ANXIETE
L'herbe que ses pieds ont touchée,
Dont la pointe encore DBRchée
Semble avoir couservo l'empreinte 'c ses pas.
SCIIII.LKB.
J'ai marché depuis le dîner; je r.nt'e harassé, il n'est qm
huit heures ; en montant ta ma chambre, à travers une mince
cloison, j'ai entendu d-1 la musique, deux voix reun es. Elle
et lui !
J'ai appliqué mon oreille h la cloisin ; ce qu'ils chantaient*,
I c'était une joyeuse chanson. Il m'a semblé que s'i s avaient
ALPHONSE K.ARR
chanté un air plus tendre, j'en aurais ressenti un mal affreux.
O mon Dieu ! que se passe t il donc en moi ? Mon cœur est serre comme si j'allais pleurer. Je sens contre mademoiselle Miiller des niouvemcns de haine ; il me semble que ce cousin, ce Schmidt aux onéreux blonds, me vole un bien qui m'appartient, que le regard et la voix de Magdeleine sont à moi, qu'elle est coupable envers moi !
Que fait-elle cependant ? Elle reçoit bien et convenablement un parent, un ami d'enfance ! Et moi, étranger, inconnu, qu'ai-je liroii d'exiger? Rien, que de la politesse. Et qui nie l'a refusée? Mais j'.-.i vu s;i|main dans celle de Scbuiidt; elle ne la retirait pas; el quand mon regard s'est fixé sur ele comme pour l'interroger, elle a détourné les yeux, elle n'a use le soutenir.
Pourquoi ? Pauvre fou que je suis ! m'avait elle promis quelque chose? Est-elle ma femme ou ma fiancée? M'aimet -elle ou m'a-t elle dit qu'elle m'aimait ?
Et pourquoi m'aiinei ait-elle? lui ai-je dit que je l'aimais? Et l'aimé-je, moi, qui, jusqu'à ce jour, l'ai regardée comme on regarde une belle fleur, ci mine on regarde une fauvette qui sautille harmonieuse sous la feuillée verte?
Cependant, quand ce Schmidt lui a pressé la main, il m'a semble qu'on m'ai Tachait violemment quelque chose du coeur; quaml i Ile i iait ave.; lui qu'une ioie douce et sereine brillait sur son front it dans ses \ciix, j'ai senti qu'elle n'avait pas le droit de prendre un bonheur qui ne vient pas de moi.
C'est une lièvre, une fièvre qui sera pass.ee demain : heureusement qu'on n'a rien \u; on en aurait ri... Blagdeieine rire ne moi l U'éil une fièvre, ii feu« dormir; nonj'ai besoin j d'air, je vais retourner au jardin...
Qu'y viens-je l'aire? H me seniblé qu'il reste quelque chose d'elle dans ne feuillage qui a répandu de l'ombre sur sa tète, dans ce ^azon sur lequel elle a marché.
La porte se ferme; c'est monsieur Schmidt qui sort, Geneviève l'éclair?; j'ai un poids énorme de moins sur la poitrine. A travers les vitres, je vois une lumière qui passe; c'est clîç qui la porte : oui, la lumière brille à travers les rideaux de sa . ï i a u lire.
Elle se "couche, elle va dormir calme et paisible quand mon sang bulle dans mes veines. La lumière est éteinte, je ne vois , lus q e la faillie lueur d'une v. iileuse.
J'ai bien h. soin de repos, et je ne puis rester un instant à la même : la : e vais ri monter dais ma chambre ; j'envoie de 'a h .on u.i ' ai ■■' r vers sa il ambre. Où va-t-ll? Il m'a semblé que nus lèvres touchaient son fiont si blanc, si j ur. Non i on, c'est la fièvre...
Je s i . d t< s ma chiHi re, sur mon lit. Enfant! j'ai fait du bruil en montant pour qu'elle m'entendit, pour qu'elle fût forci e de pen eràn oi, pour q cette idée fin la dernière en fermant les yi ux : — Voi'à monsieur Steplien qui monte chez lui.
EDWARD A STLPHEN.
J'atti nds toujours une réponse, et quelle que soit ton obstinaii" a gard r le silence, je ne me découragerai pas; je t'écrirai lo les les sema nés, ions les jours, et d'ailleurs, comme il h \ a entre nous que dix lieues, un de ces malins je monterai à c<,e>;.. et tu mu verras prendre d'assaut ta retraite.
Persot ici, excepté moi, ne te défend ; on te blâme d'avoir ainsi .piiite la famille, d'avoir renoncé à un mariage avantageux sons le rapport de la fortune, honorable sous celui des couvenauces , el 1res désirable eu égard à la jeune
filie, q i belle et spiritue le; je te jure qu'a ta place je
m'en si r I ; arfai rraenl accommodé. A propos de mariage, le mien est rom| u d'il • : , et voici comment :
Hiersi.ii- j'étais rhez la mèie de Maria, seul avec elles deux, ci i ous causions des préparatifs de notre mariage et
de ces menus détails qui rapprochent si bien les distance* du temps. Maria parla de sa parure. E le voulait une robe de salin b anc, j'étais d'un avis contraire : elle n'a pas le teint assez bUnc pour supporter l'éclat du satin; néanmoins, je cédai. —Et vous? me dit-elle. — Moi? dis-je : oh! ma toilette est de peu d'importance : je serai mis c-mme tous les mariés, un costume habillé. — Oui, dit Maria, \ous aurez un panialon collant. — Ma chère Maria, dis-je, je vous demande grâce pour le psntalou collant. — Non, non, dil-elle. je ne veux pas que vous ayez l'air négligé. — Hais, Maria, dis-je, veu ez-vous que les < nrans me jettent des pierres à la sortie de l'église? Laissez-moi déguiser l'exiguité de mes jambes sous le pantalon large. — Au moins, repanit-elle, vous laisserez sortir de la cravate les pointes de col de votre chemise. — Quel enfantillage I dis-je. — Oh! s'écria-t-elle, c'est que ce n'est pas votre usage, et5'-phie faisait l'autre jour la remarque que cela va fort mal, et j'ai annoncé que je vous leiais perdre cette habitude.
Je me trouvai un peu impatienté q ie mademoiselle Sophie se mêlât de nus affaires el que ma fiancée lit déjà para le de son pouvoir sur mon esprit. —Allons, dis je, n'en parlons plus. — Si, au contraire, parlons-; n, dit-elle. — Pourquoi?
— Parce qu'il faut que vous me le promettiez. — Maria, n'avons-nous pas à parler de choses plus intéressantes? — Nous en parlerons après : répondez-moi.— Quelle futilité! - Quel entêtement ! — Eh bien ! je vous réponds.— A la bonne heure.
— Jerestirai comme je suis.— Vous plaisantez, sans doute?
— Non. — Vous montra un fort joli caracière ! — Je me montre tel que je suis,el ce n'est pa> par de pareilles niaiseries que je veux voirs montrer mon amour. — Cela m'apprend à quoi ie dois m'attendre quand je serai voire femme.
— Allons, dit Ta mère, Edward, un peu de complaisance. Je fis un geste d'impatience.
— Tenez, d't Maria, le voilà en colère contre moi, et il dit qu'il m'aime ; voyez comme il a l'air méchant, et cela parce q ie je >eux l'empêcher d'être ridicule! — Maria, c'est médire q te je l'ai été jusqu'à ce jour. — Prenz-le <emme vous voudrez, mais il esi inouï qu'un promis soit aussi peu complaisant. — Mais, si ce qui vous parait bien nie paraissait ridicule, à moi ! — Tenez, vous n'a\ez pas le sens commun.— Maria, ne nous querellons pas pour si peu de chose ; je ne me mêlerai pas de vos aju»i mens, ne vous occupez pas des miens, et que ce sujet soit fini, dis-je plas sévèrement. — Mon gendre, dit la mère, je suis contrainte de vous blâmer.
J'étais horriblement contrarié de cette petitesse d'esprit, et de ce capnee, et de celte prétention à la domination.
— Morbleu 1 madame, dis-je à la mère, méiet-vMs de vos affaires I
— Vous êtes un impertinent I dit-elle — Et vous, deux soties créatures, dis-je, et je pris mes gants, ma canne et mon chapeau. — Edward, dit la mère, songez à ce que vous al cz faire.
J'hésitai ; mais Maria dit :
— Laissez-le libre.
Je partis, el ce matin j'ai reçu une lettre qui m'iaterdit la maison.
Ce mariage était loin d'être aussi avantageux que le tien, el je ne le regrette pas ; d'aillaurs, la fortune île mon oncle me suffira.
Ton frère t'écrit quelques mots, il veui le faire part d'une résolution qu'il a prise.
SOUS LES TILLEULS
EUGÈNE A STENIEX.
Nous as-tu donc oublié, frère, ou as-tu de si grands chagrins que tu ne puisses les confier à tes meilleurs amis?
Notre père le blâme beaucoup de ne pas suivre avec plus de persévérance la carrière qui l'est ouverte et de ne pas commuer les cours à l'université, comme le désire toute notre famille, pour devenir professeur : c'est un moyen d'obtenir de bonnes places bien rétribuées. On dit que tu as une sotte manie de faire des vers et d'écrire, que cela ne mène à rien qu'à mourir de faim ; mais que ton maudit orgueil ne veut entendre aucun conseil, etc.
Pour le moment, on n'est guère plus content de moi; je me suis engagé, je suis soldat; j'ai cédé à une passion violente pou" L'état militaire, à cet instinct qui, au bruit des fanfares des trompettes, me fait porter la main au côté pour y chercher un sabre, et me fait bondir le cœur au pas des chevaux.
Je suis soldat ; il a fallu bien du temps et bien des prières pour obtenir le consentement de mon père ; il m'a fallu essuyer bien des reproches et des sermons; mais enfin tout est fini.
Si tu me voyais, frère, notre uniforme est magnifique.
Et j'ai le plus beau cheval de l'escadron, un beau cheval bai, dont le poil est doux et luisant comme les cheveux d'une tille; ses jambes grêles et nerveuses semblent appartenir à un cheval arabe, et son encolure à un andalou. Sitôt que sonne la trompette, tu l'entendrais hennir et piaffer ; ses pieds frappent la (erre et ses larges naseaux aspirent et cherchent l'odeur de la poudre. Il bondit sous moi et s'indigne de la main qui l'empêche d'aller en avant.
Mon père, qui voulait s'opposera mon engagement, trouve que l'uniforme me va foi t bien et se plaît à sortir avec moi dans les rues de la ville.
De plus, on parle de guerre, mon bon Stephen, et demain nous nous niellons en route pour la frontière. Depuis que la nouvelle de notre départ est arrivée, ce ne sont que dîners d'adieu dans notre famille. On me choie, on me caresse, a me donner presque des regrets de mon départ. Nous allons nous huître, frère; on a aiguisé nos sabres et mis ni état nos pisloltts Tu ne saurais t'imaginer avec quelle impatience j'appelle la première bataille ; mes camarades iront bien vite si je ne suis pas en avant et si je ne porte pas aux ennemis le premier coup ie sabre.
Je me trouve bien heureux de l'éducation que j'ai reçue; je n'ai eu besoin d'apprendre ni à mouler à cheval ni à manier le sabre. Engagé depuis huit jours, je marche avec les vieux soldats, tandis que cent de mes camarades sont forcés de rester eu arrière.
Ne t'embrasserai-je pas avant de partir, Stephen ? Cela me porterail bonheur.