‹ Le siècleChapitre 43 sur 173 · AI · texte numérisé non relu

AI

V, VCDELEIVE A STEPIH !

J'ai bien pleuré de| uis Mer, et ma fièvre s'est calmée.

Aujourd'hui je suis tranquille et raisonnable, car j'ai pris une résolution, uni' résolution inébranl bie. Vous avez eu tort, Stepben ; vous av< /. pour va is et pour moi arrêté l'.iv nir, et cependant l'y voyais du bonheur: je racheta il' renient qui m'avail par le sacriOce de

réputation, de mes devoirs, de ma famille, de mes amis.

Car ce n'élail pas clandestinement que je voulais] nfr à vous ; j'étais à vous tout entière, et j'aurais él \ us aux ;. eux de tous, car mou amour pour vous ne m'humiliait pas . je me croyais si digne d'i el vous m'avez tant

aimée !

t.i vous m'aimezencot mprends maintenant tout ce

qu'il j a d'amour dans cette atroee vengeance. Oh I pour-

quoi avoir ainsi rendu l'amour impossible entre nous! J'avais tant d'amour à te donner en échange du tien ; j'avais amassé tant de bonheur pour toi; je rêvais avec volupté à tout le mal que tu avais éprouvé à cause de moi, car j'avais à te rendre autant de baisers que tu avais versé de larmes: j'avais dans mon âme du baume pour toutes tes plaies Dans ce qui nous reslail à vivre ensemble, n'eût-ce été qu'un jour, j'aurais su le donner du bonheur autant qu'il peut en tenir dans la vie la plus longue.

Mon cœur débordait d'amour, et cette union qui t'a fait tant de mal ne t'aurait rien dérobé, car pour toi j'aurais eu un cœur et des sens de vierge; avec toi j'aurais recommencé la vie

Nous nous serions enfuis tous deux ensemble, et, dans un coin solitaire, seuls au milieu du monde, nous aurions épuisé l'amour; et après avoir vidé la coupe jusqu'à la dernière goutte, nous serions morts ensemble.

vrai, Stephen, il y avait encore du bonheur pour nous, et ii faut laisser la coupe pleine , car nous ne pouvons revenir sur le passé. Tu es plus malheureux que coupable; tu trouverais toujours entre toi et moi l'homme que tu as bien sévèrement puni ; tu me verrais toujours flétrie par son amour, et je ne ne puis offrir à ton cœur une femme flétrie ; en vain tu voudrais chasser cette image, elle te poursuivrait.

Je t'aime, Stephen ; je l'aime encore, et ma dernière pensée, mon dernier soupir sera pour toi : je pleure-avec toi tout ce que nous perdons de bonheur.

Quand tu recevras cette lettre, je serai morte ; je meurs sans désespoir, calme et tranquille, parce que ma vie doit finir là où il n'y a plus pour moi de bonheur possible ; seulement je voudrais mourir sans trop souffrir : mes sens se révoltent;'i l'idée de cette mort violente et de ses dernières angoisses; depuis hier je cherche quel genre de mort je dois choisir pour supporter les douleurs les moins longues et les moins aiguës.

Je meurs et je le laisse de moi encore un souvenird'amour : c'est une consolation en quittant cette vie, qui pouvait ci v être si belle.

Peut-être, dans ton désespoir, tu voudras aussi mourir, car tu m'aimes , et ta vengeance me l'a dit plus que tout le reste.

Mais j'ai un legs à le confier : c'est mon lils, c'est lelils d'Edward.

Ne le 1 ais pas , il est innocent ; pardonne-lui le crime de sa mère, car je le comprends maintenant, c'était un crime : je s.iis aujourd'hui tout ce que lu as dû souffrir. Tu as tué son père : sa mère va mourir; ne le laisse pas s ul et isolé dans la vie; donne-lui un asile, el du paio , donne-lui l'amitié, qui esl en lire plus nécessaire.

J'ai encore une grâce à te deman 1er : quand je serai morte, viens dire adieu à mon cadavre; \i<ns me donner un baiser d'am'our sur ma bouche morte, un baiser de purduti et d'adieu, car le seul que jamais j'aie reçu de toi était un baiser de haine et de vengeance.

El maintenant que je suis près de la mort, il n'y a plus que mon âme qui te parle, écoute-la : elle est pure-, cil.- n'a jamais été qu'à toi; mon corps seul a été souillé, e' déjà i Ile s'en détache. Adieu, Stephen, adieu!

Je le remercie, car tu m'as bien aimée. Oh ! j'ai encore un espoir : si notre âme vit après notre corps, nosdeux âmes se réuniront pour r.e jamais se -séparer; elles se confond! ont eu une seule, car cites étaient sieurs.

j'en étais sûre, je te dirais de te tuer pour venir me joindre.

Mais non, pense ii nus dernières volontés.

Adieu, Stephen ! adieu I le dernier battement de mon cœur va être pour toi, ma det Ole pour toi, ma dernière

respiration pour loi ; poui toi aussi ma dernière pensée; et si au ciel je puis veilh r sur ton bonheur, tu seras heureux : mon àme viendra te voir et le donner des baisers la nuit.

ALPHONSE KAKI;

Page 1