DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE
Les premiers géologues qui étudièrent les minerais de fer en grains, pisiformes ou pisolithiques, remarquèrent tôt déjà, leur accumulation et leur concentration en des régions nettement délimitées et formant en quelque sorte des bassins, souvent à la fois géologiques et géographiques. Les doctrines alors dominantes, qui attribuaient les matériaux sidérolithiques à des causes éruptves et leur reconnaissaient une provenance interne, pouvaient justifier, du moins de prime abord, ces constatations, et cependant, c'est une des gloires de Gressly, l'un des plus chauds partisans du catastrophisme, d'avoir admis, le premier, la continuité géographique des formalions sidérolithiques, conséquence rationnelle du rapprochement des bassins suisses, français, allemands et russes méme. Toutefois, le géologue soleurois semble vouloir affirmer avant tout, la généralité du phénomène éruptüf, puisqu'il reconnait l'existence des bassins.
Quoi qu'il en soit, pour Gressly déjà, l'aire de distribuüon des produits sidérolithiques comprenait une bonne partie de l'Europe centrale et de la Russie. Depuis lors, deux faits ont surtout contribué à l'agrandir encore : c'est d’abord la découverte de gisements et surtout de bassins nouveaux, puis, la connaissance toujours plus approfondie du phénomène lui-même, ce qui à permis, durant ces dernières années, de le reconnaître sous tous ses aspects et faciès.
Les formations sidérolithiques sont aujourd'hui bien connues et bien étudiées tant en France qu'en Allemagne.
1) A. Gressiy. Observations géologiques, p. 253. 1838.
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En France, elles forment une bordure presque continue autour du Plateau Central, rattachant les phosphorites du Quercy, aux gisements de fer du Berry: on les a signalées aussi dans la vallée du Rhône, jusque vers Valence (où elles se relieraient aux bauxites..….) et on les rencontre également bien dévoloppées dans l'Est (Bourgogne, Franche-Comté). Les formations de l'Allemagne du Sud presque aussi étendues et bien connues par les gisements fameux autrefois de Candern, Frohnstetten et Eselsberg, se continuent à travers l'Autriche, jusqu’en Russie. Les collections du Muséum et de l'Ecole des Mines de Paris possèdent des échantillons de bols et de fers en grains, très comparables à ceux de notre Sidérohthique, d'un peu de tous les pays: Asie, Afrique, Océanie, Amérique du Sud. Mais je ne saurais m'y arrêter 1 plus longtemps, ne voulant m'occuper que du Sidérohthique suisse.
L'examen même rapide d’une carte géologique générale de la Suisse permet d'y reconnaître, de suite et a priori, deux grands bassins sidérolithiques, à la condition cependant, d'admettre pour cette expression, la signification reconnue autrefois par les anciens géologues, par Gressly en particulier. C’est alors au N. le bassin jurassien, le plus étendu et le plus intéressant, puis au S., le bassin alpin. Le premier comprend toute la région couverte par les Monts Jura, depuis leur naissance dans le canton de Zurich, jusqu'au delà du Salève, dans le Dauphiné, alors que le second n'embrasse qu'une partie des Alpes valaisannes et vaudoises, auxquelles cependant il faut rattacher celles du Chablais. Mais tandis que le premier bassin, quoique très morcelé par de multiples divisions, présente cependant une certaine homogénéité, le second n'a aucune unité d'ensemble: c'est un groupement de rares affleurements presque tous isolés et sporadiques, sans liaison entre eux.
Du fait de l'existence des formations sidérolithiques dans les Alpes et le Jura, on serait tenté d’en conclure une haison entre elles, par le Plateau, et cependant Jusqu'ici cette conclusion à été généralement infirmée par l'observation. En effet, exception faite en faveur de quelques gisements
qui se rattachent facilement à ceux du Jura, on ne connait pas d'affleurement sidérolithique, bien marqué, sur tout le Plateau. Toutefois, c'est là une constatation établie sur une base négative, car si Jusqu'ici aucun affleurement sidérolithique n'y à été signalé, on ne saurait cependant affirmer, qu'il en sera toujours ainsi, D'ailleurs, même en admettant une nappe sidérohthique sous les grès mollassiques, il est facile, pour qui connait l'irrégularité d'allure et la sporadicité de cette formation, d'expliquer l'absence de ses pointements. Et quand on considère le développement énorme et régulier des gisements sidérolithiques, qui jalonnent presque sans discontnuité toute la bordure méridionale du Jura, depuis l'Argovie Jusque vers le lac de Bienne, on a de la peine véritablement à récuser toute continuation en profondeur. Certains géologues admettent d’ailleurs cette continuation en profondeur et la font figurer sur leurs profils, comme par exemple, MM. Rollier et Schmidt. Quelques gisements peu éloignés du Jura la font également apparaître. Toutefois, 1l me semble difficile de lui reconnaître beaucoup de régularité et il me répugne autant d'admettre une nappe régulière et continue, que d'en repousser toute trace. En effet, la possibilité de chacune de ces suppositions se trouve exclue par l'observation: si la nappe était régulière on l'aurait probablement rencontrée et d'autre part, tout porte à croire à une continuaüon ‘plus ou moins interrompue, très sporadique et très locale, formant liaison minéralogique et géographique, entre les bassins alpins et jurassiens. Et c'est bien ainsi qu'apparaissent les gisements sidérolithiques signalés par Gilliéron’), au pied des Préalpes fribourgeoises. Sur quelques-uns des ealcaires qui affleurent en pointements, au milieu du remplissage glaciaire et fluvial de cette étrange plaine de Bulle, se voient des placages de bols ferrugineux, en même temps que des altérations très nettes des roches. Mais même alors, ces gisements ne sont que sporadiques et 1l ne semble pas possible de les considérer, comme se rattachant à des phénomènes généraux.
2) GiczeroN: Description géologique, p. 143. 1885.
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La formation sidérolithique dans le Jura.
Toute la chaîne jurassienne, depuis Regensberg (Zurich}, avee la Lägern, jusqu'à l’Echaillon, près de Voiron (Isère), soit une immense surface en croissant, de convexité orientée N.-W., de 420 km. de longueur à son plus grand axe et de près de 70 de largeur maximale, présente, d'une façon générale tout au moins, quelques traces de la formation sidérolithique, disséminée d’une extrémité à l'autre. Ces traces sont très irrégulièrement réparties : très abondantes sur certains points, où leur concentration peut former des dépôts énormes, celles peuvent devenir très rares et même manquer totalement en d’autres. De telle sorte, qu'il est difficile, pour ne pas dire impossible, d'envisager le Sidérohthique jurassien, comme formant un bassin: c'est plutôt dans son ensemble, une agrégation très complexe de bassins secondaires, qui eux alors, sont plus homogènes et plus continus, pour peu que l’on veuille faire abstraction des discontinuités actuelles apparentes, résultant de la transformation de la topographie superficielle.
Pour ces motifs, l'expression de bassin sidérolithique pourrait paraitre, défectueuse tout au moins. Et cependant, le Sidérolithique jurassien suisse, quel que soit son morcellement actuel, ne fut-ce que par sa situation par rapport à ceux qui l'entourent, spécialement au N.-E. et à l'W., forme bien, au point de vue qui nous occupe, un véritable bassin géographique, une sorte de district sidérolithique.
C'est ce district que nous allons étudier en le pareourant de l'Est à l'Ouest, soit en commençant par le Jura oriental, auquel se relient le Randen, la. Méséta rhénane (Tafel- Jura), régions qui bien que Jjurassiques, se rattachent cependant plulôt aux systèmes des Vosges et de la Forêt-Noire.