‹ Le siècleChapitre 16 sur 173 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

je pars, dit Edward, me voilà rentré en grâce auprès du

terrible oncle, comme lu r s pu en juger par l'opulence inusitée que tu as trouvée ici. Te 1. isserai-je ici, Stephcn? pour* quoi neVreviehs-lu pas avec moi? Tu peux encore épouser la parente, tu seras riche.

ISen, non, encore quatre mois, et je serai assez ri lie,

J'aurai une place de t ,500 florins el je serai le plus heureux des hommes ; ne t'occupe pas de moi : avec de la persévérance, je me ferai la vie qu'il me faut.

je ne veux pas que mon amitié t'importune; je pirs

seul; partageons ce que j'ai d'argent, et quand je serai liras tu me permettras de t'envoicr une petite indemnité de la ruine que je l'ai causée.

Et Stephcn accompagna Edward jusqu'à la voilure qui devait l'emmener. Chemin faisant, Edward ne parlait que des plaisirs qui l'attendaient ; enfin ils s'embrassèrent, et la voiture roula.

Pendant quelques jours, Steplien fut en proie à celle Iris lesse vague que cause le départ d'une personne même indifférente, el à plus forte raison d'un ami avec lequel on a en lacé fa vie par une habitude de tous les jours.

Mais peu à pru le souvenir d'Edward s'cffcça, et Stephen se livra avvc ardeur à son travail.

stu'iii \ \ viac.dkli.im:.

Hier je suis allé me | romener vers la fin du i ur au bord delà rivière; le feuillage des peupliers (Visionnait de luimême sans que l'en siniii le. veni ; t ut paraissait calmcet dans l'attente, l'air était pesant, de gros nuages noirs mar-

chaient lentement, l'air pouvait à peine les souienir; on eutendait au loin un roulement sourd, et des éclairs fendaient le ril; les hirondelles rasaient en criant l'eau, qui paraissait d'un noir violit; puis, le ri ni s'élança, enlevant en tourbill il les fi uiles ei la poussière; les peupliers nuii s se courbaient : 1rs hirondell s, emportées par le vent, ne pouvaient lui résister. Comme je contemplais ce spectacle, tout-a coup le vent s'abaissa el d'un nuage déchiré l'eau tomba pariorrcns.

Je me réfugiai en courant da: s la cabane de Frit?. : —je dois l'avoir par é de Fritz: — il n'y était pas, je ne vis que sa femme entourée de petits enfans; ordinairement ils courent en sanlsnt à ma rencontre: et en signe de joie m'écrasent les pieds et déchirent mon babil ; mais alors ils étaient à genoux autour de leur mère; leurs visages à ions avaient une expression de si lennité d'amant plus forte qu'il faisait presque nuit.

— Il est lard, me dit Loulsa, e! Fritz n'est pas rentré; nous prions le bon Dieu pour qu'il ne lui arrive pas d'aecident par cet affreux temps, el qu'il trouve un abri.

C'est un bonheur, un grand bonheur uu'une croyance ferme dans l'inquiétude, Magdeleine ; la mienne est quelquerois ébranlée par le raisonnement, et j'en suis fâché; aussi jamais d'un sourire amer, jamais d'une paro e d'incrédulité je ne froisse, je n'ébranle la croyance de personne : c'est un bonheur que je tuerais, un appui q'.-e je renverserais^

Je m'approchai et je me misa prier avec eux.

Puis je m'avançai sur la porte.

— Les nuages courent vile et ils sont plus légers, dis-je; le vent balaie le ciel, l'air est maintenant frais, l'orage est fini.

— Enfans, dit Louisa, allez chercher le pantalon et la veste des dimanches de votre père, pour qu'il puisse changer en rentrant.

Et elle-même elle tira une grosse chemise de Icile bien blanche et elle la fil i hauflVr devant le feu.

— Louisa. dis-je, je vais meure le couvert pour qu'il puisse manger la soupe chaude en arrivant.

Quelques minutes après, Fritz entra^elle lui sauta au cou, les enfans l'entourèrent et l'aidèren™ changer de vètemens.

Tout Ci la m'a empêché de dormir, Magdeleine ; l'aspect du bonheur m'a l'ail songer que 'je ne suis pas heureux. Toute la nuit je voyais celle femme priant et interrogeant le ciel d'un regard inquiet ci suppliant, ses caresses et celles de ses petits enfans ; Magdeleine, ils sont pauvn s. mais ils sont bien heureux !

ÎN'ous aussi, Magdeleine, nous serons bien heureux; encore quatre mois, el j'aurai celle place, el j'irai te demander à Ion père; et puis tu vas être plus près de moi : je le verrai quelquefois el cela me d innera bien du courage et de la force.

Tu souffres, me dis lu, d'une ih ni ; coquette, je veux que vous la fassiez arracher, j'en fais le sacrifice; vous n'y pouvez pas tenir plus que nui.

Les v'e-x nmi aux n'en! plus bu s télés onclnvin Ls; Autour de leurs i on s noirs la vem întid 'le l hivw Fait iomiIi r et rouler le.r-- reailles jaunissait rsj Leuis branchages sécbês s'entre-ch queat Oaus l'ai-.

El sanle sur la branche nue, Oh le gtvrs brille au matin, La mésange bleuâtre, :i peine suspendue, Pau entendre sa voix aiguë.

Par nue sombre matinée du commencement de l'hiver, les nuages étaient d'un gris sale, l'herbe et la terre étaient cuve os d'une é| aissc gi lée h am be, el, stnsiblcs à ces premii rs froids, les gi ns qui passa eut dans la rue étaient Foi gneuscmenl enveloppés jusqu'au nez et mardia:enl à petits pas > r<

SOUS LES TILLEULS

Crpendanî, àusp belle maison de la ville do ***, une feiiêtre était ouverte et, à cette fenêtre, enveloppée de fourrures,

on voyait une jeune fille b'aucheet blonde, dont les regards étaient attentivement fixés sur la routé. La pauvre enfani ! spn n-i si bien dessiné était outrageusement rougi par lu froid, ipii arrachait des larmes à s s yeux, d'un bleu elairct transparent. Lis passans la regardaient, niais le froid les faisait bientôt se renfermer dans h ur manteau.

De temps ù autre la jeune fille se retournait dans l'appartement et par'ait avec vivacité.

— Al ons donc, Hanry, di?ait-elle, et vous, Lisbelh, vous n'avancez pas.

— Il est plus de onze heures, mademoiselle, dit Lisbeth ; de grâce, fumez la fenêtre, vous allez à coup sûr vous enrhumer; voilà deux beurra que vous y êtes par un froid à laire tomber les pieds et les mains, tt vous n'êtes pas accoutumée à l'air froid du malin.

— Laissez, laissez, Lisbeth, et dépêchez. Mettez là cette toilette, entre ces deux fenêtres. Et avez-vous déployé les robes qui étaient dans les malles arrivées hier au soir? Avez-\ous mis le linge en ordre? Avez-vous bassiné le lit ? Hanry, sur la cheminée, il faut des épingles; Lisbeth, sur la toilette, du savon, de la pâte d'amandes, de l'eau de Cologne, de la pommade, des brosses et des peignes, et }eter du bois au feu, encore, encore.

A ce moment elle se pencha en dehors de la fenêtre; elle rentra précipitamment.

— Vite, vite, Hanry, Lisbeth, j'entends une voiture. Haniy, un dernier coup de balai et disparaissez, allez en bas ouvrir la porte; j'espère que tout est propre et en ordre.

Et on entendait se rapprocher le bruit de la voiture, le fouet du pus1 il Ion et les sonnettes des chevaux, puis la voilure et par la portière sortir la tête de Magdeleine.

Suzanne sautait de joie.

— La voilai la voilà!

Le postillon faisait claquer son fouet pour annoncer son arrivée; bientôt la voiture fit trembler les vitres en entrant sous la porte.

Suzanne était dfjà en bas; Magdeleine s'élança dans ses bras ; les deux jolies filles s'embrassèrent.

— Viens, viens, pauvre Magdeleine, dit Suzanne, tu as bien froid.

Elle l'entraîna dans sa chambre sans s'occuper de nwnsiiur Millier, qui veillait au débarquement de ses livres; puis elle l'aida n se déshabiller et la lit mettre dans un lit bien chaud.

— Couche-toi pendant quelques heures; tu seras bien réchauffée et de plus fraîche et reposée pour que mon père et ma mire te voient belle.

Quand Magdeleine fut couchée, elle lui dit :

— Comment trouves lu ta chambre?

Magdeleine porta autour de la chambre un regard d'admiration : ce luxe lui était inconnu. Toute la chambre, le haut et les parois étaient tendus de soie cramoisie avec des ganses d'argent, les rideaux des fenêtres étaient en soie blanche et cramoisie avec, une frange d'argent. Les meubles étaient blancs avec des galons d'argent ; il y avait un beau piano avec, une énorme quantité de musique, et rien ne manquait de ces petits détails commodes qu'une femme seule peut prévoira

— Charmante ! tu t'es bien occupée de moi, ma Suzanne. El alors se passèrent ces douces et intéressantes causeries

de jeunes filles.

— Dans un mois, dit Suzanne', je vais me marier : mon promis est beau, le plus élégant de la ville, et extrêmement riche: si tu savais les beaux chevaux qu'il a achetés et la belle calèche, et la maison qu'il a fait meubler pour moi, c'est admirable!

Magdeleine aussi fil ses confidences : elle n'avait rien de bien magnifique à dire.

— Stepben espère avoir bientôt une petite place : nous vivre*» ignorés et tranquilles dans la petite maison de mon pèrvfhous serons pauvres, mais heureux.

— Il m'a déjà fait voir les cadeaux de noce, dit Sutanue dis (Olliers en perles, des bracelets, des bagues et des peadans d'oreilles arrivés de France, et un châle de cachemire blanc et un noir, et un troisième rouge : c'est la plus belle corbeille qu'on ait ja mais vue.

— Ce pauvre Stepben travaille bien pour moi, reprit Magdeleine, et j'attends le moment où je pourrai par mes caresses et mon amour effacer les faligues et l'ennui de la journée.

— Magdeleine, dit Suzanne, c'est une triste dot que l'amour quand il est seul : renonceras-tu donc à voir le monde, aux bals, aux soirées, aux plaisirs que tu ne connais pas encore?

Magdeleine était un peu embarrassée ; elle ne savait comment tenir son mariage à la hauteur de celui de Suzanne : elle changea de conversation.

A peine trois jours s'étaient écoulés depuis l'arrivée de Magdeleine, qu'e les avaient déjà assisté à un bal magnifique Les deux amies avaient attiré tous les yeux, autant par leur beauté personnelle que par le contraste que l'une faisait ù l'autre.

— Eh bien ! Magdeleine? lui dit Suzanne en rentrant.

— C'est bien beau, dit Magdeleine.

La danse, la musique, lui avaient donné la fièvre ; elle eut de la peine à s'endormir : il lui sembla qu'elle avait passé la nuit dans un palais enchanté.

LTI.

MAGDELEINE A STEl'HEX.

Vous êles prodigieusement injuste, monsieur le professeur. Comment ! je suis grondée, appelée coquette, et cela parce que je ne voulais pas perdre une dent sur le devant de la bouche, parce que je veux être jolie lorsque je vous reverrai, méchant, ingrat! je suis fort en colère! Oui, monsieur, je suis à vous, toute à vous, et si vous faites le sacrifice de cette dent, si vous consentez ta me voir enlaidie, cela vous regarde, je n'ai aucune objection à faire, mais ma dent me restera, le dentiste me l'a affirmé, et je ne souffre plus ; vousavrz tout l'honneur du sacrifice sans en avoir la petiie. Néanmoins, je vous en veux récompenser, et voici comment :

Dimanche prochain, je serai chez ma tante, chez celte bonne lanle Pauline que tu connais ; tu peux l'y trouver par hasard, et nous nous verrons, nous nous parlerons : j'y arriverai vers quatre heures après midi.

Adieu, mon ami, Suzanne frappe à ma porte presque eu fureur; il faut m'habiller pour l'ac+ompagner au bal; j'y porterai ton image. Adieu, mon Stepben. »

LVIt.

U.\ BO\ DIXF.n.

Le jour qui précédait le dimanche tant désiré, Stepben élait dans sa pauvre chambre ; quelques petits morceaux de bois réchauffaient a peine; il faisait sa cuisine.

Une lettre arriva, elle était de Magdeleine : il n'y avait qae quelques lignes :

« A demain, Stepben ; je n'ai le temps de te rien dire : on m'attend pour un grau I et splendMe diner ; la maison est déjà pleine de convives, et je ne suis pas •Score parée. A demain. ■

Après avoir baisé ces lignes, Stepben se mil près de sa feiiéiro ; un rayon du soleil couchant entrait a travers les vitres, et il se mit à manger ses pommes de terre.

« Demain, dit-il, demain je la verrai, je lui parlerai, j'entendrai sa douce voix resonner à mon cceur ; ses regarJs s'arrêteront sur les miens. Oh ! quej'ate la fore* de supporter ce moment ! que le bonheur ne m'écrase pas! »

El eu mangeant il s'arrêtait de lemps a autre pour relire

ALPHONSE KARH.

la lettre de Magdeleinc. A demain ! Et sa voix, en prononçant ces mots, lui serrait le cœur.

Cne seconde lettre arriva, elle élàil d'Edward : il lui racontait ses plaisirs. — J'ai vu ta parente au bai, lui disait T ; elle est fort jolie, et beaucoup de prélendans se disputent si main. Tu es bien fou, quand tu n'as qu'à te présenter;.. Suis mes avis, Stepben ; la pauvreté finira par tuer l'imagination poétique qui te soutient. Hâte toi ; bientôt peut être il n'en sera plus temps, et tu en ressentiras d'amers regrets. »

— Foa, toi-même 1 s'écria Stepben. Abandonner Magdeleine et mou amour, qui colore nia vie tomme le soleil 1 herbe! Abandonner mon bonheur! vendre ainsi mon avenir, quand je vais voir Magdeleine demain ! Allons, allons, tu es fou, mon cher Edward.

la lettre contenait un effet, payable i la poste, de cent florins.

Et Stepben continua joyeusement son repas.

Le lendemain, Stepben se mit en route pour la ville. Cbe min faisant, il récapitulait tout ce qui lui était arrivé depuis j quelque temps, et il se trouvait fort heureux. « Je vais voir Magdeleine; dans trois mois j'aurai ma place; d'ici là l'argent que m'a envoyé Edward va me faire riche.

» Réellement, un bonheur ne vient jamais seul. «

ou l'auteur prend la parole.-— sur un proverbe.

« Racine a dit .

Les malheurs sont souvent l'un a l'autre (nrhain'j.

Voici comment je m'explique qu'un bonheur semble en , attirer d'autres. j

Notre vie humaine n'a que quelques jours d'un intérêt vif. qui sont assez clairsemés sur un fond de jours insignilîans, i ni tristes ni gais, sans couleur aucune, comme une légère broderie sur un canevas.

Or, ces jours nombreux, sans couleur eux mêmes, sont colorés du reflet d'un jour de bonheur ou de tiistesse.

Comme dans une pinte d'eau, si vous mettez une goutte d'indigo, l'eau deviendra bleuâtre ; une goutte d encre, elle deviendra grise;

Si une gouttte de sirop, sucrée ; si de vinaigre, acre;

Un jour de bonheur étend ses rayons sur dix jours qui l'ont précédé.

De même un jour de tristesse, son ombre funèbre.

Un bonheur répand un suave parfum sur notre vie, comme le chèvrefeuille embaume l'air qui l'entoure et le vent qui le balance en passant.

Ces jours insignifians sont comme les zéros, qui ns sont rien par eux-mêmes, mais preni.ent leur valeur du chiffre qui les précède.

MAGDELEINE A STEPBEN.

Je t'ai donc vu, mon Stepben ! et tu es maintenant seul et triste, rentré dans (a chambre, je t'envoie des souvenirs d'hier qui prolongeront de quelques iusians holru bonheur.

Je ne l'exprimerai pas combien j'ai été heureuse! J'étais près de toi, je le regardais, je t'éioutais. Matante, sans aucun doute, a été instruite par mon père; sans cela par des phrases générales eût-elle eh iché i nous détourner de notre but, nous eut-elle montré l'amour comme une flèvi.e ou une folie passagère?

Mais toi, comme l'amour te rendait éloquent! avec quelle orce tu soutenais ses droits, mon Stepben I Je recueillai

lo ites h s paroli s, je les gravais dans mon cœur, i l'es Be seH eflaceronl jamais; je t- vois encore pn p riant dire ■ ■ J°a' mon but devant les yeux j'y arriverai, car je me sens fort, el fv marquerai Jusqu'à ce que je tombe ■

En arrivant (liez ma lauv, eh m niant chez elle, mon émoti n rtiit ex'n'me; mais arrivée a la porte, il me prit une palpitation de cœur si violente qû j • craignis de nie trouver mal ; je en isai oies bras sur ma poitrine pour contenir njoa cœur, qui semblât voulojr s'en échapper. Je n'entrai que lorsque je ne crus assez calme pour soutenir ta vu»; pourtant j'étais bien tremblante; je fus longtemps avant d'osfr fixer mes regards sur loi. Tu es changé, tu es plus grandi plus fort; tes tiaits ont un caractère bien plus prononcé.

DUS n'osions pas nous parler; mais je t'entendais je te comprenais si bien! et lorsque tu ns parlé rie ton père, de ton isolement, que j'ai eu de p> îne i retenir Des larmes! Stepben est seul, il est malheureux. O mon Dieu! oh! si je puis un jour te rendre au bonheur, te consacrer ma vie, l'employer à te rendre heur ux. être ta compagne, te rendre une famille, car ma famille sera la tienne, lots amis seront les tiens; tu verras autour de toi des personnes heureuses de le voir; moi, je ne te quitterai plus, et tous deux ensemble, au milieu de nos enfaDs, entourés de ma Su/anne, et de notre frère • ugène... Stephen quand tu té rappelleras que tu as éé seul, isolé, malheureux, ce ne sera plus qu'un souvenir qui d< nncra plus de prix i>. notre bonheur. Espérons, mon ami, mqji Stepben, espérons tout du ciel. Hier, quand tu sortis avec la lettre que j'avais jetée dans ton chapeau, quand ma tante le reconduisit, drs ordres à donner la retinrent quelques instans dans le salon. Je me trouvai seule, mon sang s'arrêta, mon cœur ne battait plus que faiblement; j'allai m'asseoira la p ace que tu tenais de quitter; je retenais ma respiration pour tacher d'entendre encore le son de la voix ou le bruit de tes pas. Oh! que j'aurais voulu pouvoir te (appeler, presser tes mains, te jurer de t'airuer loule nia vie! Que de choses j'avais a te dire ! Les larmes tombaient de mes veux et inondaient mes joues sans que je m\ n aperçusse. Lorsqu'eo re gardant celte Heur que tu avais donnée à ma tante et que je n'aurais ose lui demander, quelqce envi i qu'elle me fit, je ris ma figure dans 'a glaer, km* hàtei d'e>suy»r mesytux.de poser mes lèvres sur-la fleur, et je dérobai une branche de feuilles, que je cachai dans mon sein.

Que cette entrevue si courte et si contrainte m'a rendue heureuse! combien je désirerais le voir souvent de mimai Et le soir encore au théâtre ; mais tu y es venu bien larJ.

POinQLOI STEPHEN ETAIT AttRIVE TARD VU THEATRE.

En jetant une lettre dans son chapeau, Magdeleine lui avait glissé à l'oreille : « Lis ton de suite. »

En sortant, Stepben rencontra dans la rue un homme qui fumait; il lira un papier de sa poche, l'alluma et lut à la lueur de ce papier : « Nous allons entendre 1 opéra, Suzanne, ses parens et mon père el moi; viens, nous nous y verrons quelques instans. »

Stephen fouilla dans ses poches et les retourna; il fallait un florin pour les moindres places du théâtre, il ne l'avait pas; il songea à l'argent d'Edward ; mais il s'aperçut que le papier qu'il avait brûle pour lire la lettre était précisément le bon sur la poste.

Il chercha sur lui, el ses yeux s'arrêtèrent sur la bague de Magdeleike : cette bague était en or et paraissait avoir quelque valeur; il se souvint qu'il y avait duis avilie une vieille femme qui prêtait sur gages; il y avait quelque chose qui lui serrait le cœur à penser qu'il allait se séparer de celte petite bague.

Les cheveux de Magdeleine, un don de son amour, une partie d'elle allait passer aux mains d'une étrangère, pour de sl'argbnt!

SOUS LES TILI.Lt L-'.

Mais il songea aussi que si Magdeleine ne le voyait p i - ru théâtre, pile pourrait craindre un 2ccidëntoU soupçonner de J'intlilTéréhcc; la vieille femme lui donna le florin dont il avait besoin'.

De ce jour Stephen commença à mener une .vie fatigante: trois fois par semaine Magdeleine allait au spectacle; Siephen lâchait de quitter le collège de bonne heure et faisait en courant les trois lieues qui le séparaient d'elle; il ne pouvait rentrer que-fort avànl dans la nuit, et jusqu'au matin il n'avait que quelques heures à dormir.

Dep'us, cohvme ses finances fie pouvaient lui permettre la moindre dépense extraordinaire, le jour où il allait au ihéâtre il.nc dînait pas, et les autres jours il veillait pour copier des vi ritures qui lui rapportaient un peu d'argent; aussi était-il devenu maigre if hâve ; mais chacune do ces privations fiait pour lui un bonheur; il marchait à son but, il l'avait devant les yeux cl le voyait approcher rapidement.

Un jour il alla chez la tante de Magdeleine.

— Je donne iine soirée dans une semaine, lui dit-elle, j'aurai beaucoup de monde; y viendrez -vous?

Stephen accepta l'invitation avec joie, car Magdeleine ne pouvait manquer d'y être.

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