LXX1I
I M NO'.E ET Lf.S CONSÉQUENCES D ICI LIE.
Q i'i Ile est h Ile, la ttaucée,
T. mine «a pa"pierc est bah
me s"a it'Uit ta is le mù e roug i!
Le matin. Suranné avait été menée à l'église par son promis. Jamais on n'avait vu un plus riche ni un plus I eau mariage : la parure delà mariée avait excité l'admiration et l'envie de toutes les Femmes; l<> pauvres auquels on jeta de l'argent, frappait ut le ciel de leurs bénédictions. Le repas, le i magnifl |ue el enivrant.
Involontaire!) eni Magdeleine pensa à la p ssihilité de son maria. e avec Edward, u ne l'avait pasqnitiéc de la j urnée, n'avait danse qu'avec e le. el Suzanne lui avait dit, le soir .
SOUS LES TILLEULS
« Magdelcine, une chose masque à mon bonheur, c'est de le voir aussi heureuse que moi; écoule les conseils d'une mariée, lu sais qu'ils portent bonheur. . épouse Edward. »
La nuit, Magdeleine ne put dormir. Suzanne n'élait plus une j';une fille, d'autn-s soins allaie. -t s'emparer de son cœur; son amitié ne pourrait plus snflire à Magdeleine; elle allait tristement retournera la campagne avec son pète ; d'autre part, on ne laissait plus arriver jusqu'à elle aucune lettre de Stephen, et toul la portait à croire que la résolution qu'il avait annoncée était immuable. Suzanne lui avait fait voir ce qu'il y avait d'exagéré dansSiephen, et Magdeleine, qui, par elle-même, n'avait guère d'exaltation que celle qu'il lui communiquait, avait déjà perdu une sorte d'admiration pour son caractère, et n'avait plus rien qui l'attachât à lui que lierai* te de le rendre malheureux, et cetie sorte de jouissance qu'éprouvent les âmes nobles à faire un sacrifice. Ainsi, si Stephen s'était présenté alors, et que M. Millier y eùtcousenti, il l'eût nécessairement épousée, quelque triste que fût devenu pour elle l'aspect de la médiocrité.
Mais, à quelque temps de là, Suzanne prit nue nouvelle femme de chambre. Edward la reconnut chez son ami et la lit parler : c'était cette jolie Marie qui avait donné de si vifs désirs à Stephen.
Autant les femmes sont discrètes sur l'amour qu'elles ont couronné, autant elles aiment à parler de celui qu'elles n'ont pas partagé. C'est une vertu facile dont on aime à se parer; d'ailleurs, la petite avait été un peu piquée de la maladresse «le Stephen, non qu'elle l'aimât, mais une sorte de caprice la portait vers lui, et elle narra comme quoi il avait été fort amoureux d'elle et lui avait fait longtemps la cour.
Ce fut un coup mortel pour Stephen. Suzanne profita de cet incident et en lira tout le parti possible. Magdeleine vit alors que Stephen pouvait vivre sans elle, et qu'il y avait d'autres amours pour son cœur. Elle était humiliée surlout de la rivale qu'elle avait eue , et un jour, cédant aux sollii italiens de Suzanne et de son père, elle donna son consentement à stfn union avec Edward , se persuadant que c'était par dépitet pourse venger de Stephen. Mais quoique ce sentiment fût pour quelque chose dans sa détermination, il n'élait pas seul. Edward était plus pourvu que Stephen de tous les avantages extérieurs; son esprit était plus léger et plus gracieux. Stephen n'avait pour lui que sa nature poélique, mais son amour pour Marie tuait dans l'esprit de Magdelcine loute celte poésie, et d'ailleurs, à son insu, la fortune était pour elle devenue un besoin.
Monsieur Millier et sa fille partirent pour leur maison. Il fut décidé que Suzanne, et son mari, avec. Edward, iraient passer avec eux les jours qui précéderaient le mariage.
C'était un beau jour de piiiitemps :
l.a prairie était entaillée,
Les amandiers étaient tuut blancs;
A travers la jeune feuillée
Se glissaient les rayons ardens.
La prairie était émaillée,
Les amandiers étaient tout blancs.
— A-t-on goudronné le petit bateau? demanda Slephen.
— Oui, monsieur, répondit le jardinier.
— Il faut peindre aujourd'hui ces volets d'un vert sombre ; et vous, plantez autour de la maison la vigne, la clématite, e chèvrefeuille, du jasmin et des rosiers du Bengale, les plus hauts que vous pourrez, pour qu'ils tapissent le devant de la maison.
— Moasieur, ils sont un peu chers.
— C'est égal.
C'est la première fois que l'on voit Stephen parler ainsi, et cela a besoin d'explication. A l'ouverture du testament de son parent, on avait trouvé la donation d'un contrat de rente
de deux mille florins et d'une somme de quinze mille florins en argent.
Stephen était riche et avait employé une partie de son argent à l'achat d'une petite maison, et il s'occupait de la rendre exactement conforme aux projets qu'il avait faits avec Magdeleine dans les premiers jours de leur amour.
La maison était sur un coteau bien vert ; au bas du coleau coulait la rivière; il avait fait arranger la chambre nuptiale et celle de nions4, ur Millier.
Une seule chose manquait tristement à l'exécution du projet, c'était la chambre destinée à Eugène.
Le mur était caché par une haie d'aubépine et d'églantiers ; du côté de la rivière, le jardin n'était borné quu par la haie, et tout cela commençait à feuillir. 11 n'avait oublié ni le jardin fleuriste pour monsieur Mûller, ni surtout le petit banc de gazon à deux places, avec le berceau de lilas, de syricga, de chèvrefeuille, de rosiers et de jasmin pour Magdelcine et pour lui, ni le petit vivinr et son treillage à l'entour, ni les pois de senteur, avec leurs fleurs quiressemblent à des papillons. Autour des tilleuls, de l'autre côté de la rivière, on voyait la maison de Fritz; c'était un bon voisin, et il avait aidé Stephen dans ses dispositions. Cette petite propriété était vraiment un lieu enchanté; l'air pur de la rivière donnait à la végétation une admirable vigueur; la nature était riante et joyeuse.
« O mon Dieu! disait Stephen, je te remercie; tu ne m'a* pas abandonné, quoique je t'aie maudit plus d'une fois. »
Il savait que Magdeleine aimait le bleu; il fit tendre en bleu leur chambre à tous deux.
Et son cœur était doucement serré dans cette chambre qu'elle devait habiler avec lui.
■ Là elle posera ses pieds ; sur cette chaise elle mettra ses vêlemens le soir; devant cette glace elle s'ajustera le malin.
» Ce lit est pour elle et pour moi. »
Quand, aptes quelques jours, tout fut bien arrangé comme il le voulait, il se mit en route pour aller trouver Magdeleine, lui faire part de tout ce qui leur était arrivé d'heureux et la demander à son père. Plusieurs jours auparavant, sous uu nom supposé, il avait fait louer la petite chambre chez monsieur Mûller
Il cueillit des wergiss-mein-nicht au bord de la rivière et de l'aubépine dans son jardin. Ces deux fleurs avaient pour elle et pour lui bien des souvenirs.
Et il mit le costume qu'il avait le jour de son départ, le pantalon de toile, les guêtres et un gros bâton à la main.
Chemin faisant, il était plus d'à moitié fou de bonheur.
Le jour était magnifique; le beau soleil pénétrait le feuillage des arbres.
Et comme il approchait :
• O mon Dieu I disait-il, quand je vais entrer dans celle maison, je vais mourir ; quand je vais revoir ces tilleuls sous lesquels se sont envolées pour nous de si rapides journées , l'aubépine en fleur dont je lui avais fait une cooronne de fiancée !
» Aujourd'hui véritablement je lui donnerai une couronne de fiancée !
» Et cette petite chambre où j'ai reçu ses adieux.
• Notre nom gravé sur le tronc, de ce vieux tilleul. » L'herbe foulée sous ses pieds.
» L'air respiré par elle.
» Le parfum des fleurs que nous respirions ensemble. »
A ce moment, au détour d'un chemin, il vit les cimes des tilleuls.
11 cessa de respirer, la vie fut suspendue en lui, il fut obligé de s'arrêter.
Puis, sans parler, les nerfs (filée convulsivement, toit tremblant d'émotion, il manhaet enlra dans la maison-
Et d'un bond arriva au jardin...
ALPHONSE KA.HR
LWIV.
Sul 8 LES T!LU:U.S
« Je vous le dis cm virile, j'1 nu sonnais pas cet homme. » S wxt I'h-rrc.
Comme sa poitrine est oppressée !
Rien n'est changé : encore celle giroflée dans une (ente rie la muraille.
La voilà I
Magdeleine!
Mais elle n'est pas seule, lu homme, un jeune homme est assis près d'elle.
C'est Edward !
A la vue de Stephen, Magdeleine pâlit; elle se leva et retomba sur le banc.
— C'est moi, dit Stephen, c'est moi. Je viens non pas riche, mais possesseur d'une petite fortune.
1 Magdeleine, les yeux collés sur la terre, d'une voix faible balbutia :
— Monsieur, je vous félicite de cette amélioration daus votre sort.
Il sembla à Stephen que son e.iur mouiait dans sa poitrine. Ses yeux cherchèrent ceux de Magdeleine; mais elle évitait opiniâtrement son retard.
Edward, pour sortir de cet embarras, essa.sa d'entamer un sujet de conversation.
— Je ne m'attendais pas à te. voir ici, Stephen.
— Ni moi à t'y rencontrer.
— C'est un hasard dont je me félicite.
— Pour moi, ne n'est pas un hasard, et je ne m'en félicite pas.
— Pourquoi ?
— Je crains d'avoir dérangé mademoiselle.
— Non, monsieur, dit Magdeleine d'une voix si faible que le vent dans les feuilles eût sulli pour empêcher de l'entendre, vous ne me dérangez pas.
— Je ne te remercie pas de Ion accueil, dit Edward ; mais mon a . ilié me donne le droit de trouver que mademoiselle aurait pu s'attendre a plus de politesse.
— Quand je vous demanderai des avis, il sera lemps de m'en donner.
Stephen était p.Me et couvei t d'une sueur froide ; ses yeux étaiem rouges et llamboyans et fixés sur Magdeleine. 11 continua ■
— Je demande pardon à mademoiselle de ru'étre ainsi présenté devant elle ^ans me (aire annoncer. Peut-élre a-t-elle oublié et mon nom et ma ligure ?
— Je ne sais si tu es fou, dil Edward ; mais si j'avais le droit de donner un conseil à mademoiselle, ce serait de î entrer chez elle et de le laisser , comme Roland , t'escrimer contre les arbres du jardin.
Et Edward présenta la main à Magdeleine; elle se leva pour le suivre. Stephen lui saisit le bras; elle se retourna effrayée :
— Monsieur, vous me faite* mail
Stephen, étourdi, s'appuya contre un arbre et les laissa aller. Le bruit de la porte, eu se refermant, le lira de sa rtlliargie.
« Mais c'est impossible, Magdeleine, c'est impossible ! Peut-élre ai-je eu tort devant Ldward : Edward est pour elle un étranger ; sa modestie a été alarmée. Mais pourquoi est-il là? pourquoi seul avec elle.' Aon, c'est impossible! J'ai eu loi t, je me suis trompé ; je suis fou ; j'ai parié avec aigreur, je lui ai fait peur. Oh ! non, elle ne devait pas avoir peur de moi! Elle ne m'aime plus... Edward, — il y avait sur son visage un air de triomphe et de supériûriié,et 'iuand il lui a présenté la maiu.elle l'a suivi avec un air d'obéissance.
» Non, non, c'est impossible: elle est à moi; c'est bien lie ; voilà encore son nom et le mien gravés sur l'écorce de
ce h leul. Il y a deux ans, deux ans pass s par n.oi dans les larmes, la fatigue, là faim, pour elle, pour la conquérir. Non, c'est impossible. ; elle n'oserait pas. l.i d'ailleurs» Edward est-il digne d'i Ile ? Son .'.nie ne ia cou preildl ail pas. Kl el e m'a promis de m'atti ndre . j'ai travaille, j'ai soufleit, et je revis
— • Monsieur, a-t-elle dil, je vous félicite de celte amélioration dans votre sort. — Mou torf! elle comprend doyc ma vie tépar i de la sienne? Il laut que je lui parle. Fou que jo suis de l'avoir laissé • p ufllr I
» Mai> elle, ne nie de\ait-eile pas de muter celle affreuse inquiétude? ne comprend- que je souffre eu
eu uioîiirn' - E|lc e i c upanje '■
— .Mai> ma présence subjla, çeUe d'un étrange r...
» Oli ' si c'était moi I eliaiiJer, si c'elail moi qui les gênait ! Oh!... je lésai laissés partir! Je l'attendrai, lui : il parlera ; je saurai loui. .le vais l'attendre. »
El, en dehors de la maison, Mcplicu alla s'asseoir sur une pierre pour attendre qu'Edward sortit.
Ijcu.v heures se passèrent pendant lesquelles tantôt Stephen, assis sur le s i ierrej . la làlc ilass les deux maius, restait engourdi cl immobile, tantôt se levait furieux et marchait à grands pas, de la u ain qu'il avait dans son habit se déchirant la poitrine.
Edward sôrl il
— Eiouie Que fais-luçliez monsieur Millier? Que faisaistu avec Magdelei.o-? Pourquoi ni'a-l-elle revu de celle maniéie? Parle!
El it lui serrait le bras presque à lui rompre l'os.
— Je lie puis parler tant que tu me tiendras ainsi, dil Edward. .Maint; naui voici ma réponse à louies les questions. J'ai l'habitude de faite ce qu'il me plaît sans prendie l'avis de personne-. Je syis ri) t monsieur Millier parce que dans huit ;OJ sj'ep lus ! s i tille.
— ïu épouses sa Idle, Magdeleine:' Eslce Magdeleine que lu épouses '
— Oui, d aillant que je ne lui connais pas d'autre enfant.
— À| .iv s? dit Slcplu'H, les lèvres et les mains conuhsivemeiit striées.
— Aptes? Mai. je n'ai pas besoin de l'apprendre les conséquences du mariage. Kovêviprotti heureux, et bon* «arma beaucoup denjetns.
— Toi ! Magdeleine ! Magdeleiir! un enfant dont tu serais le père; un cnfailà e le el à loi! Non, non; lu mens, lu mens !
— Je ne vois pas c e qu'il y a de surnaturel : je l'aime, je lui plais ; j'ai le eonseuleuiciil du père.
— Tu ne .'< pauserM pas.
— Pourquoi /
— Parce que Magdeleine est à moi ; parce que je l'ai achète e de toute ma vie, de tout mon bonheur ; parce que me l'enlever, c'est me tuer, c'est m'arrac'ier les entrailles avec K-s ongles. Tu ne veux pas me tuer, n'est-ce pas, Edward? lu ne veux pas m'enlever Magdeleine ? n'est ce pas que tu ne le voudras pas?
— Calme un peu celle frénésie. Je sais que tu as fait la cour à inàdemoiselle Mûllêr, qfl'el e t'a même t moigué quelque intérêt el que, sans la sage prudence du père, elle aurait consenti à partager la pauvreté: mais cet âge où l'amour tient lieu de tout ne dure pas longtemps. : c'est sans doute pour cela qu'on se dépêche lant de faire des sottises pendant sa durée, j'arce qu'on prévoit qu'elle sera courte. On l'a désabusée. C. lie sorte d'influence que lu exerçais sur el'e | ar la nature romanesques c
— Continue, oit Slephen, les dents serres rt d'une voix posée el came, tandis que ses euirailli s boni laitnt.
— rt vraiment vous n'aurut Êtéeeurem ni l'un ni l'autre. Ce que vo-is ainii' / loua de :x, c'étaient des enfans de vt-t e imagination ; ce n'élail pas ce que tous les deux vous ifes réellement de bien: vons ne vous connaissez pas. En mois après la noce, vous eussiez vu que vous vous liiez trompés ; la ré'iliié eùl lue un auieur foule sur des oMsMras et une lièvre de! cerveau, el vous vous seriez liais. Je te lends, en épousant mademoiselle Millier, un véritable Servies, etj'e-s
SOIS LES TILLEULS
père bien qu'après ce premir r moment passé, lu m'en témoigneras ta reconnaissance en restant mon ami comme devant et en assisiant a mon mai is
— Tu n"âs pasrépbi lu ù ma question, ditSlephen.
— Tu m'as lait une question ?
— Oui. Veux-tu me tuer en m*enlevant Magdeleine, qui est mon bonheur et ma vie?
— Je neveux pas te tuer; mais j'épouserai mademoiselle Miil'cr, et tu t'àhuses en crevant que ton bonheur est attaché à elle.
— Eh bien ! ce mariage ne se fera pas. Magdeleine m'aime; on la sacrifie à lo:i argent; lu l'achètes. Ce mariage ne se fera pas !
— Si c'est un sacrifice, jama-is, sans excepter Iphigénie ni la lille de Jrphté, on n'aura vu une victime si résignée, et je te jure qu'elle s'accommode fort bien du sacrifice.
— Tais-toi, tais-toi, ou je le tuerai comme un chien I Cest assez, c'est trop de m'enlevér Magdeleine comme le vautour enlève l'aloueite à sa mère -, mais ne dis pas qu'elle t'aime, ne le dis pas !
— Pourquoi m le dirau-je pas, quand la chose est vraie?
— Tu mens.
— J'ai assez longtemps supporté la folie : il est temps que cela finisse.
— Oui, oui, il est temps, dil Stephen.
Et il .saint Edward au corps. Celui-ci voulut résister et se débattre ; mais, malgré ses ( (Torts, Stephen l'enleva et le jeta a ses pieds avec violence. Edward resta par terre raide et étourdi de telle sorte qu'on l'eût eu mort.
Stephen partit a giands pas et monta dans sa petite chambre; il la retrouva telle qu'il Pavait laissée. Il pleura amèrement.
— O mon Dieu ! Magdeleine m'alandonne ! Et il se frappait la télc contre les murs.
STEI'IHA' A MAGDELLkXE.
Es:-:i donc vrai, Magdeleine, que tu m'abandonnes? Et pas un mot d'adieu, pas un mot de pitié ! Pouitant si tu me voyais en ce moment, moi ; si tu me voyais le visage inondé de larmes, me r. l'userais-tu en regard, un mot? Ta voix me ferait tant de bien! Je suis m malheureux, si abattu en ce moment que je i e contenterais de ta pitié; je ne demanderais qu'à le servir comme un esclave ou à ramper à tes pieds conitiie nu chien, pourvu que je pusse respirer l'air que tu respiies, te voir et l'entendre.
Est-ce loi, Magdeleine, toi si bonne, si douce, qui me Lisseras périr de douleur sans daigner jeter sur moi un regard que je te demande eu pleurant.
Si jeté vojais, je me ti. murais après toi sur les genoux; tu m'écouterais. Je... je ne puis ni parler ni écrire. Que le dirais-je? Je pleure, je le supplie, je t'implore comme on implore Dieu, et lu ne mi d tend s pas.
Je t'aime, .Magdeleine, je l'aime; aie pitié de moi, aie pitié du pauvre proscrit : il a t. .ni souffert! il soutire tant!
Si lu ne méjuges plus (ligne de ion amour, donne-moi ton aminé, donne-moi ta pitié; mais il me faut quelque chose de toi. Échauffe encore mon ■ me de ion regard,, nourris-moi de ta douée voix, accepte-moi pour esclave, c'est tout ce que je demande; prends pour toi ma vie ci raj n avenir.
Ecoute ma voix, Magdeh ipè : en as In i ublié le son? Autrefois elle parlait à ton cœur. Écoute ma voix, aujourd'hui entrecoupée de sanglots; elle teerie:— Grâce i grâce!
Yjs-iii iftfhc ni souvenirs i i humanité I
Depuis que j'ai appris mon malheur, uns souvenirs, mes beaux souve.iirs d'amour et d espi rainv viennent comme un cauchemar peser sur ma poiliiue.
J'aimai, j'ai mal, j'ai horriblement mal : aie pitié de moi, un peu de baume sur mes plaies saignantes. J'ai bien mal : aie pitié de moil
STErilE\ A MAGDELELNE.
Non, tu ne veux pas, tu ne peux pas m'abandonner, n'est ce pas ! Tu es à moi, lu le sais ; tu es à moi, et tu n'as uu m'oublier, car tout autour de loi te rappelle mon souvenir: ce beau soleil, il a été le même pour loi et pour moi, il a rougi nos fronts d'un même rayon ; cet air pur et embaumé, nous l'avons respiré ensemble; ces fleurs, je les ai arrosées avec toi ; ces arbres, il nous ont donné leur ombre à tous deux, près l'un de l'autre, ta main dans la mienne, ta tête sur ma poitrine.
Et celui qui te prendrait pour femme, j'ai le droit de le tuer comme un voleur , car tu es mon bien. Jamais un bien ne fut acquis par tant de souffrances.
Et toi, Magdeleine! toi auss: . Si j'ai passé dans ta mémoire comme une ride sur l'eau, comme un petit nuage sur le soleil d'été, comme la rougeur sur le front d'une jeune fille, si je n'ai été dans ta vie qu'un accident, je te tuerai aussi, car tu ne seras rien qu'une misérable femme de m'avoir ainsi pris ma vie et mon bonheur pour ne rien me donner en échange : je te tuerai pour avoir ton corps mort a moi , dans mes bras, mes lèvres brûlantes sur tes lèvres bleues et froides, car jamais mes lèvres n'ont touché les tieanes, et il me faut ton baiser, ton premier baiser, fût-ce sur ta bouche morte.
Alors tu serais à moi sans rival.
LXXYII.
M.VGDELEIKE A STEPHEN'.
Monsieur Stephen, i! y a bien des choses qu'il neus faut oublier l'un et l'autre, pour votre bonheur et peur le mien.
Laissons enanièreles illusions de notre crédule jeunesse avec la jeunesse qui les a produites; malgré nous elles se faneraient dans nos mains.
Je ne vous dirai pas que j'obéis aveuglément à mon père. Mon père désire mon mariage avec monsieur Edward ; mais si je me soumets à sa volonté, c'est que l'expérience m'a montré qu'e le m'a toujours bien dirigée et que chaque fois que j'ai voulu marcher contre elle, je n'ai trouvé que ronces et épines et mauvais chemins.
Je vous dois une entière franchise, monsieur Stephen; quelque prosaïques que puissent sembler quelques-unes des causes qui me déterminent, je vous dois tout dire sans rien ménager.
On a fait évanouir aines yeux le nuage de riantes illusions qui me cachait l'avenir el la réalité. Est-ce tm bien? est-ce un mal? Je ne puis le déoider. Mais ce qu'il y a de certain, c'est que la nuage est dissipée! que je vois les choses aujourd'hui réelles el positives, comme , j'espère, vous les verrez bientôt vous-même.
Nous n'avons de fortune ni l'un ni l'autre. *t tous deux séparément nous pouvons faire un riche mariage.
La lii-hes.-e. si peiile quand l'àme est exallée, est un besoin diiis la Vie commune et ordinaire. Les momens d'exaltation ne sont que clair semés dans la vie: tous les jours ils deviennent plus rares. Il aurait t té impossible qu'il ne vint pasunjo rouions deux nous nous serions repentis d'avoir uni el a>soi ie nos deux pauvn lé8.
El d'ailienrs, nous sommes loin de sentir de la même manière. \ ous ave» des passions, je n'en ai pas; la violence de votre amour m'épouvante, )e hc suis capable que d'une tendresse douée et égale-, voire passion, ftt suis sike, ne peui vivre que dans a tempête el au milieu des obstacles; dans le calme et le bonheur, elle s'éteindrait. On me l'a lait voir, et je le vois eiairement, nous serions
ALPHONSE KARR
malheureux. Tout ce que vousme diriez contre cette conviction serait inutile.
Nous pouvons rester amis, monsieur Slephen. Quelque douloureuse que soit celte mutilation, dépouillez dès aujourd'hui r«xalialion poétique qu'il vous faudra perdre tôt ou tard : épousez voire cousine.
Moi même j'en aurai du chagrin comme vous-, mais, on me l'a assuré, et je le crois par l'exemple des autres, ce chagrin pass#a.
LXXYIIL
STEPHEN A MAGDELEINE
Je m'étais plu à préparer notre demeure , Magdeleine, cette demeure où tu devais apporter le bonheur et la douce paix : j'ai de hauts arbres dont la verdure balance l'ombre sur ma tête, j'ai des gazons verts, un air pur et un beau soleil. Tout cela pour loi.
A l'ombre des arbres j'ai marqué ta place, et sur la pelouse j'ai arrangé un petit banc de verdure pour nous deux, j'ai rassemble dans ma pauvre demeure tout ce qui peut plaire à tes yeux : tu m'abandonnes, et tout cela est mort et flétri.
Magdeleine, je ne suis rien sans toi, tu es mon âme et ma vie; toute ma force et toute mon énergie, c'est toi, et lu m'abandonnes! Tu me laisses corps sans âme, tu me laisses faible, souffrant et découragé de la vie et incrédule au bonheur. Toi qui m'avais promis de couronner ma vie de fleurs, de veiller sur mes jours comme, un ange du ciel, car partout où ton regard d'amour pourrait m'atteiudre je serais fort et courageux; ton amour a toujours été pour moi une manne céleste, une vivifiante nourriture, aujourd'hui je suis abattu et languissant : ma main s'étend pour chercher ta main, et lu la retires; mes yeux, rouges des larmes de la nuit, cherchent tes yeux, et tu les détournes avec dédain; ma voix suppliante te demande un mot d'amour et de consolation, et ta voix est muette ou ne trouve que des paroles qui tuent. Avec toi, Magdeleine, j'aurais été bon, grand et généreux; sans toi, je ne suis rien, rien qu'un corps lourd et un cœur de pierre»
D'un souffle tu as enlevé tout ce qu'il y avait en moi de beau et d'honnête. Magdeleine ! Magdeleine! ne crains-tu pas que ma voix te poursuive le jour et la nuit et jusque dans les bras d'un autre époux, au milieu des enfans dont je ne serai pas le père, et qu'elle te crie :
« J'aurais été bon père et bon mari ; la nature avait mis en moi le germe du bien, tu l'as flétri comme un vent malfaisant : rends-moi mou bonheur et ma vie, et mes belles années passées dans la douleur et la souffrance ! rends-moi ma divine croyance à l'amour et au bonheur,'rends-moi la paix de mon âme, rends-moi une vie que je t'avais donnée tout entière et que tu as foulée aux pieds comme chose vile et méprisable; rends-moi toutes ces affections si douces pour les autres hommes et dont se compose leur bonheur, ces affections de père, de frère, d'amis, que j'ai répudiées et rejetées au loin, jaloux que j'étais de te donner toute ma vie, tout mou amour sans partage. »
Tu me laisses dans la vie comme dans un désert où le vent brûle, sans ombrage pour la tète, sans eau peur la soif, sans chemin, sans but, sans espoir, sans désir que la mort.
O Magdeleine! cent fois le jour je t'appelle en criant et pleurant, et ma voix ne va pas jusqu'à toi. Malédiction sur moi ! malédiction sur- ma vie ! elle est séchée à peine en sa fleur.
Sais-tu ce qui m'attache et me retient à la vie? Sais-tu pourquoi la mort m'épouvante, pourquoi je ne me suis pas encore jeté dans ses bras? C'est qu'elle me sépare de toi pour toujours, c'est qu'elle m'ûte même mes souvenirs et mon bonheur passés, et mes souffrances et mes larmes, qui sont tout ce qui reste ite cbe onueur.
Oh ! si je croyais, si je croyais que l'âme vit après le corps, que je pourrai planer su/ ta vie comme un protecteur invisi- I M >. comme un vent frais et parfumé, jouer dans la chevelure, | ro'cnhrcr de ton souffle et toucher tes lèvn s avec l'air que lu . respires, voilà ce queje n'ose croire. Si je le croyais, Magde- ! leine, je mourrais, je serais mort; mais perdre le souvenir des jours où tu m'aimais, perdre ce bonheur que tu m'as donné, ces souvenirs qui me font encore tressaillir, et qu'au moins toi même tu ne peux în'arracher ! C'est une richesse bien précieuse pour moi, et peut-être devrais-je m'en contenter et ne pas me plaindre d'expier par les plus horribles angoisses un bonheur plus grand que je n'avais osé l'imaginer; car tu m'as aimé, toi, Magdeleine, et j'ai toit de me plaindre du bonheur que le ciel partage aux hommes, j'ai eu ma part, plus que ma part.
Pauvre homme! pauvre homme que je suis ! Peut-être ne daignera-t-elle pas lire cette lettre, et pourtant j'ai effaré les mois qui laissaient voir celle passion qui me consume et qui l'épouvante, tant j'ai peur de la choquer, tant je n'ose plus réclamer des droils, niais implorer la pitié.
Cependant, Madeleine, il faut queje le le dise, et lu me croiras, car jamais je ne t'ai trompée : je te le jure par mon amour pour loi, parce que j'ai de plus sacré, lu ne trouveras nulle pa-t l'amour que j'ai pour toi, et si lu comprends un autre bonhear que l'amour, malheur à loi ! ton cœur est mort.
Ils disent tous que je suis fou d'avoir cru à ta conslance, et quand je dis : « Elle n'était pas comme les aut<es femmes, son amour n'a pu passer comme un parfum apporté par le vent, » ils rient, et encore ils m'appellent fou. Ont-ils donc raison? et ne suis-je qu'un fou, qu'un pauvre fou?
LAXIX.