HISTORIQUE
Sous le nom de Sidérolithique ?), on comprend toute une formation géologique, très complexe et très spéciale, d'allure et d'aspect excessivement variables, ordinairement caractérisée par des minerais de fer en grains, pisiformes ou pisohthiques, plus particulièrement connus sous le nom allemand de bohnerz ?), lesquels ne représentent toutefois qu'une partie relativement faible de Fensemble du dépôt. Ils sont en effet toujours très liés, mélangés ou subordonnés à des argiles ferrugineuses, les bols; à des terres réfractaires, à des sables siliceux, à des calcaires même.
Leur utilisation industrielle, tant en France que dans l'Europe centrale, remonte à une époque très reculée. Elle parait absolument démontrée par Fhistoire et par l'ar-
1) Cette expression [du grec ofômoos fer et 2{os pierre], dont le choix n'est pas très heureux, est due à J, Thurmann, quoique faussement attribuée à A. Gressly. Son orthographe bien que régulièrement fixée par l'étymologie n’est pas généralement admise. Certains auteurs, surtout les anciens et quelques modernes encore, écrivent sidérolithique, comme par exemple: Thurmann, Gressly, Greppin, MM. de Lapparent, L. de Launay, le lexique du Congrès géologique de Paris de 1900 ete, D’autres au contraire, comme Jordan, Renevier, le prof, Schardt etc. admettent sidérolitique, contrairement à l'étymologie; mais éest plus simple. La règle de Dana, justifie bien : sidérolite, silicalite, oolitique, ete... ?
?} Bohnerz [de l'allemand bohne : haricot] est l'équivalent de pisolithique, ou pisiforme des français. L'expression est très ancienne et bien antérieure à P. Mérian.
chéologie, pour les anciens Bituriges du Berry et les Pericorcii du Périgord et fort probable pour les anciens Celles du Jura. D'une facon générale, elle est indémable, pour l'époque de l'occupation romaine des Gaules, de l'Helvétie et de la Germanie. Très importante durant tout le moyenâge, cette industrie est parvenue jusqu'à nous, sans épuiser ses réserves naturelles. Toutefois, elle n’est plus que faiblement représentée aujourd'hui: la situation topographique des gisements, leurs conditions géologiques, is sont pour l'ordinaire très fréquents, mais peu abondants, la concurrence des grands centres miniers surtout, ont provoqué l'abandon successif de Ia plupart des exploitations. Les gisements allemands ne sont plus exploités, beaucoup sont épuisés; ceux du Centre de la France, comme ceux de l'Est sont presque tous abandonnés actuellement: dans le Jura même, des uombreux hauts-fourneaux en pleine activité 1l n'y a qu'un demi-siècle, 1l ne subsiste plus que celui de Choimdez et l'exploitation du minerai y est restreinte au seul « Val de Delémont ».
Les autres matériaux sidérolithiques, bols, sables, terres réfractaires, bien connus et justement appréciés, n'ont jamais donné lieu qu'à des exploitations locales et intermittentes de courte durée. Comme pour les minerais, le caractère essentellement sporadique des gisements, s'oppose à toute tentatives d'utilisation !).
Les anciens naturalistes ne paraissent pas avoir remarqué beaucoup ces formations ferrugineuses et ce n’est qu'exceptionnellement que quelques-uns d'entre eux en font mention. Cependant on les trouve indiquées dans quelques anciens Journaux de voyage sous les noms de « sninera ferri
1) A. Quiquerez: Notice historique et statistique sur les mines, les forêts et les forges de l'Ancien évèché de Bâle. 1855. J'ai présenté un petit lravail sur ce même sujet, à une réunion d'étudiants à Moutier, je pense le publier prochainement, Pour ee qui concerne le côté historique de la question, on peut consulter aussi pe Launay: Le fer dans l'antiquité : Ferrum ; in grande Encyclopédie.
Eure
Subaquosa globosa » et déjà de bohnerz. Mais on peut généralement admettre, que ce n'est guère qu'avec les premières années de calme et de repos qui suivirent la grande épopée napoléomienne, si troublée et si accaparante, que commença l'étude régulière et suivie des minerais de fer en grains. Tout ce qui a été écrit à leur sujet avant 1820, il ny à d'ailleurs que peu de chose, concerne surtout et presque exclusivement leurs propriétés industrielles. On rencontre déjà quelques analyses chimiques, souvent erronées ou des rapports plus ou moins scientifiques, consacrés à des minerais supposés argentifères ou même aurifères. Certains ouvrages peu connus aujourd'hui, contiennent même des renseignements précieux, comme par exemple, ceux de J. Hory, A. Amiet, J.-J. Scheuchzer, E. Bertrand, de Saussure, Vauquilin, Duhamel, L. de Buch, Ebel, Leschevin et de bien d'autres !).
Le premier travail véritablement intéressant consacré aux minerais de fer en grains est une description de la minière de Poissons ?), dans la Haute-Marne ; mais c’est au professeur bälois, P. Mérian *), que reviennent le mérite et l'honneur de la première étude générale des bohnerz. L'œuvre de Mérian est considérable déjà ; mais elle n'est pas absolument personnelle, elle s'inspire des travaux du D' J.-G. Ebel ‘} et aussi de ceux du géologue zurichois, qui devait devenir si célèbre plus tard sous le nom d'Escher von der Linth 5}. A eux trois, déjà en 1821, ils avaient reconnu que <sur les pentes méridionales du Jura argovien, les bohnerz, disséminés dans une argile ferrugineuse, étaient re-
1) Consulter l'Index bibliographique.
?) Banrer: Mémoire sur les minières de Poissons (Hte-Marne). Voir Index: Darcet, 1799.
#) P. Mérian: Beiträge zur Geognosie B. I. p. 150-156. 1821.
1) J..G. Enec : Anleitung die Schweiz au bereisen (Voir Mérian
5) Escmer A. von per Linrm: Ueber die Jura Ketten (Voir Mérian 1821).