‹ Le siècleChapitre 47 sur 173 · V\ VITRÉS · texte numérisé non relu

V\ VITRÉS

Il y a un an que Magdeleine est morte. » El je sens en ore sur mes lèvres l'impression du baiser que j'ai donné à sen cadavre.

Hier c'était son jour de naissance ; je suis allé prier sur sa tombe avec son enfant.

Cel enfant, le fils d'Edward, je ne croyais pas que je pounais l'aimer. 11 me rappelle d'horribles souffrances ; mais il lui ressemble tant, à elle! et il m'aime, il m'appelle son père.

ous avons cueilli des fleurs sur la tombe deMagdeleine, car je l'ai parée de chèvrefeuille, d'aubépine et de wei mein-nicht.

ii Ces fleurs, toute la nuit je les ai couvertes de baisers et j'ai respiré u ur parfum.

ii Quand je songe qu'elles tirent leurs brillantes couleurs de son corps pourri]

i Mais ci tte odeur, il me semble que c'est sa belle âme qui passe a travers la tige du chèvrefeuille, s'exhale et monte au ciel en parfum » Quelle vie a été la mienne!

.1 J'habite la petite maison que j'avais autrefois arrangée pour y passer mes jours avec elle : je cherche à m'entourer d'illusions. Le petit Edward appelle la chambre bleue la chambre tle maman. J'ai acheté tout ce qui avait été i usage pour le mettre dedans. On ne l'ouvre jamais. Les fleurs de monsieur Mùllèr sont bien soignées; le petit banc et le lui! eau au dessss pour Magdeleine et pour moi, je ne laisse personne s'y asseoir : sa place est respectée.

» Jamais il n'entre ici de femme, pas même la femme de Fritz. Ils sont bien bons pour moi; ils supportent ma niét^ncolie, et quand i'ai quelques instans do plaisir courts el fugitifs, c'esl au milieu d'eux.

rai ii e ; soin du petit Edward. Hier i! m'a demandé pourquoi on bissait ce grillage autour delà pièce d'eau.

— u C'est, lui ai-je dit, ta mère qui l'a fait placer là pour que tune tombes pas dans l'eau. *

" Ce souvenir a rappelé, toute mon histoire, et un instant il m'a semblé revoir Magdeleine jeune fille sous l'allée de3 tilleuls.

» A tel point que je suis monté à cheval pour revoir la maison de monsieur Millier; mais j'ai ressenti là une douleur pénible: tout est détruit. J'ai parlé au nouveau propriétaire. On a apporté ici tout ce qui du jardin existe encore.

» Quand je regarde autour de moi, je trouve ma vie déplorable, moi qui avais rêvé de réunir près de moi mon frère et ma femme, Eugène et Magdeleine. Ils sont morts tous les deux ; ils m'ont abandonné dans la vie comme dans une immense solitude, et «'est moi qui suis cause de leur mon à tous deux.

» Je me sens une volupté amère à saisir tout ce qui ravive mes souvenirs.

■■ Mais probablement je ne souffrirai pas bien longtemps.

Ma vie est brûlée par la douleur; tout jeune que je suis, mes

cheveux blanchissent et mes yeux s'éteignent. J'ai assuré au

Edward toute ma fortune après ma mort, et j'ai payé

ttes de son |

» La nuit, souvent je me réveille, et je pense à Magdeleine. S'il pleut, je sors, car je songe qu'elle a froid sous la terre, et je \eux avoir froid aussi.

" Ou je pense que son âme plane au-dessus de nous, qu'elle n'a pu s'éloigner de son fils et de moi ; et quand, dans l'obscurité, l'entends un léger bruissement, je suis persuadé que c'est elle qui vient silencieuse entr'ouvrir les rideaux du lit du petit Edward pour le bénir pendant son sommeil. Et peut-être me bénit-elle aussi, car j'ai exécuté ses dernières volontés, et je L'ai bien aimée : toute ma vie a été à elle.

» Et j'espère qu'au jour où moi aussi je mourrai . elle viendra chercher mon âme pour la conduire là ou est la sienne, et où je retrouverai aussi mon frère: tous trois, nous nous sommes Hop aimés pour ne pas être réunis au sein de Dieu. ■

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