II. Formation du Sidérolithique proprement dit
Les matériaux du Sidérolithique proprement dit sont incontestablement d'origine superficielle :
1. Les altérations sidérolithiques qui accompagnent en règles générales les dépôts de bols et de bohnerz, étant des ébauches de la sidérolification, montrent le passage des roches-mères à leurs produits altérés.
2. Les fossiles que l’on retrouve parfois dans les produils altérés établissent à l'évidence le même fait.
3. L'observation ne saurait admettre une provenance interne de ces matériaux et il est absolument impossible de partager les opinions des cataclysmiens, Brongniart et Gressly, pour ne citer que les principaux, sans tomber en pleine hypothèse.
En second lieu, on a le droit d'admettre que les produits et les matériaux du Sidérolithique proprement dit, si divers, si variés soient-1ls, résultent d’une altération des roches calcaires par voie hydrochimique, de la même facon que les lalérites des régions tropicales, ou que les altérations sidérohthiques dites pâteuses, siliceuses, ferrugineuses et dolomitiques.
Si le fait n'est pas absolument démontré, il est du moins vraisemblable et je crois pouvoir le soutenir en lappuyant sur un cerlain nombre de considérations qui sont avant tout ürées de l'observation pure.
Et d'abord, il semble que la Sidérolithique proprement dit, sous son aspect actuel, avee son faciès actuel, diffère profondément de ce qu'il dût être au début: il y a eu une évolution importante, pendant laquelle les caractères originaux ont été subordonnés par les caractères acquis qui sont devenus dominateurs et qui ont fixé sa physionomie actuelle. Pour ce motif, je crois indispensable de distinguer, dans les formations du Sidérolithique proprement dit, deux phases SUCCeSsIve
un
a. Une phase d'élaboration, pendant laquelle les roches superficielles, exposés aux actions des agents météoriques, ont été altérées par un travail d’érosion comparable à celui qui transforme actuellement les roches des régions tropicales en latérites. En raison de l’analogie du processus de formation des matériaux sidérolithiques et des laterites, j'appelle cette phase d'élaboration et de jeunesse: l4 phase de la latérite.
BP. Une phase d'évolution, pendant laquelle la latérite psimitive s’est transformée, s’est stratfiée et individualisée pour aboutir au type sidérolithique actuel. Cette phase qui a dû être très longue, qui a succédé à la précédente, mais sans qu'il soit possible de fixer la démarcation entre les deux, je l'appelle, la phase sidérolithique proprement dite.
Phase de la latérite. La latérite est une roche récente: elle se forme actuellement et on peut observer ses formations par décomposition et par altération des roches silhico-alumineuses des régions tropicales ou sub-tropicales surtout. Son individualisation comme type sidérolithique résulte particulièrement de sa composition pétrographique et chimique: Max Bauer déjà fit observer quelle est caractérisée par la présence de l’alumine hbre hydratée ‘). Nous n'avons cependant pas de motif pour en être surpris, puisqu'il s’agit ici d’un produit d’altération des roches silico-alumineuses, déjà riches en alumine combiné.
Ce caractère, qui à son importance, ne saurait cepen-
1) Max Bauer: Neues Jahrb. (1898 IT), p. 1638.
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dant empêcher la latérite d’être un produit de la sidérolification générale. Elle a en effet, tous les caractères des sidérolithiques et elle résulte d’un travail sidérolithique effectué par dissolution des sels solubles de chaux, de magnésie, de soude, de potasse et même de la silice des roches-mères et par concentration ou augmentation des sels de fer, d’alumine et de titane. De plus, toutes ces transformations, si complexes, sont dues aux eaux météoriques, Les eaux souterraines, que l’on pourrait parfois évoquer comme agents de la sidérolification générale et qui semblent même y contribuer, mais sporadiquement et localement, semblent absolument étrangères à la latérisation.
La tactique générale de la latérisation est assez bien connue aujourd'hui. S'il y a des réserves à faire, c'est au sujet de certaines actions de détail, sans doute non négligeables, mais qui, dans le cas, sont cependant secondaires. Les géologues-explorateurs, qui ont spécialement étudié ces formations, sont, en général, d'accord, pour reconnaître que les grandes conditions influentes de la latérisation sont d'ordre climatérique : température élevée, précipitations almosphériques abondantes et saisonnières. L'acide azotique des eaux de pluie des régions chaudes, la pauvreté en humus du sol}, certains microorganismes paraissent également jouer un rôle influent, mais pour l'instant nos connaissances ne permettent pas de le fixer et de le reconnaitre. N'ayant jamais eu la bonne fortune d'étudier les latérites, en place, je ne saurais en tout cas prendre part à la discussion sur ce sujet. La question n'a d’ailleurs pas une importance capitale pour ces études: l'essentiel est de. savoir pourquoi et comment la latérisation se produit et cela on le sait: la latérisation est la sidérolification des pays chauds, tropicaux et subtropicaux ; elle se réalise par des dissolutions, des oxydations et des hydratations. Le travail chimique des eaux est assez bien connu; par contre, l'action biologique, qui s'y superpose, reste énigmalique, je crois.
) Les matières organiques sont détruites par les termites.
nos
Le faciès de la latérite qui est incontestablement earactérisé, mais pas fixé, puisque cette formation est à son stade d'élaboration et de jeunesse, qu’elle conserve bien apparents ses caractères originaux, est un faciès géographique, en ce sens, que toute latérite évoque, très nettement, des conditions climatériques spéciales, nécessaires et, comme tel, il est tout particulièrement intéressant pour ces études.
À priori, il peut sembler étrange que l’on rapproche le Sidérolithique proprement dit et les latérites et cependant, ce rapprochement est parfaitement rationnel. La différence de composition des matériaux de ces formations s'explique, comme je l'ai fait observer déjà, par leur provenance de roches-mères différentes : des roches-mères calcaires pour le Sidérolithique, des roches-mères non calcaires, silico-alumineuses pour les latérites. La différence des faciès qui est cependant très nette, s'explique de même par le seul fait que ces formations ne sont pas du même stade d'évolution, qu'elles n'ont pas le même âge.
Les derniers travaux des paléontologistes, et ceux de M. H. G. Stehlin font loi ici: ils établissent que pendant le tertiaire, il y eut, en Europe, une grande période sidérohithique : les diverses faunes des époques éocènes et même oligocènes qui ont été recueillies dans les bols et les phosphorites en sont la preuve. L'existence d’une période sidérohthique tertiaire est hors de doute, ce qui est moins certain, par contre, c'est sa durée et sur ce point, la paléontologie ne fournit aucune indication absolument précise. L'absence des faunes plus anciennes que l’Yprésien, ne prouve absolument pas que la période a commencé à l’époque yprésienne ? Je crois même qu'elle a commencé bien plus tôt, sur la fin des temps crétaciques peut-être déjà 1). |
Les temps de la fin du secondaire et ceux de la première moitié du tertiaire furent caractérisés par des conditions climatériques très spéciales et assez bien connues aujourd'hui.
1) Voir tableau D.
« Au moment où s'ouvre la période éocène, dit M. de Lapparent !), le climat de l'Europe est tempéré plutôt que très chaud; l'hiver est encore nul ou presque nul et la végétation continentale ne paraît pas éprouver des variations sensibles entre le 40° et le 60° degré de latitude. Mais bientôt, tandis que la plus grande partie de l'Europe, antérieurement submergée par la mer de la craie, devient définitivement terre ferme, les régions méditerranéennes, entre les Pyrennées et l'Atlas d'un côté, entre les Carpathes et le désert libyque de l’autre, s’accidentent de longs sillons où pénètre la mer nummulthique. Sous l'influence de cette mer chaude, dépassant le tropique vers le sud, l'Europe revêt une physionomie africaine. Il s’y établit un régime de saisons sèches et brülantes, qui alternent avec des saisons pluvieuses et tempérées, la moyenne annuelle se maintenant à environ 25° sous la latitude de Provence... »
Le climat de ces époques n’a plus comme comparable aujourd'hui que celui des régions tropicales ou subtropicales surtout où se forment actuellement les latérites. Précédemment, j'ai essayé de montrer que la latérisation actuelle était étroitement liée aux conditions climatériques : température élevée, précipitation abondante, régime saisonnier, conditions qui paraissent communes aux climats de nos régions subtropicales et à ceux des époques de la période sidérolithique primitive. De cette analogie, je crois pouvoir conclure :
1. l'élaboration des matériaux du Sidérolithique proprement dit s'est faite par la latérisation des roches calcaires.
2. Le Sidérolithique proprement dit actuel n'est qu'une ancienne latérile, transformée et évoluée.
La latérite primitive a du se produire et se constituer de la même manière que les latérites actuelles. La température élevée, l'abondance des précipitations atmosphériques et surtout le régime des saisons chaudes et sèches, tempérées et humides furent ses facteurs influents principaux. Par suite,
) A. GC Lapparenr: Traité de géologie, p. 1483. 1906.
on peut admettre que la latérisation du Sidérolithique proprement dit a commencé dès que ces conditions climatériques furent établies, donc bien avant les temps yprésiens et et probablement pendant la fin des temps crétaciques. Pour ma part, je crois que le commencement de la latérisation a dû être fixé par le retrait de la mer de la Craie et que dès l'époque aturienne tout au moins, les calcaires crétaciques et jurassiques superficiels n’ont cessé, jusqu’à aujourd'hui, d'être altérés et latérisés. Et, comme la mer de la Craie s’est retirée progressivement pendant une bonne partie des temps crétaciques, que certaines régions ont été émergées bien avant d'autres, cette latérisalion n’a pas pu commencer partout au même moment.
Le résultat de la latérisation fut l'élaboration des matériaux du Sidérolithique proprement dit, c’est-à-dire, d’une latérite primitive qui devait ressembler beaucoup aux produits de décalafication et aux altérations sidérolithiques ordinaires. La nouvelle roche était pauvre en sels calcaires, très décalcifiée, mais riche en produits insolubles silico-alumineux et aussi en oxyde de fer hydraté. Les bohnerz n’existaient pas: tout au plus, y avait:l des concrétions ferrugineuses analogues aux minerais de fer superficiel. Les altérations des calcaires du substratum immédiat des dépôts sidérolithiques, que j'ai considérées comme des ébauches inachevées, pourraient peut-être nous en donner une assez juste idée.
Phase du Sidérolithique proprement dit. Cette latérisation des roches couvrit bien vite le sol d’une couche régulière de matériaux altérés. Les roches primitivement superficielles formèrent ainsi le sous-sol, tout en restant cependant soumises à la latérisalion qui pouvait se poursuivre en profondeur, grâce à la perméabilité de leur recouvrement. Mais alors, tandis que ce travail se poursuivait en profondeur !), les eaux météoriques attaquaient en même temps la latérite déjà formée. Il y eut ainsi un double travail d’altération
1) L'épaisseur des latérites actuelles dépasse parfois cent mètres.
directe des roches et de transformation des produits altérés. Le premier est la continuation de la latérisation, le second par contre, et c’est ce qui caractérise les phases de la sidérolification, est une remise en marche de la latérite primitive. Il n’y a donc pas de séparalion nette entre les deux phases : la latérisation a précédé la sidérohfication, mais toutes deux ont pu et même ont dû se poursuivre simultanément.
L'agent de la sidérolification est toujours l'eau météorique. Mais ici, il n’y a plus de grandes actions de dissolution, de démolition: la latérite est déjà un produit décalcifié et ses matériaux sont en quelque sorte des résidus de dissolution. Les sels de fer sont peut-être les éléments qui subissent la principale action chimique. Les autres éléments sont bien moins transformés, ils sont simplement déplacés.
La tactique de la sidérohification est assez spéciale: elle comprend des actions chimiques et des actions mécaniques. En filtrant au travers de la latérite, les eaux météoriques ont entraîné mécaniquement en profondeur, les particules les plus fines, les plus ténues, qu'elles ont accumulées en zones, en couches. En même temps, elles ont attaqué chimiquement les matériaux qu'elles léviguaient. L’entraînement mécanique a conduit à la stratfication des dépôts, la précipitation des sels dissous a amené de même une concentration chimique.
M. van den Brœck, dans son étude sur l’altération des dépôts superficiels, a donné le principe de ces transforma- . tions. Les apparences de ravinement, la séparation de certaines zones à coloration particulière s'expliquent parfaitement par des infiltrations superficielles. Sans doute, le détail de toutes les transformations qui se sont produites nous échappe: il y a bien-des points sur lesquels :1l est actuellement impossible de se prononcer. Pour l'ensemble, par contre, je crois que le remaniement mécanique par les eaux de surface en infiltration et le métamorphisme hydro-chimique, peuvent fournir une explication suffisante.
Comme application de ces considérations que l’on pourrait croire exclusivement hypothétiques, je vais étudier quelques cas parliculiers du Sidérolithique proprement dit.
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Les bohnerz. Plusieurs auteurs ont rapproché la formation des bohnerz de celle de dragées calcaires ou siliceuses de Carlsbad, de Tivoli, ete. ou de celle des oolithes des roches sédimentaires. On a parlé aussi de limportance que pouvait avoir Joué cette concentration des sels autour d’un noyau formé de matières organiques.
L'étude des pisolithes de fer montre très nettement que leur noyau est formé par une matière amorphe, groupée sur un squelette siliceux ou autour d’un grain de sable. Les débris organiques, spicules, fragments de test de coquille, y sont excessivement rares. Les couches disposées concentriquement autour du noyau, sont de même constituées par un squelette siliceux. Leur épaisseur est en général assez constante. Leur surface est brillante et polie. Dans certains cas, les différentes couches peuvent se séparer assez facilement, mais ordinairement, elles sont étroitement soudées entre elles.
Je considère les bohnerz comme résultant directement de la sidérohfication. Pendant la latérisation des roches calcaires, 1l a dû se former de petites masses celluleuses, résultant d’une concentralion des sels siliceux et surtout ferrugineux sur une particule organique ou calcaire. Dans la suite, ces débris ont disparu probablement par pseudomorphose, par suite d’une décalcfication à outrance, mais les cellules se sont conservées et sont devenues les noyaux des pisolithes, qui se sont formées par simple concentration. Les sels de fer des pisolithes sont mélangés à la silice, parce que, dans leur action dissolvante, les eaux d'infiltration ont attaqué également cette dernière substance et l'ont entraînée avec le fer. La disposition des couches autour du noyau résulterait de cette précipitation. On peut assez facilement les reproduire en faisant couler lentement sur des noyaux amorphes des solutions concentrées ayant la composition des bohnerz, auxquelles on ajoute quelques traces d’arsenic.
Un travail analogue se serait produit dans la latérite en voie de sidérolification: les eaux d'infiltration ayant enlevé de sels de fer avec un peu de silice et ayant altemt le degré voulu de saturation auraient précipité leurs sels dis-
sous sur les noyaux, c’est-à-dire, sur les cellules de la latérite. La précipitation ne se serait produite qu’une fois ce degré de saturation atteint. Et alors, le travail étant divisé, la précipitation se serait nécessairement faite en couches et en zones. Dans ce cas, les dispositions en couches concentriques de l'enveloppe de la pisolithe s'explique très facilement et le brillant de la surface de la pisolithe ou de celle de ses couches, peut se comprendre par le polissage effectué par les eaux en circulation lente au travers d’une roche assez meuble.
La structure radiaire des couches concentriques de l’enveloppe des pisolithes et leurs cavités, en batonnets, que Bleicher attribuait à des empreintes de bactéries et que ne sont probablement que des formes de retrait, l'épaisseur assez constante des couches concentriques, l’amoncellement des pisolithes dans certaines parties du gisement, les agglomérats sidérohthiques qui sont des pseudo-pisohithes dont le noyau est formé de pisolithes accolées, peuvent parfaitement s’expliquer par ce processus.
Les concrétions amorphes, irrégulières, en coulées ou en masses, proviennent, par contre, d'une précipitation chimique, effectuée sur des matériaux que l’eau ne pouvait déplacer.
La formation des bohnerz n'a dù se faire que sur la fin de la sidérolification, la stratification des matériaux étant déjà bien dessinée.
Enfin, l'invasion des mers mollassiques qui mit fin à la sidérohfication, par la suppression des actions météoriques, amena en même temps le tassement de la masse. Les pisolithes furent emprisonnées dans les bols encore imprégnés d'eau d'infiltration. La sidérolification fit encore un dernier effort cependant, et nous en avons la trace dans ces zones que les mineurs appellent « fleur » et qui délimitent la couche des bohnerz ou dans les taches (œils des mineurs) des bols. Les sels de fer furent complètement enlevés et concen trés sur les pisolithes, et les bols ayant perdu tous leurs éléments ferrugineux, passèrent au silicate d’alumine.
Les bols. Ce sont des argiles ferrugineuses, de COMpPosion variable, toujours très ferrugineuses, qui représentent
le résidu de la latérisation des calcaires. On les reproduit assez facilement en attaquant les calcaires par des acides.
Leur coloration est due aux sels métalliques, surtout au sesquioxyde de fer hydraté, qui joue un rôle variable suivant son degré d'oxydation et d'hydratation.
Leur arrangement en couches de composition et d'aspect différenciés, résulte de la sidérolfication, c’est-à-dire de la lévigation exécutée de haut en bas, sur la latérite primilive. Dans quelques cas, la lévigation mécanique a été entravée et les éléments entraînés, par suite d'une sorte de filtration, se sont déposés en couches distinctes, caractérisées par la grosseur des parlicules. Les plus grosses ont été arrêtées les premières, les plus fines ont pu passer à travers. (Fig. 10, PI IT).
Assez souvent aussi, la stratification n’est qu'apparente. Les couches sont simplement différenciées par leur coloration, fait très fréquent Gans les dépôts meubles et bien étudié par M. van den Bræck.
La formation des couches de bols alumineux et semiplastiques qui s'intercalent parfois dans les bols ordinaires ne peut s'expliquer que par une nappe d'eau, qui à agi sur une couche de bols, l'imprégnant assez fortement pour en enlever non seulement les sels métalliques, mais encore la majeure parte de la silice. Ce travail n'a dû se produire qu'après la sidérolhfication, la stratification des couches étant déjà établie. Les lentilles ou les traînées de « flætz » que lon rencontre parfois, sont probablement dûes à un même processus.
Enfin, la disposition des couches en lentilles imbriquées et superposées, peut s'expliquer par les actions combinées d'une lévigation per descensum et d'une imprégnation après coup, par les eaux de nappes, filtrant dans la masse des matériaux, ou en suivant les couches.
Les sables siliceux. Ts forment la majeure partie des bols, soit libres, soit sous forme de silicate d’alumine, . mais toujours colorés superficiellement par les sels métalliques. Leur accumulation en couches ou en amas, témoigne d'une lévigation intense, qui n'a laissé des bols que leur éléments
silico-alumineux.
hote
Les couches de sables intercalées dans les bols réguliers résultent d'un travail analogue à celui qui a formé les couches du bol semi-plastique, à cette différence près cependant que la dissolution a été moins puissante: les éléments silico-alumineux sont simplement restés en place.
Très souvent aussi, les sables siliceux forment, à la base des bols, des assises régulières, qui remplacent les bohnerz. Cette position, qui est manifestement anormale, peut cependant s'expliquer par le même processus. Les eaux d'infiltration, en circulation lente, entre le calcaire du substratum sidérolithique et les bols inférieurs, ont lévigué les couches qu'elies traversaient, n'en laissant que les sables, c'est-à-dire. les éléments insolubles ou difficilement solubles (silice, alumine). Ce travail qui a pu commencer dès que la stratification des assises sidérolithiques fut bien dessinée, n'a dû cepeudant se réaliser dans toute son intensité que longtemps après. En effet, si on peul assez facilement l'attribuer à une infillration normale, dont les eaux auraient agi déjà sur les assises supérieures, on peut aussi le considérer comme résultant d’une lévigation puissante par des venues d'eau accidentelles. L'action des sources ne saurait être absolument niée, cependant, je persiste à croire que le principal agent est encore l'eau météorique, qui a pu facilement s'infiltrer, comme il vient d'être dit, par suite de la discontinuité de la couverture sidérolithique usée par l'érosion et l'abrasion.
Les grands remplissages de sables dans des poches immenses où simplement dans des crevasses, qui sont actuellement à fleur de sol et à découvert, sont, en règle générale, les racines d'anciennes nappes aujourd'hui enlevées et 1ls ont dû se produire selon le même processus. Les bols que les recouvrent parfois, sont simplement les assises inférieures du Sidérohthique primitif, normalement stratifié 7. (V. PL D.
) L'allération superficielle récente est également entrée en jeu. C'est à elle que Jj'attribue la coloration des sables, la formation des veinules, des serpules, des coucrétions d'alumine, des grès que l'on rencontre, par exemple, dans les grandes poches de sables de Moutier, Elle n'est peut
êlre pas complètement étrangère à celle des quartsites, des jaspes, ete...
On objectera peut-être, qu'une semblable lévigation suppose des masses d'eau considérables et par suite une véritable circulation souterraine ? D'abord, la cireulation souterraine à dù se faire lentement et par filtration goutte à goutte: les matériaux n'ont pas été entraînés, mais seulement lévigés, seuls certains éléments ont été enlevés par dissolution. Ensuite, les régions dénudées par l'enlèvement de la couverture sidérohthique sont devenues des sortes de bassins de récephon des eaux météoriques, dont l'infiltration était favorisée par la discontinuité même de la couverture.
Mais, dira-t-on encore, que sont devenues ces eaux, après leur grand travail de lévigation souterraine ?
Plusieurs hypothèses sont possibles. Les eaux, par le fait de leur circulation entre deux couches assez peu perméables, ont pu obéir à une succion vers des thalwegs ou des régions moins élevées ? Elles ont pu aussi, par siphonage, parcourir d'assez longs trajets souterrains et sur leur parcours, contribuer à l'agrandissement des poches et des excavations du substratum par décalcification de la roche? Enfin, les calcaires ne sont pas si compacts qu'il ne s’y trouve des fissures, des cassures, qui peuvent devenir des issues ?
Les calcaires et les conglomérats. Ces formations n'appartiennent qu'indirectement au Sidérolithique proprement dif, en ce sens, qu'elles proviennent d'actions étrangères à la sidérobfication.
Les calcaires lacustres sidérolithiques ou raitsches sont des formations géologiques normales et régulières. [ls intéressent le Sidérohithique exclusivement à cause de leur position stratigraphique. Leurs matériaux proviennent peui-être des roches latérisées ? Les pisolithes qu'on v rencontre parfois v ont été probablement apportées par le ruissellement. Ils sont aujourd'hui assez mal représentés et n'ont naturellement entre eux aucun synchronisme général précis. Leur dissémination actuelle en lambeaux isolés, ne représente sans doute que très imparfaitement leur répartition première, qui tout en étant plus régulière, était cependant déjà sporadique et
localisée.
Les conglomérats proviennent surtout de remaniements mécaniques par les eaux des matériaux sidérolithiques dans des roches d’autres formations géologiques. Comme les calcaires d'eau douce, ils sont nécessairement d'âges différents. Ils ont pu se former déjà à la fin de la latérisation: mais en général, ils sont plus jeunes. Les bols y sont rarement conservés, sauf dans le cas des brèches de la région vaudoise, mais les bohnerz par contre y sont très fréquents. Peut-être pourrait-on considérer les bohnerz amorphes, sans structure feuilletée de certains conglomérats, comme provenant directement de la latérite primitive ?
Les conglomérats sont tantôt compacts et solides, leurs galets sont fortement cimentés entre eux, où tantôt, ils consistent simplement en une grossière accumulation de matériaux roulés et altérés. Dans ce dernier cas, ils ont beaucoup d’analogie avec certains remplissages ossifères.
Les impressions que présentent parfois les galets de ces roches sont probablement dûes à des phénomènes hvdrochimiques avant produit par dissolution ce que Quiquerez appelait «une altération pâteuse ». La dureté des roches ne joue 1e qu'un rôle secondaire, car c'est leur insolubilité qui est le facteur influent par excellence.
Telle qu'elle vient d'être exposée, cette théorie ‘de Ja sidérolification me parait soutenable, Elle n'est d'ailleurs pas absolument personnelle et on y reconnaitra facilement des influences étrangères. Elle n'est pas démontrée non plus, c'est une simple hypothèse, mais une hypothèse qui s'appuie cependant sur un nombre important de faits observés et souvent vérifiés par l'expérimentation. On pourra lui faire des objections et j'en prévois même déjà quelques unes. Des recherches complémentaires me permettront de la préciser el peut-être même de la corriger.
On me reprochera peut-être aussi de n'avoir pas suffisamment réfuté les hypothèses proposées par mes devanciers! Je l'ai fait à dessin, ne voulant pas attaquer ceux qui m'ont ouvert la voie el qui m'ont aidé de leur expérience. En
—: 299 — exposant mes croyances sur le même sujet, j'ai par ailleurs formulé mes critiques.
Dans un travail comme celui-eai, 1l est facile de tirer un grand nombre de conclusions générales : j'ai déjà indiqué les principales et je me propose d'en reprendre quelques autres dans des études ultérieures. On voudra bien m'accorder quelques crédits.
Pour l'instant, 1l ne me reste plus qu'à conclure.
La sidérolification est la résultante de forces très variées et souvent contraires. Dans le cas, les conditions influentes sont essentiellement d'ordre clhimatérique: température élevée, précipitations atmosphériques abondantes, régime saisonnier ; la nature du sol, ne joue qu'un rôle secondaire, aucune roche ne pouvant résister à l'érosion superficielle intense. Les conditions restrictives sont moins nombreuses, il n'y en a même qu'une seule de bien puissante: c'est la mer. La retraite progressive des mers de la Craie, qui permit l’émersion lente des continents sous un chimat tropical marque le début de la formation sidérolithique, comme linvasion des mers mollassiques en détermine l'arrêt? La mer est le grand facteur restricteur de la sidérolification.
Cette lutte du sol contre la mer est intéressante, non seulement pour le géomorphogéniste, mais aussi pour le paléogéographe. Elle montre, par exemple, que la sidérolification a commencé d'abord sur un pomt émergé, un ilot isolé, pour s'étendre progressivement au fur et à mesure que la mer lui cédait du terrain et aussi, qu'elle ne s’est pas arrêtée brusquement, mais lentement. De là, sans doute, ces bassins sidérolithiques délimités el isolés, avec leurs centres où la sidérolification parait avoir atteint son maximum d'intensité ? De là aussi, l'isolement originel des bassins, isolement encore accentué aujourd'hui par l’altération topographique du relief et qui peut prêter à confusion ?
L'invasion ou le retrait des mers n'ont pas été brusques, mais plutôt très lents et peut-être ce fait pourrait-il expliquer le manque de synchronisme des sidérolithiques
mie :
européens où même celui des différents sidérolithiques d'une région bien délimitée? En outre, l'abondance de leurs matériaux témoigne de l'intensité ou de la durée de l'action sidérolithique et partant, peut-être, pourrait-on admettre que les centres sidérolithiques actuels correspondent aux régions qui furent émergées les premières ?
L'altération superficielle qui est le principe de la sidérolification est une action générale de l'érosion continentale. Elle s’est produite partout où les conditions restrictives ont autorisé l’activité des conditions influentes, car les roches, qui peuvent résister plus ou moins à leur attaque, ne peuvent y échapper complètement. Ces conditions influentes les plus puissantes sont celles qui produisent la latérisation, mais elles ne sont pas les seules capables d’altération. La formation des produits de décalcification des régions tempérées et mème froides, le démontre suffisamment. La distribution géographique actuelle des produits sidérolithiques, si différenciés soient-ils, en est une autre preuve. Les bassins suisses du Jura (Jura oriental: Berne, Soleure et Jura méridional: Vaud, Genève) et des Alpes (Dents du Midi, Diablerets, ete...) sont reliés entre eux par la Terre rouge des Préalpes fribourgeoises el passent géographiquement toujours, à ceux de France (Est: Franche-Comté, Bourgogne: du Centre: Berry: du Sud-Ouest: Quercy….; du Plateau-Central: Terre rouge du Causse: du Sud-Est: vallées du Rhône et de la Saône). et d'Allemagne (Grand duché de Bâde, Wurtemberg : Brisgau et Rauhe Alp, etc..….), qui font la liaison par le Jura frankonien, la Souabe et la Bavière avec ceux du Sud-Est
(Carinthie, Carniole, Dalmatie, ete...), et du Nord-Est (Hongrie, Russie, ete., etc....). Quelque chose d'analogue pourrait
être reconnu pour les zones tropicales et sub-tropicales. Enfin, dans toutes les parties du monde, on rencontre en profondeur où à la surface du sol des matériaux qui proviennent d'altérations continentales superficielles, anciennes ou récentes.
Tous ces sidérolithiques n'ont souvent de commun que leur mode de formation: ils proviennent par altération hydrochimique de roches diverses, feldspatiques, éruplives, sédi-
mentaires, calcaires. Les unes sont très jeunes, en élaborahion, incomplètement constituées, gardant très nets, leurs caractères ancestraux qui les rattachent à leurs roches-mères: les autres, bien plus anciennes, sont déjà individualisées. Les formes rudimentaires sont géographiques: terres rouges du Causse, des Préalpes. terra rossa de Carniole, produits de décalcification des régions tempérées, latérites des régions chaudes et humides. Les autres sont plus différenciées encore : phosphorites et phosphates, bauxites, latérites, sidérolithiques à bohnerz, ete... Ce sont autant de types gradués d'un même travail réahsé avec des intensités différentes, tout en obéissant aux mêmes lois générales.
IIS ont par suite, un certain nombre de caractères communs qui fixent leur faciès général. Mais pris individuellement, ils sont cependant bien distincts: chaque type à son faciès particulier. Ce faciès secondaire est l'expression des uuheux géologique (nature des roches-mères), géographique (conditions chimatériques qui l'ont déterminé) et aussi de l’évolution (âge) du tvpe sidérohthique. L'empreinte des nilieux géologiques et géographiques est bien visible d'ordinaire chez les types sidérolithiques jeunes, qui ont conservé leurs caractères originaux; elle est par contre très atténuée chez les types anciens, qui sont des stades différenciés et divers des formes prmutives, rudimentaires: 1& latérite moderne passe à la bauxite, comine la latérile crétacique et tertiaire a passé au sidérolithique à bohnerz !
Cette notion d'évolution, soit de vitahté, appliquée aux formations sidérohithiques ne manque pas d'intérêt. Sans parler de la question du devenir du Sidérohithique proprement dit actuel, elle montre dans un domaine que nous lui refusons, à tort sans doute, une application de cetle pensée de Leibnitz: « Rien n'est mort, la vie est universelle ».
Explication de la planche II.
Fig. 7, 8, 9. Processus de formation des enclaves de marne hauterivienne dans les calcaires valangiens, d'après la théorie de M. le Prof. H. Schardt.
Fig. 7. Usure d'un pli en genou et mise à découvert des calcaires valangiens.
Fig. 8. Glissement des marnes hauteriviennes et leur inclusion entre les couches des calcaires.
Fig. 9. Glissement des calcaires valangiens et formation de l'inclusion.
Fig. 10. Formation d’une poche de sables dans les calcares du Malm supérieur, à Soulce (près Delémont).
a. Gros blocs, altérés et corrodés, recouverts de terre végétale et de bol impur.
b. Fragments de calcaires obstruant la fissure et arrétant le passage des éléments fins lévigués qui sont accumulés en €.
d. Remplissage de bol, de terre, de cailloux.
La fissure se continue en profondeur.
Fig. 11. Formation d'une poche d’altération (Chancre) dans les calcaires jaunes du Mont de Chamblon (Vaud).
a. Bol rouge, impur, ferrugineux, sihiceux (gros grains de silice et glauconie bre), renfermant des pisohithes souvent altérées et amorphes et des fragments de calcaire altéré.
b. Toute la partie centrale de la poche est formée d'un bol grisâtre, peu ferrugineux, englobant des bandes d'un bol bleuñtre plus fin. |
Les calcaires qui sont dans les bols extérieurs renferment parfois des fossiles de la roche encaissante.
Fig. 12. Poche fossihifère d'Obergüsgen, d'après C. Mæsch.
a. Bolus jaune avec quelques pisolithes.
c. Sables sihceux jaunâtres.
Les zônes colorées en noir indiquent la place des bohnerz mélés d'ossements,
La roche encaissante est Lrès corrodée et appartient au Jurassique supérieur.
DR
Ej) ea
Fig. 10
Fig. 8
Coupe générale du Sidérolithique suisse.
(Vallée de Delémont: puits vers la Gare).
| Superstratum.
Calcaire lacustre
Sidérol. sup.
Terre jaune du
D' Greppin
(avec
conglomérats,
2ypse...).
Terres arei-
leuses + ré-
fractaires,