VI. Cantons de Neuchâtel, de Vaud, de Genève
Un chapitre spécial étant consacré à la question des remplissages anormaux, je crois pouvoir ne m'occuper ici que du Sidérohthique proprement dit, à faciès des bols et des sables. D'ailleurs, comparée au reste du Jura, la partie occidentale de la chaîne jurassienne suisse n'a qu'une importance relativement minime. Les gisements deviennent de plus en plus rares et de plus en plus disséminés à mesure que l’on descend d'avantage vers Genève. Le type sporadique s'affirme nettement et à part quelques rares lambeaux en bancs, tout le Sidérolithique de la région est représenté par des remplissages.
Si les Poches hauleriviennes sont véritablement un mode local du Sidérolithiqne général, les gisements du Jura bernois se ‘rattachent facilement à ceux du Haut-Jura neuchâtelois et à ceux de la région vaudoise, Sans rien préciser pour l'instant, remarquons cependant, que l'interruption
‘) Rorrter : loc. cit, et 1° supplément, p. 155 et suivantes. 1893
brusque de Faire sidérolithique du Jura bernois par le plateau franc-montagnard, reste un fait reconnu et établi et que par suite, la liaison des gisements bernois et neuchâtelois, si faible soit-elle, doit cependant nécessairement en porter des traces et trahir l'influence plus où moins profonde des faits qui l'ont provoquée.
Jusqu'à ce jour, les gisements sidérolithiques neuchâtelois connus sont peu nombreux et peu considérables.
Le tunnel des Crosettes (près de la Chaux-de-Fonds) a rencontré aux km. 75,435, dans le Séquanien, un boyau de sable siliceux, impur, jaunâtre, renfermant quelques grains de limonite.
Jaccard 1} a exploré une poche analogue aux environs des Brenets.
M. Rütter ?) ingénieur, a également signalé une poche dans l'Urgonien des Saars, près de Neuchâtel.
Une autre poche contenant des pisolithes de fer agglutinées, sans bolus, a été découverte sur la promenade des Zigzags, à Neuchâtel. D’après une analyse assez étrange °), ces derniers minerais contiendraient du cuivre.
Les environs de Neuchâtel, de St.-Blaise, présentent souvent, sinon des poches régulières et bien caractérisées, du moins des altérations rappelant beaucoup celles produites par le phénomène sidérolithique. Ge sont les décompositions de la roche, qui devient surtout ferrugineuse et perd généralement sa valeur industrielle: les carriers neuchâtelois leur donnent le nom de Chancres. En compagnie de M. Schardt j'ai eu l’occasion, à plusieurs reprises, d'examiner quelques-uns de ces « chancres ». Je suis parfaitement disposé à les envisager comme des altérations sidérolithiques, mais en faisant cette restriction cependant, qu'il ne faudrait pas généraliser les
1) Jaccarp : Description géologique du Jura vaudois, p, 64et 113
?) Rivrer : B. Neuchâtel, p. 39, XI.
*) Trisozer : B. Neuchâtel, p. 24, XI: Il cite aussi quelques gisements peu connus.
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conclusions, car il est fort possible que certaines de ces altérations sont très récentes et dues exclusivement à une infiltration locale ou purement accidentelle.
Dans le canton de Vaud, sans être très fréquents, les gisements sont cependant plus abondants et se rattachent mieux que ceux de Neuchâtel au type du Jura oriental. On peut v distinguer deux groupements principaux, à savoir :
1° Les gisements de la région du Mont de Chamblon.
Tous ces gisements sont représentés par des remplissages dans les calcaires ou les marnes du Hauterivien supérieur, plus rarement dans l’Urgonien inférieur. Certaines crevasses sont fossilifères et leur faune, composée d'une douzaine d'espèces, appartient franchement au Lutétien sup.!) Ces remplissages fossiifères à bol ou bohnerz sont très fréquents dans la région. Les carrières de la Grotte, du Chàtelard, du Moulin Cosseau et du Moulin Chappuis en montrent plusieurs. Dans certaines, les bohnerz font défaut: les bols sont eux-mêmes très variés: souvent rouges, bruns, jaunâtres, verdâtres, à grains très fins ou plus grossiers, passaut quelquefois à une argile bleu de ciel, souvent pyriteuse. Le calcaire des carrières (p. ex. à celle du Four à Chaux) est toujours très altéré et parfois sur de grandes surfaces.
La découverte de ces gisements est due en grande partie à l'exploitation des carrières : ils ont été signalés surtout par M. le prof. Schardt ?). Il est très vraisemblable que de semblables crevasses existent encore dans la région et la connaissance plus approfondie du sol des environs d'Yverdon permettra de reconnaître la vraie signification du Sidérolithique du Mont de Chamblon.
A lW. d'Yverdon, on connaît une crevasse à Chevressey, dans le Néocomien, au milieu de la Mollasse.
2° Les gisements d'Orbe, de la vallée du Talent et du Mormont.
7) G-H Srenun : Eclogæ, 365, VIL — Actes $. helv,, 121, 1902 — Archives Genève, 495, XIV et voir plus loin Paléontologie. 7) H. Scnarpr: Sur la Mollasse rouge. p. 626, 631.
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Le Sidérolithique du Mormont est connu depuis longtemps par les travaux des géologues vaudois, de la Harpe, Gaudin, Campiche, Chavannes, ete et des paléontologistes Pictet et Humbert.
Aux environs d'Orbe, Jaccard et Chavannes avaient reconnu un affleurement sidérohithique dans un ruisseau venant d'Agiez, mais sans pouvoir reconnaître sa véritable étendue. M. le prof. H. Schardt a retrouvé une couche en banes réguliers de 12 à 15 m. d'épaisseur avec bohnerz pauvre à la base et intercalée entre la Mollasse rouge aquitanienne et l'Urgonien, dans les gorges du Talent, aux environs de Goumoens-le-Jux. C'est le dépôt le plus régulier et le plus typique de tout le Jura occidental et aussi le plus étendu.
Vers le Mormont, les dépôts sidérolhthiques sont encore plus fréquents, mais ils ne sont plus en bancs; ce sont des remplissages comme au Mont de Chamblon. Il y a également des crevasses ossifères, encore plus riches qu'au Mont de Chamblon : on y a récolté une trentame d'espèces de Mammifères ou de reptiles qui appartiennent aux faunes successives du Lutétien sup. au Ludien sup).
La nature pétrographique des matériaux rappelle celle des crevasses du Mont de Chamblon; mais elle est encore plus complexe. Tantôt les crevasses sont remplies de bols rouge-vineux, à grains de fer pisolithiques ou nuciformes et gros grains de silice: tantôt d’une brèche de ces mêmes éléments et de fragments d'Urgonien ou même, par des argiles bleu de ciel, pyrileuses, sans bohnerz, ou encore, par une brèche très lourde formée de pyrite et de calcaire imprégné de bitume etc. La corrosion, également très intense, diffère de celle du Mont de Chamblon: les roches sont léviguées, comme décapées par une solution acide, tandis que vers Yverdon au contraire, elles sont imprégnées, sale par des dépôts incrustés.
Les principales stations de cette région sont:
?) Voir in Paléontologie.
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La carrière d'Eclépens, près de la gare. Il y a plusieurs crevasses très bien conservées. Plusieurs paraissent dues à des failles élargies. On y voit un dyke magnifique, de dimensions énormes, formé d'une brèche à bol rouge et fragments d'Urgonien. Il serait à désirer que l'exploitation respectât ce monument, qui pourrait, comme celui des carrières de Soleure, être dédié à la mémoire des savants vaudois qui ont immortalisé le Sidérohthique du Mormont.
Les gisements de Bavois, d'Entreroches, de St-Loup, de La Sarraz… pour ne citer que les principaux. En effet, tout le monticule du Mormont est altéré superficiellement par les corrosions sidérolithiques et certaines carrières sont presque inexploitables en raison de l'intensité de ces altérations ou de l'accumulation des bols et des brèches.
En dehors de ces deux régions du Mont de Chamblon et du Mormont, le Sidérolithique n'est plus représenté par aucun dépôt bien caractérisé. Il n'y a plus de gisements fossilifères el par conséquent, lidentification repose sur le caractère pétrographique des matériaux et dans l'espèce, 1l ne saurait être un criterium, le phénomène sidérolithique étant aussi variable dans ses effets que dans ses modes de manifestation.
Les calcaires d'eau douce à Zimnæa longiscata, réapparaissent bien dans la région vaudoise, mais il semble assez difficile de les rattacher directement à ceux du val de Moutier. |
Je ne crois pas utile de m'arrêter davantage sur ces questions. Le Sidérohthique vaudois surtout a été trop bien décrit par ceux qui Font étudié avant mor.
Comme je l'ai dit déjà, les crevasses du Mormont sont les dernières traces du Sidérolithique régulier dans la partie occidentale du Jura suisse. Les remplissages siliceux, ferrugineux même, qui ont été relevés plus à l'W., semblent surtout résulter du seul jeu des sources dissolvantes ou ferrugmeuses et de ce fait ils appartiennent à une autre série de produits. J'ai malheureusement peu parcouru la région plus occidentale, mais les échantillons que J'ai eus entre les mains,
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surtout ceux de la collection de M. Je prof. Schardt, m'ont de plus en plus confirmé dans cette opinion.
Je me contenterai done, pour compléter cette étude de résumer les idées de ceux qui ont surtout étudié cette partie du Jura.
Favre !} déjà indiquait des poches sidérolithiques de sables siliceux au Salève. M. le prof. Schardt ?) en a signalé de semblables dans la Chaîne du Reeulet-Vuache :
Au-dessus de Collonges et dans le voisinage d'Ecorans Toiry (Urgonien).
Vers Chévrier.
Vers Villeneuve.
Aux environs de Malpaz… de Serzin, de Mont-de-Musiège, etc...
La formation sidérolithique dans les Alpes suisses.
La découverte du Sidérohithique alpin est relativement récente. Ph. de la Harpe *) et Renevier !) en font mention pour la première fois en 1853. Ph. de la Harpe surtout, dont le nom nous est cher pour ses travaux sur le Sidérolithique du Jura vaudois, indiqua plusieurs gisements dans les Alpes vaudoises. Malheureusement quelques-uns n'ont jamais été retrouvés. Depuis lors, quelques découvertes nouvelles dues aux géologues alpins out un peu agrandi le cadre des recherches sans permettre cependant de le considérer comme bien délimité. Il est bien certain en effet, que le Sidérohthique alpin est encore plus énigmatique que celui du Jura. L'identification des matériaux y est d’ailleurs tout spéciale-
1) Favre : Etudes géologiques. 304. I.
?) H. Scarpr: Reculet- Vuache, B. p. 39, 4, 47, 69, 79, 892, du lirage à part.
3) Px. pe La Harre: De la formation sidérolithique dans les Alpes, IV. 932. 1854.
+) Rexevier : Excursion géologique à la Dent du Midi, IV. 261