C\LIV
Mlt.TIKRK.
temps esl pesant et orageux.
Les nuages lourds passent sur la lune, elle ne parait que par interva Le cimetière est fermé d'un côté par uu haut mur eu demi-
de l'autre par la rivière.
A l'entour, les peupliers frissonnent sans qu'il fasse du vent, et le bruit de leur feuillage se mêle a celui de l'eau qui
Hormis l'eau et les feuilles, ou n'entend aucun bruit.
Les peupliers, quand par mo nn-
t onl l'air de fantômes i
• : l'herbe épaisse s'élève jusqu'à la ceinture, excepté dans quelques sentiers étroits.
Un bruit se fail entendre, c'est un bruissement de l'eau; il approche, et aborde sur la rive un corps qui se el
marche dans l'herbe. La lune s\st un i : il suit un sentier el il cherche
11 n'tst vêtu que d'un pantalon de toile dont l'eau ruiss il porte une pioche sur son épaule.
Il cherche et il s'arrête devant une tomh il n'y
a pas d'herbe à l'entour, et la pieire qui d 'il auprès, non encore la
là ii se met à genoux et il prie.
luis il prend la pioche et frappe : un coup sourd relcntil ; il s'a veux sont hérissés e! ses yeux semblent
sortir de s son est mort. I! frappe un second coup
el se hâte d'enlever lati
i oup a sonné plus creux; la pioche lui échappe, et lui i: tombe sur les genoux; ce dernier coup a frappé sur \a bière, près |ue sur le corps. Quand I ■ revenu; il
st à découv
Avec la pioche il détache une plai une forme blanche ; le li i. les cou:
du cadavre: d'un mouvement convulsif il arra.be le drap, qui cède el se déchire : le corps est nu.
11 ne peut respirer; son co ur bat coa:n:e un marteau ; un uuage épais cache la lune: il attend.
Le corps est nu, ce corps si beau, si souple, si gracieux, qu'une fois seulement il a tenu dans ses bras. Le nuage glisse lentement.
Celte bouche dont le sourire était si doux, dont les baisers crispaient le cœur; ces yeux dont un regard avait plut de prix que l'empire du monde.
La lune va bientôt reparaître; l'extrémité du nuage est bordée d'une frange d'argent.
Ce corps, il vient le prendre encore dans ses bras; ces yeux, il vient les revoir encore: celte bouche, il vient lui donner un dernier baiser, un baiser d'à lieu et de pu
C'est la dernier.' volonté de la morte.
Il vient appliquer sa bouche sur la bouche de la moi lui di aiser qu'elle ne rendra pas, qu'elle ne sentira
pas.
Le vent souffle 1< [ ereo ent, et fait trembler les feuilles, achève de chasser le nuage; la lune éclaire tout le cimetière d'une mystérieuse lueur; lie sur la tombe; mais il
jette un cri ets'enfuit, car il a vu le corps.
Le corps, les chairs tombent en lambeaux, el des vers ronux.
11 s'enfuil et court ; mais, dans la grande herbe, une tombe sous ses pieds 1" renvi rse; 1 se relève ..-.-aré, frénétique; il court.
Daus la une tombe sous ses pieds le
renvers ; il - ■ relevé écumant, les yeux hagards; sa it't.
perdue, il voit toutes les tombes ouvertes et tous bs morts
sortie du a\ C des yeUX eliu-
ccl.ii. Le murmure des feuilles lui
! ressent à ; il est là immobile, raid.* et froid comme un cadavre lui-même.
SOrS LES TILLEULS.
:*' : .rc il retrouve de ia forée et s'enfuit; à chaque
instar i te; enflji il est au bout. Malédic-
tion! c'est la muraille. 11 prend une autre dirertion: encore la muraille. Insensé! il s'élance contre elle en bondissant comme un cbal sauva I ia franchir: il la frappe du
Iront, et il roule par terre ensanglanté et évanoui. Mais la terre est fraîche; il reprend ses mus et regarde autour de , lui; ses idées reviennent; un frisson déglace court de ses pieds à la racine de ses cheveux.
« N'importe, c'est la volonté de la morte : elle aura mon baiser d'adieu et de pardon. »
11 brise un arbre et, armé d'un bâton, marche dans l'herbe pour retrouver la tombe.
La voilà, la lune l'éclairé.
Horrible !
Encore les chairs perdantes et les vers dans les cavités des yeux.
» Magdeleine, Magdeleine, esi loi! »
11 s'agenouille, et prie, et pleure.
Puis il s'incline e: | vres sur les lèvres du cadavre.
Haletant, il s'appuie contre un arbre, puis il prend la pioche-, mais il ne peut refermer la bière, ni détacher ses yeux du corps.
à dieu, adieu!... »
El il recouvre la bière. Vingt fois il s'arrê e : il lui semble. qu'il l'étouffé en mettant tint de terre sur elle.
Qua^d tout est fini, il dit encore : « Adieu, Magdeleine. adieu! » et il baise la terre qui la recouvre, et il gagne la rivière. Il se retourne encore; mais ia lune est cachée, on ne voit plus la tombe.
« Adieu !... »
El il se jette dans l'eau noire, et le bruit de son corps dans l'eau lui semble un ricanement des morts qui le voient partir Il nage avec force et arrive sur l'autre bord.
CXLY.