II. Hypothèse de M. van den Brœck
L'hypothèse soutenue par M. E. van den Bræœck est en réalité antérieure à celle de Dieulafait, car au Congrès de géologie de 1878 à Paris, le savant géologue belge, présenta un premier mémoire sur le rôle de l’infiltration des eaux météoriques dans l'altération des dépôts superficiels ; puis en 1SS1 parut son grand travail classique sur Les phénomènes d'altération superficielle. En dehors de ces deux mémoires principaux, M. van den Brœck a encore développé quelques unes de ses idées dans d’autres publications et je sais, qu'il a actuellement, en collaboration avee M. Rahur, une étude à l'impression sur le sidérolithique proprement dit.
Si cependant, je place cette hypothèse ici, après celle de Dieulafait, c'est parce que véritablement elle est la plus moderne par ses conceptions et la seule défendue encore par son auteur. On pourra peut-être me reprocher de lui avoir donné une préface dans celle de Dieulafait et cependant le reproche, bien que fondé, me parait spécieux. Je ne prétends aucunement que Dieulafait ait influencé les idées personnelles de M. van den Brœck, mais si je lui attribue en quelque sorte le rôle de précurseur, c’est qu’il me semble bien évident que l'hypothèse hétérogène du professeur de Marseille a beaucoup contribué à faire accepter les idées plus nouvelles du secrétaire de la Société géologique de Belgique.
Le principe de l'hypothèse de M. van den Bræck repose essentiellement sur le travail de l'érosion continentale par les agents météoriques: l’eau, l'air, la température et ses varations, l'humidité, le froid, mais surtout l'infiltration superficielle.
L'eau de pluie lui parait un agent capable d'une grande puissance d’érosion par dissolution chimique, désagrégation
1) E. van pen Brœck. Consulter l'index bibliographique.
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physique, oxydation, réduction, etc. des roches et particulièrement des calcaires. L'eau de pluie est ordinairement riche en acide carbonique et en oxygène, plus riche même que l'air atmosphérique et par circulation en terre végétale, elle peut encore augmenter sa teneur en acide carbonique. Elle acquiert alors un grand pouvoir dissolvant et partant d'altération, de métamorphisme. Les roches calcaires spécialement sont vivement attaquées et corrodées avec une intensité dépendante des conditions climatériques, de la durée de l’action, de la nature, de la composition, de la perméabilité de la roche, etc... Les éléments solubles sont enlevés, les fossiles disparaissent comme le carbonate de chaux et il se forme des dépôts des parties résiduelles limoneuses, argileuses, ferrugineuses. Les sels ferreux transformés en sels ferriques colorent les dépôts nouveaux dont la sédimentation a bouleversé la stratigraphie première. Le métamorphisme hydrochimique est provoqué surtout par l'absorption des gaz en dissolution dans les eaux par les roches poreuses : l'acide carbonique est presque entièrement enlevé, l'oxygène, incomplètement, mais dans une forte proportion. Il en résulte que par dissolution et oxydation, le calcaire -est enlevé et il n'en reste qu'un résidu argilo-ferrugineux, dans lequel l’oxyde de fer s’est transformé en concrétions par transport moléculaire.
Toute l'hypothèse est d’ailleurs dans ces lignes :
« Les argiles ferrugineuses ou plastiques, le fer hydraté, le minerai de fer en grains, sont très généralement les résidus d’altération, de dissolution, de concrétionnement et de métamorphisme hydro-chimique de dépôts soumis à des phénomènes accentués d’altération sur place. »
Cette hypothèse rend compte ainsi, par le seul jeu des forces de l'érosion continentale, de la formation de produits très divers qui jusqu'ici avaient été attribués à des causes très différentes. Mais, tous se sont formés sur place, c’est leur caractère commun et une des causes de leur diversité.
Elle explique également la formation des dépôts argiloferrugineux sans calcaires, ni fossiles et les formes curieuses
d'érosion de leur substratum. Le rapprochement de toutes ces formations que tant de caractères communs réunissent, en « simplhifiant beaucoup la question de géogénie et en éliiminant de la série stratigraphique une foule de termes encombrants qu'on ne parvenait guère à classer convenablement » ce qui est certes un premier résultat dont la valeur n’échappera à personne, a de plus le grand avantage de substituer « aux actions locales, accidentelles, extraordinaires et généralement d'origine interne, une action simple, naturelle, irrésistible dans sa puissante lenteur; mais universelle à la surface du globe depuis son origine, variant dans son intensité, mais Jamais dans sa cause ni dans ses effets » !).
Telles sont les grandes lignes de la séduisante hypothèse de M. van den Bræck. Vivement combattue au début, de nombreuses conversions lui ont gagné des adeptes fervents et parmi ceux-ci je dois signaler particulièrement mon savant compatriote, M. le Prof. Dr L. Rollier à Zurich, qui en 1898 encore affirmait « qu'il est impossible de considérer le sidérolithique du Jura comme une simple terra-rossa ?) et qui l'an dernier en arrivait à une conclusion absolument opposée *. Par son dernier mémoire M. Rollier s’est montré un des plus fidèles disciples du savant géologue de Bruxelles.
Par contre, M. van den Bræck a gardé un contradicteur courageux en M. l'ingénieur des mines de Grossouvre, à Bourges, qui reste vaillamment un des derniers défenseurs de la vieille école opposant aux actualistes que «la théorie de l'origine éruptive parait donner l'explication la plus simple de ces dépôts singuliers dont les caractères sont si distincts de ceux de la série sédimentaire » {).
1) Du rôle de l’infiltration des eaux météoriques dans altération des dépôts superficiels, par E. van den Brœck: p. 11 du C. R. sténographique du Congrès international de géologie tenu à Paris en 1878.
?) L. Rozurer: Matériaux IT, suppl. p. 118, 1898.
5) L. Rozcer: Die Bohnerzformation, p. 158. Viertel Jahresschrift L. 1905.
4) de Grossouvre: Etude sur les gisements de minerai de fer du centre de la France. An. des M. p. 103, 1886.
En résumé, les hypothèses siderolithiques se ramènent
aux types suivants :
À. Brongniart:
A. Formation E. Thirria:
E. Thirria:
A. Müller:
par voie