céleste fusain sa coiffure, nouant les feuilles de bambou du céleste mont Kagou en un bouquet pour ses^ mains, posant une planche résonnante devant la porte de la Céleste demeure de rochers, piétinant jusqu'à ce qu'elle la fit résonner, agissant comme possédée par un dieu\ tirant les mamelons de ses seins, et repoussant le cordon de son vêlement jusqu'au dessous de sa ceinture^ )>. Celte longue phrase est un trésor de renseignements précieux pour Tétade du culte shinntoïste '^ ; qu'il nous suffise d'y constater, pour l'instant, Tusage des moyens généralement employés chez les peuples primitifs pour mettre fin à une éclipse \ Ces
1) Un norito. Le N (I, 48), nous dit même que ce dieu fut Tancêlre des nakatami, e'est-à-dire des prêtres chargés de réciter les rituels.
2) Mot à mot : céleste-main-force-m&le-divinité.
3) Mot à mot : céleste-alarmante-femelle.
4) Le N, plus explicite, dit qu'elle était réellement possédée (N, I, 44, et cf. notre chap. de la Divination).
5) u Usque ad privatas partes. » (K, 58). Huit ans après, le rédacteur du N (I, 45) supprime déjà ce passage.
6) Nous verrons (au chapitre du Culte) que ce récit contient les éléments d'un service religieux complet, en môme temps qu'il nous donne en raccourci l'origine mythique de tous les arts et notamment du drame sacré. (Cf. A. Bénazet, Le Théâtre au Japon et ses rapports avec les cultes locaux, Paris, 1901, p. 39 seq.)
7) D*une manière générale, on attribue réclipse, soit à l'action d'un ennemi du soleil, auquel cas on tâche de lui venir en aide, soit à la mauvaise volonté du soleil lui-même, auquel cas on cherche à Tamadouer. La première conception est celle des Chinois et de beaucoup d^autres peuples (voy. Tylor, Civilisation primitive^ I, p. 376 seq; Lubbock, op. cit., p. 228 seq; Lang, op. cil., p. 124; etc.); la seconde, qui est celle de la légende japonaise, se retrouve pareillement dans d*autres pays (voy. par ex. le mythe finnois, dans A. Réville, op. cit., II, p. 207; et cf. aussi le procédé australien, dans Lang, op. cit., p. 40). En tous cas, il n*y a aucune raison d^admeltre l'explication de M. von Brandt (dans T. 11, p. 121), qui essayait de rattacher notre légende, non à une éclipse, mais au phénomène du changement des saisons. ^
70 LC SBrXTTOÎSMC
proci^d^s vont d'ailleurs avoir plein succès. Eu effet, à peine lajoyeu^ie dt^^^sse s*es(-<*llemoii(ri^e dans sa nudité qu'un rire énorme secoue (oui rol\m|io japonais. « 1^ Plaine des hauts cieux trembla, dit le Koltiki ', et les huit cents mvriadesde dieux rirent en même lemp>. Alors, Tauguste Amatéras fut étonnée, et ouvrant légèrement la porte de la Céleste demeure de rochers, elle paria ainsi tie l'intérieur : » Je pensais que par ma retraite la Plaine du ciel serait dans les ténèbres, et que le Pays central des Plaines de roseaux se trouverait aussi dans Tobseurité; ccunment se fait-il donc que la céleste Oudzoumé f^e réjouisse, et que les huit cents myriades de dieux rient pareillement ? •» Alors la céle^le Oudzoumé parla, disant : « Nous nous réjoui>sons tous et sommes contents parce tpril y a une divinité plus illuslre que ton auguste personne ». « Tan lis qu'elle p.irlait ainsi, Taupiuste Amé-no-koya-iié et raugu>(e F>»ut(>*la(na avaru^èrenl le miroir et le monirêreiil res|ierluen>emenl à l\iut:uste Amatéras; sur quoi Tauj^ush* Amatéras. de [)lu< en [)lus étonnét*, sortit peu à peu de la [)orle et \o rej^nrla; el là-dessus, le dieu Amé-no-ladjikara ouo. qui se tenait cHclié, prit son au^ruste main et la tira an dt-hurs. puis Tau^usle Koulo-lam i tendit la corde fixée au s«)l derrière son au;:usle do<, et parla, tiisant : n Tu ne dois pas reculer plus loin ({ue ceci ! »'. « Kt ainsi, dès que rHU<:u«te Ainiilénis fut sorlie, l.i Plaine des hauts cieux el le Pays rcnlral des plaines de roseauv Furcnl de nouveau illuminés K,
A la suili3 de cet épisode, Szannoù, chassé du ciel •, redes-
2) four Pij^ftfçe rituel de cette coriie (ou shiiné-nawa), voir au oliap. du CuUe*
3) Lf* récit de cf>tlP expulsion contient un det ni curieux, rarrachement de la barbe et des on::les d«f Szinnoô (K. fiJ^ «luun»» viri.inte du N J»ÎjO) nous donne comme explication du soin t|ue les Japonais prennent d'enterrer leurs roirnures d*on^le!i, et qui en reiiiiié !^e ratiach»» à tout un ensemMe de croyances sur la chevelure (voy. plus haut, d. 30, n. 6), ourles ï>»*iirn'^s (N, I. 2i, 2o, 47, 4S, 52, 96, OH; II, 4-3 , eic, href sur tout <*e t\u'\ tou'lie <le nrès à la personne. Con» ceplinn d*un caractère universel, qu'on retrouve aussi bien chex les Oi^eaniens (voy. Albert Réviile, op. cit.» t. il, p. ôiseq.) que sur !• contioent (voy. Victor
LE SBINNTOÎSMK 74
cend sur la terre *, en attendant de disparaître aux Enfers; et la déesse du Soleil, désormais tranquille, peut enfin régner en paix dans la Plaine des hauts cieux. Mais nous la voyons bientôt se manifester encore, et aux points les plus importants de la légende nationale; car c'est elle qui, à son tour, va donner l'investiture aux ancêtres des empereurs. Lorsqu'il s^agit de désigner le dieu qui gouvernera l'archipel, c est elle qui choisit pour cette fonction souveraine Amé-nooshi-ho-mimi ', l'un des enfants nés tandis qu'elle échangeait ses serments avec Szannoô ' ; lorsque ce dieu lui-môme se récuse en faveur de son fils Ninighi ^, c'est elle qui, de concert avec le puissant dieu Takaghi *, lui confère l'empire le lui octroie notamment, entre les trois grands trésors sacrés, le miroir où réside un double de son âme* ; enfin, lorsque l'arrière-petit fils de Ninighi, Djimmou-Tennô luimême \ commence la conquête du territoire, c'est elle encore qui, avec Takaghi, lui envoie du ciel le sabre magique qui doit le rendre vainqueur '. Désormais, le premier des empereurs humains ayant fondé pour toujours la souveraineté de sa dvnastie, la mission de la déesse est achevée. Elle n'interviendra plus qu'à de rares intervalles, pour indiquer surtout le culte qu'elle désire et que les empereurs s'empresseront de lui rendre comme k la plus puissante des divinités '.
Henry, op. cit., p. 9 et pass.), et sur laquelle nous reviendrons au chapitre de la Magie.
1) C'est à ce moment que se place le mythe que nous avons signalé plus haut, p. 32.
3) K, 48. Voir plus haut, p. 313.
5) Mot à mot : haut-intégrant. K, 106, et cf. K, 15 et 96.
6) K, 109. Nous étudierons plus loin le rôle historique de ce miroir sacré.
7) Le premier empereur du Japon, dont la chronologie traditionnelle attribue l'avènement à Tan 660 av. J.-C.
8) K, 134. Cf. N, I, 115.
9) Voir surtout N, I, 151 (Fempereur Soudjinn, effrayé du voisinage de la déesse qui jusqu'alors avait été adorée au palais même, transfère son culle
72 LK SHIMTTOTftMC
De tout ce qui précède, il ressort clairement qa'Amaténs est une divinité naturiste, malgré les parties de sa légende qui peuvent sembler en opposilion avec ce caractère essentiel. C'est en vain que Sir Ernest Satow, appliquant à nos mythes le système de Herbert Spencer, s*est efforcé de la transformer en un personnage humain, et de soutenir « qu'une aïeule des mikados, dont Tépithète était « la Puissante qui brille du haut des cieux », fut identifiée avec le soleil'. » Cette hypothèse ne repose sur aucune preuve historique ; et le principal argument énoncé en sa faveur, à savoir a la difficulté d'expliquer autrement les généalogies données dans les anciennes annales japonaises », peut être aisément retourné en sens contraire : ces annales, en effet, nous révèlent une tendance constante des grandes familles à
dans un village du Yamalo) ; 176-177 (IVmpereur Souînion, suifanl le qu*elle a elle-même exprima, l'établit à leé, où on fonde ton temple) ; 302 (elle apparaît pour demander qu'on consacre des ritièrei à ton ancêtre le diea Ta* kaghi); II, 05 (on institue, en 577 ap. J.-C, une corporation héréditaire pour le culte du Soleil); 106-107 (un décret de l'an 5fô désigne une princeste irepériale comme ?estale pour le temple d*Ieé); 190 (la déette intervient, en 645» au moment d'un changement de capitale); 907 (en €12, dans des ciroottitaocee difflciles, Tempereur Temmou in?oque ton accourt). De nos jeun même, dans toutes les occations tolennellet, c'ett fers la déette du Soleil que te tourne le peuple japonais. A un moment critique de la RéTolution de 1867, le cbeTal hlanc du temple d*Icé s'échappe pendant trois jourt, puis rerient : on en eonclut que le parti impérial aura bientôt la Tictoire. Pendant la guerre du Japon contre la Chine, le che?al sacré disparaît pendant dix jourt : donc, cette guerre étrangère durera trois Toit plus longtemps que la guerre cifile précédente. (Humeur enregistrée dans le Japan Mail du 17 septembre 1894, p. 2, col. 4). 1) Voy. Handbook.,,^ Introd., p. 60. « Il semble y a?oir, dit-il, de bonnet raisons pour regarder à la fois la soi-ditant déette du Soleil et Ssannoô comme det personnages historiques» les noms par letquels ils sont détignét, comme certaint autret dieux, dans les récits originaux n'étant que les épithètet honorifiques conféréet aprèt leur mort, épithètet dont l'application primitife fut oubliée plut tard, jusqu'au moment où on en ?int à les interpréter d'une manière littérale. » Nous verrons plut loin que c'est justement le phénomène inverse qui a dû se produire. Bien loin de « conflrmer l'opinion que la religion indigène fut à l'origine le culte des ancêtres, sur lequel une certaine quantité de culte de la nature fut ensuite consciencieusement greffée », l'étude det mythes d'Amatéras nous met en présence de la plus naturitte det divinitét japonaises, et de celle qui a le mieux contenré jutqu'à not jourt ce earadère primitif.
LB SHINNTOÏSME 73
se créer des aïeux illustres, choisis au besoin parmi les plus hautes puissances de la nature * et les Japonais ne sont certes pas le seul peuple qui se soit fabriqué une généalogie pour descendre du Soleil*. Déjà, au xviii* siècle, les érudits japonais avaient discuté très longuement ce problème du naturisme d*Amatéras; et une controverse fort vive, parfois fort ingénieuse, s'était élevée entre un évhémériste indigène, Itchikawa Tatsoumaro3, et le savant orthodoxe Moloori^. D'après Itchikawa, étant donnée Tabsence de tout système d'écriture dans l'ancien temps, on ne pouvait avoir confîance dans les vieux récits : les légendes de l'âge des dieux devaient avoir été inventées par les empereurs^ ; le nom d'Amatéras n'était sans doute qu'un titre posthume conféré à une époque ultérieure ; et plutôt que d'admettre l'idée absurde que les empereurs aient ^été engendrés par des dieux de la nature, mieux valait^ si on ne voulait pas les faire provenir d*hommes pareils à eux, leur donner de préférence pour aïeux des oiseaux ou des quadrupèdes*. Motoori répondait que, justement faute de savoir écrire, les Anciens avaient eu à coup sûr une mémoire beaucoup plus développée que la nôtre, et il s'efforçait de prouver l'exactitude de la tradition sacrée en rappelant l'existence des restes matériels qu'avait laissés l'âge des dieux; le mythe d'Amatéras, en particulier.
1) Voy. notre chapitre sur la Synthèse mythique,
2) Voy. A. Réville, op. cit., h pp. 226, 227; Lang, op. cit., 192, ^94. etc.
3) Dans le Maga-no-hiré, pamphlet publié en réponse à la brochure intitulée Nahobi no MUama (PEsprit de redressement), de 1774, où iMotoori avait commencé son apologie du shinntoTsme.
4) Dans le Koudiouhanaf 1780, qui constitue la réplique de Motoori à Itchikawa. — > Motoori publia aussi tout un volume, le Icé I^ighou Sakitaké no Benn, pour réfuter rhérésie d'après laquelle Âmatéras ne serait pas le soleil, et pour établir en même temps que la divinité adorée au Ghékou (voir p. 135) est bien la déesse de la Nourriture.
5) Voy. T. in, app. p. 26. (Nous étudierons plus loin cette fabrication des mythes; Terreur d'Itchikawa est d*attribuer aux mythes naturistes ce qui n'est vrai que des généalogies).
6) Ibid,, pp. 26-27. (Itchikawa fut ainsi un précurseur très hardi du trsniformisme).
74 LE SHn^lTOl^Ml
lui paraissait démontré par ce seul Tail qu'h la différence de tant d'autres dieux, le Soleil est lonjours visible*. Sans insister sur le caractère enranlin de res dt^rni^^rs argumenl:^. on ne peut qu*ap|)rouver celui de la mémoire primitive; d'autant plus que, précisément, ce sont les mythes naturistes qui demeurent le plus longtemps, comme un bloc irréductible, au plus profond des cerveaux. Un autre raisonnement, plus spécieux, d'Itchikawa était le suivant : m Amatéras est le soleil, le monde dut reposer dans Tobscurilé jusqu'au moment de sa naissance; or. on nous dit qu'auparavant il y avait des arbres et des plantes, des vêtements, des armes, des bateaux, des maisons'; puisque toutes ces choses existaient avant la naissance d'Amaléras. il semble bien probcible que le soleil el la lune précédèrent aussi cet événemement*. Celte apparition de la lumière el de la vie vé|>;« taie avant la création du soleil a son parallèle bien connu dans la Genèse* ; el les apoloffistes contemporains, pour établir ici entre la science et la foi un de ces « simulacres de ponts » dont pariait Taine^ n'ont rien trouvé de mieux que d'inventer un va^^ue éther lumineux, dont ils ne peuvent d'ailb'urs expliquer l'éclat en Tabsenee d'un astre }îénérat«*ur de vibrations. Motoori avait découvert, lui aussi, cet argument illusoire : il aflirmait qu'un principe de lumière inconnu avait dû exister avant le soleil*; bien plus, il ajoutait que, même au cas d'une nuit primitive, rien ne dit que les dieux ne voyaii*nt pas clair dans l'obscurité, puisque certains animaux ont ce privilège^; enfm, il se fondait sur Tabsurdilé même de ces mythes con-
1) Voy. T, ihid.. pp. 28 seq.
2) On nous dit même très nettement (K, 35) qu*il faisait jour lur la tarre, puisqu'Izanng^i Hut allumer une lumière pour entrer au séjour des morts.
3) T, ibid,, p. 27.
4)6en., 1,3. M. 14.
5) Origines de la France contemporaine^ t. II, p. 143.
6) T. III, app p. 29.
7) Ibid.^ p. 30. (Il cite le rat, la belette et certains oisi*aux. — Mais il ne rètléchit pas que, si les dieux avaient été organisés de la sorte, laaoaghi n*aurait pat eu besoin de s'éclairer lors de sa descente aux Enfers.)
LE SHINNTOYSME 75
tradictoires pour soutenir qu'ils n'avaient pu être inventés i* Rien de plus juste, à condition de ne pas voir dans cette incohérence, comme lui, la preuve d'une vérilé intrinsèque des légendes, mais seulement Tindice de leur caractère antique et spontané.
Le mythe d'Amatéras est donc un mythe solaire, et Amatéras n'est pas un personnage historique, mais le soleil divinisé. Reste alors seulement à examiner si, dans la vraie conception shinntoïste, Amatéras est bien le soleil considéré comme personne, ou un esprit distinct do Tastre et chargé de le gouverner. Sur ce point, les érudits indigènes semblent avoir eu des idées assez confuses. Motoori, par exemple, appelle Amatéras la Reine du soleil, bien qu'à un autre endroit il la décrive nettement comme étant le soleil lui-même*. Ce qui nous parait le ()lus probable, c'est qu'à l'origine la conception naturiste dominait, mais qu'elle fut complétée peu à peu, au cours des temps, par une conception plus animiste. En effet, dans maintes parties de sa légende, Amatéras se présente à nous sous des caractères humains; mais dans d'autres parties aussi, le caractère matériel éclate. La naissance de la déesse, qu'Ilchikawa regardait comme un événement humain, est au contrnire un mythe essentiellement naturiiite' ; salutte avec Szannoô semble bien un combat contre le dieu des tempêtes, qui obscurcit le ciel, ravage les champs, souille l'azur* ; la légende de l'éclipsé nous montre assurément le soleil en lant que personne, puisque sa retraite physique plonge soudainement le monde dans l'obscurité; enfin, le vieux mythe explicatif de l'alternance des deux luminaires célestes ne peut laisser aucun doute à cet égard'. Ainsi, Amatéras fut conçue, au début, comme le soleil même, âme et corps, esprit vivant uni à son enveloppe
1) îbid., p. 29.
2) /ôid., pp. 44 et 50-51.
3) Voy. p. 309, n. 3.
4) Voy. p. 312.
5) Voy. p. 32.
iU LK SHINXTolSHK
brillante'. Mais peu à peu, évidemment, les prog^rès de la raison amenèrent les Japonais à voir surtout dans cet astre au cours si régulier un simple^ objet de la nature physique ; par déférés, l'élément personnel s*en détacha, se transforma en une divinité anthropomorphique : et bien que le rôle divin d*Amatéras. présidant au gouvernement des cieux comme IVmpereur vivant à celui des ties, pût fort bien se concilier avec la notion d'une divinité solaire indivisible, cette fonction de direction générale, appliquée bientôt à la politique terrestre et à la surveillance des progrès impériaux, dut nécessairement tendre h développer le caractère humain de la déesse. Kien de plus général qu'une telle évolution, l'intelligence des peuples ayant travaillé partout de même manière*. Mais si la pensée critique modifie la foi, elle ne détruit pas les vieux sentiments, et les plus antiques croyances reparaissent bien vile. Les Japonais continuèrent de croire aux anciens mythes qui impliquaient la personnalité du soleil; ils gardèrent, côte à côte, cette notion primitive et ses développements ultérieurs ; si bien qu'au xix* siècle même, nous
1) Et pas du tout comme un Esprit distinct qui r^gnenit sur \t soleil. Tou» les anciens textes nous disent qu'Amatéras gouferne, non pas le soleil, mais le ciel. La théorie contraire n'est qu'une invention des èrudits japonais du XVI II* siècle, qui de là a passé chez les commentateurs européens, peu préparés à comprendre la notion animiste des religions primitives. M. Chamt>erlain «mus dit par exemple {Thinys japane$e, p. 375) que dans l'ancienne mythologie japonaise, « the Sun is ruled over by a goddess •• ; cVst « is a goddess • qu'il rallail écrire. (Même erreur pour la lune; voy. plus bas.)
2) Par exemple, dans l'Inde, les hymnes védiques nous présentent le soleil « tanl«*it comme un objet naturel gouverné par un dieu particulier, tantôt comme étant lui-même un dieu qui engendre et eontrdle d'autres êtres >». (Muir^ Sanskrit Texts^ vol. V, Introd.). — Chez les Grecs, Apollon, qui semble bien avoir été d*abord ii^ soleil lui-même, devient un héros de légendes indépendant ou même une personniHcation d*idées morales (cf. l'Apollon d'Homère, O^iytnét^ VIII, 270, à TApoUon de Pindare, dans A. Croiset, La poésie de Pindare, p. 177 seq.); mais entre ces deuxformt>s extrêmes, on voit subsister Hêlios HypérîoD; et ce dernier dieu à son tour apparaît tantôt comme le soleil physique, tantôt comme un homme qui gouverne le soleil en menant son char. — Ces contradictions arrivent à leur apogée dans les mythes où on voit le soleil, comme héros légendaire, s'attaquer au soleil matériel (exemple : le dieu solaire Maui, en Nouvelle-Zélande. Voy. A. Réville, op. et(., t. II, pp. 33 seq. et p. 231).
LC SHimiTOÏSME T7
voyons Hirata célébrer « la Personue rayonnante de TaugU8te Amaléras », et lui adresser ses prières*. A Theure présente, la même foi subsiste encore au fond des âmes : le peuple japonais adore le soleil* comme un dieu vivant*; il ne lui rend pas un culte v gue, en espril, mais un culte direct, en pleine réalité, lorsque l'astre glorieux se lève en face de son Gdèle, chaque matin, illuminant et ril^chauflant toutes choses, ou le soir, lorsqu'il va s'abimer dans la nuit ^; et telle est la croyance intime, instinctive, de toute la masse religieuse, depuis l'artisan qui, du fond de s;i boutique obscure, se tourne vers la clarté de Taurore, trappe des mains et récite pieusement sa prière à la déesse, jusqu'au pèlerin qui,
l)Dan8 le Tama no Mihashira (t813). Cf. T, III, app., pp. 66 el 74. — Ou retrouverait ce sentiment jusque dans les documents olticieis. Par exemple, dans le mémoire du 5 mars 1869, où les grands seigneurs féodaux oiïrent à Tempereurde lui rendre leurs territoires : « Nous osons lui présenter l'humble expression de notre loyalisme, sur lequel nons prions le Soleil céleste de faire briller tout son éclat. » (Adams, Histnrf/ of Japan^ roi H, p. 181).
2) Tantôt sous son nom japonais d'Aiimtéras, tantôt sous la forme chinoise de ce nom : Tennshôkô-Daïdjinn. (Voy. Handbook for Japan^ pp. 12, 168 176, et cf. plus haut, p. t35.)
3) Plusieurs fidèles shinntoîstes que j'interrogeais, au Japon, sur leur véritable pensée à cet égard, m ont affirmé qu'ils n'adoraient nullement en Amulérjs UD esprit plus ou moins indépendant qui gouvernerait le soleil, mais bieu le soleil réel, matériel, l'astre animé qui donne la lumière et la chaleur aux hommes.
4] Temps d'adoration du soleil, à Theure actuelle : surtout le matin à son lever, comme dans N, II, 307 (en particulier, le premier lever de soleil de Vs^n» née : halSQU'hi-no-dé); souvent le soir, âi son coucher; jamais à midi ou à d'autres moments de la journée. Cependant, à Tokio même, M. Griftis a observé Tadoration du soleil une après-midi, vers le soir d'ailleurs, après une longue quinzaine de journées pluvieuses. « Je n'oublierai jamais, dii-il, la scène à laquelle j'assistai lorsque 0 Tenntô Sama (le soleil seigneur du ciel) se uni a briller sur les rues boueuses. En un instant, et pour ainsi dire avec la promptitude d'uQ exercice militaire, des vingtaines de gens s'élancèrent hors de leurs maisons et, le visage tourné vers l'ouest, s*ugenouillant, s'accroupissant, commencèrent à prier et à adorer le grand luminaire ». {Heligions ofjapan, p 87). Des faits de ce genre montrent bien qu'il s'agit là, non d'un culle fonnalisle et atténué, mais d'une adoration profonde et sponlaiire. « La croyance commuiie des basses classes, écrit Sir Ernest Satow lui-même, paraît être que le soleil est réellement un dieu »; et il constate la fréquence actuelle de ce culte. (Cf. T, III, «pp., p. ^^')