Sur la montagne de Diesse
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Soit en tout, une douzaine de gisements comprenant 16 poches.
Toutes ont été décrites, très en détail, par MM. Schardt et Baumherger ou par M. Roller ; je ne vois donc aucune utlité d'en donner une nouvelle description, attendu que Je n'ai aucun fait nouveau important à mentionner. Toutefois, une violente polémique ayant été soulevée pendant ces dernières années, entre MM. Schardt et Roller, au sujet du mode de formation et de l'origine de ces poches, je suis obligé d'entrer dans le vif de la discussion. bien qu'il me répugne d'intervenir entre ces deux géologues, que je considère comme les maîtres de la géologie jurassienne.
Tout d’abord, dans le tableau À p. 156-157, je résume l’évolution des idées concernant cette question, par l’énumération des hypothèses qui ont été successivement soutenues.
La première hypothèse de M. Rollier (1888), ayant été abandonnée par son auteur lui-même, je ne m'y arréterai pas, elle était d'ailleurs infirmée par plusieurs faits : la concordance des couches valangiennes et hauteriviennes, la présence du Valangien supérieur, dans la marne hauterivienne du remplissage, etc.
Pour des motifs analogues et d’aütres encore, celle de M. Renevier est également à rejeter.
Quant à celle de M. Baumberger (1894), bien qu'elle ait été abandonnée par son auteur, elle me semble assez intéressante et digne d’être prise en considération. Je veux parler du processus surtout (le charriage par l'eau) et non des con-
clusions chronologiques qui en ont été tirées. Les arguments qu'on lui à opposés ne me paraissent pas très fondés : le charriage a pu être local, très restreint et la nature du remplissage loin de le contredire, l’affirmerait. Quant aux accidents tectoniques dont on a beaucoup parlé, ils trouveraient leur explication par le tassement dans les poches. Toutefois, Je ne veux pas donner à cette hypothèse une signification trop générale, mais il me semble qu'elle mériterait d'être reprise.
L'hypothèse du D' Greppin est également à rejeter : la marne haulerivienne forme de véritables enclaves, des inclusions complètes dans le Valangien et non des lambeaux recouverts. Il est intéressant de remarquer à ce sujet, le fait que cette hypothèse, point de départ de celles de MM. Schardt et Steimmann, actuellement défendues, se trouve absolument controuvée aujourd'hui.
Si ingénieuse et même si possible que soit l'hypothèse de M. Steinmann, qui évoque le refoulement glaciaire comme agent du remplissage, elle ne saurait cependant être soutenue. I est bien difficile, je crois, d'admettre comme causes, des agents dont on ne retrouve pas de traces. Toutefois, Je reconnais que c'est là un argument négatif.
La discussion porte donc essentiellement sur les deux hypothèses de MM. Rollier et Schardt et comme ces deux géologues ont évolué, modifiant leurs premières idées, elle porte sur leurs hypothèses telles qu'il les défendent actuellement, car Je ne vois pas l'utilité de discuter des opinions qui ont été modifiées.
M. Schardt') vient de résumer sa théorie de la façon suivante :
« L'érosion ayant enlevé le pied des couches du Néocomien ou seulement percé Jusqu'au Valangien la partie convexe des plis en genou, si fréquents sur le flanc du Jura, des paquets de terrain, ainsi suspendus en positions inclinées, ont glissé dans des excavations formées, soit par érosion, soit par écartement des banes,
1) H, Scenarpr ; B. S. Neuchâteloise, XXXII. 1003-04, p. 85.
bi
« Le glissement subséquent d'un bane de calcaire valangien, par dessus ces remplissages, a pu former couvercle ».
Dans le premier mouvement, les poches simples, découvertes, se sont formées, tandis que, par la combinaison des deux mouvements se sont produites les enclaves, les inclusions complètes, les poches fermées. M. Schardt appelle les premières < poches simples » et les secondes « poches à deux mouvements !)». De nombreux faits appuient ce mécanisme, MM. Schardt et Baumberger les ont résumés dans leurs mémoires de 1905 : ?)
1. Le contact des enclaves hauteriviennes avec le calcaire valangien inférieur est toujours franc, à surfaces polies, rappelant les miroirs de glissement.
2, Les blocs de calcaire du Valangien inférieur, portent également des traces de friction.
3. La marne hauterivienne est souvent feuilletée, presque schisteuse, comme si elle avait été fortement pressée.
4. La masse de la marne de plusieurs poches a ses propres plans de glissement à stries parallèles et des plans de clivages, s'entrecoupant sous un angle aigu, en sorte qu'elle se débite naturellement en fragments rhomboédriques plus où moins réguliers.
9. Sur deux points, la marne de Hauterive parait stratifiée, avec lambeaux de Valangien à la base et zones de nodules calcaires, marneux au sommet, appartenant vraisemblablement au Hauterivien inférieur, mais de la partie supérieure.
6. Assez souvent, les blocs valangiens sont accumulés en brèches que les auteurs considèrent comme des brèches de dislocation.
M. Rollier *) est d'avis très différent et pour lui, le mécanisme si ingénieux de M. Schardt ne saurait avoir cette importance ni cette signification. J'ai dit déjà qu'il s'était
1) Voir plus loin, PI. IL. 2) H. Semaror et BaumserGer : B. S. Vaudoise, XXXI, p. 247. 3) L. Rouen : Il° supplément 1898 : p. 63-72.
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rallé à l'hypothèse soutenue dès 1869, par Gilliéron, mais en la précisant et en la développant. Toutefois, il faut reconnaître que l'hypothèse actuellement défendue par M. Roller n’est pas aussi précisée, aussi clairement exposée que celle de M. Schardt. Tout en rapprochant ces remplissages de marnes néocomiennes — comme il les appelle, considérant le Hauterivien de M. Renevier comme trop peu nnportant pour être maintenu comme étage — des poches sidérolithiques, 1l ne semble pas les identifier avec ces dernières : 1l en fait « des intrusions sédimentaires anormales dans des vides préexistants par dissolution de la roche ambiante ». Comme arguments favorables à son hypothèse M. Rollier évoque la forme ovale ou arrondie des poches, les brèches qu'il attribue au charriage par l’eau, la corrosion, la distribution géographique, ete
Il est intéressant d'observer ici ce fait étonnant, de deux géologues, partant des mêmes observations et aboutissant à des résultats absolument différents. La discussion est donc loin d’être close. Toutefois, bien que je ne sois nullement qualifié pour m'interposer entre mes deux savants confrères, je dois terminer ces considérations, par une conclusion et je me permets d'émettre mon opinion.
Tout d'abord, il me semble, que les deux hypothèses d'une origine mécanique où d'une origine sidérohthique ne sont pas absolument, ni nécessairement contradictoires : au contraire, Je crois plutôt qu'elles se complètent mutuellement. Sans doute, «il faut bien se garder de trop généraliser et de vouloir soutenir que tous les gisements anormaux doivent avoir la même origine et résulter du même mécanisme » et je suis parfaitement de l'avis de M. Schardt. Aussi, pour pouvoir rattacher ces remplissages hauteriviens au Sidérohthique, est-il nécessaire de faire intervenir les trois hypothèses de M. Schardt, de M. Rollier, et de M. Baumberger. Quoi qu'on en puisse penser, il me semble presque aussi impossible de séparer le processus mécanique, par glissement ou éboulement, de l’action des eaux dans la formation des remplissages sidérolithiques où hauteriviens, que le travail mé-
canique et le travail chimique dans l'érosion générale. Il est bien évident que ce sont des processus spéciaux, particuliers, mais aucun fait n'autorise leur séparation. A mon avis, la divergence de vues de MM. Rollier et Schardt provient de à : l’un voudrait expliquer la formation des poches hauteriviennes par le seul jeu mécanique du glissement, l'autre prétend y arriver par le travail des eaux de corrosion où de iévigation, agissant presque seul. Or, pour les gisements glissés ou éboulés, le travail mécanique comprend à la fois le glissement et l'action des eaux, ces dernières agissant avec des intensités très différentes.
J'admets donc en principe les deux hypothèses de MM. Roller et Schardt, mais en les combinant. Celle de M. Baumberger ne doit pas être mise totalement à l'écart. Je ne serai pas contredit en soutenant que les preuves du ghssement, comme celles du charriage ou de la corrosion sont manifestes dans les poches hauteriviennes. C’est par la combinaison rationnelle de ces trois hypothèses que les remplissages peuvent s'expliquer.
La formation des poches a dû s'effectuer en deux phases : dans la première phase, l’excavation s’est formée, dans la seconde, elle s’est remplie. Les phases ont pu être nettement distinctes, espacées, ou directement continues. Quant au mode de formation des excavations, 1l doit être assez analogue à celui qui à ouvert les poches sidérolithiques : tantôt la corrosion paraît avoir agi seule, tantôt elle a été guidée par les cassures tectoniques ou facilitée par la nature hétérogène de la roche.
Le remplissage s’est alors produit, soit par glissement en bloc comme le veut M. Schardt, soit par charriage comme le prétend M. Baumberger, soit par accumulation mécanique ou par lévigation comme le veut M. Rollier. S'il était démontré, que le glissement s’est effectué sans aucun travail des eaux, ces remplissages ne seraient pas rapprochables des poches sidérolitiques. Le charriage à lui seul n’aboutirait qu'à des brèches, ou à des conglomérats absolument étrangers
aux formations sidérolithiques ‘}. Ainsi done, « priori, il est impossible de grouper tous ces gisements, qui sont des formations locales : il y a des distinctions à faire, car les mêmes causes ne produisent pas toujours les mêmes effets, pas plus dans l’espace que dans le temps, parce qu'elles agissent avec des intensités et dans des conditions variables, qu'elles se manifestent très différemment, tout au moins dans leurs actions de détail.
Pour ce motif, j'admets que certains remplissages dits anormaux, sont devenus sidérolithiques, parce qu’ils ont subi postérieurement l'action des phénomènes sidérolithiques. Mais il serait imprudent de vouloir généraliser cette conclusion et en tout cas, ces remplissages ne peuvent être rapportés qu'au premier type sidérolithique, il ne s’agit aucunement du Sidérolithique proprement dit.
) À moins d'emprunter des matériaux sidérolithiques (bols, bohnerz, ete.) pour composer les remplissages.
«: C'est encore par les fossiles, toute légère qu'est restée leur connaissance, que nous avons reconnu le peu que nous savons sur la nature des révolutions du globe ».
[G. Cuvier, Discours sur les Révolutions du
globe. p. 60, 1830].
+ La noble Science de la Géologie laisse à désirer par suite de l'extrême pauvreté de ses archives
[Cn. Darwin, L'origine des espèces. Traduction de Ed. Barbier, p. 573].
PALEONTOLOGIE