‹ Le siècleChapitre 125 sur 173 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Détail- pré illumine-.. — Robert-Robert. — Sa mère. — hui lu- — Son oncle Duroc. — Robert-Robert rejoindra-t il son ibi le ju\ Grandes-Indes?

Robert Robert devait ce double nom à son père et à son parrain. C'était uni- singularité; mais cette synonymie est encore préférable à la prétentieuse ribambelle de préw ' demi ou se plait quelquefois à étiqueter les enfans, et qui .. par leur fa le ou bizarre redondance , figureraient plus convenablement sur le rébus d'un marchand de bonbons que : m les registres de l'état civil.

Robert-Robert n'était pas encore tout-à-fait un jeune bomme il venait d'atteindre à cet âge mixte qui sert de transition de l'enfance à l'adolescence. 11 était é d'environ quatorze ans.

Ses traits étaient réguliers, mais d'une beauté fort ordinaire pour qui Ks eût examinés isolément. Ce qui donnait

il) Extrait de. lapiéface placée en tète de la deuxième "I

i presses peuvent se dispenser de lire; Si Robert-Robebt élaitun roman dans la formi ordi ci j m'abstiendrais de toute espèce d'avant-prop iitaus lec-

i,.iii.,m j'en dois avoir', le soin dé décider si cette rouvre a un Imt, ri si ri' luit a été atteint Mais peul être la aatureexcep lionnclli' du sujel rend-elle . sinon indispensables . du moins 1.11,1 soit peu 'opportunes, quelques lignes d*£X| lication préalable. Eu tff- 1, jo n'ai introduit dans te u'vre presque aucune des passions qui font l'attrait de la plupart des livi di i icnre mais qui ne sont point, tant s'en faut, les seuls élémens d'inléi et. La réalité en renferme beaucoup d'autres qui ne sont pas mo'ns

.- uvans.at Ion moi, et que pourtant, dan le* roman: comme

dansli pièces di ihi itre, i un peu Irop poui I I

lés de l éterni Ui

«L'idi atal 'i" livi n me lai sait pa d ,!•<■

ohoix des moyens. Il s'agi sait, pour réduire la thèsi simple expression , de démontrci en action 11 np ri l'homme moral lui l'homme physique, J'.n personni£

i.r. sitci.r — ï>

à sa figure quelque chose de peu commun, c'était l'harmonieuse animation de l'ensemble -, c'étaient la vivacité de son regard, la bienveillance de son sourire, la lierté de ses sourcils parfaitement, arqués, la grâce de ses cheveux bruns légèrement bouclés, le développement de son front qui témoignait de son intelligence, la pâleur de ses joues . e ; blam vélin sur lequel s'écrivaient de temps en temps , par une rapide coloration , toutes les émotions qui l'agitaient fortement; en un mot, -c'était l'heureuse en pression de sa physionomie; car l'expression, c'est la véritable beauté de l'homme.

Son corps élail mais bit e élail

e, mais bien prise. Sans ai i u'on appelli mui]éme];i une coi ii i' une'

de ces er| inisalions nerveuses , dans les

grandes i ccasions , l'ard sur 1 1 l'énerj ic mor les si - [bond atà cequi peul | ter d'ardeur et d'éner-

gie pli' siques.

Ro ■ rt-Roberl avail leco un bon ime élail probe, son intelli e vive 1 1 sensée , son caractère plein de résolution ,

; :i etdei . inragc réfléchi qu'on appelle i

ibei t-Robi ri, fré'e ad ilesi enl : i

i faibli corj . et dai s Lavenett ■ li";1 i dont le

grand ci rps n ei veloppe qu une pctileàm de ,1 i elopper tnni bien qi c m

. te juvénile Odyssée. .1 ■ n'ai pi^ i.

beau iii"i n'e I n ci que c imme indicali

poip quoi j'ai pronvni ix principaux pei travers

une frfule d'aventures que j ai lacbé (!■ di<

ton autant qu'il m'a été possible. Enfin , ■

éprouves successivement dan. louli - i >

la vie humaine. Q iclquel lis, pa un peu

d'allégoi

iftl n1 irai eut

|.| -MlM I,-

li utcs les sortes de courage, celle-là, sans contredit eilleurè, peut être même la seule bonne : les autres, dans la plupart descas, ne sont que de sottes témérités.

suis plu i sans ombres le beau côté de son

1ère, pane qu'au milieu des aventures si variées donl nous entreprenons l'esquisse, t'est près |ue toujours p li

qu'il va poser devant nous, ai : i que l'indique la moralité de celle histoire.

Robert-Kokert avait eu le malheur de pe i

■ oœme le disent les | ueil de I'uh s'était creusé

au de l'autre. » La direction légale de son en-

• se trouva remise auxmainsde monsieur Dupré,le plus

es de la famille, excellenl homme qui s'enten-

iiii as >/ peu ii cultiver autre rhose que des céréales et des

tubercules. Propriétaire dévastes prairies dans la liasse Bre-

imabletuteu ivre passionnément à l'é-

ition des races bovine , < et i out< res. 11

sans quadrupèdes

isorbât pas toute !a somme d'attention dont il pouvait

oser.

Heur usemenl ; our R sberl-Robt ri , ce fui sa mire qui se

; • la i artie morale de son éducatio ; sa mère. fi m-

rquable à tous les âges , -

distinguée dans sa première jeunesse, et que dis i; guaient,

dans lui âge mûr, d'éminenles vertus, d'admirables qualités:

adorablement Bon, une âme forte et plein ■ résignation pieuse qui est si I un esprit siu

remi luPde

sur, qu'o

. la chasse, 'a course à cheval . tous

urée ;• i agilité , son adresse , soi

pailie scientifique de son éducatio:;.. avi c d'autant pus de succès qu'ils i sur une iule -aile qu'avide,

aussi tel. ace q | bris de la

!ig*rde tou' ce qui peut ai imdre plus compl te. L i

tutei - '■ reaux modèles se convertirent

s . en géographie, en hisen physique, en bi lanique, enmusimpossiblc d' mllement des animaux.

Ce lut donc grand dommage que d'impérieuses circonstanire les fructueuses études de Robert- Robi iger en torrent , ; son pro-

rur d'humanités, « le cours paisible de ses j is peut-êlre , sous un auli en retirer grand profit. Il est un mailre à la cuii les douloufi b leçons si r-

nl à toutes les autres. Ce mail : avait à i ,, rei evoir i

ensei de I îi-fait homme.

possesi le la mer ai: l'un des

■ U él ùl déj vieux el in-

q : Ile eût à .

ction p mr notre h< avail fait en F

ir si Mad .-

té qu'il i

té colon ne laissait joint paru, la pou i i"' - ns la cli irgi r

d'une sommation.

nencecelU histoire, il écrivait va suivre, de ce ton, d'assez m ; ni èlre, mais

plein de franchise et de bonne amitié, fui distinguait son style aussi bien que ses laroles , toutes les lois surtout qu'il était fortement ému, et q te, par un faux sentiment de ce qu'il appelait si dignité d'homme, il voulait qu'il n'> parût pas

« Ma chère Rortense,

Dépêche-toi de m'envoyer ton méchant garnement le fils, » mon très cher filleul et neveu. Dépêche-loi , si tu vi q l'en arrivant il me trouve encore en vie. Je suis i lâché de te le dire, pour m i d'abord que ma sanle eon-

• cerne particulièrement', et pour toi ensuite qui es bien » la meilleure pâte de sœur que je connaisse . mais, m ai, je

• baisse a vue d'œil ! Voici tantôt trois mois que je n'ai

i^é démon fauteuil où la goutte m'a colloque, j'en ai bien peur, pour le restant de mes jours. Je la sens déj.*

■ qui me II iu-dessus du genou. Qu'elle remonte en- » core un peu, et, va te promener ' te voilà forcée de t'ha- » biiler de noir, ce qui t'ira parfaitement.

Dâpêche-loi donc de m'envoyer ton méchant garnement

i de. fils, qu'on m'a dit être un ex-ellcr't suj*l.

» Tu me répètes sans cesse qu'il a-besoin d'achevei s. -

I , t'il et encore beaucoup tio;'; blanc-bec. Cela

« n'a pa le si ns commun. D'abord, poar ce qui est de son

ucation, je me charge de lui faire donner ici le dérnii r

[linceul, tout aussi bien qu'en France. [I ne Uni

I ^ croire qu'on ne trouve chez nous que des hèles bru-

» tes. Q lesi i ti < rains qu'il en sache plus long que nos pro-

u fesse urs , emballe avec lui toutes vos société savantes ,

chantantes, buvantes, mangeantes, dansantes, rimantes pi

fort peu amusantes. J'ai, comme oii dit, assez de foin dan1-

bottes pour héberger tout cela.

» Quant à son âge, lu conviendras quw ton objection commence à tomber dans la plaisanterie. Voila des siècles que » lu me dis que ce n'est qu'un enfant1 pour peu nue lucon-

■ limes sur ce ton rendant cinquante ans en -ore. l'entant li- « nira par porter perruque.

» Ainsi donc, dépêche-l«i de m'envoyer ton méchant gar- » Bernent de fils, que j'aiœe à la folie, que j'aime ;;ulau! que , ma bonne et digne personne de sœur.

Il me semble que ma proposi ion n'est pas déjà si dé- ■> plaisai te Qu'est-ce que je veux de lui, moi.' Quil vii d s'ennuyer un peu avec un vieux grognon de parrain et » d'oncle ? Hé ! pour Db.u ! qu'il se rassure, cl loi aussi, car râpas long, malheureusement ! Moyennant « quoi je lui promets l'une des plus belles successions que > jamais oncle des colonies ait eu la sottise ie hisser a un » neveu. C'est bien le moins qu'on prenne U peine de faire » T|iielques pas au devant des gens qui vous tendent une fortune.

Eu conséquence, dépêche toi de m'envoyer ton wécbaiil garnement de fils.

i Songe bien d'ailleurs que c'tsl à prendre ou à lais:er Si je vie s D fermer l'œil avant qu'il soit installé tel fo ' je ne réponds de rien; la succession risquera foi » lui . devant le nez. le n'aurai pas même on la p

ériter. Mes nègres, mes conducteurs, mes ia lendan unes de loi, tous nos vampires sécha

ron i besogne, et s'en acquitteront api es ma i

» beaucoup mieux que je n'aurais pu le faire de mon ( Dans ce maudit pays, vers-lu, ee n'est pas comme en ce Où l'on vit richement, à Paris, de ses terres rie C.ascogne, de Lorraine ou de Normandie. Il faut que nous savons li. nous autres propriétaires des colonies; là, toujours les oreille au guel, le pied actif, el parmalheu* le liras lro;i BOUvenl levé ; en un mol , les esclaves de nés i esclaves . l iule de quoi . plus rien, oa peu s'eu faut. Préue sommes pas trop mal à l'aise; mais absefis, immes plus que des grelus. Il en est de ne des ai lues : tant que l'arbre tient au sol, il croît, feuille, il se couvre de fruits ; qu'on l'arrache, il se il meurt; ce n'esl plus qu'un niaise et rhétil solivi

Donc, dé iéi lie-loi de m'envoyei ion mé< hanl -h, ment de fils.

AVENTURES DE ROBERT-ROBERT

» S'il me reste à voguer quelques années encore, comme dit » la chanson, sur le fleuve de la vie, je lai mettrai le gou- » %fin'ïil m main L'inlel'igence el l'activité dont lu le I )ues ne me seront pas d'un faible secours [.ont la coflser- » vation de son Initie, maintenant que ma vieillesse, mon impotence, cl surtout notre état de guerre avec les An- " glais, rendent ici l'autorité des colons singul èremei.l précaire, el l'liua;eur de nos subordonnés singulièrement fainéante et séditieuse.

» Si, au contraire, je dois atier bientôt ad patres, eb bien I

■ il s ■ trouvera tout naturellement substitué en mes lieu et i plaie; il pourra se Une lout-à-fail co ou , si le cœur lui

dit -.lu métier; ou bien se débarrasser de toute ma dé- » troque, à beaux deniers complans, si le séjour de notre ile le suffoque

Ainsi donc, est-ce dit? Dépêche toi de m'envoyer Ion méchant garnement de lils.

» Ali! s'il élail possible de transporter l'Ile Bourbon dans un petit coin de 'la Basse-Bretagne, j'aimerais mieux cela iii-i même, '•( je ne me le ferais point répéter. Mais en atlen liant qu'où en trouve le moyen, je veux mon neveu, mon tilleul, mon héritier ; je le veux, entends-lu bien ? ou je me lâche tout rouge! Qu'à défaut de ta main pour clore les yeux de Ion pauvre Irère aine, qui ne valent plus grand' -

■ chose, il ait du moins celle de ton fils, quelque chose de loi, ma bonne, mon arebi-bonne sœur.

Sans rancune, n'est-ce pas?

I on frère pour la vie.

» Robert Dluoc »

i! si -vraisemblable que plus d'une luis, eu écrivant celle longue et burlesque épi Ire, le vieil oncle de Roberl-Roberl pleura, si cependant il était seul. Il n'est personne de sensible, a huis-clos, connue les gens qui rougissent en publie dr leur sensibilité, et qui s'efforcent de cacher leurs émotions sons des formes indifférentes el toujours gauchement badines.

En moins de quinze jours cette lellic fut suivie de trente trois autres, parfaitement semblables, car dans la crainte qu'elles ne fussent capturées en route par les croisières anlaises, Le vieil oncle en avait fait trente-trois copies dont il chargeait, à lout hasard, chaque nouvelle embarcation qui partait pour la traitée.

Ces contrées si lointaines, ces grandes mers à traverser, telle vie aventureuse, ces mœurs nouvelles, toute cette autre nature dont le récit des voyageurs lui avait encore exagéré le graudiose el l'élrangeté, lout cela avait fermenté dans son imagination. Il s'étaii tu pourtant, dans la crainte d'affliger sa mère ; mais enfin, ce voyage ne devait plus être une sint pie affaire de fantaisie, de curiosité, d'agitation romanesque; c'était désormais une entreprise uii'e, indispensable même

Car, se disait Robert dans l'excellence de son cœur,

travaillera ma fortune, c'est peut être assurer celle de ma famille pour les chances d'un avenir que la décadence actuelle de son ancienne prospérité ne rend déjà que trop imminentes.

Robert- Robert appuya donc de lout le poiJs de sa volonté l'opinion dont son tuteur axait pris l'initiative.

Madame Robert ne pouvait résister davantage à des tns lances si nombreuses, h répétées, el dont sa haute raison lui faisait sentir la justesse. Son àme se brisait d'avance à la pensée d'une séparation qui devait durer longtemps, qui de vait être étemelle peut être ; maissa tendresse était trop éclairee, trop pure même de ce touchant égoïsme qui peut remplir le cœur jaloux d'une mère, pour qu'elle ne fit point le sacrifice de son bonheur présent aux intérêts d'avenir qui réclamaient son lils.

Le voyage de llobert-RÔbert fut résolu.

Restait à en faire les apprêts; restait à composer son trousseau, son office, sa cave et sa bibliothèque de voyage, restau à lui trouver un compagnon convenable, car madame Robett jugeait inutile sans doute de lui adjoindre aucune espèce de sociétés, aiusi que son frère lui en avait fait la proposition C'était une femme de beaucoup de sens,

Uadame Roberl lui vivement touchée des amicales sollicitations de son Itère; mais je doute qu'elle tût cédé, si de malheureuses circon sauces ne fussent survenues qui rendaient plus précieux que jamais les avantages de fortune qu'on lui offrait pont son tils. Le tuteur éprouvait journellement dt s perlés considérables dansson commerce de quadiu- Plusieurs maisons de maquignonnage lui avaient fait banqueroute de la plus grande partie de ses étalons. Ses u\ étaient devenus si horriblement cltétils, qu'ils ne valaient plus rien, a force d'avoir été perfectionnés; et quant .i se , moulons-modèles, la plupart étaient mor s de la çlavelée. Il avouait lui même qu'il ne comprenait plus rien à ses meilleures receltes! Ces déplorables résultats avaient causé de grands détiens dans les revenus de la famille.

Monsieur impie ne voyait rien d'ailleurs que de ttès-raisonnable dans la demande de l'oncle.

Pars! .lisait-il a son puuille. N"us aimerions beaucoup mieux, sans doute, te garder auprès de nous; mais sois heureux, n'importe ou, el nous serons heureux. Tu es encore bien jeune, dit-on. Rassure toi! c'est un défaut d :t j'ai toujours oui dire qu'on se - m t ij;e a\ei le temps »

Ainsi parlai! le tuteur, brave honnie qui ne dédaignait pas de -lisser le pe il moi pour rire dans les circonsiam es les plus graves. C'était un de ses moindres défauts.

Quanta Robert-Robert, il y avait longtemps que les lettres de son oncle lui inspiraient le vague désir d'aller le rejoindre

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