‹ Le siècleChapitre 42 sur 173 · CX XXV · texte numérisé non relu

CX XXV

WEIU'.ISS XEIN-NICBT.

C'est d'après le conseil de Stephen que Magdeleine était al'ée habiter la maison de monsieur Miller ; là elle resta quatre jours seule : elle retrouva le nom de Stephen et le sien gravés sur l'écorce du tilleul; elle retrouva tous les souvenirs de son naïf et poétique ami ur pour Stephen.

Tour lui, il avait besoin de ce temps pour se icmet're de violente qu'il avait éprouvée, et d'ai lèuTS, il voulait laisser à Magdeleine quelques jours de solitude à se livrer sais d- liante à ses souvenirs.

Car c'est surtout quand il n'esl pas là qu'une, femme aime l'amant auquel elle ne s'est pas donné', parce qu'alors elle n'a rten i i raindre de lui, elle s'abandonne sans restriction a l'ineffable douceur d'aimer.

El en effet, c'est un bonheur d'aimer, tel, qui] nous sera-

bl ■ i tonnant de voir des fermes demander de la reconnais^

■ pour l'amour qu'elles donnent, (omme si elles n'étaient

pas assez récompensées, non-seulement par l'amour qu'elles

inspirent, n ais aussi par ce! ti qu'elles rprouverit.

Ces! pou. profiler de l'effet de ci lie solitude sur lecteur et l'esprit de Ha deleine que, le quatrième jour, qui était le jour de naissance de Magdeleine, il envoya devant lui un homme chargé de lui porter d pine et des wergiss-

mein nicht, en souvenir de leurs anciennej amours.

Ce jour-là, il voulut repasser aussi ses souvenirs, et il alla voir la petite chambre qu'il avait occupée quand il était professeur.

Quand il était si pauvre et si heureux d'espérance, si riche d'avenir.

Puis, eu s'en allant.

Couché au soleil, près de la haie, il vit VVilhem Girl qui fumait tranquillement sa pipe.

Il avait pris ses précautions pour arriver près de Majdeleine peu de temps après son messager; il la trouva sous l'allée de tilleuls, tenant à la main le bouquet qu'elle venait de recevoir, livrée à une vive émotion, et, sans s'en apercevoir, laissant couler ses larmes.

À son aspect, elle les essuya et lui dit : « Edward ? ■>

Stephen sentit ses dents grincer en entendant que c'était le premier mo' qu'elle eût à lui dire; mais il répondit doucement : » Il doit être en route et à moitié chemin ; « puis il s'assit près d'elle, et ils restèrent longtemps sans parler; reniant d'Eward et de Magdeleine le reconnut. Il lui donna quelques friandises.

Lu long silence régna encore.

— Magdeleine, dit Stephen, ce jour ne vous rappellc-l-il rien?

— Oh si ! et il n'est pas généreux à vous d'avoir ranime ce triste souvenir en m'envoyant ce bouquet.

— Pourquoi, Magdeleine? Si votre vie présente appartient à votre époux, votre vie passée est à moi ; il n'y a rien dans ces souvenirs qui blesse vos devoirs. Ce jour que nous nous rappelons tous les deux, nous étions ici, sous ces même* arbres, près l'un de l'autre comme aujourd'hui. Oh! Magdeleine, que la vie alors était belle pour moi ! que j'étais fort avec votre amour t

11 y eut encore un silence, pendant lequel tous deux recherchèrent leurs souvenirs sans se les communiquer. Puis Stephen :

— Oui, c'était beau! mais plus tard, quelle amère déception, quelles horribles souffrances! Je ne sais, Magdeleine, mais je crois que pour votre bonhrur propre, vous avez eu tort; vous avez dans le cœur trop de noblesse et de poésie; le cœur de celui que vous avez choisi pour votre ép ,.x n'est pas en harmonie avec le vôtre.

» Et moi, je vous aimais tant, je vous aurais tant aimée ! toute ma vie n'aurait été employée qu'à vous rendre heureuse. »

Il se leva et fut plusieurs jours saus revenir.

Il lui avait conseillé de ne voir personne, sous uu prétexte de bienséance, mais, en vérité, pour la laisser dans la solitude, livrée entièrement à ses souvenirs et aux émotions qu'il lui laissait.

« Oui, Magdeleine, dit-il un jour, j'ai bien souffert ; toute ma force, toute mon énergie se sont usées dans les larmes et les nuits sans sommeil.

« Vous avez été envers moi plus cruelle mille fois que si vous m'aviez assassiné à coups de couteau.

» Vous ne compreniez pas l'amour, Magdeleine; vous ne sentiez pas que lui seul (omm.indo; que les lois divines et humaines, devoirs, bienséance, patrie, honneur, amis, pareils tout s'évanouit devant lui.

» Vous auriez été si heureuse, Magdeleine; jamais divinité n'a été adorée comme je vous adorais ; je n'avais pas d'autre religion que vous; vos regarJs leeondaient mon àme plus que le soleil ne féconde la tei ire.

» Oh! Magdeleine, si vous m'aviez aimé1 Pour vous j'avais anadi i de mon cœui tous les ani-'urs, i es les pensées, et, pour prix de tout cela, vous m'avez rail éprouver des tortures qu'il est impossible d'exprimn \ i m'avez fait perdre ma croyance à l'amour! i

ALPHONSE KMtli

I XK MIT.

One nuit qu'avait précédée une conversation de ce genre, Magdeleine ne doumit pas : la pauvre femme, depuis longtemps, quand elle dorraai., c'était d'un sommeil fatigant et agité; elle comprenait l'amour et elle le rçssentait avec d'autant plus de force et de désespoir qu'elle le voyait impossible et qu'elle ne se défendait pas de ses émotions, parce qu'elle se comprenait bien coupable envers Stephen.

— Oh ! se dit-e'le, il a laison, l'amour est plus fort que tout; que sont auprès de lui 'es vaines exigences «"u monde, cette richesse à iaquel'e j'ai sacrifié lui et moi? Malheureuse! je le comprends trop maintenant, ce bonheur qu'il m'offrait et que j'ai repoussé; et lui, l'Infortuné, que de mal je lui ai fait! que de reproches amers me font son regard triste, ses joues creuses, son front sillonné de rides, elles les larmes qui quelquefois roulent dans ses venu !

« Oh! si je pouvais par le sacrifice de ma vie effacer tou'es ces douleurs, avec quel bonheur je mourrais, car je l'aime, je l'aime de toutes les forces de mon âme ! Il est si grand, si noble, son esprit et son àme sont si élevés audessus des autres hommes ! son regard a tant de l'eu et d'amour ! et, plus que tout cela, il m'aimait tant ! il m'aime encore.

» Oui, oui, j'ai un devoir à accomplir; lui et moi, nous souffrons, nous souffrons horriblement; il n'y a pas de remède à nos maux, car je suis mariée.

» Mais nous pouvons réunir nns douleurs, les supporter ensemble; je veux lui dire que je l'aime, que je l'adore.

» Et j'implore sa générosité.

» Il n'abusera pas de mon cœur; nous souffrirons, nous pleurerons ensemble, ci il sera moins malheureux, il croira encore à mon amour; il aura une àme sœur de la sienne, une àme qui le comprendra. »

Et le lendemain, quand Stephen vint, elle lui dit :

— Je vous ai fait bien mal, Stephen, et je comprends tout e* que vous avez souffert, mais vous êtes vengé car je souffre bien aussi.

« Je suis mariée, je suis mère;

» Et je vous aime; oui, Stephen, je vous aime et jamais je ne serai à vous.

» Je vous aime, et mon amour est un crime, un crime qui déshor.ore, moi, mon mari et mon enfant.

» Maintenant, mon ami, réunissons nos douleurs et portons-les ensemble, élevons-nous par le courage et la vertu au dessus du sort qui tipus a si rigoureusement frappés. »

— Du courage I de la vertu ! dit Stephen ; à quoi bon ? où en est la récompense? Oh ! Magdeleine, lu m'aimes ; que les préjugés des hommes ne viennent pas encore se placer enlre nous !

Il la pressa sur sa poitrine, leurs lèvres se. touchèrent, mais Magdeleine devint glacée d'effroi. Stephen s'en aperçut et la quitla.

CXXXYIII.

SOUS LES TILLEH.S.

Quelques jours se passèrent ainsi. Magdeleine était bien malheureuse : le baiser de Stephen brillait sa bouche, et son cœur, et ses entrailles.

Epouse d'Edward, elle connaissait les plaisirs des" sens; mais elle ne savait pas tout ce que l'àmc y ajou:c de ce este.

La nuit, il n'y avait plus de sommeil pour elle, les désirs la dévoraient; elle se roulait en pleurant sur son lit, invoquait, contre le feu qui la brûlait, Dieu et la mémoire de son père.

Stephen, qui long-temps avait eu des maîtresses qui ne lui inspiraient pas d'amour, avait étudié froidement les fem-

mes ; aussi s'apercevait il, à la fatigue et a la pâleur du jour, du désespoir et des tourmens de la nuit. H excitait celte impression par des caresses qui ne pouvaient alarmer Magdedelcine, ne voulant rien risquer et attendant qu'e le s'aban. donnât tout-à-fait.

Tl mettait son esprit à la torture pour comprendre comment elle pouvait garder tant de réserve avec lui; enfin, il avisa que près de lui l'idée de ses devoirs et la crainte de succomber étaient assez fortes pour annuler et son amour au moral et ses désirs au physique, et qu'ils ne reprenaient leur empire sur elle que lorsque, seule, elle croyait pouvoir s'y abandonner sans danger.

In jou'-, il resta avec t Ile jusqu'au soir ; il parla avec éloquence, avec entraiuemenl, tt, la pressant sur son cœur, posa ses lèvres sur celles de Magdeleine.

— Oh! Slephen, lui dit-elle, je vous en prie, laissez-moi ; allez-vous en , je vous en supplie !

Stephen obéit.

Et alors, seule, elle se prit ù pleurer, prononçant à voix basse le nom de Stephen, n couvrant de baisers l'arbre sur lequel il avait posé la main, lé gazon sur lequel il avait marché.

— Oh! Slephen, disait elle, je t'aime, je t'aime, )" t'adore! Et elle tomba mourante sur l'herbe.

Slephen, qui avait escaladé le mur, était auprès d'elle ; il la rej it iL'iis ses bras et !a couvrit de haiser1.

— 0 Stephen 1 mon ange, grâce ! grâce ! aie pitié d'une pauvre femme qui n'a plus de ton e pour te résister !

« Oh ! ce serait lâche d'abuser de. ma faiblesse ! je te haïrais, je te mépriserais... Laissez-moi, laissez-moi, homme vil ! Je vuus hais, je vous méprise !...

■> Non, non, grâce ! »

— Suis à moi, dit Stephen; au mi'ieu du monde, seuls tous les deux, que nous importe l'univers ?

Et il lui donnait les noms 1rs plus tendres.

El son éloquence et ses baisers vainquirent Magdeleine.

— A loi, >l phen, je sus à toi !

Et Slephen la prit dans ses bras, et sous ces mêmes lillni's où autrefois, elle avait pi omis d'être à lui, elle tint sa promesse

Stephen avait a1 rs oublié ses projets de vengeance : il mourait de bonheur dans lesii as de Magdeleine.

Mais elle, des mois s'échappèrent de ses lè'.res avec ses baisus: « Mon âme ! ma vie,! Stephen fut glacé, i la repoussa avec fureur; niais elie était presque évanouie et ne s'en aperçut pas.

Malédiction ! ces mots élaient ceux ^ue Slephen avait entendus à travers la cloison le jour du mariai de Hagdeteine.

Ella pauvre femme, quand, revenant à elle, elle chercha le sein de Slephen pour y appuyer sa lêt et y ; mes qui 1 oppressaient, elie ne \i( qu'une horrible Qgure avec ce riiânement satauique qui l'avait déjà tant efl :

— Stephen, s'écria l-elle, qu'as tu? Calme ce deiiie, lu me fais peur.

— Ah I ah ! dit Slephen, femme deux fois adultère, car tu étais ma flaocée, à moi! as-tu donc été assez folle pour croire que je voulais un baiser sur la boui he, salie par les baisers d'un autre ;-que je voulais presser dans mes br^s ion corps, souillé par d'infâmes tares- es?

" Non ' non ! mon amour était irop purel trop cél n'étail pas l'ait pour une femme qui s'esl honteusement prostituée, qui a vendu son corps et ses caresses à un mari riche.

■ Il t'a achetée, la es a lui ; je n'achetais ten amour que par de l'amour et d'horribles souffrances, ci lodonde toute ma vie ; lu m'as repoussé comme un chien. Tu t'es mis.' à l'enchère; il t'a achetée avec de l'argent, une voilui châles, e! lu t'es rendue !

■• Va voir comme je le l'ai fait, ton mai ue, ton pro;ui. il n'avait trahi que l'amitié, je i'.ii lue. mais toi, .u as trahi l'amour, je m te tuerai pas, m souffriras plus que lui.

» Ah! ah : tu avaW dit: i II csl bon, il m'aime, déchin i i, il pleurera, ii s ra I voilà

SOI 5 LES TILLE1 LS

» Mais il y avait encore en moi de l'énergie, et je suis

vengé! »

Il disparut sous les tilleuls et passa par dessus la muraille.

Magde'.cine était tombée parterre évanouie.

CWXH.

MYCDEUUNE A STEPHEN.

Vous vous éles conduit comme un homme vil ; je ne l'aurais pas cru: vous m'avez lâchement assassinée, car c'est au moment où, publiant pour vous tous mes devoirs, je me donnais à vous sans restriction, corps et âme, présent et avenir, que vous m'avez foulée aux pieds comme une bête venimeuse.

Malheur à vous! eet amour peur lequel vous aviez autrefois donné votre vie, vous l'avez perdu; il n'a pas été remplacé par la liaine, ce serait encore de l'amour, mais par le mépris.

Je vous ai cru grand et noble; vous étiez vil et petit; ce n'est pas à vous que j'ai donné mon amour, c'est a celui que je vous croyais être.

Vous avez cru m'ëcraser, et j'ai relevé la tète: votre puis- .«ancesur moi ne venait que de mon amour.

Votre mépris. ne peut me souiller, car c'est vous qui vous êtes rendu méprisable. Ne faut-il pas un grand courage, une sublime énergie pour ramper comme le tigre qui guette une proie !

Et quand vous auriez réussi à me flétrir, quel bien vous en reviendrait-il de n'avoir plus rien a aimer ni à regretter sur la terre?

Vous êtes un misérable; ma honte retombe sur vous tout entière. Je vais rentrer dans le monde, où mon âçe et ma beauté nie rappellent, et vous étoufferez de rage de me voir aimée, admirée et respectée.

Ou, si votre lâche baine me poursuit encore la. si ce monde me refuse son estime ; : on respect, eh bien! je me laiss rai aller au courant; je deviendrai une femme perdue et méprisable, telle que vous ;i. i voulu me faire ; je remplirai la ville de mon déshonneur et il.' mon infamie; je serai eitée entre les prostituées, car moi aussi j'aime la vengeance; el quand vous v irrez où sera tombée un ■ i réatùre née pure et chaste, une .une où il y avait du bon et de l'honnête, un coeur assez nob e pour comprendre et sentir l'amour tel que vous feigniez de le sentir, mon avilissement et ma dégradation vous humilieront: les crachats que l'on jettera sur moi rejailliront sur vous.

Car c'est vous qui m'awz avilie etdégradéeà mes propres yeux-, ç'esl vous qui avez jeté sur moi le premier crachat Vous m'avi i jeté de la houe ; je vais m'y rouler, et s'il reste assez de cec r pour comprendre ce que je souffrirai, moi si Hère, vous aurez de la pitié et des remords.

Page 1