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LISETTE, HORTENSE, D'ALBINS, FRONTIN

D'ALBINS.

Chère Hortense!...

LISETTE, à Frontin.

Approchez, beau diseur de nouvelles t Et si vous m'avez fait des rapports infidèles,

Songez-y bien, avant que vous quittiez ces lieux, Je vous aurai, faquin, arraché les deux yeux.

FRONJIN.

Oui, oui, viens t'y frotter ; je t'attends de pied ferme.

D'ALBINS.

A nos malheurs enfin le ciel va mettre un terme, Rien n'est plus vrai, madame, et mon cœur enivré Au plus flatteur espoir tout entier est livré. Je puis enfin, je puis désabuser Géronte, Confondre mon rival et le couvrir de honte : Je puis à tout Paris prouver dès ce moment Que cet être si vain, si fier, si suffisant, Est l'être le plus bas, le plus vil, le plus lâche. Son impudence en vain le déguise et le cache, J'ai su le démasquer.

HORTENSE

Si tel est mon bonheur, De mon père, d'Albini, dissipez donc l'erreur, Assez et trop longtemps Fierval sut le séduire ; Chaque jour de ce fat voit s'accroître l'empire; Chaque moment ajoute à la séduction.

Ce matin plein d'orgueil et de présomption, 11 est venu conter une grande victoire Qu'hier il remporta, si nous devons l'en croire, Sur quatre ou cinq brigands...

D'ALBINS.

Des brigands!

HORTENSE

Oui, monsieur, Sur quatre ou cinq brigands que sa rare valeur Eut bientôt dispersés ; mais leur prompte retraite Sans dommage pour lui ne s'est pourtant point faite, Car ils ont emporté le magnifique écrin Qui devait précéder le présent de sa main.

FRONTIN, avec la plus grande surprise.

Monsieur!...

d'aluns, de même.

Frontin !

FRONTIN

Eh bien! qu'en dites vous?

D'ALBINS.

L'infime!

Vit-on jamais plus loin. ...Eh! de grâce, madame, A de pareils discours ajouteriez-vous foi ?

HORTENSE

Plût au ciel que mon père y crût ainsi que moi ! Mais loin de soupçonner de la moindre imposture Le modeste héros d'une telle aventure, Géronte avec, transport s'applaudit de son choix, Élève jusqu'aux cieux ces prétendus exploits. Et déjà dans Fierval veut que l'on considère Le digne successeur de sa vertu guerrière.

D'ALBINS.

Tu triomphes en vain ; tremble, indigne rival ! Ma main va dissiper l'aveuglement fatal Qui faisait tes succès et causait ma ruine. Madame, connaissez l'époux qu'on vous destine : Le vol de son écrin, ce combat dangereux Dont Fierval vous a fait un détail si pompeux, Ne sont que faussetés et qu'un voile honorable Dont il cherche à couvrir la honte qui l'accable. C'est moi qui, dès hier, possède cet écrin ; C'est moi qui, déguisé, suivi du seul Frontin...

LISETTE

Les voici... Sauvei-vous. (D'Albins s'enfuit.)

Eh 1 qui diantre eût pu croire.

ROUGET DE L'ISLE

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