‹ Le Sidérolithique Suisse: Contribution à la Connaissance des Phénomènes d'Altération Superficielle des SédimentsChapitre 55 sur 80 · I. Faunes et flores sidérolithiques · texte numérisé non relu

I. Faunes et flores sidérolithiques

Pendant très longtemps, la formation sidérolithique fut considérée comme absolument dépourvue de restes fossiles. On la croyait d'ailleurs très homogène et c’est sans doute en partant de ces faits purement négatifs, mal établis et mal interprétés et aussi, sous l’influence des idées alors régnantes, que Brongniart et Gressly imaginèrent leurs théories par voie hydrothermale ou semi-plutonique d'une origine interne des matériaux sidérohithiques 1).

1) Gressly en particulier, non content d'envisager les dépôts sidérolithiques comme azoïques, prétendait encore que leurs matériaux jouis’ saient de propriétés délétères. C'est à ces propriétés délétères, par exemple, qu'il attribuait la mort du poisson des rivières dans lesquelles se déversent les eaux des lavoirs des minerais. Mais il n’est pas difficile de détruire cette opinion. Les gaz délétères! de Gressly n'existent pas: L'analyse chimique ne les a jamais décelés et par ailleurs, l'exploitation des mines de bohnerz n'a jamais rencontré de pareilles formations gazeuses. Les gaz qui s’accumulent dans les vieilles galeries n’ont rien de comparable. Enfin, d’après des observations que j'ai faites moi-mème, l’eau des lavoirs est chargée d’une poussière très ténue, formée de petites aiguilles siliceuses très acérées, facilement visibles au microscope sur le

Et cependant, Al. Brongniart déjà, rapprochait les Minerais pisiformes des Brêches osseuses de la Provence et A. Gressly avait observé avec Hugi, près de Soleure, des ossements que Cuvier et Duvernoy rapportaient au Palaeotherium crassum Cuv. et provenant d’argiles très spéciales, considérées aujourd'hui comme sidérolithiques. Il est vrai que le premier attribuait la formation des Brêches osseuses à une cause toute accidentelle, qu'il l’expliquait même par sa théorie et qu'il n'avait pas rencontré d’ossements dans les fers en grains proprement dits; que le second, influencé déjà par les idées dominantes alors, qu'il était à la veille de publier dans sa fameuse théorie, ne pouvait facilement admettre comme sidérolithiques des argiles ossifères, lui qui les attribuait à un phénomène semi-éruptif. D'ailleurs, avec Hugi, Gressly considérait ces ossements comme du même âge que les Tortues, les Pycnodus…., du Jurassique supérieur, précisément rencontrés dans la même région.

À peu près à la même époque, E. Thirria était également victime d’une confusion, mais d'une confusion absolument différente. Tandis que les géologues soleurois n'arrivaient pas à reconnaître un dépôt par ses fossiles propres, le géologue de la Haute-Saône prétendait caractériser un autre dépôt par des fossiles étrangers. Thirria !) avait recueilli dans un méme gisement de minerai de fer en grains, un certain nombre de fossiles, déjà connus dans d’autres niveaux compris entre le Jurassique supérieur et le Trias. Il s'agissait manifestement d'un remaniement et ce n'est qu'après coup qu'il s'en aperçut. C'est à cetle confusion sans doute, qu’il faut attribuer cette erreur de sa classification — qu'il recti-

liltre el que lon relrouve dans les canaux respiratoires des poissons, implantées dans les épithelium. Un fait analogue avait été signalé déjà pour les ouvriers travaillant le silex, dont les poumons étaient perforés par ces aiguilles avalées avec l'air des ateliers, En outre, la truite (Trutta fario) aime beaucoup l'eau claire et elle périt aussi facilement dans une eau trouble que dans une eau qui n'est pas fraiche.

) E. Tninnia : Slatistique minéralogique et géologique de la Haute-Saône, p. 116-133, Besançon, 1833.

fia d'ailleurs plus tard — et qui lui fit placer le fer pisiforme dans le Jurassique supérieur !}.

La découverte de Hugi, dans la vieille carrière de Ste- Vérène, près de Soleure, remonte pour le moins à 1832, puisque Cuvier, mort cette année-là, eut encore entre les mains la plupart des pièces recueillies par le géologue de Soleure.

C'est vraisermblablement la découverte la plus ancienne. Toutefois, elle n'eut aucune influence sur les idées alors dominantes, car 1l importe de ne pas oublier que la paléontologie venait à peine d'être créée par Cuvier et ce n'est d’ailleurs que bien plus tard que les matériaux sidérolithiques ont fourni à Rütimeyer et à H. von Meyer des documents importants.

Commencées en 1830, les découvertes d’'ossements se continuèrent et furent surtout fructueuses de 1840 à 1860. C'est l'époque des fouilles faites surtout par Cartier, à Obergôsgen et à Egerkingen (canton de Soleure) et par Ph. de la Harpe et Gaudin dans la région d'Yverdon (canton de Vaud).

Pour ne pas donner à cette étude paléontologique un développement trop considérable et aussi pour éviter les redites inutiles, j'ai résumé, dans le tableau B, les principales étapes de ces découvertes, indiquant dans chaque cas, la date, la situation et la valeur. On remarquera que les seules déterminations spécifiques mentionnées sont celles du Dr H. G. Stehlin, mais qu'à côté, figurent quelques indications générales fournies par les anciens auteurs. J'ai cru pouvoir agir ainsi parce que M. Stehlin vient de publier une revision de la faune éocène et que, dans bien des cas, les anciennes dénominations n'ont pas été maintenues. Je ne puis done que renvoyer pour plus de détails aux excellents travaux du savant paléontologiste bâlois.

?) Thirria donnait la liste suivante des fossiles qu'il avait recueillis :

Ammoniles binus Sow. Nerinea suprajurensis Voltz, Ammonites planicosta Sow. Terchratula coaretata Soxv. Ammonites coronatus Sow. Terchratulites helveticus, variabilis

Schl.

res MOURES

Ainsi résumés et groupés, tous ces faits, se présentent mieux dans leur ensemble. Tout d’abord, reconnaissons que l'état actuel de nos connaissances paléontologiques, permet de leur donner une interprétation précise et une signification chronologique déterminée. Sans doute, tous les rapports phylogéniques ou tous les détails concernant la distribution des espèces ne sont pas totalement éclaircis : toutefois, si la première partie de l’observation de M. de Lapparent concernant la distribution verticale du genre Palaeotherium |), paraît infirmée, je ne voudrais pas pour autant récuser la seconde, car, l'expérience — et toutes les revisions en font foi — n'a que trop démontré la délicatesse des études de ce genre. Tel qu'il se pose aujourd'hui, le problème garde nécessairement quelque chose d'incertain, qui lui donne une apparence d'hypothèse. Il est vrai, que nous n'avons pas à nous en préoccuper. Et en outre, déjà extraordinairement complexe en lui-même, il s'embrouille encore par le fait de l'introduction de données nouvelles, apportées par les paléontologistes américans. Et ainsi, tout en appréciant à leur juste valeur, les développements énormes de la paléontologie mammalienne, on a le droit de se montrer sceptique cependant à l’encentre de quelques-unes de ses prétentions et tout en affirmant avec Darwin la pauvreté des matériaux, on peut aussi partager l'optimisme de M. Gaudry ?).

Dans nos recherches, les liaisons phylogéniques des espèces sont de la plus grande importance. Nous allons done les examiner d'abord, puis nous rechercherons les grandes lignes de la distribution chronologique des principales, de manière à pouvoir caractériser par des distinctions spécifiques, les différents niveaux qui constituent l'ensemble du Sidéroli-

) À. pe Lapparenr : «.… en présence des incertitudes qui règnent encore sur la distribution verticale du genre Palaeotherium, il est prudent de ne présenter ces conclusions qu'avec une grande réserve... ». Traité de Géologie, 1900, p, 1469.

*) A. Gaupry : Discours de présidence à la séance annuelle de l’Académie des Sciences, p. 21, XIL. 1908.

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