MAGDELEINE A STEPHEN
Je ne vous le cacherai pas, monsieur Slephen, votre lettre m'a émue, elle m'a fait pleurer. Un moment j'ai regretté les illusions que j'ai perdues et qu'elle faisait revivre, ou plulôt dont elle faisait apparaît' e l'ombre: car elles sont moites, bien mortes : ce n'est qu'un rêve, et, comme msi, vous vous réveillerez.
Mais le peu de durée qu'a eu pour reoi celle émotion et le triomphe presque subit de ma raison m'ont montré évidemment que ma résolution est bonne et solide, et que, pour vous et pour moi, il faut la maintenir.
L'amour eslune lièvre, une maladie, et je suis guérie. Vous guérirez aussi, mais il faut le vouloir.
Adieu, monsieur Slephen, tant que vous m'aimerez, il faut que nous restions étrangers l'un à l'autre : je vais avoir à remplir des devoirs qui m'en font une loi.
Néanmoins, je ferai toujours des vœux pour voire bonheur.
Une partie du mien dépend de vous : m'accorderez vous ce que j'ai à vous demander?
STEPHEN A MAGDELEINE
Parlez! parlez! mon bonheur, ma vie, tout est à vous. Plût au ciel que ce fût ma vie que vous ayez à me demander, car j'en suis plus fatigué que si je l'avais portée cent ans.
Je le vois trop, vous avez laison, ce serait en vain queje combattrais voire résolution, car je ne trouverais pas en vous de secours contre elle; vous ne m'aimez pas, vous ne m'avez jamais aimé.
une voulez-vous de moi ? Hâtez -vous, car j'ai aussi une résolution à accomplir.
SOUS LES TILLEULS
M AGDELF.INE A STEPIIEX.
Magdeleine, êtes-vous contente? Ne dites plus de mal de mes illusions, si ce qtii remplit mon cœur n'est qu'illusion; pourquoi Dieu m'at il donné une vie trop petite ou une âme trop grande pour m'en contenter?
Est-il méchant oh impuissant?
Vous !i! voyez, monsieur Slephen, j'avais bien raison de craindre voire amour, car il est égoïste et ne cherche que sa p opre satisfaction, sans s'occuper de celle de l'objet aimé.
Dans votre' billet, vous me faites pressentir que vous voulez mettry à exceuli n de sinistres projets. Est-ce une preuve d<altachcmeni que vous croyez me donner? Si vous vous tuez, vous ne pensez qu'à vous délivrer plus promptement d'un ni»! qui doit mourir de lui-même; vous ne penserez pas un seul instant que vo s empoisonnerez toute ma vie de funèbres souvenirs; si vous m'aimiez comme vous le dites, mon bonheur ne serait-il pas le plus cher de vos désirs?
Après l'amour, surtout après un amour sans réalité, basé sur des chimères, tel qu'a été le nôtre, vous avez encore du bonheur à recevoir de moi, j'en ai à recevoir de vous.
Refuserez vous îhsn amitié, une douce et sincère amitié, sans exaltation, sans illusions? Et n'aurez-vous pas quelque plaisir à assurer mon bonheur, à le compléter par votre affection? Mou bonheur n'en sera-t-il pas un pour vous, comme le vô rc pour moi, si je vous vois jamais jouir d'un bonheur rtel et durable, et non savourer des illusions trompeuses?
J'ai appris par une voie indirecte que vous vous êtes porté ii des violences contre monsieur Edward. Me promettez-vous de ne jamais rien faire ni contre lui ni contre vous? Si vous me le promettez, je le croirai.
LNXXII.
STflPIIEN A MAGOT. Li;i\E.
Voilà ce que vous me demandez, Magdeleine :
De renoncer à tout ce qui faisait le bonheur de ma vie et de vivre d'une vie creuse et vide; de mourir lentement de douleur, au lieu de mourir d'un seul coup ;
De vous livrera un autre, de respecter la vie et la tranquillité de celui qui m'arrache votre amour et mon bonheur etle cœur : moi qui aurais voulu écraser soi:s les pieds l'homme assiz bardi pour vous regarder d'un œil de désir.
Voila ce que vous me demandez î
El cependant, comme il me faut votre bonheur avant tout, comme il m'est plus cher que ma vie mi le fois, je ferai tout ce que vous c oirez nécessaire à votre bonheur, qui jamais n'aurait dû être séparé du mien.
Mon amour pour vous est un culte ; monsieur Edward, sous votre protection, e.-tà l'abri de ma vengeance, comme le criminel dans un temple était jadis hors de l'atteinte des lois.
Je ne lui demande qu'une chose, c'est voire bonheur ; il fuit qu'il vous fasse heureuse, il faut que ce soit L seul but de sa vie, car je lui demanderai un compte sévère de chaque instant, de son existence qui ne vous serait pas consacré, d'une seule larme que je vous verrais répandre,[d'un soupir que je vous entendrais étouffer, d'un seul nuage, sur votre front, d'un seul de vos désirs qui ne serait pas satisfait ; il faut que vous soyez heureuse, voire bonheur me coûte assez cher pour que j'y tienne, puisque vous croyez que pour votre bonheur il vous faut tuer le mien.
Il sera voire époux, j'assurerai votre tranquillité et la sienne, non pour lui, que je voudrais écraser comme un reptile, mais pour vous, pour votre bonheur, puisque vous avez mis votre bonheur en lui.
Je ne me tuerai pas; si je meurs, ce sera de douli ur, et pour no pas vous paraître désagréable, je tâcherai de mourir en souriant.
Quand vous aurez un enfant, vous me le donnerez; je j'élèverai a'ix lieux où nous devions vivre ensemble, où nous devions élever nos enfaris à vous et à moi.
SIAGDELEtXE A STEPIIEN.
Vous êtes le plus généreux des hemmes, Stephen; le ciel vous doit une récompense : vous l'aurez. Vous avez encore la fièvre, mais elle se passera, et alors vous comprendrez que pour vous et pour moi l'amitié vaut mieux que l'amour; ce que vous aimiez, ce n'était pas moi ; ce n'était pas une femme, c'était une divinité, une fille de votre imagination; votre amour aurait exigé de moi des perfections que je n'ai pas, qui n'appartiennent pas à une mortelle.
Mon amitié est à vous, Stephen, à vous pour la vie, et comme elle n'est pas fondée sur des perfeclions imaginaires, mais sur ce que v< us êtes Tellement, elle ne pourra ni s'éteindre ni décroître.
J'ai encore une prière à vous faire.
Cette fois, je ne m'adresse pas à votre cœur, mais à votre honnêteté.
Je ne puis épouser monsieur Edward en laissant un lien entre vous et moi : il faut que vous me rendiez mes lettres, non que j'aie pu penser un moment que vous soyez capable d'en abuser, mais je n'oserais jurer à mon époux d'être à lui lant que vous les auriez entre les mains.
Cette demande va vous révolter, vous allez refuser; mais attendez à demain pour me répondre, et pensez que sans cette grâce que je vous demande, tout ce que vous faites pour moi n'est, rien. Songez que ce que je vous demande est un devoir.