‹ Le siècleChapitre 22 sur 173 · LA XXVII · texte numérisé non relu

LA XXVII

m i. MTKcn riiKXDLY r.uiOLE.

Arrivé là de notre récit, nous avons jeté un regard eu arrière, et un scrupule s'est emparé de noi s.

Certes, dans les peintun - avons fai

el des douleurs de notre héros, il y a de ia vérité, ci /iow.s avons payé pour le croire; mais nous ne voyons pas iris clairement pourquoi le lecteur irait quitter ses affaires, ses intérêts, ses occupations, ses haines cl se» amours pour s'occuper aussi longtemps des affaires, des intérêls, des occupations, des haines et des amours d'un homme qu'il ne connaît pas.

Celte idée peut-être nous eût arrêté en noire < ourse, mais plusieurs considérations nous éperonnent cl mois fi ut en avant. Ces considérations, nuis n'avons pas l'intrni ion >i les donner au lecteur, noire modestie nous portant i noue que si les aventures de notre héros l'inléressri ; peu, les noires ne l'intéresseraient pas du tout au cas contraire, c'està-dire si nous avions le bonheur de chatouiller sa curiosité sur une chose relative :'i nous, nous en userions oonrm • d'un bien inespéré, et, pour qu'il s'occupât de nous i lus longtemps, nous la sont prit faire des conjectures et des hypolb

Car il esl que Charl - ::teur,

i nus ait payé ce livre d'avance, cl que le Hoir soit aujourd'hui l'acquittement d'une d

il '.si possible encore que ce livre offert au public soit écrit

SOUS LES TILLEULS

SI

pour une seule personne, destiné seulement à être lu par elle.

Il est possible...

Tout est possible.

Ouni qu'il en soit, le scrupule <|ui nous aarrêté un moment comme une pierre cachée sous l'herbe, nous a donné l'idée démettre dans noire livre quelque chose d'utile.

Etablissons l'utilité de ce que nous avons à dire.

Il y a des gens qui, sur le point de faire la nuit une route dangereuse, refusent de prendre des armes sous prétexte qu'ils n'ont pas peur.

A notre sens, nous avons meilleure opinion du courage de l'homme qui charge ses pistolets ou assure dans sa main un lmn bâton, un rotin, ou un cornouiller, on une épine, qui sont les seuls bâtons dont on puisse raisonnablement se servir, \u que nous pensons que dès l'instant que l'on se charge d'une canne, il faut que cette canne soit une arme.

Aux gens qui reftisi ut de s'armer demandez ce qu'ils feront s'ils sont attaqués, ils vous répondront : « Nous ne serons pas attaqués-; » cl cela autant de fois que vous jugerez convenable d'adresser la question.

A cela nous répondons pour eux s'ils sont attaqués, ils rentreront chez eux sans bouise, sans chapeau, sans redingote, sans pantalon, sans bottes et sans chemise, vêtus simplement de leur peau, si tant est qu'un peu de résistance n'ait pas toreé les agresseurs ù l'endommager.

Nous ne voyons pas plus de courage à s'exposer à un danger auquel on ne croit pas qu'à mettre le pied sur un plancher que l'on sait ou que l'on croit, ce qui est la même chose, parfaitement soli le.

Consequeinnunt, quand nous aurons dit que la chose utile que nous voulons placer ici est l'indication claire et précise du meilleur terrain possible pour un duel, beaucoup de gens crieront et s'exclameront, disant eue le duel est une chose que l'on doit éviter, que c'est un mal qui ne devrait pas exister, et qu'il est inutile et immoral de donner des conseils aux gens sur ce qu'ils doivent faire après une action qu'ils ne feront pas. A cela nous répondrons d'abord que, le duel lù'.-il un mal, il faut cire prêt à tout ; que tel homme en sortant d'une maison où il avait parlé éloqueniment pendant une heure et demie contre le duel a, ni sortant, ététiré de sa méditation philanthropique p:ir un coup de coude qu'a suivi une querelle qu'a suivie un coup d'épée.

Ce qui s'explique facilement par cela, que la raison fait toujours de sang-froi I des lois pour les hommes sous l'empire des passions, comme un tailleur qui prendrait mesure d'un gilet a un homme après un mois de diète: le giltt sera trop étroit et crever;'. Or. gomme le duel est toujours possible, il est inutile de joindre aux divers désagrémens qu'il entraîne, l'incertitude sur le terrain où il doit avoir lieu, de longues et fatigantes recherches qui n'sboutissent le plus souvent qu'à prolonger une situation pénible et à se placer dans un lieu où l'on est exposé a des regards au moins désagréabl is.

C'est le seul but que nous ayons en donnant l'indication de ce terrain, qui est réellement le plus convenable auprès de Paris. Nous ne conseillons à personne dé se faire une querelle exprès pour en profiter, à l'exemple de l'ami avec qui nous avons levé le plan et qui nous disait qu'il allait être plus pointilleux pendant une sen aine, lai t il lui sel iblait agréable de se battre en si belle plac ,

\o s sorte/, de Paris par la barrière des lions-Hommes, vous gagnez le pont de (.rené le, que vous traversez; puis, sur la rive, vous suivez le cours de l'eâu, vous faites cent cinquante pas sur la grève; à gauche, vous trouverez une petite ruelle ai coin de laquelle esl un marchand de vin: elle s'appelle rue Javelle, t ne f. brique de charbon animal élève au-dessus une épaiss ramée dont foJeur s'étend au

loin 1 1 1 eu VOUS gui !t r . VOUS entrez dans la rue, bordée d'un

côté pat une haie d'aubépine ; vou z un.' barrière

de 1 leV/tni d il des sureaux.; vous

H. n e barrière, et, un peu à droite, vous

,;é. om . mi pla t forn c or.ie i omme •!( s dalles et en usi e dai ' :i P us de six pieds de profondeur. Là, vous

è.es a l'ai .; ùe ous I s re^aids, sur un terrain ferme et nulle . enl glissant.

Que Die:; favorise la bonne cause!

Si tant est que. dans une querelle, il puisse arriver qu'on n'ait pas tort tous les deux.

Si par hasard il advient que l'affaire s'arrange sur ie terrain , —

Ce qui est la plus sotte chose qui se puisse imaginer, car te que le duel a de sensations pénibles est dans le temps qui le précède, mais nullement quand on a l'épée à la main, 1 e notion étant alors complètement nulle-, —

S'il arrive que l'affaire s'arrange et que vous veuillez vulgairement déjeuner, vous reprenez le même chemin pour gagner la rivière, et vous suivez le. courant jusqu'il une petite île bien verte; vous appelez le batelier, lequel fait d'excellentes matelotes et vend un petit vin ilair qui exhaie un délicieux parfum de raisin, à tel point que nous, qui d'ordinaire ne buvons pas de vin, lorsque nous allâmes lever le plan du terrain pour vous le transmettre, nous en bûmes plus d'une bouteille, ce qui nous rendit pour le reste du jour excessivement gai et facétieux.

Et encore, avant de poursuivre, nous devons demander pardon aux lecteurs, si ce livre en a, ee qui nous parait extrêmement désagréable de ne pas croire, des fautes et des négligences qui fourmillent en lui, et à cet effet nous transcrivons un fragment de lettre qui en fait foi.

Mon cher monsieur Alphonse,

» J'ai lu les épreuves de votre livre; je pense que vous éviterez de légères incorrections, à cause que, sorvent répété, de suite pour tout de suite, etc. etc.

» Tout à vous, ii

Lxxxvm.

Cn jour Sleplien se leva, et, sans rien répondre aux questions de [a vieille femme, qui le regardait, il s'habilla et se mit en route pour sa petite maison au bord de la rivière.

Le soleil était ardent.

Le jardin était devenu bien beau. On ne voyait plus la façade de la maison, tant les grands églantiers avaient poussé de feuilles et de fleurs, tant la vigne-vierge et le houblon avaient étendu leur sombre et large feuillage.

Il parcourut tout silencieusement, de temps h autre s'ar-

rêiant aux endroits qui réveillaient les souvenirs les plus

cuisan&, Il arriva au vivier : « Ce treillage, dit-il. elle l'avait

demandé pour que nos enfans ne tombassent pas dans l'eau.

le n'aurai jamais d'enfans, moi. >>

Et du pied il brisa et renversa le treillage.

il arriva à la petite tonnelle : u Ce petit banc où il v avait deux places pour elle et pour moi, je n'y viendrai que seul maintenant; ces beaux chèvrefeuilles et ces l eaux églantiers, leurs guirlandes parfumées devaient ombrager sa tête et la mienne.

» Il n'y a pas besoin d'ombre pour moi tout seul."

El il arracha les chèvrefeuilles et les églantiers, et les mit en pièces sous ses pieds.

Et avec un bâton il se mit à hacher l'aubépine en Heur de la haie qui entourait le jardin.

Il arriva aux tilleuls-, leur jeune feuillage s'était épaissi , il enleva de l'ecorce leur chiffre a Viagdeleine et à lui, qu'il y avait tracé pour rappeler d'autres lieux et d'autres jours.

fil était le jardin fleuriste destine à monsieur l\luV*r; une belle planche de tulipes était ru Heur, ainsi les renoncn'c el les anémones, el une belle collection de rosiers : la terre en un instant lui couverte de buis débris.

Puis il cuira dans la maison; il trouva dans la chambre née a monsieur MO le/ des livres de science, d'horticulture, il les déi liir.i.

i is.il monta i la chambre tapissée de bleu.

<■ c'était notre chambre ! »

El involontairement il repassa dans son esprit lotit le bonheur qu'il avait espéré.

ALrnnxcr: kap.r

Et quand il pensa que tout cela était perdu pour lui, il entra en fureur et arracha et mit en lambeaux ia tenture bleue de la ebambre, et brisa un beau miroir destiné à Magdeleine.

Et, parcourant le reste de la maison, il détruisit tout ce qui avait été apporté pour elle.

Faites voire jeu, messieurs.

Pendant plusd'un mois ensuite, Stephen erra de côtés el d'autres, sans but et presque sans repos; marJianl dans la campagne des journées entières, sans voir personne, sans dire une parole; quelquefois se couchant au soleil dans la grande herbe, au bord de la rivière, et immobile comme une pierre, repassant ses souvenirs en pleurant; souvent une sombre fureur s'emparait délai quand il sedemandait:— Tandisque je pleure ici, que fait-elle'.' Oh! se disait-il, elle n'est pas encore levée, elle est au lit, dans les bras de son mari ; et alors il marchait a grands pas du côté de la ville pour aller étrangler Magdeleine de ses mains et écraser sous ses pieds la poitrine d'Edward.

Un jour seulement il alla jusque-li, et comme il traversait la •promenade, il vit Magdeleine au bras d'Edward; des hommes et des femmes parés les entouraient. Magdeleine parlait, et sans doute ses paroles étaient moqueuses, car tout le monde riait en les entendant. Stepben s'arrêta sans pouvoir ni marcher ni respirer, obligé de s'appuyer contre un arbre.

Les passans se retournaient pour voir Stepben ; sa ligure était horriblement pâle et décharnée; ses cheveux, mal peignes, retombaient sur ses yeux; ses vétemens étaient a moitié déboutonnes et très déchirés; sa chaussure n'était pas cirée ; depuis bien longtemps la brosse n'avait touché ni son chapeau ni ses habits.

Aussi quand Edward 't'aperçut, il détourna de lui les veux avec dégoût, entraîna Magdeleine et remonta avec elle dans sa voiture : leur départ laissa Stepben comme stupre ; ce ne fut qu'au bout de ongtétaps qu'il s'aperçut qu'il était devenu l'objet de l'attention générale et qu'un cercle s'était formé autour de lui.

Il promena sur ceux qui l'entouraient un regard d'étonnément et de dédain, et comme il fit un pas la foule s'écarta avec un sorte de i rainte et le suivit à que'qiii l jusqu'à l'extrémité de la promenade

Comme il rentrait dans la ville où il demeurait, il i Ira une ancienne connaissance, Wilhem Girl, qui autrefois lui avait servi de témoin d;ins un duel et auquel il avait négligéUe porter, selon sa promesse, une récompense pour le service qu'il lui avait rendu.

Rien n'était changé pour Wilhem; le soleil n'avait plus guère qaedetfx heures à restera l'horizon, et Wilhem fumait couche sur l'herbe, au pied de la haie, du côté opposé à i oii Stepben l'avait trouvé autrefois.

S'ephen l'aborda et se fit reconnaître.

— Far la mémoire de mon père' dit Wilhem. je ne vous aurais pas reconnu. Vous, autrefois si leste, si bien portant

aVlV u "" -i animé et une démarche si vigoureusel vous

êtes bien Aangé; vous étiez maigre déjà alors, mais quelle différence aujourd'hui! Vous antres hommes de ville vous vous tenez comme des 0eurs dans une cave, et puis

vous rongenl le cuir : si vous étiez comme moi, resté au soleil, vous ;mrie/ conservé votre sauf,'.

l mme ils pariaient, un homme mis avec élégance et monté sur un beau cheval s'approcha d'eux et dit il Stephen •

- Mon ami, porte celte lettre a son adresse; si tu v mets de la diligence, lu n'auras pas a t'en repentir. ,ie t'attend

Slepben sans lui répondre fit signe à Wilhem. qui prit la let're et partit.

L'éirâuger attacha son cheval et s'assit à une petil tance ,ie Stephen. Pendant linéique temps il siffla

dents, puis, avec '.. . s'amusa à couper les petites

s brins d'à

Et quand il se fut pa le temps pour qu'il put es-

pérer de voir revenir \\

sur le chemin qu'il avait pris. "Plusieurs lois il se leva pour aller au devant de lui jusqu'à nn endroit ou un monticule permettait d'ctei dre la

Enfln \\ Ihem arriva; il rapportait une lettre; l'éli hésita à l'ouvrir, comme un homme qui craint di dernière i - quemenl lit sauter le cacbel et

lut capidemi nt, En lisant, il pâlit et passa la main sur ses jeux comme si un nuage l'empêchait de voir ; il relut ne seconde fois.

— Malédiction : s'écria-t il. C'est impossib'e.

Il relut encore la lettre, et ses bras tombèrent de stupéfaction et d'abattement.

Puis il marcha a grands pas, d après avoir jeté quelques de monnaie à Girl, i! monta sur son cheval, lui donna des deux éperons dans les flancs et, comme il s'élançait, ie retint si brus paemint, qu'il s f cabra el faillit ie i puis il le laissa aller au pas, plongé qu'il était dans un mon e a] r.ttement.

Quand Stephen eu! réparé son oubli a l'égard de Girl, i! i en route et bientôt rattia, a le cavalier; il avait laissé tomber sa cravache,: Stephen la ramassa et la lui rendit.

— Je vous remercie, dit l'étranger. Suis-je sur la bonne routi ?

— Où voulez vous aller? dit Slepben.

— Ma loi je n • sais pas. Ce que j'ai demie ix a faire, continua t-il à demi voix et se parlant à lui-même, c'est, jeen , d'aller au fond de la rivière ou de me faire saut r !

— Von; éts d'heureux coquins \ i s autres, ajoda-l-il haut ; vous êtes :, l'a! ri decc qui me tue aujourd'hui.

— Je ne suis pas un coquin, dit Stephen rn amèrement, et en :ore moins je suis heureux, cl je doute fort que vo réparables que les miens.

L'étranger ; ai l surpris d : la-ngaj a di il le re-

garda, et avec le tact d'un homme qui a vécu dans je monde, sans lui lémoi ;ner de surprise ni lui deman du ton ave: lequel il l'avait traité, il mit son du val au de Stephen ; et du ton dont on parle a son égal :

Monsieur, dit-il, ma position e l'ai perJu quinze

mille florins au j iu avec un baron de w ersheim. Je su s snr qu'il a triché et m'a volé indignement. Je n'ai pu m'empê lier de le dire ; il a fait le geste de me donner un soufflet; on m'a arrêté comme j'allais lui casser un fauteuil sur la tête -je lui ai demandé raison; il m'a répondu que ce serait une manière trop commode de payer ma dette et qu'il ne 'se battrait a\-c moi qu'api avoir reçu son argent : que si j'y tenais, il fallait me p ■ ttendu qu'il pari demain au soir.

» Eh bien! j'ai ta-, t dépensé d'argenl l'hiver passé, qu'il m'est impossible de réaliser cette son. me avant une semaine. Je viens d'écrire à nn oncle pour la li i emprunter. La vii bête m'a refusé. Je n'ai d'autre ressource que d'aller briller la cervelle au baron de We sheim el de m'en faire autan)

après. Mais, dil l'étranger entre s s dents cl après ;w .ir

examiné le costume dé* Stephen, à quoi m'amuse je a \

raconter (■•■la. si ce n'es; qu'au moment de prendre une grande résolution on s* donne des prétextes pour ajourner sa dérision et l'on se plaît à laisser flâner s in esprit.

— Allons, dil Stepben, répondant a une Idée qui roulail dans sa tête depuis quelques minutes Miens.

Monsieur, conlinua-t-il, peut-être n'avez-vous pas eu tort autant que vous le croyez tic me confier votre situation, car je puis vous prêter les quinze mille florins.

— \ ousl dil l'étranger avt un dout i 1res prononcé.

— Moi. dit Steplien.

El romme ils étaient près de la maison, il entra, prit un t lui dit :

— Voici un outrai q ti vaul le double; il vous sera

r uver a rin

SOLS LES fILLF.ll S.

mon étounemcni ni ma reconnais ance; je sais a vous a la vie, à la mort, ci je, ne s^rai pas ingrat. Vous me donnez plus que la vie, vous me sauvez l'honneur; j'accepte votre offre comme un secours qui nie viendrait du cipJ . demain au soir vous nie revenez; donnez-moi votre nom et votre adresse.

Quand il fui parti, Stephen songea qu'il avait peut-être compromis gravement sa petite foitune: — Bah! ilit-il que me l'ail cet argent, puisque ce n'est pas pour elle?

Plusieurs jours se passèrent sans qu'il reçût aucune nouvelle de l'étranger.

Pendant ce temps, il alla souvent voir Fritz; l'aspect du bonheur calme et continu dont jouissait le pêcheur au milieu de sa femme et de ses enfâns lui serrait le cœuf au point qu'il quittait la maison pour pleurer en liberté, et insensiblement sa douleur farouche se changea en une tristesse morne et en mélancolie.

QUE l'inconséquence est une conséquence nécessaire

DLS PASSIONS.

Pendant dois jours Stephen travailla, bêcha, replanta.

Il voulut, rassembler autour de lui tousses souvenirs; lit. retendre la chambre bleue, remplacer les livres de monsieur Millier et refaire son jardin fleuriste.

Le treillage fui relevé autour du vivier, et lui même refit le berceau au-dessus du. petit banc.

't'ont autour de lui devint comme si Magdeleine eût été sa femme el eût habité avec lui la petite maison.

Dès le malin il se levait et allait s'asseoir sur le banc de verdure; la, il tirait de son sein la seuba lettre de Magdeleine qu'il eût clandestinement conservée , et, après l'avoir lue, restait la tête pendante sur la poitrine, le regard fixe et immobile

Cependant le soleil montait à l'horizon. 11 colorait d'un reflet jaune la rivière qui coulait au bas du coteau.

Puis, arrivé au zénith, il semblait dévorer la terre.

Puis, dans dis flocons de feu et de pourpre, il se couchait.

Et S'.eplicn n'avait pas fait un seul mouvement de tout le jour.

Alors la voix retentissante de Fritz l'appelait pour dîner; il se 1 vail et lentement descendait à la rivière, où il trouvait le bàleau de Friiz.

El le soir, seul, par les belles nuits calmes, ou souvent encore par : es vents tourbîllonnans qui précèdent l'orage et balancent l'eau en larges lames, il prenait le bateau de Fritz et allait errer sur la rivière, et il chantait les airs qu'il avait autrefois entendu chanter à Hagdel ine, et cette chanson de Goethe qu'elle lui faisait répéter souvent :

M;i i idl 'ssp c'est la faillir,

Un cii 1 il' /. \r, d; verts tapis, oie.

Et alors, pour quelques instans, il revivait de sa vie passée,respirait le même air et retrouvait es mêmes sensations, et restait, n'osant plus ni parler, ni remuer, ni respirer, dans la rrainle de rompre le charme el de retomber du ciel,

où l'avaient emporté ses souvenirs, sur la terre dure, où se brisait cette dernière illusion.

DE I.A ftlSIULT.

Qui me rendra cet âge oh, dans son innocence-,

i ■• cœur danse aux chansons que chante l'espérance ?

Chacun de nous sur un banc à l'écart

ihuni rj le SOleil.cel ami du vieillard; Et souriant encore 9 l'aspect d'une femme, Au feu ilev souvenirs réchauffera son .une.

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