‹ Le siècleChapitre 17 sur 173 · LX1I · texte numérisé non relu

LX1I

EUGENE A STEPIIEV.

après-demain, frère, nous montons à cheval et nous allons au devant de l'ennemi) encore un coup de dé. Je l'écrirai aussitôt que nous nous serons baitus, pour que tu saches si lu as encore un frère ou une partie de ion frère, car il y a de sots boulets qui emportent la moitié d'un homme sans le tuer.

Eu ce cas, frère, hâte-toi de le marier et de nie préparer une petite ciamBrë dans la maison, car j'arriverai avec ma solde.de retraite et une jambe de bois, et apprête-toi à entendre narrer ei renarrer cent fois la même chose.

Pour le moment, j'ai à te demander un service assez important : l'argent destiné à renouveler les harnais de mon cheval, les brides, les élriers, etc., a été par moi et mes camarades bu et mangé sous les espèces du genièvre et de la satircraiil.

,1e hë puis pour le moment demander d'argent à mon vénérable père; tûche, mon cher Stephen, de m'envbyer la somme nécessaire a cel achat; informe-toi de ce que cela peut couler; si lu ne peux l'envoyer tout de suite, c'est-à-dire le jour de la réeeplion de ma lettre, ne l'envoie plus, parce qu'il ne me parviendrait pas.

Stephen futattrislé de cette lettre ; quand il la reçut, il avait bien à peu près la somme nécessaire ; mais Magdeleine l'attmdail au théâtre, il lie pouvait lui faire savoir qu'il ne s'y trouverait pas : Magdeleine était tout pour lui, son àme et sa vie et le. but de toutes ses actions ; cl d'ailleurs, depuis quelque temps, les lettres de Magdeleine était plus lares; la jeune tille, au milieu des plaisirs qui l'entouraient, ne trouvait pas souvent d'inslans a donnera son ami; le pauvre Stephen avait bien besoin de la voir peur reprendre un peu de force et de courage. 11 n'envoya pa£ ce que son flore lui demandait.

Le soir il était au théâtre, les yeux presque toujours fixés sur une loge.

Dans celte loge étaient monsieur Mùller et sa fille, Suzanne ci ses païens, ci de plus le promis de Suzanne avec Scbmidt, le cousin de Magdeleine; (Tétaient deux jeunes gens beaux et riches et "vêtus avec la plus grande élégance et la dernière rechen lis.

Ils ne. s'occupaient guère du spectacle et examinaient tous les spectateurs; faisant de temps en temps paît aux jeunes tilles de leurs remarques, quelquefois spirituelles, presque toujours moqueuses. Suzanne liait aussi f ri que le permettait la décence, et Magdeleine, qui avait commencé par soute du bout des lèvres pour faire comme les autres et n'avoiri

pas l'air de blâmer leur gailé par une contenance scvéi c, fmti par la partager entièrement, cl, pour montrer un peu da l'esprit que l'i t prodi ;uail devanl elle, ell : s'avisa de faire une remarque à peu près piquante sur une femme dwnt la toilette i auxquelles ne répondaient ni s«n ,- j gens avouèrent qu'ils n'a-

vaient rieq i nin.du de si spirituel; Magdeleine, étourdie de ce succès et presque contrariée que l'on montrai tant d'admiration pour si peu de chose, voulut justifier celte estime pour son esprit, voulut en montrer et en montra, car elle en avait beaucoup-, 8t d'ailleurs cette aorte d'esprit, que l'on perd dans la solitude eu dans l'agitation des sensations fortes, s'alimente et se renouvelle par le frottement de l'esprit des autres.

Cependant il vint Un moment eu son attention fut lout-afait captivée par le spectacle; les paroles que prononçaient les acteurs avaient quelque rapport avec sa situation et celle de Stephen.

« Mon âme, nia rie, disait l'acteur, garde précieusement mon bonheur; je tiendrai le réclamer quand je m'en serai rendu diyne. »

Les grands yeux noirs de Stephen se tournaient, fixes et mélancoliques, vers Magdeleine ; elle aussi le regarda, mais elle était distraite par des rires étouffés et les ehuchotemeus de Suzanne cl des deux jeunes gens.

— C'esl, disait le promis de Suzanne, un habit qui, vu le collet étroit et les basques en pointe, ports peur des yeux un peu exercés le millésime de l'an" 1703 après Jésus-Christ.

— Ce qu'on ne saurait trop admirer, reprit Scbmidt, c'est l'arrangement de la cravate et la blancheur au moins équivoque du £i!ot.

— Tout cela ne serait rien, dit Suzanne, si par sa pose tragique et ses yeux levés au ciel il n'affichait pas une ridicule prétention aux regards et à l'attention ; en ne ne peut obliger un homme à être bien mis quand c'est un pauvrediabl», mais on peut lui savoir mauvais gré de forcer vos regards à s'arrêter sur lui par quelque chose d'excenlrique et d'extraordinaire. L'homme qui usurpé ainsi l'attention n'a pas le droit de ne pas avoir une jolie ligure, et ceries, avec ces joues creuses, cl ces pommelles saillantes. 1 1 ces i heveux mal arrangés, l'élégant ressi mblc assez au Méphislophélès «le ia - Goethe, plus propre à servir d'époavantail aux jeunes frlles qu'à attirer leurs regards.

— Ce doit êlre, ajouta le promis, la teneur des petils enfans de son quartier; les mères doivent les menacer de lui quand ils pleurent, et je gage qu'ils s'enfuient et se cachent tous sur son passage.

— Magdeleine, dit Suzanne, le vois-tu?

Mais la pauvre Magdeleine était dans une triste situation : l'homme sur lequel on s'exerçait ainsi était Stephen; elle aurait dû peui-èiie arrêter la première moquerie en annonçant que ce jeune homme était de ses amis ; mais une fuis la DT>rdée partie, e le n'aurait osé se faire ainsi solidaire de tous les ridicules que l'on avait découverts en lui ; elle prétexta uu violent mal de tête et garda lé silence le reste de là soirée.

Néanmoins, sis pensées suivaient inalgié elle le cours que leur avait d nné la conversation de ses nouveaux amis.

Oh ' se disait elle, s'ils savaient toul crqu'il y a de beau etde nobli dans de mon Stephen, ils n'auraientjftmvi

pour lui que de l'admiration. Mais pourquoi néglige t-il ainsi son costume? pourquoi ne cherche t-il pas à prévenir par son extérieur ceux qui ne peuvent connaître son a me

Puis elle se reprocha lie n'avoir pas osé l'avouer et prendre fi nse, ci elleiâchade e justifiera ses propres yeux aux dépens de Stephen.

Elle n'avait jam nné que Stephen put paraître ri-

dicule aux yeux de quelqu'un, que quelqu'un pût avoir ua moment de supériorité sur lui. Aussi voulait-elle du mal aux deux jeunes gens de l'avoir désabusée et d'avoir pris ainsi a van ta n amant.

Cesl une tii Cech se pour une jeune fille de s'apercevoir que son amant n'es* pas le premier des hommes et que tout le monde ne partage pas son admiration et son amour pour lui. L'estime des autres pour celui qu'elle aime est pourbeatP

ALPHONSE KARR

■' 'jjit.it:

«oup dans l'amour d'une femme, parce que dans son amant eHe cherche un appui et un protecteur, parce qu'elle sent qu'elle s'identilie à lui, qu'elle nedevient plus qu'une partie Je lui même, et s'absorbe en lui, a n'aura plus d'autre considération que la sienne, d'autre bonbeur i,ue le sien.

L'homme, au contraire, veut ut;e femme à lui, toute à lui ; il Teut qu'elle tienne au. reste du monde par le moins de liens possibles; il veut qu'elle tienne tout de lui ; il est jaloux d'un regard d'admiration que l'on lixe sur elle, tandis qu'elle jouit des triomphes de son amant, car elle n'a plus d'autres triomphée que les siens, d'autre gloire que la sienne.

Aussi , mécontente d'elle , triste de voir Stepbtn moins grand, elle fut plusieurs jours -.ans lui écrire , puis elle fit une lettre ; mais il fallait traverser la rue, il pleuvait, et elle ne pouvait la confier a un domestique. La lettre ne fut pas envoyé*.

Cependant, la veille du bal chez sa tante, elle écrivit à Stepben, car elle craignait, si'clle le laissait plus longtemps dans l'inquiétude, de rencontrer son regard triste et sévère; «lie envoyait en même temps la lettre qui n'était pas partie à cause de la pluie, et elle se justifiait en expliquant ce retard

fcXHI. sîephl:. a magdemeive.

Ton image occupe tous mes riveS, toutes mes pensées ; l'amour que j'ai pour toi est le canevas sur lequel je brode ma vie; au fond de mes actions les plus indifférentes on retrouverait cet amour. Je t'ai vue gaie et rieuse, j'en emporte une impression pénible.

Tu es ma fiancée, Magdeleine,je dois tout dire; les conseils que je puis le donner, ceux que je recevrais de toi avec amour ne sont que pour préparer notre bonheur qui s'approche tous les jours.

Tu avais une robe trop décolletée, et ta gaité attirait sur toi des regards que ion costume arrê;ait.

La plus belle parure d'une femme est la modestie; la femme qui aime doit faire tendre tous ses efforts à ne rien laisser prendre d'elle aux autres hommes; sa beauté, ses regards, sa voix, tout appartient à son amant. Un regard qu'un autre homme fixe sur toi souille ta pureté et me déiobe quelque chose de mon bien; tu es une fleur dont le parfum m'appartient; tu ne dois le donner qu'à moi ; ce n'est pas assez que tu n'aimes que moi, tu ne dois être aimée que de moi; l'amour eHes désirs d'un autre homme te salissent; tu dois te réserver pure pour te donnera moi. L'homme qui t'a contemplée, celui qui a écouté ta voix suave, qui a respiré ton haleine, celui-là a joui de ta beauté, de fa voix, de ton haleine ; il m'a volé, je le hais; et loi, Magdeleine, tu es sa complice si tu n'as pas pris assez de soin de lui cacher et de mettre hors de sa portée tout ce qui m'appartient.

Tu dois pour les autres voiler et les formes de ton corps et ta taille souple; tu dois avoir du bonheur à le donner toute â ton amant, et ne laisser voir ton visage et tes mains que parce que tu i.e peux faire autrement. Ce que je réclame ainsi, Magdeleine, je l'achète et le paie de toute ma vie; et mon seul désir serait de retrancher de nus jours, de mes instans ions ceux que je ne puis te consacrer entièrement. Notre vie à nous deux est unie et isolée au milieu du inonde. Le monde pour moi, c'est toi, c'est le lieu où tu es : le monde, c'est nous dtux, c'est uotre amour.

Rien ne m intéresse hors toi, hors les moyens de te posséder : je ne donne à tout le reste ni i pensée ni un di

tout ce qui de mon corps ou de mon âme n'est |us pour toi, il me semble qu'on me l'arrache douloureusement ; je te donne ton mon être; je voudrais que nos deux existences pussent se mêler et se confondre comme l'eau avec l'eau, le feu avec le feu.

Dis-moi, Magdeleine, ne serais-tu pas heureuse situ pouvais dire, en te doanant à moi : — Toi seul m'as vue ; jamais

le regard d'un autre homme n'a caressé ni baisé mes lèvres et mon cou et ma poitrine; jamais un autre homme ne m'a désirée et n'a songé à n.e posséder. Je me donne à loi pure comme u:-i ange; les autres hommes ne m'ont jamais vue; pour eux mon existence est inconnue, je ne vis que pour toi, toi seul s;ut qui je suis.

Car, Magdeleine, vous autres filles élevées dans le mondV, vous n'arrivez jamais vierges aux bras <re vos époux; je ne vous en fais pas un crime, vous ne pouvez empêcher u.u'un désir, qu'un rêve vous viole et voua déflore ; mais ce qti dépend de vous, c'est d'employer fous vus efforts a dérober aux autres ce qui n'appartient qu'à ub seul, et ne leur laisser que le moins possible.

A ce propos, et en retombant, faute de mieux, dans le réel et le possible, je veux te parler de la parure : crains de trop te serrer dans un corset; ç'esj ;i cet absurde vi incommode usage que tant de jeunes filles doivent des maux de poitrine et d'estomac, tout cela dans le but de paraîtra minces et de ressembler à une guêpe au lieu de ressembler à une femmj.

Vois les chefs d'oeuvre des arts, les tableaux et les statues où des hommes de génie ont i euni tout ce que la nature a produit de plus beau; vois-tu les corps des femmes ainsi étranglés par le mi;ieu? Tue femme mourrait de chagrin et de regret si son corps était fait comme elle s'efforce de le faire paraître.

Le but de la parure doit être, Don de paraître riche, mais de paraître belle; la finesse, ou la rareté, ou le prix d'une étoffe ne doit donc entrer jamais en considération; la forme des vêtemens et leur couleur seule ont de l'importance; adopte la cou'eur qui te sied le mieux, la forme de robe qui fait le mieux ressortir les avantages : rt'aie jamais la folie d'adopter ni une forme ni une couleur parce qu'elle est la mode, dûtelle te rendre laide et bossue.

Le blanc te sied parfaitement; les cheveux en bandeau sur le front donnent à ta figure la douce majesté, la naïve pureté des madones de Raphaël; déplus, celte manière d'arranger les cheveux ne les gâte en aucune façon et ne donne pas de maux de tête.

La société a corrompu les femmes et leur a enlevé une grande partie de leurs charmes; toute la vie des femmes devrait appartenir à l'amour ; en les a 1 indues savantes et spirituelles; leur vie se trouve divisée et partagée en une multitude de soins, d'affections el d'occupations; elles n'en ont qu'une partie à donner à l'amour, à qui elles appartiennent tout entières.

Sans cela elles ne voudraient paraître belles qu'aux hommes et à un seul homme, leur parure n'aurait pas pour but de froisser la vanité des autres femmes.

Adieu, Magdeleine. tu m'écris bien rarement ; et autrefois la pluie ne t'empêchait pas de m'envoyer une lettre qui me fait goûter le seul bonheur qu'il y ait pour moi dans la vie. Prends garde que fous ces plaisirs ne prennent trop du ton cœur.

— Cet hou.me est fou, dit Suzanne après avoir lu la lettre deStephen ; il est fort heureux qu'il n'exige point de toi que tu aies des ailes el une auréole autour de la (été ; niais il y a encore l'avenir et l'espérance, et il me parait organisé de lella sorte que je ne vois pas de folie qui ne puisse trouver place dans sa fêle.

Magdeleine necépondit pas; elle ne trouvait rien dans son et prit ptiur justifier Slepbcn, d'autant qu'elle le trouvait for exigeant . el comme elle ne se sentait pas tout à fait sans reproche relativement à la soirée où elle avait vu Stephea au héâ tre. i Ile était naturellement portée à s'irriter contre quelqu'un qui précisait un blâme qu'elle pensait mériter, mais qu'elle se plaisait à laisser dans une sorte de vague.

Suzanne continua :

— A mon avis, la lettre est passablement impertinente, et peut-être monsieur Stephen est le seul qui ne se contenterait pas de t'avoir telle que tu es, sansvwuloir t'impOkej*ine per-

SOUS LES TILLEUL?

feclion qui n'existe que dans son cerveau malade. Quoi! Magdeleine, selon lui, la vie doit êtredeleeontemplercontinuellement, quelque laid qu'il soii ; de faire en sorte de paraître aux au'r^s laide et sotte! Je m'étonne qu'il ne le conseille pas de l'arracher un œil et quelques dents et de te couper le nez. Il faut <] ne monsieur Stephen se croie bien du mérite et de l'rsprit pour prétendre remplacer pour une femme tous les hommages et lous les plaisirs de. vanité.

— Tu l'accuses injustement, dit Magdeleine; il n'a pas de vanité, cl sa folie, si c'en est une, vient de son amour.

— Le ciel me préserve et toi aussi d'un amour semblable ! Il te mettra dans une cage de fer, Magdeleine; il sera jaloux do ion amitié pour moi; il nous séparera; il le punira de n'êire qu'une femme, fusses-tu la plus belle et la meilleure des femmes, car il lui faut une fée, ou une déesse, ou une sylphide. Je ne serais pas surprise de le voir un jour le faire une infidélité en faveur de ia lune ou d'une hamadryade. Cet homme est fou ; je te le jure sur la tête et sur la mienne, je ne le livrerai pas ainsi aux bras d'un fou. Au lieu de l'entourer de plaisir et de bonheur, il te retranche tout, il élève autour de loi un rempart de doutes et de soupçons; et si tu t'y soumets aujourd'hui, Magdeleine, quand ton amour, si réellement tu aimes un pareil homme, se sera affaibli, soit en voyant ton erreur, soit consumé par lui-même, alors l'un et l'autre vous gémirez du lien indissoluble qui vous unira; vous vous haïrez, vous serez malheureux, non seulement de votre malheur, mais encore de tout le bonheur idéal que voire crédulité vous avait fait rêver.

l'éheuaude.

Le malin du dimanche, nomme il restait à Stephen quelque arg= ni, il acheta des'ganls ri des bas de suie, et quand arriva l'heure du dîner, il se contenta de man; er un morceau de pain, attendu qu'on devait souper après le bal.

Tout en battant son pantalon et son habit-, il se représentait le bonheur dont ii n'était séparé que par quelques heures : sa main loucherait celle de Magdeleine.

Puis il se lava el se coiffa avec soin ; ensuite il repassa avec de l'encre les coulures un peu blanchies de ;on habit , mit une chemise bien plissée et une cri valc bien blanche, puis les bas de soie elles soulbrs, puis le pantalon !...

Mais la jambe tout entiers passa par le genou.

Le pauvre pantalon n'était pas neuf, ci rnaque coup de baguette l'avait coupé ; il éiait complètement i aché.

Il resta étourdi comme d'un coup sur la lèie, car avec celui, eu fort mauvais état, qu'il menait lous les jours, c'était le seul |anlalon qu'il possédât, et il n'y avait pas moyen d'en mettre un de toile en hiver.

Il se frotta les jeux, croyant lever; mais la chose n'était que trop réelle.

Il n'y avait plus moyen d'aller au bal.

11 maudit le pantalon, le ciel, la terre et Dieu, tout en se disant de temps en temps :

« Allons, il faut de la raison. »

H passa deux heures à se moraliser, à se démontrer que s'il ne voyait pas Magdeleine ce jour-là, il l.i verrait un pu deux jours après ; qu'au milieu d'un bal, il ne pourrait ni lui parler ni la regarder; enfin, que ce n'élait pas un malheur.

Après quoi il se mit en roule avec son costume detOUS les Jours, sentant qu'il lui fallait voir Magdeleine a tOUl prix et se proposant de la voir au moins descendre de voiture.

Il arri\a a la ville au eommencemenl de la nuit et s^ mil dans un coin, près delà maison, pour veir arriver les-voi turcs. Tout le monde était en grande pai ure, et Stephen s'estima heureux de son accident, qui l'empêchai! de se trouver pauvrement habillé au milieu de ces gens. li si rapprocha du mur quand il vil d'une belle voiture

s'élancer Edward, élégamment vêtu : pour tout au monde u n'eût pas voulu être reconnu de lui.

Bientôt après, Suzanne et Magdeleine descendirent; elles étaient accompagnées du promis de Suzanne et de monsieur Millier. G mme le pauvre Stephen eût voulu l'arrêter un moment pour la contempler à loisir ! mais elle disparut, et Stephen s'éloigna a grands pas. Mais au détour de la rue il retourna la tête et ne put se décider à psrdre de vue la maison où el'e était; il revint et se promena dans la rue, s' occupant peu de l'attention de» voisins et de la neige fondue qui tombait en pluie froide

Les pensées les plus diverses remplissaient son esprit : • Que fait-elle? Peut-être un autre la caresse du regard et s'enivre de sa voix; herfreusement que ce Scbmidt, ce garçon blond, n'y esi pa ;. »

Un domestique sortit et dit à un de ses camarades qui fumait sur la porie : « C'est 1res beau; si tu veux voir un psu, prête-moi la pipe et je garderai tes chevaux; mais ne reste pas longtemps.» le cocher lui donna sa pipe et ses guides et enlra dans la maison; d'un mouvement subit, Stephen s'élança derrière lui et le suivit; en montant l'escalier, i rabal it ses chevet x sur ses yeux pour ne pas"etre reconnu ; le cocher e;.tra dans l'antichambre. Par une porte entr'ouvcrle pour donner de l'air, les yeux po ivaient plonger dans le sait n, et plusieurs dpmesti [ues regardaient d'un œil d'envie les plaisirs de leurs mai res. Au milieu de femmes richement parées il «i'hommes empre- ses autour d'elles, Steplun aperçut Magdeleine; elle valsait avec Edward. Edward la dévorait du regard; Magdeleine en eff't était b'en belle : le plaisir animait ses traits, et au son d'une ravissante musique el e touchait à peine le parquet.

Stephen sentit ses dents se serrer : il trouvait qu<? Magdeleine abandonnait trop son corps aux bras d'Edward, et Iviw.ird va sait à ravir; l'élégance de son costume et de ses n.anières en faisait un cavalier remarquable, et sa figure était plus jolie qu'aucune de celh s que renfermait le. saloiv.

De temps à autre, quan Ues rrgards de Magdeleine se portaient vers la porte, il se retirait dai s l'ombre ; mais as bout fi'une heure, persuadée qu'il ne viendrait pas el se livrant tout entière au plaisir, elle ne t eu ma pbs les yeux de ce côté. « N'importe, se disait Stepb n. 1 1 tte bague de mes cheveux qu'elle a au doigt lui rappe lo mon amour. Au milieu de ses plaisirs, munonfondu que je uis misérabl ment avec les valets, je remplis n c r comme elle remplit» le mien. Qu'est-ce qu'un accident qui nous sépare pour une soirée, i.uard r,o savons devant nous toute une vie de bonheur et d'amour? »

Edward de toute la soirée ne quitta pas Magdeleine des yeux. Quatre fois il valsa avec elle.

Elle laissa tomber son bouquet, il s'élffua et le cacha dans son sein ; heureusement pour Stephen qu'il ne pouvait s'en apercevoir; heureusement aussi qu'il n'avait pas vu qu« Magdeleine n'avait pjs au doigt la petite bague de cheveux.

Suzanne, en l'aidant à s'habiller, lui avait dit :

— Magdeleine, est-ce que lu vas garder cette bague de cheveux ?

-— Oui, avait répondu Magdeleine.

— Tu as tort ; il y a rien de ri Houle dans un salon comme une b'gue de-ihevenx , et c'esi s'exposer à une foule de commentaires fâcheux : si tu as un amour au cœur, as lu besoin d'en instruire toute la société?

— Je suis la fiancée de Stephen, je suis (1ère de son amour, et je puis l'avouera la fa le la terre.

— C'est au moins inutile, tiue, et, pour ton amanl lui-même, lu ne dois ri [ui ] u s e unir.' à ta

Idé aiion : unej'un ! fille ■> e pc \i avouer q l'el e aime-, el

e rs, ton mari.. | lant . lu serais déshonorée aju

du moi de Kt puis q l'auras lu a r.c confier si tu aQI

i i os secrets? 'I iens, rre aussi précieuse

inenl que tu le vou Iras <■■ tte ridicule p tiie ba ;uc et prends

r I c-ci : c'esl un gage d'amitié, et m peux le montrer a tous

I s yeux.

La bague ria i une magnifique émeraude parfaitement mon-

Al PHONSE KM'. II.

ree; tandis que Magdeleine la regardait, SuzanDc lui 6ta;t doucement du doi^t la bague de cheveux.

il tt;iit tartl, monsieur Mùller fa leva, Magdeleine, - 2ÎIIIMB et son promis; la porte où était Stephen s'ouvrit, et les dpmesliques s'empressèrent autour d'eux pour leur donner leurs manteaux et leurs fourrures. St< pben s'était cai bé le plus possible, mais le promis de Suranné se tourna yers lui et lui dit : — Faites approcher ma voilure-

Sfephen traversa la salle en grinçant des dents et s'enfuit a moitié fou; cependant il voulut voir encore Magdeleine et il attendit ,'i la porte.

On attendit longtemps, puis le promi

— Ce faquin n'a doue pas l'ait ma commission!

Un autre domestique s'en chargea; tout le monde sortil , et Edward reconduisit les dames jusqu'à leur voiture, puis monta dans la sienne et part t. In homme se trouvait sur son passage et paraissait n'entendre ni le bruit des roues ni le salnpdù ekev.il. Edward lui donna un coup de fouet pour. le déranger : c'était Stephen.

— Il a un magnifique < In val, dil Suzanne.

— C'est un de nés premiers élégans, c'est un charmant jeune iiomme, ajouta le promis-, il est de mes amis et n avons fait ensemble plus d'un.- joyeuse partie. Il est entr puis peu de temps en possession de. sa fortune. G rail un excel eut m ria; e. Je le crois fort è.uis de mademoiselle Magdrkinc, d t-il en souriant; il m'a accablé.' de questions sur (Me n était tout stupida d'admiration.

LXYI.

GAZLÏTi: PC .. DECEMBRE

Nouvelles d • l'armée.

« Nos troupes ont rencontré l'ennemi : il y a eu entre les deux avant-gar. les une escartui m lie dans laquelle l'avantage nous est reste I i ablc a seul altéré la jo;

la viet ire. Un j is-ofl son a; dcar avait em-

porté en avant, a puissami mt i ftTbuéàlad lite des ennemis, étonnés de job ai dacr ; miis un de ses élriers s'étani rompu, il est tombé de cheval cl a élééerasé et tanrribli i mutilé par les pieds des chevaux de ses ca on l'a

enlevé encore vivant duxfiam dé I a i ; mais, après deux heures de souffrances, i! est n oit à l'ambulant. On l'a en terré hier, l n détachement de son régiment lui a rendu les honneurs militaires.

» On pense généralement que la campagne est terra quel*» diplomates liniron: laguu're.»

LWII.

STEPHEN A MAGDELEINE

.le n'ai plus que toi, toi s; nie au monde, Magdeleine; mon frère, mon Eugène, mon frère blen-aimé est mort : c'est un lien de moins a la vie. je n'ai plus que toi. C'était la seule part de mon âme que lu n'avais pas : lu hérites de lui.

Je suis bien triste, bien a ; abié. Le pauvre enfant a soufert sans avoir auprès de son lit de do un regard ami,

sans presser la main de son frère. Je me reproche sa mort plus que j- ne puis te le dire.

Aime moi, Magdeleine; aime-moi, j'en ai bien besoin. Je suis tout i te-'', je n'ai plus rien i rme à

Eugène, Mj rteleine; il i tait bon, brave et beau, sa vie une riante aurore. Pleure avec mol, I i ,

suis seul, bien si ni. Pauvre enfa |uami dire adieu. Sun visa gai, si riant, 1 1

ment par la douleur; ses jolis et liés

sang, son corps luise, sa fa< r ; &ie, sou n il terne, autrefi si vif, . .. horrible i hose!

oh! si j'avais été près d« lui, je l'aurais couvert i

j corps, je l'aurais sauvé, il aimait la vie, la sienne était dorée de bailleur et d'insouciance I il l'a quittée en la regrettant, i ramponnant après elle.

O mon frèrel nun Eugèite! adieu !

Dans tes plaine • 1 1 » iba est j maie ..

p. rir. , i ' , 1,11 de oui fcèim- ;

Tu n'as pav d'autre fun-

A quelques jours de là Stephen reçut une lettre de son pèi e. Apres un Ion;,' sermon sur la désobéissance des .nlaus, qui avaitrausé la mort d'Eugène, disait-il, il annonçait que, pour la dernière bis, il écrivait a Stephtn pour l'engager à proliterde ce funeste exemple, suivre les avis degrnsplus sensés que lui et venir épouser sa cousine, qui était encore libre et à laquelle en avait caché sa folie.

Stephen refusa, quoiqu'il fût alors plus pauvre et plus nécessiteux que jamais. Peu a peu l'impression funeste de la mort de son fine prît une teinte un peu moins sombre. Il s'habitua à penser qu'il n'y avait plus pour lui ni peine* ni si ii'r, : es, qn'i était heureux au ciel ou qu'il était anéanti. il avait reçu d'un officier, qui en ava t eu 1 1 commission d'Enmourant, le sabtc de son frère, le sabre qu'il avait à la main le jour de son funeste accident. Ce présuit lui donna nue cous lation : il avait eu l'adieu de son frère.

D'autre part, il avait la promesse positive qu'un mois encore et il se ail installé dans li place, objet de tous ses désirs, qui devait! n p- mettre de demander M g leleine à son père.

L'isolement du rœurtu le mettait la mort d'Eugène lui rendait plus nécessaire encore son rapprochement de celle t qui était 10 ; te sa vie et tout son bonheur, et il pressait de t us ses vœux chaque- jour, i haque instant

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