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à la cime du Foujiyama, se prosItTne ^liloiii di^vant les pre* mières llèches d'or de l*dslre el fadore en penchanl son front sur les rochers*.
1) Lieux fl'adoralion actuels : la maison du tid^Ie: les t^mpks; les endroits d'une vill" d'où on p<Mii !»» mieux ronlt»mpl<»r le Inv^^r ou le c«Mii*ht*r du soleil; en bateau ou en chemin de fer. ctI tins fioints choisis imai» toujours au lever ou au coucher de Tastre). — A Toki», par ex*»mple, les endroits faroris pour attendre le lever du soleil sont Takanawa, Stiinapiwa (au bord de la mer), Sousaki (4 gauche de l'emhouchure de la rivière Soutnida), la colline d'Atago dans le parc de Shila (au sommet ou au pied de la tour qui domine cette colline), le haut temple de Tnnndjinn (i Liuushima, dans le quartier de Kaonda). Sannoda'i (dans le parcd*Oueno), la tour de Hiounnltkou (mot à mot: la tour qui dépasse les nuages, dans le quartier d'Açitk-a). Lfe i'' janvier iurt0Qt« de nombreux fidi'les vont ainsi assister à la gioneuse ascension de la déesse, surgissant de la mer, et lui présenter à cette occasion les requêtes les plus variées. — Sur les jonques ou ies bateaux à vapeur qui font le service de la Mer Intérieure, toujours quelques pahsngers pieux adorent le soleil à l'un des deux moments habituels; tous les bateuers (les j^c'<n</o.«) doivent absolument, d'après la coutume, Tadorer à son lever, et cVfI à ce moment qu'ils peuvent deviner le temps qu*il fera dans la journée. En chemin de fer, quand on passe devant le mont Fouji, soit vers la mer (par exemf>le, à l'ancien lac Hamaoa, entre Hamamats et .Maézaka, à mi-chemin entre Yokohama et Kol)é),soit encore devant Tétincellement superbe des dauphins d\)r du château de Nagoya, au lever ou au coucher du soleil, et en gênerai lorsqu'on (»eut apercevoir d'un point quelconque du trajet l'un de ces deux phénomènes, le même culte est rendu par nombre de voyageurs (surtout des 'M classes, et surtout les vieilles gens, car la coutume de prier dans les trains se perd peu à peu) — Il faut bien remarquer qu'ici le sentiment esihéli'^ue est tout à fait absorbé dans le sentiment religieux, malgré l'amour des Japonais pour les beaux spectacles de la nature. Un détuil significatit : à Flamiga-uura (huis la province d'icé), endroit qu'on regarde comme le meilleur point de vue lie l'arch'pel pour contempler le soleil levant, tout le moude l'adore entre deux rochers unis par une corde où sont suspendues les pailles de riz sacrées {shiméftawa), — Pour ma part, je dois avouer qu'un matin, au sommet du Fouji, me viiysnt seul, dans un paysage de jugement dernier, en face de Tastre rayonnant qui ui'apparaisssit comme le dernier être vivant delà création, j>us Tillusion très vive q<ie c'était un être personnel; et un instdut après, lorsque je vis accourir de toutes parts les pèlerins qui se h&taieul pour l'a ioer, leur rroyauce roe p<trut absolument natu* rel.e. Si Herbert Spencer s'était trouvé là, peui-étre aurait-il aban<!onné sa théorie du cuiie du soleil issu du culte des morts par l'intermédiaire d'erreurs sur les noms posthumes.
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Auprès de celle triomphante déesse du jour, le dieu de la Lune' semble bien pâle; et en elTel, il n'obtient qu'une place très inférieure dans le panthéon japonais. A peine sa naissance a-t-elle été signalée qu'il disparaît de ia légende. D'après les premiers textes, il devait être le compagnon du Soleil et partager son gouvernement *; mais, dans la suite du récit, il ne joue |)lus aucun rôle, et son existence même n'est plus signalée. C^est à peine si on le verra se manifester, une seule fois, à une époque tout à l'ait tardive, pour réclamer un culte : el encore n'est-ce pas pour lui-même, mais pour son ancêtre le dieu Takaghi*. Il est donc certain qi'au début du vni* siècle, Tsouki-yomi était un dieu depuis longtemps négligé. Mais il est fort probable aussi qu'à une époque plus lointaine, il avait tenu un tout autre rang dans la religion japonaise. Peut-être avait-il brillé d*un éclat plus vif que le soleil lui-même dans les temps les plus reculés, quand ses
1) Tgouki-yorni-no-mikoto (K, 43 seq.; N, I, 19 Sf'q.) M. à m. : i*augu8te lune des ténèbres. Appelé aussi, (dans une variatite du N, ibid.)^ Tsouki" youmi, c'est à-dire Tare des ténèbres ; ce qui. rapproché surtout du mythe (i6t(i., p 20) qui fait émaner le dieu d*un miroir de cuivre blanc, évoque le sou- ▼enir de t*arc d'argent classique. — Certains auteurs, (par ex. le Hév. G. Munzinger, Die Japaner, Bénin, 1898, p. 193), représentent à tort la lune comme une divioiié féminine. (Voy. le Mannyô^hiou, livres 6, 7, 10, où le dieu de la lune est appelé Tsouki'yomi-wutoki, ou Tsouh'làio-woioho^ c'est-à-dire justement V komme'iune ; et cf. plus haut, p. 310, n. 3).
2) K, 43. Cf. N, J, 19 : « Son rayonnement ne le cé<lait en splendeur qu'à celui du soleil. Ce dieu devait être le compagnon de k déesse du SoeiKet prendre part à son gouvernement. C'est pourquoi Izanaghi et Izanami renvoyèrent aussi au ciel. »
3) Année 487 : « Koioshiro Ahé no Omi, agissant en vertu d'un ordre impérial, vint en mission à Imna. Alors le dieu de la Lune, par la bouche d*ua certain homme, s'adressa à lui, en lui disant : « Mon ancêtre Taka-mi-mousoubi [aune nom de Takighi; cf. K, 15 et 96J a eu le mêriie de contribuer à la création iu ciel et de li terre. Qu'on lui renie un culle en lui consacrant des hommes et du terrain. Je suis le dieu de la Lune, et il me sera agréable qu'une oUranJe boit laite selon son désir. i> KolOrhiro retourna donc à la capitale, et rapporta toutes ces choses à l'empereur. Les rizières d'Outaaraçou furent consacrées au dieu, et Oshimi no Soukouné, Tancétre des Agatanoushi de Youki, fut désigné pour le service de son temple. » (N, 1, 39L)
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adorateurs étaient au niveau de ces tribus arriérées qui, de nos jours, sont encore fidèles au vieux culte lunaire*. A tout le moins, si le Kodjiki Toublie, le vieux mythe explicatif que nous a gardé le Nihonnghi sufiit à prouver son importance passée*, et les textes qui nous annoncent sa mission, à côté de celle d'Amatéras, demeurent comme les indices très anciens d*un édifice abandonné et détruit, mais dont les fondations prouvent Texislence historique. Pour la lune, comme pour le soleil, les progrès de la raison devaient atténuer peu à peu Tadoration primitive : ils Tout refroidie plus vile pour la lune, parce qu'elle n'avait pasTéclat vainqueur du soleil.
Cette rareté des mythes lunaires dans les anciens documents devait laisser le champ libre à l'imagination des théologiens indigènes. D'autant plus que cet asire mystérieux, qui parfois chasse les terreurs de la nuit, mais qui parfois aussi les exaspère, devait fatalement provoquer chez les Japonais, comme chez tant d*autres peuples, une impression vague, mêlée d'admiration et de peur. Ils se trouvèrent donc partagés entre le désir de Tadorer et la crainte de subir ses influences malignes '. Le terrain était ainsi préparé pour
1) Voy. A. Béville, op. cit., II, p. 22Ô, et poit.
2) Voy. plus haut, p. 32. — Cf. aussi J. Doomaii, Tkc beyinning of iapa* nete history^ civilization, and artt, dans T, XXV, p. 79.
3) Influences qui d'ailleurs peuYent être réelles, vu Pintensité du clair de lune japonais ; c*est ce que me disait un jour le D*" ïïcriba, professeur à U Faculté de médecine de Tokio. — Cr., chez les Grecs, le déddublement de Sélèné et d'Hécate, exprimant ces deux sentiments opposés. (Voir Bouefaé* Leclercq, Hist. de la Divination, 1, 339; 11, 129, n. 1, 270, 272). — HiraU fait observer que, malgré les vers du Mannyôshiou en Thonneur de la luoe, oo regardait en général comme néfaste de Tadmirer; et il en donne pour rtitOD (sans doute inexacte) un vers du Icé Monugalari {Contes dlcé) qui dit que M rhomme vieillit en accumulant les lunes ». Il cousiat^ cepemlant la coutume de faire des oiïrandes à la lune, le 15* jour du 8* mois; mais il pense que c'est probablement un usage venu de la Chine. (Voy. T, 111, app., p. 75.) Je crois au contraire qu*il s'agit là d'un culte tout à fait spontané. i)ui a eu son origine à la fois dans Thabitude générale des Japonais d'aller contempler tous les grands spectacles de la nature et dans le sentiment d'adoration qui s'éveille en eux dès qu'ils sont en présence de l'objet admiré. L'influence chinoise a pu modi* fier quelques formes secundaires de ce culte : elle ne \\\ pas créé.
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les ^rudits du shinntoïsme, qui finirent par identifier la lune avec l'empire souterrain où règne Szannoô, dieu des tempèles et maître des Enrers. Cette théorie reposait, sans contredit, sur des arguments fort spécieux^, qu'on
1) Hirata, après Hattori, et contre Topinion de Motoori qui regardait tout naturellement le Yomi comme la demeure des morts (voy. notre chapitre sur le Séjour des dietUD)^ donne les raisons suivantes pour identifier la lune avec ce royaume souterrain. D*abord,le mot yomi dans le nom du dieu Tsouki-yomi est évidemment le même que le mot yomi, employé pour désigner Tempire des ténèbres où Szannoô finit par se réfugier. Ensuite, bien que dans le Kodiiki le gouvernement de la mer soit donné à ce dernier dieu, un passage correspondant du Nihonnghi parle du dieu de la Lune comme ayant été désigné pour cette fonction. Le meurtre de la déesse de Ja Nourriture est attribué à Szannoô par le Kodjiki^ à Tsouki-yomi par le Nihonnghi. Le fait que les marées suivent le mouvement de la lune devient une nouvelle raison de conclure que les deux dieux ne font qu*un. Au reste, de même que toute la région pénétrée par la lumière du soleil fut appelée hirou (le jour), de même le yorou no ouosouKouni (le royaume de la nuit), que Tsouki-yomi fut chargé de gouverner, s'identifie très bien avec le Yomi^ où la clarté du ciel doit être interceptée par la terre* EnGn, la notion du Yomi comme séjour des morts doit être regardée comme relativement moderne ; d*autant plus que les quelques dieux que les anciennes annales nous signalent comme ayant visité ce royaume souterrain étaient encore en vie lorsqu'ils y entrèrent. (Voy. le SanndaïkOf pp. 15, 16, etc.) — Ces arguments me semblent plus ingénieux que conformes à la tradition primitive. En effet, remarquons d'abord que le Yomi a d'autres noms, qui précisent bien son caractère. C'est le Né no Kouni, m. à m. « pays-racine n (expression qui se trouve déjà dans le Nihonnghi, I, p. 20, et que les érudits shinntoîstes n'expliquent pas, comme on pourrait s'y attendre, par l'idée qui chez nous a fait naître l'expression « manger le blé par la racine », mais bien par l'idée que cette région est è la racine de la terre) ; puis, le Soko no Kouni, ou pays du fond ; le Shta-tsoU'Kouni, ou pays d'en dessous ;\e Né no Kataçou Kouni, ou pays du coin {kataçoumi, dans le sens de la partie la plus basse ou la plus éloignée. Voy. T, lU, app., p. 58). Sous tous ces noms, on trouve la notion très nette que le Yomi est un royaume souterrain. Quel est l'argument fondamental de Hirata pour assimiler cette région à un astre ? C'est que le mot yomi se retrouve également dans le nom du dieu de la Lune. Mais c'est jouer sur les mots : car de ce que yomi signifie à, la fois l'obscurité du ciel pendant la nuit et l'obscurité du tréfonds de la terre, il ne s'ensuit évidemment pas qu'il faille identifier ces deux régions. Lorsque nous parlons d'une « belle nuit » ou de la « nuit éternelle », nous ne parlons pas de la même nuit. Donc, de ce que Ssannoô est descendu au royaume des ténèbres, on ne saurait conclure qu'il est monté dans la lune. En attendant, Szannoô et Tsouki-yomi sont pris l'un pour l'autre dans deux mythes. L'un est celui du meurtre de la déesse de la Nourriture, pour lequel nous adoptons de préférence la version du Nihonnghi
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pourrait encore appuyer par des consid/^ratîons Urées d'autres religions primitives ' ; mais elle avait pour r^sullHt nécessaire de transformer tout le caractère du dieu : Tsouki-yomi devenait le gouverneur dt* la lune, au lieu d'être la Lune en personne'; et c*est une conclusion que les anciens textes ne nous permettent pas d*accepter\
(▼oy. p. 33, n. 1); mais Tsouki-yomi apparaît alors dsns s« fonction lunaire habituellf, et non dans celle d'un dieu des mers. L'autre evt l'attribution aux grandes divinit^'S de leurs domaines dans la natun» : mais comme l'océan est assigné à Szannoô par tous les textes, à l'exception d'une seule variante du IVtAoniiyAt (I, 28), nous croyons plus prudont «le nous en tenir à la tradition générale. (Dans le Ko'ijiki^ 43; et dans le Xiimnntjhi lui-même, 19, 20. '6'Z, etc., où toujours Szannoô reçoit le royaume des miTS, tandis que Tsouki-yomi, frère de la déesse solaire comme dans Ht^siodi' la Lune est la s<L*ur du soleil, est toujours associé au gouvernement cr leste.) Ueste alors l'argument tiré de cette idée que les dieux seraient descendus vivants aux Knfers. Mais tout au contraire, nous n'y voyons entrer Izanami qu'au muinent ou ede vient de mourir; Izanaghi, qui va l'y poursuivre, ne rencontre qu'une masse de pourriture; et par conséquent, lorsqu'on nous dit qu'un dieu finit par s'y retirer, c'est apparemment qu*il passe dans l'autre monde. Tout cela est fort clair pour qui ne cherche pas dans nos mythes la cosmogonie savante que les théologiens shinntoïstes ont voulu à toute force y trouver.
1) Par exemple, au Brésil, la conception d'un m^'chant dieu lunaire qui habite les demeures souterraines où l'astre disparaît rliaque jour ^voy. A. Réville, op. cit., If p. 307; cf. p. :i9l, etc.). On pourrait dune t>ire tenté, sans aller jusqu'à confondre comme Hirata le ciel nocturne et le séjour des morts, de rapprocher au moins Ssannoô et Tsouki-yomi. Par malheur, il n'existe pas un seul texte qui identifie les deux divinitt^s, tandis qu'au contraire de nombreux passages les font apparaître, en même temps, comme des personnages distincts du drame mythique.
2) De môme qu'en vertu de cette théorie, Amatéras n*était plus le Soleil, mais seulement un esprit qui le gouverne. Or, tous les textes nous disent que le Soleil et la Lune furent appelés au gouvernement céleste, et pas un texte ne nous dit que le soleil et la lune soient gouvernés par un Ksprit distinct. -~ M. Chamberlain n'en écrit pas moins que la lune appartient [belongs to) à un frère d'Amatéras (qui d'ailleurs, pour lui aussi, est Szannoù. Thmys Japanese^ p^ 375, — Cf. plus haut, p. 323, n. i). — Conséquences du système de Hirata : après s'être vu obligé de transformer nos vieux récits de la manière la plus étrange (voy. T, 111, app., p. 68), il aboutit à compnser une prière en l'honneur « d'Izanami et des autres dieux qui habitent la lune. * {lOvi., p. 74.)
3) Toutes les fois qu'un dieu a plusiruis noms, nos vimx docurnents. très attachés à ces questions de forme, ne manquent pas de les enuoirrer par le mena ; li donc aucun passage ne nous dit que Szannoô est un des noms de
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Elle n'a pas été adoptée non plus par le peuple japonais qui, fidèle à la notion primitive, continue d'adorer la Lune comme un dieu vivant. Sans doute, Tsouki-yomi est toujours négligé : peu de lettrés lui rendent un culte; et même chez le vulgaire, le sentiment esthétique tient à peu près autant de place que le sentiment religieux dans la contemplation de Tastre*. Mais la lune n^en reçoit pas moins, avec les hommages dus à sa beauté, les offrandes réservées aux puissances divines*; le peuple qui va voir sa superbe ascension, à certaines époques* et à certains endroits favoris^, s'élève de l'admiration à la prière; le ravissement des
Tsoaki-yomî, ou Tiiiyerae, c'est qu^l8n*ontjamai8 été identifiés dans le Sbinntô primitif.
1) A l'exemple de leurs aïeux, qui se faisaient construire des pavillons spéciaux pour cette contemplation, les Japonais d'aujourd'hui sont fanatiques du dair de lune. Mais il suffit d'avoir observé uoe seule fois le peuple, au bord de la mer, par une des nuits traditionnelles, pour se rendre compte de la différence qui existe entre le culte de la lune et celui du soleil. En somme, au moment où la lune se lève, tous sont saisis d'admiration, beaucoup font une courte adoration, mais un petit nombre seulement la prolongent; il semble que tous aient h&te d'en finir avec la formalité religieuse pour se livrer tout entiers an plaisir des yeux.
2) On offre des gftteaux de ris à la lune, puis on les mange en la regardant. Cesg&teaux s'appellent tsouki-mUdanngo(g6XeBMX de la contemplation lunaire), ce qui indique assez qu'ici le spectacle domine ; mais l'offrande religieuse n'en subsiste pas moins. Ce caractère est bien marqué surtout par les noms de « lune des haricots », donné à la lune la 15* nuit du 8* mois, et de « lune des ehfttaignes », la 13* nuit du 9* mois ; à ces deux époques, on présente à l'astre, outre les haricots ou les châtaignes qui distinguent la fête, des bouquets d'eulalies et de lespédézas. — Cf., pour la Chine, de Groot, Les fêles annuelles à EtMui, trad. G. G. Chavannes, pp. 468 seq., 473 seq., 510 seq. et pass.
3) Époques traditionnelles : surtout les trois grandes nuits du trimestre d'automne, c'est-à-dire la 26* nuit du 7* mois, la 15* du 8* (et les nuits environnantes), enfin la 13* du 9*, d'après l'ancien calendrier, soit cinq ou six semaines avant ces dates, d'après le calendrier actuel. On adore le lever de la lune ; puis on admire paisiblement le spectacle, souvent jusqu'aux premières heures du matin, en buvant quelques coupes de vin de riz et en improvisant des vers de circonstance.
4) Les lieux préférés sont naturellement, comme pour le soleil, soit des endroits élevés, soit surtout les bords de la mer : les rivages de Teppodzoa^
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yeux s*achëvc dans radonilion du ^œu^^ Ce^l assez pour qu'en rapprochant de ces sentiments contemporains les mythes primitifs qui attribuent à la Lune la même naissance qu'au Soleil, le môme gouvernement parallèle et la même importance dans un même récit fameux, nous la classions sans hésiter dans la catégorie des vieilles divinités naturistes*.
Sousaki, Shibaoura, Takanawa, Shinagawa, Hakkélsaka, Haoéda, la coUine d*Atago, le plateau de Loushima. L*iinage de la lune vue par réÛezion dans l'eau atlire aussi de nombreux admirateurs sur les bords de la Soumida, de la rivière de Matsojsaki, de la Tal^gawa, de l'Ona^nif^awa, de la Tamagawa. Un simple sf^i'rida contemporain, le Iknnka llôtenn lou Code-Trt'*sor à se IransmetU*e de génération en génération, rédii^ chex Hakoubouunkan, 27* année de Meiji), devient lyrique dès qu*il aborde le chapitre du clair de lune (Aotion* ghettsou^ ou contemplation de la lune, en chinois) : « Aux ondes d'or et aux vagues d'argent, dit-il, si on monte sur la lune dans une jonque légère, ai si on descend la rivière Soumida au vent de l'automne qui vient des deux k>ordi, l'homme sentira qu'il n'est pas de ce monde. »> Et plus loin : « Lorsqu'on contemple la lune de l'étang de bhinobaze ou de l'étang Tameiké à Açakça. quoiqu'on soit dans la rue, le spectacle est <*tTroyabl(*ment {souaamadjiki) admirable. » En somme, c'est toujours le sentiment esthétique «jui domine : la lune est plus admirée que le soUmI, et moins adorée, mais il n'y a là qu'une ditTérence de degré.
1) Ce sentiment est si naturel chez l'homme que, dans la Bible, Job se vante d'avoir résisté à la tentation d'adorer la lune, lorsqu'il la contemplait dans sa course magnifique {Job, xxxi, 26 seq.). Au Japon, un de mes collègues allemands surprit un soir sa petite fille en train d'adorer la lune qui montait derrière les arbres du jardin.
2) Dans le Ynmato-bimé'Séiki (début du xii« s.), la lune est représentée comme un homme à cheval ; et quoi qu'en dise M. Florent {Nihongi^ Zeitalter der Gôtler, p. 27, n. 16), celte conception peut fort bien être indigène, la lune étant, pour les vieux Japonais, une divinité masculine qui chemine daDS le ciel. Aujourd'hui, l'imagination populaire voit surtout dans la lune un lièvre, qui prépare des gâteaux en pilant du riz dans un mortier. Est-ce ao simple emprunt à la légfude chinoise, comme le pense M. Chamberlain (Tkingsjapa* nese, 375}? Kien ne le prouve ; car, outre que la notion japonaise s'appuie sar la langue même {motchi signifiant à la fois « pleine lune » et « gâteau de ris Hy, l'idée générale du lièvre lunaire se retrouve dans toutes les parties du monde, soit dans Tantiquité (Grèce, Inde, Egypte), soit de nos jours : en Asie encore, chez les Thibétains ; en Afrique, chez les Zoulous ; en Amérique, chez les Mexicains; en Europe même, chez les Busses (voy. lAng, op, cit., p. 121 ; E. Lefébure, dans Mélunne, U Vlll, n* 2, col. 25 seq. ; de Gubematis, Die Thiere in der indogermaniichen MyihoVtgie, p. 187, 399 : de Groot, op. cit., p. 497, 501 ; etc.).
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Après le glorieux soleil flamboyant, après la lune brillante, mais déjà si pâle, le lointain scintillement des étoiles va paraître encore plus humble et plus effacé. Ces petits points lumineux semblent flxes ; et c'est pourquoi l'antique astronomie, qui mettra longtemps à remarquer l'existence de planètes errantes, commence par n'élever au rang des astres que le soleil et la lune, dont la course éclatante s'impose à l'observation. De plus, l'utilité pratique des deux grands luminaires est manifeste ; mais à quoi peuvent bien servir les étoiles'? Or, nous savons que, d'une part, le mouvement des objets physiques est le phénomène le plus propre à éveiller l'idée de personnes animées, et que, d'autre part, ce fut surtout la peur de la nuit qui fît adorer les dieux de la lumière. D'où il suit que, d'une manière générale, les religions primitives qui élevaient le plus volontiers la lune et le soleil au rang des dieux négligeront aisément d*y admettre les étoiles', et que, dans tous les cas, la déification sera plus vague, le culte plus rare. C'est ce qu'on observe au Japon.
En effet, tandis que la déesse du soleil y est reine dans la religion, et tandis que le dieu de la lune y est roi dans la poésie, les étoiles au contraire n'apparaissent presque jamais, ni dans les textes sacrés, ni dans les recueils lilléraires; et manifestement, le silence des poètes fait assez pressentir l'état d'esprit des hommes religieux». Cependant, il ne faut rien exagérer*; et s'il est certain que, dans les vieux docu-
1) Au zix* siècle, Hirata constate qu'on croit en général les étoiles dépourvues d^uttlité pratique. Il répond qu'elles pourraient servir à guider vers le Japon les lointains Barbares, s'ils comprenaient que leur devoir est d'y amener des navires chargés de tributs pour l'empereur (T, III, app., p. 62).
2) Voy. sir Jobn Lubbock, Origines de la civilisation^ pp. 312 seq.
3) On a souvent remarqué que les Japonais admirent beaucoup moins les étoiles que nous, qui en avons fait un lieu commun de notre poésie. Comme le dit M. Chamberlain, « jamais aucun barde japonais ne les a apostrophées comme la Poésie du Ciel » {Things japanese, p. 376; cf. K, Introd., p. lx). Elles sont cependant louées quelquefois, comme nous allons en voir la preuve, un peu plus loin, dans une des plus antiques poésies japonaises.
4) ItchiKawa allait jusqu'à affirmer que les étoiles ne sont pis mentionnées une seule foid dans les récits de i'ûge des dieux (voy. T, 111, app. p. 27).
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ments, noos ne pouvons découvrir aucune trace d'un culte stellaire formel, en revanche nous y trouvons des indices très nets d'une vairue divinisation, bien antérieure sans doute au temps où furent écrites nos légendes. C'est d*abord le dieu Kagacé-ouo, « le Mâle brillant ■»'. le seul qui refusa de se soumettre aux deux dieux céle>tes envoyés pour pacifier le pays, lorsqu'ils eurent mis à mort u les divinités mauvaises et les tribus des herbes, des arbres et des rochers' ». Puis, c'est le dieu-tisserand Také-ha-dzoutchi, qu'ils lui dépêchèrent ensuite, et qui sut Tamener à composition '. Assurément, Kagacé-ouo n'est pas traité avec beaucoup de respect par Fauteur de notre récit : car tandis que le Soleil porte toujours le titre de dieu, et tandis que la Lune reçoit au moins l'épithète d'auguste, le nom de Tétoile n est pas accompagné du moindre terme d'honneur ^ mais n'oublions pas que, dans ce mythe, il s'agit d'un rebelle et d'un vaincu*: et au reste, le dieu-tisserand, qui représonteaussisansaucun doute uneétoile et qui semble toucher de près à Kapacé-ouo, porte, lui, le titre d'auguste*. En tout cas, le « Mâle brillant » joue sans
1) Appelé aussi, dans une variante fN. I, 79), Ama-tsou-mika-hoshi et Améno- Kagacé-ouo, ce qui indique toujours un dieu du ciei. Lien qu*ii apparaisse dans une aventure terrestre.
2) N, I, 69. Dans la variante p. VJ, Kagacé-ouo nous est mt^me donné comme une divinité* céleste, dont les deux envoyés demandent Texécution avant de descendre pour pacifier le pays.
'i) N, 1, 70. L'idée conU^nue dans le nom de Take-ha-dzoutchi (brave-feuilleatné) n'est pas bien claire; mais aucun doute sur le titre de dieu«tisserand, exprimé parle mot shùizouri ou shiduri {Mdzou^ ôtoffe; ori, tisser).
4) Ni kamif ni mikoto, (Ces deux termes sont d'ailleurs à peu près synonymes).
5) La variante N, 79 le qualifie de « mauvais dieu », mais de dieu tout de même.
6) La nature stellaire de ce second dieu résulte assez de la coïncidence frappante qui existe entre son genre d'occupation d'une part (cf. plus l»as, sur les autres divinités tisserandes), et d'autre part son intervention directe auprès de Kagacé-ouo. (Car dans ces rt>cits de soumission, si fréquents au cours <Jc nos mythes, nous voyons sans cesse que celui qui obtient le résultat demandé est an héros qui touche de près au vaincu, son père par exemple.)
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contredit un rôle d'une certaine importance, puisqu'il est le dernier héros qui s'oppose à la descente du fils des dieux. Mais est-ce là^comme onTa souvent dit \ la seule légende antique où apparaissent les étoiles? En aucune façon ; car le centre même de toute l'histoire sacrée, c'est la Tranquille rivière du ciel'^ et les mythes du feu renferment à cet égard des passages bien significatifs. En effet, lorsqu'Izanaghi tue le dieu du Feu, le sang de ce dernier rejaillit jusqu'au ciel et, comme le lait de Junon'^ retombe en étoiles. Non seulement il va tacherlesinnombrables rochers delà rivière céleste*, c'est-àdire des étoiles déjà*, et même, d'après une des variantes*,
1) Gomment M. Aston et M. Florenz, qui ont traduit le mytiie des deux dieux stellaires (Aston, op. cit,, p. 69, Florenz, op. cit., p. 168), peuvent-ils soutenir l'un et l'autre, après Hirata (T, III, app., p. 61), que Kagacé-ouo est le seul dieu-étoile mentionné dans les mythes japonais ? Voy. d'ailleurs plus bas, pour d'autres étoiles divinisées.
2) Voy. N, 1, 23, 39, 42, etc.
3] Les Japonais auraient applaudi aux vers de Musset :
« Une goutte de lait dans la plaine éthérée
Tomba, dit-on, jadis du haut du firmament.
La Nuit, qui sur son char passait en ce moment.
Vit ce pâle sillon sur sa mer azurée,
Et secouant les plis de sa robe nacrée,
Fit au ruisseau céleste un lit de diamant. >•
La conception vague d'un fleuve qui coule parmi des rochers étinceiants répond en effet très bien à Tantique notion japonaise.
Cf. aussi la légende finnoise d'après laquelle le lait d'une déesse devient le minerai de fer rougeâtre du pays. (A. Réville, op. cit., II, i9Z.)
4) N, I, 23, 29. (Le Kodjiki, p. 32, ne parle que des rochers de la terre ; mais un seul texte ne saurait prévaloir contre les nombreuses versions que le rédacteur du Nihonnghi avait puisées dans de vieux documents.)
5) La Voie lactée est, pour les Japonais, une rivière, où le caractère matériel domine ; ses étoiles ne paraissent donc pas avoir été l'objet d'une divinisation spéciale; mais en tout cas, les gouttes de sang qui vont frapper les rochers de son lit ou qui se perdent dans l'espace deviennent certainement des dieux. (Voy. p. 158, n. i.)
6) N, I, 29 : « Le sang jaillit et tacha les cinq cents rochers qui sont au milieu des quatre-vingts rivières du ciel. »
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ceux de quatre-vingts rivières pareilles, mais il fait surgir ainsi des dieux nouveaux, dont les noms contiennent à la fois ridée d'éclats de rocs, l'idée de feu, l'idée de soleil'; ne sont-ce pas des étoiles encore? Et l'étrange scintillement de certaines étoiles, qui sont blanches aujourd'hui, mais qui étaient rouges à l'époque où notre mythe s'élaborait*, ne peut-il pas aider à comprendre l'illusion qui lui a donné nais-
1) Entre autres dÎTioités issues du stng de Kagoa-tsoutehi, nous trouroos : Mika no haya-bi (puissamment rapide, soleil), Hi no haya-hi (feu, rapide, soleil), Iba-sakou (rocher, éclat), Nésakou (racine, éclat), Iha-tsoutsou-ouo (roeber» atné, mâle), etc.. (N, I, 23, 29; et cf. l'opinion de certains commentateurs japonais, qui font venir hoshi (étoile) de ho-ishi (feu, pierreV Une version nous dit même, non pas que le sanfç du Feu fit naître des dieux en tachant les rochers de la Voie lactée, mais que ce san^ç entendra ces rochers (N, 23), ce qui supposerait leur divinisation.
2) Nombre d*étoiles, aujourd'hui m^me, sont rouges, rougeâtres ou jaunis* santés (voy. C. Flammarion, Les étoiles, p. 692 se<f , catalogue de 622 étoiles rouges, et p. 74, planche dVtoiles colorées) ; mais d'autres sont devenues blanches, comme Sinus, la plus brillante étoile du ciel, qui était rouge au temps de Ptolémée et que les Romains appelaient ruhra canicula (Horace, Sat,t II, v; Sénèque, Quest, nat.^ liv. 1). Or, la formation de nos mythes du Feu est sans doute bien antérieure au it« siècle de 1 ère chrétienne, et d'ailleurs on ignore à quelle époque a pu se produire le changement de couleur. Remarquons, d*une part, que la Voie lactée est la n'^gion du ciel la plus riche en étoiles rouges, à commencer par l'étoile mu de Céphée, qu'on peut voir, à Tœil nu, flamboyante comme un grenat translucide; d'autre part, qu*un des endroits les plus lumineux do celte Voie lactôe est justement dans les parages de la constellation du Orund Chien, où relate Siriiis. Notons aussi quo John Herschcll, dans ses obsen'alions au cap de Bonne -Espf^rance, aperçut soixaiite-seixe étoiles rouges, dont quelques-unes lui « faisaient IVfTet dégouttes de sang dans le miroir du télescope n ; et que, pareillement, la v.iriable rouge R du Lièvre, découverte par Hind en 1845, lui apparut comme « une (goutte de sang sur le fond noir du ciel. » Très au-dessous du télescope, mais au-dessus de l'ccil européen, il y a l'œil japonais, qui a su distinguer des mouvements (vol des oiseaux, galop du cheval) dont nous ne nous doutions pas avant la photographie instantanée, et des nuances que nos impressionnistes les plus hardis n'auraient jamais soupçonnées dans un paysage, sans la révélation que leur apportèrent les estampes à un sou de la vieille Kdo. Il est donc permis de supposer que, soit en raison de l'aspect r«'-el des astres au temps d'éclosion de la légende shinntoîste, soit en raison de l'acuité visuelle de ceux qui les contemplaient, le ciel apparut souvent aux Japonais primitifs avec un éclat rougeltre et des taches sanglantes dont le mythe de Kagou-tsouchi ne serait que la Ûdéle expression.
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sance. Peu importe d'ailleurs le sens de ce récit; car d^autres légendes, plus précises, vont faire intervenir des astres qu'on ne saurait contester; une surtout, qui nous parle de la Céleste Tisseuse. Dans une poésie d'un caractère primitif, une jeune déesse s'écrie : « Oh ! c'est le dieu Adji-shiki qui traverse deux augustes vallées avec l'éclat des augustes joyaux assemblés, des augustes joyaux assemblés que porte autour de son cou la Vierge-tisseuse du cieb ». Ici^ plus aucun doute : nous retrouvons de nouveau la fonction si générale des étoiles, qui est de tisser des rayons comme une tisserande trame ses fils. Là-dessus, les commentateurs prétendent naturellement que cette étoile est d'importation chinoise, attendu qu'elle porte le nom de Tisserande comme un groupe d'étoiles fameux chez les Chinois'. Mais, sans parler même des autres pays où on peut observer un mythe semblable*, n'est-il pas évident que l'idée essentielle de cette légende répond tout à fait à une tendance générale et spontanée de nos récits? Quelle était donc l'occupation d'Amatéras elle-même, lors-
1) K, 99. Le texte est à peu près le môme dans le N, I, 75.
2) M. Aston identifie, sans autre explication, la Tisseuse du poème japonais (N, I, 75] à la Tisseuse chinoise Tchi-Nu^ personnification d'un groupe stellaire formé de Véga et de deux autres étoiles de la Lyre ; et il prétend aussitôt tirer de là une indication quant à la date de ces vers, qui dans ces conditions n'auraient pu être écrits qu*après l'introduction de l'astronomie chinoise ou des mythes chinois y ayant trait. M. Chamberlain, critiquant Motoori (K» p. 99, n. 33), admet la même opinion comme évidente. M. Florenz l'adopte aussi {op. cit., p. 181, n. 9), et s'étonne même que les savants japonais ne s'y soient pas rangés. Mais aucun de ces philologues ne donne le moindre argument sérieux à l'appui de celte confusion. La similitude des noms, seule base de leur théorie, ne prouve rien lorsqu'il s'agit, comme dans le cas présent, d'une désignation aussi générale que celle de l'occupation mythique d'une divinité. Une femme qui tisse s'appelle une tisseuse, et elle portera ce nom chez tous les peuples qui auront imaginé des déesses dont la fonction est de tisser.
3) Par ex., chez les Finnois, de jeunes déesses s'occupent à tisser, tantôt des vêtements, tantôt les rayons de rarc-en-ciel ou les franges pourprées des nuages au soleil couchant (voy. A. Réville, op. ct7., II, p. 189). — Les étoiles, habiles à lier les fils de leur trame coutumière, doivent posséder aussi le pouvoir de délier. Ne serait-ce pas en vertu de cette idée que la magie hindoue compte sur deux étoiles, les « délieuses », pour dénouer les liens d'un mal redouté? (Voy. Victor Henry, op. cit., p. 203 et 204, n. 1.)
90 Li SHncTrroTsMK
qu'un dernier outra^p de son frère la contraiimit à se cacher? Quel était le travail de sa jpiine sœur, lapelitf diVsse solaire'? Quel était celui de fouU's li^s suivantes du Soleil aux ravons d'or? Le tissage*. El comment SzannoA mit-il rn désordre toute la « salle du tissage sacré »» ? Kn y précipitant un « céleste cheval pie •>, c'est-à-dire, peut-être bien, une étoile encore, à en juper d'après certains mythes hindous'. Que les Japonais en soient venus à penser, plus tard, que les hommes peuvent devenir des étoiles, rien de plus naturel, puisque les corps célestes étaient en principe, pour t^ux, des êtres analogues à la personne humaine *; et que, partant de là, ils
1) Voy. pluK hmit, p. 314. — Il o^ sirait pas impossible que le petit dieu Hiroii-kofK, 20 ;N, I, 15. IS, etc.), que linlerpnMalinn traditionnelle ap:>p<Ie « la San^«iie », fût le pendant mnsrulin d»» Himij-m*. et par suite une «'-toile encore. Remarquons en effet que dans plusieurs textes, on le représente comme encendré allssit<^t après le soleil et la lune (v.w. N. I, 19, 20).
2) !>»» diverses Tariantes de '•et ''pisn-le, et notamment Tindication des divinités qui sf> blessèrent avec leurs navettes, montrent bien qu'il s'airissail là d'un véritable atelier de tissaire, et que toutes prenaient plus ou moins part au travail. Dans le K(hijiki^ pp. 53-54. .\mat>'ras surveille, ses femmes tissent, et à la fin, ce sont elles qui sont blessres et oui meurent. D:ins le Sihnnnghi, p. 41, Amatéras elle-même met la main à la lti*so^ne, cir c*esl elle qui se blesse : et p. 45. c'est sa jeune s«i»ur. Nous av<»ns donc lit tout un trroupe de célestes tisseuses. Va-t-on soutenir qu'elles son» encore rhin«>ises? C'est ce que M. Chamberlain n'hésite pas à faire fK. Inlrod., p. Liix'. par cette nison que les suivantes d'Amaléras ont exactement le même titre que la tisseuse du mythe chinois. Mais, ou!r<> qu'Amaféras ne porte pas ce titre et que sa jeune sœur s'appelle Ouaka-hirou-mé, ronimt-nl ne pas apercevoir qu'avec un tel système il faudrait déclarer rhinoises toutes les choses inditrènes «jui, sous le pinceau d'un ri''darteur lettré, ont éi»» destinées pnr d»»F noms chinois ? L'ne fois enprftk'é dans celte voie, M. Chaml^erlain fleclare, p'»ur le mérne motif i'*iW.\ que « la Mivi«*'re du ciel est enraiement chinoise u. romm»* le sont apparemment •U88t les légendes de tous les peuples qui ont cru voir une rivière dans le ciel.
3) Daim ou vache taehetés, qui figurent parmi les êtres ct'lesl*»», et dont l'idée a pu venir, suivant certains commentateurs, d'une illusion produite par l'aspect des étoiles. Cf. N, I, \0. — N'y aurait-il pas, dans ce mythe japonais, le souvenir d'une comète, ou de l'iioparilion d'un** étoile nouvelle et bizarre dans une constellation, ou de la chute d'une étoile filante extriordinaire ?... Ce ne sont là que des hypothèses, mais que rendrait ^s5ez vraiseral»lal»l'*s la tombée inattendue de ce cheval mystérieux dans le groupe des célestes tisserandes.
4) CL Lang, CusUm and Myth, p. 33; Mythes..., p. 127.
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aient fini par attribuer à leur Céleste Tisseuse toutes les aventures chinoises des trois étoiles de la Lyres en attendant que Tastronomie de leurs illustres voisins leur apprit à observer Vénus et les Pléiades, Mars et Jupiter^, rien de plus cer-
1) Étoiles qui, notons-le, étaient d'autant plus faciles à remarquer de paK et d'autre et à identifier ensuite, que Véga est une des plus brillantes parmi les étoiles de première grandeur. — La légende chinoise a pour héroïne la Tisseuse, et pour héros le Bouvier, une étoile de la constellation de l'Aigle. D*a« près la version la plus répandue, au Japon du moins, Tenntéi, l'empereur divin du ciel, avait une fille habile à lisser, (d'où son nom japonais de Shokou-i^'ôt la femme tisserande), et qui, toujours occupée à son travail, ne trouvait jamais le loisir de songer à sa toilette. Son père, ayant enfin pitié de sa solitude, la donna on mariage au céleste Bouvier, {Kenn-ghiou^ conducteur de bœufs), qui demeurait de l'autre côté de la Rivière du ciel. Mais alors la jeune femme se mit à négliger son ouvrage. Le père des dieux, irrité, la fit revenir sur l'autre rive, et condamna en même temps son époux à ne plus la visiter qu'une fois par an, le 7* jour du 7* mois. Une autre version nous parle de deux mortels qui n'avaient que 15 et 12 ans lorsqu'ils se marièrent, qui vécurent jusqu'à 103 et 99 ans, et dont les Âmes montèrent alors au ciel ; mais comme le dieu suprême se baignait chaque jour dans la Rivière céleste, à l'exception seulement du 7* jour de la 7« lune, où il allait écouter les chants sacrés du boud* dhisme, ce fut cette nuit-là seulement qu'il leur fut permis de se réunir sur le fleuve réservé. D'où la fête annuelle que les Japonais appellent, d'un vieux mot yamato, Tanabatay c'est-à-dire le septième soir, qu'on trouve sans cesse rappelée dans leur littérature, et qui consiste surtout, au point de vue religieux, à ériger sur les toits des maisons de longs bambous, auxquels sont suspendues des bandes de papier de cinq couleurs portant des louan^^es poétiques. (Pour les détails pratiques de cette fêle, voy. un article d'A. Arrivet, Coutumes aU" ciennes, dans la Revue française du Japon, juillet-août 1895. Cf., pour la fête en Chine, de Groot-Ghavannes, op. cit^, p. 436 seq., et pour l'explication astronomique de la légende, Schlegel, Uranographie chinoise, p. 196, 494.)
2) N, 1,69; 11,353 et 409. Gf. aussi, pour les Hyades, la légende d'Ourasbima, dans le Tango^Poudoki (viii* siècle), traduite par M. Florenz {op. cit., p. 295). — Un dernier résultat, moins heureux, de l'influence chinoise fut d'amener les théologiens japonais du xviii* et du xix* siècles à inventer les théories les plus bisarres pour embellir leurs vieux mythes. Voy. par ex. les fantaisies cosmogoniques de Hirata sur l'étoile polaire (Koshi'Denn, [, 7) ; ou mieux encore les essais d'explication de l'origine des étoiles, tantôt en examinant comment elles auraient pu nattre de l'excès des matières remuées et dispersées dans l'espace par l'épée d'izanaghi (idée de Satou Noboufoutchi. citée avec éloges par Hirata dans son Koshi-Denn, II, 36), tantôt (iti supposant que, la coquille de l'œuf primitif s'étant brisée, ses fragments durent étro attirés f)ur le mouvement rotatoire du soleil et entraînés ainsi dans la sarabande astronomique (idée de Hirata lui-même, Koshi-Denn, 38).
92 LE SRlIVTrOÏSMB
tain. Mais il n^en reste pas moins qu'à Torigine, eux aussi avaient eu leurs étoiles vivantes, qu*une animation générale des corps célestes les avait portés à diviniser, et qoMls adorèrent sans doute à une époque reculée. Aujourd'hui, le Soleil est leur seul grand dieu et le culte de la Lune s'efface par degrés; quoi d'étonnant si les Étoiles, si menues auprès de ces deux grands astres, ne nous apparaissent déjà plus comme l'objet d'un culle formel au début du vnf siècle, alors que l'adoration de la Lune était elle-même sur son déclin? Les mythes du Mâle brillant, du divin Tisserand, de la céleste Tisseuse suffisent pourtant à montrer que, même alors, ils avaient encore des dieui-étoiles, derniers restes peut-être d'un culte plus profond et plus large, en tout cas preuves certaines d'un vieux naturisme originaire, très atténué, mais toujours vivant.
Au-dessous de tous ces astres divins qui se meuvent au firmament, le Japonais primitif aperçoit d'autres Puissances animées, qui se jouent dans l'atmosphère; et entre ces grands phénomènes météorologiques, nous retrouvons, au premier rang. SzannoA. Le terrible Mâle, en effet, personnifie la Tempête, l'Océan soulevé et menaçant le ciel', c'est-à-dire la plus violente des forces physiques qui effrayèrent les anciens
i) Nous afons vu (p. 151, n. 1) que Ssannoô nVst pas un dieu de la LuDe, comme l'avaient pensé, à la suite des commentateurs indigènes, difers criti* ques eiiropf'ens. Mais est-il simplement, comme le soutiennent d*autres japonistes {E. Buckley, The Shinto Panthéon, Stw Wjrli, déc. 1896 ; C. Florenx, op. cit., p. 29, n. 19, etc.), le dieu de la Tempête? Nous croyons plutôt qu*ii est, tout ensemble, dieu de la Temp*He et dieu de TOcéan. Au début du récit, il apparaît surtout comme maître de la mer, en vertu de l'investiture solennelle qu'il a reçue à cet effet ; mais, dédaigneux de cette souveraineté régulière, il se révolte et n'use de son pouvoir que pour tout bouleverser : c'est la tempête 8*élevant contre le ciel et, par contre-coup, balayant les tles ; enfin, comme conséquence de sa nature méchante et de ses ravages, il va régner aux Enfers. Bref, c*est l'océan déchaîné, qui se fait ouragan, et que les hommes envoient au royaume des ténèbres. 11 ne faut pas chercher ici des précisions impossibles, mais s'en tenir à l'ensemble des légendes, qui sont nécessairement confuses et incohérentes comme tout les mythes primitifs.
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habîtaDtsderarchipel*. A peioe issu du nez d*lzanaghi% le voilà tout de suite en fureur. C'est en vain que son père le charge de gouverner en paix la Plaine des mers ^; loin de lui obéir, comme les astres réguliers qui allaient présider à Talteniance harmonieuse du jour et des ténèbres, il s'échappe de son rôle, s'élance dans la nature pour y jeter partout le trouble de la mort. Il ne cesse de pleurer, de crier de gémir*; il quitte son domaine marin, flétrit les montagnes vertes, dessèche les cours d'eau, ébranle tout le pays'; et lorsqu'Izanaghi l'interroge sur ces instincts qui l'élonnent, il lui répond que son seul rêve est de descendre au royaume de la nuit<. Izanaghi le chasse de sa présence' : aussitôt il pari, monte au ciel, attaque le Soleil, commet tous les crimes possibles^; et quand, expulsé de nouveau, il redescend sur la
1) Est-il besoin de rappeler la fréquence et l'intensité des tempêtes dans cette région du monde? Lorsqu'on a eu Toccasion d'en éprouver quelques-unes» soit sur les côtes japonaises» soit môme à terre et dans Tintérieur des villes, on comprend très bien que Szannoô joue, après A materas, le principal rôle dans la mythologie indigène. Les Japonais ont d'ailleurs encore, par surcroît, un autre dieu analogue et plus particulier, le Typhon. (Sur ce dieu, llayadji, cf. N, I, 66. M. Aston ne voit dans ce texte qu'un « vent rapide », indiqué d'une manière impersonnelle ; mais M. Florenz, op. ciï., p. 158, n. 29, soutient avec raison qu'il s*agit ici d'un dieu individuel, puisque des temples lui sont consacrés en Idzoumo; et on s'expliquera d'ailleurs aisément cette déification spéciale lorsque nous aurons dit que, chaque année, quatre ou cinq typhons passent sur Tarchipel.)
2) Voy. plus haut, p. 311. — Hemarquons, ici encore, une différence avec le mythe de Pankou (p. 309, n. 3) : dans le récit chinois, c'est l'haleine du héros qui produit le vent et les nuages. — Au demeurant, cette genèse par le nés d'un dieu ne se rattache pas nécessairement à l'idée de soufQe. Dans une légende des Peaux-Rouges, qui est justement l'inverse du récit japonais, le liquide qui coule du nez du Grand Manitou, c'est-à-dire du Vent, produit simplement le premier homme. (Voy. A. Réville, op. cit., 1, 215.)
4) K, 44. N, 1, 19, 28. C'est bien le hurlement continu de la tempête sur les côtes.
5) K, ibid. N, I, 19, 34.
7) K, ibid. N, I, 28.
8) Voy. plus haut, p. 312, 322. ^ Il ne faudrait pourtant pas transformer, comme fait le Rév. G. Munzinger, la légende de i'éclipse elle-même en un tableau
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terre, c'est pour y tuer la déesse bienraisante qoi allait donner la nourriture aux humainï^'. Cependant, ces colères 8*apaisenty et bientôt le Mâle impétueux, sans changer de caractère, passe à d'autres exploits. On le voit mettre à mort le monstrueux serpent qui allait dévorer une jeune princesse'; on le retrouve ensuite comme dieu des Knfers': on apprend enfin qu*un de ses descendants a reçu de lui la souveraineté d'Idzoumo\ Ainsi, le dieu de la nature devient un héros de roman, et même, en dernier lieu, un personnage qui semble historique. C'est l'évolution anthropomorphique que nous avions déjh constatée dans la légende d'Amatéras*, et qoe nous observerons sans cesse dans nos mythes. Mais, à travers toutes ces incohérences, Tidée générale se maintient : Szannoô demeure le dieu méchant et dévastateur qu'annonçaient
d*orage. Pour le RéT. Munzinger, ce sont les nuages de la tempête qm cachent le soleil et créent i^obscurit»'* ; mais bientôt, une éclaircie se produit, un rayon de Tastrc vient se mirer à la surface de la mer, et le ciel retrouve sa clarté perdue ; enQn, la pluie tombe, et Sxannoô apparaît aux hommes comme un aimable bienfaiteur. {Op, cit., p. 11^.) Mais au commencement d*une tempête, phénomène aussi fréquent ei aussi connu que celui de Téclipse est rare et inquiétant, on sait fort bien d'avance que la lumière reviendra ensuite ; pendant la tempête, la terre ne subit pas une nuit complî^te ; apr^s la tempête, la mer n'est jamais lisse comme un miroir ; et comme toujours, en pareil cas, ie soleil reparait, puis disparait à plusieurs reprises derrière les nuages, il eût donc fallu plusieurs sorties et rentrées successives d'Amatéras. Quant au rôle bienfaisant de Szannoô, nous savons qu'il oVst mentionné que dans un texte (N, I, 58), où le héros ne se présente pas du tout comme dieu de la pluie. (Et encore la création des arbres et des plantes utiles, qui lui est ici attribuée, serait, d'après une variante qui précède, Tœuvro de son flis Itakérou). En réalité, nous avons dans ce myth<; solaire plusieurs phénomènes distincts, agrégés en un seul récit : Tascension de Szanno<^ est une montée d'orage : la retraite d'Amatéras dans sa caverne, une rclipse ; et le tout s'est trouvé uni par le lien commun qui domine tout ce groupe de légendes : la méchanceté da M&le impétueux.
1) D'après la version du K, qui contribue à mettre en lumièn; la mauvaise réputation de Szannoô. (Voy. plus haut, p. 33.)
2) K, 60 seq. N, I, 52 seq., 55 seq.
3) K,71 seq. N, 1, 20, 28, 33, 55, 59.
\) K, 63, 66 seq., 74. N, 1. 53, 55, 56. — C'est de Szanno(^ que prétend descendre, en ligne directe, le chef actuel de la famille des grands-prêtres du temple de Kidzouki.
M a. ^M. j..i mm ■ • kk*-
SOS origines; et de môme que, sous son premier aspect, il faisait déjà périr les hommes en masse*, de même, sous ses dernières incarnations, il sera tantôt un dieu de la peste', tantôt un farouche gardien du royaume des morts', toujours un ennemi de la lumière et de la paix, un dieu des ténèbres et du désordre. Szannoô restera l'esprit des sombres Tempêtes, frère japonais du Taouiri Matéa qui remplit de ses fureurs la mythologie néo-zélandaise *,et les fonctions humaines
2) Une vieille tradition rapporte que Szannod fut un jour surpris, soit par la nuit (diaprés le Binn(/o Foudoki^ trad. par C. Florenz, op. ciï., p. 302), soit par un orage (d*après le récit local noté dans le Handbook, p. 177, ce qui est assez ridicule pour un ancien dieu delà tempête, mais ce qui s'accorde très bien avec une curieuse variante du N, I, 50, où Ton voit Szannoô, après son expulsion du ciel, errer tristement sous les rafales de vent et de pluie, avec un large chapeau d'herbes vertes et un manteau de paysan). Il demanda l'hospitalité à un homme riche et avare, Kyotan Sbôrai, qui la lui refusa; mais son frère aîné, Sominn Shôraï, bien que fort pauvre, donna au voyageur une couche de paille et un plat de millet. Le dieu partit. Quelques années après, on le vit reparaître : a Tes enfants sont-ils à la maison? » demanda-t-il à Sominn. ff II y a ici, dit ce dernier, moi, ma 611e et ma femme. » Le dieu répondit : « Ceignez vos reins d'une ceinture de joncs. » Et cette nuit-là, le dieu extermina tous les hommes, sauf Sominn Shôraï et les siens. Puis il dit à Sominn : <c Je suis le dieu Szannoô. Si plus tard vient à éclater une maladie contagieuse, que tes descendants annoncent leur nom et ceignent leurs reins : ils seront épargnés. » Et de là, dit-on, la coutume de suspendre, au nouvel^an, une corde de paille sur la porte des maisons, pour en interdire le seuil aux maladies. (Cf. plus haut, p. 317, n. 2.) Pour constater la persistance, dans les temps modernes, de celte tradition qui fait jouer à Szannoô le rôle d'ange exterminateur, cf. une œuvre de Hoksaï : Szannoô au milieu des esprits de la rougeole, de la petite vérole, de Téléphantiasis, des oreillons, de la gale, etc. (W. Anderson, Catalogue of Japanese and chinese paintings in the British Muséum^ p. 401.)
3) On essaiera en effet de Tidentifier avec Godzou Tennô, le geôlier à tête de bœuf de Tenfer bouddhique. C'est sous ce nom qu*il est adoré à Tsoutcbiyama (voy. Handbooky p. 79), à Matsoumoto (id., p. 283), et même au Gbiondji de Kiôto [id,, p. 372). — Pour les temples où, au contraire, Szannoô est l'objet d'un culte sous son vrai nom. voy. Handbooky pp. 23, 74, 75, 177, 373,401.
4) Taouiri Matéa, père des vents et des tempêtes, est un dieu méchant, comme Szannoô. Comme lui, il se tient à l'écart des autres dieux, qu'il persécute de mille manières. Lorsque ses cinq frères décident de séparer ie Ciel et la Terre qui, couchés Tun sur l'autre, interceptaient le jour, lui seul refuse
96 LE SHINKTOÎSMB
OU infernales qu'il recevra peu à peu de rimagination populaire ne seront que la suite logique de son caractère primitif. Ce dieu sinistre, qui joue pour ainsi dire le rôle du traître dans notre drame sacré, est aussi le dernier dos grands personnages qui s'y démènent, et aprèslui^nous ne rencontrerons plus guère que des figures de second plan. C'est d*abord,àcAté du dieu de la Tempête, le dieudu Vent normal : après SzannoA, Shina-tsou-hiko; après In MAlc impétueux, le « Prince à la longue haleine ». Rien de plus naturel que Tidée de ce nom. Szunnoù était la Tempètefou^uouso, rapide, enragée*; Shinatsou-hiko est le Vent aux souflles lents, indéPiniment prolongés*. Kcoutez le murmure d'une forêt de pins sur la montagne
de les aider à fonder ainsi I ordre du monde. (Cesl Okèanos faisant bande à part, quand les enfants du ciel tentent la m^me entreprise et queKroDOS écarte Ouranos de Ga^a. Ht n'est-il pas curieux d'observer que Szanooô, rOeèan* Tempête, résume tout ensemble en lui, dans nos l>'>f;endes, l'Océan des Grecs et la Tfmp^le des Maoris?) Maigre tout, les frtTes de Taouiri panriennent à af"r(»mf»îir leur dessein. Que fait alors le terrible dieu? Dans sa fureur, il dei'haliie ses quatre fils, (cf. les enfants d'Ëolej. aux quatre coins de Thorixon; il tord et brise les arbres du père des forets, clui dont l'immense effort avait soulevé le ciel ; il bouleverse l'empire du dieu (lt*s mers qui, plein d'effroi, se caohe, comme Amat('>ras dans sa caverne céleste, su plus profond de son royaume marin ; et il est sur le point d'atteindre aussi ses deux autres frères, le dieu des plantes sauvages et le dieu des plantes cultivées, lorsque leur mère les met en sûreté dans son sein. Ses ravages ne prennent fin que lorsqu^il ee heurte au dieu des braves, comme, dans nos léj^endes, Szannoô au Maître de la Grande terre, Oh-kouni-noushi. (Voy. K, 74. — Cf. sir Georçre Orey, Poly^ nesian Mythology, 1 seq. : Taylor, SeW'Zealand, 119 ; A. Hévnle, op. cit,^ I» 27; Lang, op, cit,, 278 ; etc.).
1) Také, haya, sousn, — Cf. aussi le nom donné à Szannoô dans le BinngO' Foudoki (trad. Florenz, op, cit., p. 302) : Také-araki no Kami, le dieu aui ra;.?es furieuses. Le meilleur commentaire de ce nom sen la 22* tannka du Hyaknuninn-isshiou : u Sous le sou Ile de l'ouragan, les herbes et les arbres de l'automne pendent, brisés. Oh ! qu'il est juste d'appeler ce vent des montagnes le Sauvage ! w {arashi).
2) Shif mot archaïque pour désigner le souffle (comme dans tama-shi-hif r&me, précieux-souflle-feu, shinourou, mourir, rendre l'âme, etc.), «t par suite, le vent (comme dans arashU tempête, oroshi, vent des montagnes, etc.). Na, forme abrégée de naya, long. Tsou, l'ancienne particule du génitif. Hiko, jeune homme, ou prince, de même que Ilimé signifie, aujourd'hui encore, pria* oesse. — M. Chamberlain soutient à tort, contre Mot(K>ri(surK,27), que shi n'a pas le sens d'haleine. Nous venons de donner des preuves du contraire, et il
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japonaise^ et imaginez pour un instant que ce bruissement des arbres est produit par Thaleine d'un dieu caché : ce qui vous frappera le plus, à coup sûr, c'est l'extraordinaire longueur de ce souffle égal, persistant, continu, inépuisable, d'autant plus merveilleux que son auteur invisible semble l'épancher sans fatigue et le faire durer sans effort. Telle est bien, en effet, la notion indigène* de ce a Prince au long souffle » dont la douceur bienfaisante s'oppose aux violences mauvaises de Szannoô. Mais l'image de Shina-tsou-hiko, à peine ébauchée dans le Kodjiki^ où se trouve seulement l'indication de ce nom typique', va apparaître plus nettement dans le Nihonnghij qui nous racoute la naissance du jeune dieu. Le couple créateur venait d'engendrer les îles, lorsqu'Izanaghi s'aperçut que, sur tout l'archipel, il n'y avait que « les brouillards parfumés du matin » ; il les dispersa donc de son souffle, qui devint aussitôt une divinité nouvelle: « et c'est le dieu du Vent » \ Cette genèse du Vent, qui sort de l'haleine vivante d'un dieu, est évidemment d'une logique
nous paraît même probable que ce fut là le sens primitif du mot. (Cf. ci-dessous lemytbeduN, I, 22.)
1) Plus tard, les Japonais représenteront ce dieu comme tenant les Vents enfermés dans un grand sac (cf. la caverne et Toutre d'Ëole dans Tantiquité classique : Odyssée, X, 3-4, Enéide, l, 52-58, etc., la caverne du Vent d'ouest que poursuit Maoui et la corbeille de Raka chez les Polynésiens, Ré- TÎUe, op, cit., II, 38, 43, ou encore les sacs du geai chez les Australiens, Lang, op. cit., 157, etc.) ; et telle nous apparaît la statue du Vent, à Nikkô, sous Tune des portes [Ni-tenn mon) du grand temple d'Iyeyas ; mais ce n*est pas la vraie conception nationale et primitive, qui faisait sortir le vent, d'une manière beaucoup plus simple, de la poitrine môme du dieu.
3) N, I, 22. Cf. R X, 62. — Les commentateurs japonais, se fondant sur ce mythe, attribuent le nom de Shina-tsou-hiko à l'efTort très prolongé qu'il dut faire pour balayer les brouillards du pays; mais nous venons de voir qu'il n*est pas nécessaire d'aller chercher si loin l'origine, toute naturelle, de ce nom. — Le texte donne aussi à Shina-tsou-hiko le nom de Shinatobé-no-mikoto. M. Aslon lit Shina-tohé {tohé ou tobé^ chef); mais il nous paraît plus sûr de nous en tenir à l'ancienne explication de sir Ernest Satow (dans T, VII, part. 4, p. 437), qui analyse ce nom en Shinaio {to, comme tsou, particule du génitif), et hé (ou m^, femelle), ce qui ferait déjà pressentir, dans ce texte du N, l'idée de couple que nous allons trouver, très nette, dans le R IV.
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parfaite'; et le motif de sa créatiou, qui répond d'aillears à sa fonction mythique chez bien d'autres peuples', s'expliqoe à merveille dans un pays de montagnes où les brumes matinales jouent un rôle dominant '• Un dernier document vient enfin compléter, en la précisant, cette conception japonaise. Dans le rituel pour le service des dieux de Tatsoula\ noos voyons reparaître le même dieu, mais cette fois dédoublé, mâle et femelle, transformé en un couple où le ce Prince au long souffle » et la « Princesse au long souffle » se montrent à nous comme deux personnages diclincts'. En même temps,
1) C'est la naissance de Shina*tsou-hiko qu*on peut rapprocher du myUie de Pankou, et non pas, comme fait M. Florenx {np. cit., p. 29, n. 19), celle de Sxannoô. Au reste, ici encore, la comparaison ne prouve ni un emprunt, ni même une parent»'^ nécessaire des deux légendes, car, outre que le mythe de Pankou paraît (Hrc antérieur à TarriTée des Chinois en Chine (Toy. Buckley, toc. cU,)t le même récit se retrouve ailleurs encore, et avec le même détail pour le vent. Voy. par ex. le mythe de Purusha, dont le souflle engendre Vayu (Rig-Véda, X, 90 ; et cf. Lang, op. cit., 226),
2) Depuis les Peaux-Bouges, chez qui le dieu du Vent est en guerre perpétuelle et toujours victorieuse contre les brouillards (voy. Rêville, op. eit.^ I, 217), jusqu'aux Finnois, qui ont une déesse du Vent spéciale, dont la mission est justement de chasser les nuages du ciel (/'/., II, 193).
3) Les effets du brouillard, qui tantôt s'avance vers vous comme on mur immense qui marcherait, tantôt au contraire se retire, sVlève soudain comme un rideau de thé&tre qui découvre un splendide décor, sont à coup sûr un des spectacles les plus merveilleux entre tous ceux qu^ofTre la nature japonaise. C'est pourquoi les artistes du pays mettent toujours cette féerie dans leurt paysages, tandis que les poètes la chantent à lenvi (par ex., 64* tannka du Hynkouninn'isshiou : « Voyez ! à Taube : le brouillard de la rivière d*Oudji disparaît morceau par morceau, et les rangées de pieux qui tiennent les nasses se révèlent entièrement à Ja vue! »); et c'est pourquoi aussi ridée des nuages, qui intervient de préférence dans d'autres mythologies, est primée par celle du brouillard dans le récit japonais.
4) R IV. — Tatsouta, aujourd'hui Tatta, petite ville du Yamato qui, grAce surtout à sa belle rivière bordée d'érables rouges, est restée fameuse soit dans Tart (voy. notre étude sur Uoksaif p. 79), soit dans la poésie du pays (par ex.» 17* et 69* tannkas du Hyakouninn-isshlou.) — Pour les temples de Tatsouta, voir le catal. de temples du Bntighishiki^ vol. IX, et cf. Uanibook, p. 396. — Quant à la date, très incertaine, du rituel, voy. Satow, dans T, VII, part. 4, p. 439 seq.
5) Hiko-gami et Himé-gami, le jeune dieu et la jeune déesse. R IV, 443. — Tatsouta Hiko et Tatsouta Himé ont chacun leur sanctuaire particulier, dans le plus petit des deux temples de Tatsouta.
LE SUINNTOÏS.ME 99
ce couple des dieux du Vent constitue une paire de piliers mystérieux', qui soutiennent l'ordre du monde* : utile mission qui ne les empêche pas, à l'occasion, de le troubler en ravageant le pays. En effet, si les brises légères servent à purifier l'air en balayant les brouillards, d'autres fois des rafales d'automne viennent ruiner les espérances agricoles; et telle fut justement, d'après notre rituel, l'origine du culte auquel il est destiné. Pendant longtemps, a non pendant un an, ni pendant deux ans, mais durant plusieurs années successives' )>, des dieux inconnus n'ont pas voulu permettre aux récoltes de mûrir; ils ont tout gâché, tout dévasté, tout détruit, <( depuis les cinq espèces de grain jusqu'à lamoindre feuille de plante herbacée S) ; et il s'agit de savoir quels sont ces dieux, pour tAcher d'adoucir leur cœur. Vainement, les devins ont recours à leurs procédés ordinaires : rien ne se révèle. Cependant, enfin, l'empereur a un songe où se dévoilent ces dieux redoutables qui ont envoyé « les mauvais vents et la violence des eaux )> * ; ils déclarent leurs noms^ « l'auguste Pilier du Ciel et l'auguste Pilier du Pays », et ils promettent de s'apaiser si on leur consacre un temple, certaines offrandes, une liturgie, bref tout un service régulier. Que cette histoire soit légendaire, rien de plus évident; car il est bien certain que, si les dieux du Vent n'avaient pas été déjà adorés, personne n'aurait pensé à établir, ou plutôt à restaurer leur culte* ; elle n'en est pas moins intéressante comme
i) Amé-no-mi-hashira et Kounl-no-mi-hashira. R IV, i&td. — Ils ont pareillement leurs chapelles distinctes, et cette fois, dans le plus grand des deux temples.
2) Nous reviendrons sur ce point au chapitre du Séjour des dieux.