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M AtiDELEIXE A STEPD.EX.
Il me semble, mon ami, qu'il y a un siècle que tu m'as
-, la campagne est encore belle ici; le feuillage des ee-
.i que celui des vignes; le soleil n'a pas
toute sa chaleur; seulement le vent emporte à chaque
- feuilles de nos tilleuls, qui seront bientôt
la majesté du jour
ausolul couchant; moi seule je suis triste, triste du temps
i ; triste aus^i de toutes ces longues jour1
ous îraiuerons encore séparés ; toute mon ame est au-
ipsqueje n lettre, mon Stephen; je
o. tfest mon trésor.
a vivre sans moi; j'ai besoin i.i Nie pour alimenter la mienne, j'ai belout ton amour en retour du mien.
Nous avons eu hier un ■ ivantable : le tonnerre
lin, il a tué un homme. J'éprouvais un si consolant en pensant que tu élais assez
i pour ne pas partager le danger que nous cou- . car l'orage était précisément sur nos têtes. Un horrible coup de fi laas là ouit. Ge-
ALPHONSE KARR
neviève vint près de moi en pleurant; je tachai de la rassurer, mais j'étais bien pile Je me dis que si je mourais, tu ne saurais pas que ma dernière pensée avait été pour toi ; ; levai, je me mis à en : len.Jenepuis l'exprimer
ce que je ressentis en éci ient
être les dernières que je formais; j'éprouvais cependant un sentiment bien doux en m'oçcupantde toi. En quittant la vie, j'aurais emporté le bonbeur d'avoir assuré ton indépendance.
Après avoir fini ces dispositions, que je laissai sur ma ta- Sle, j'ouvris un» fenêtre; ma respiration était oppressée; je ue pleurais pas, je priais Dieu avec confiance de ne pas nous séparer; je le suppliais de détourner de moi ou, si je mourais, de te consoler. Je passai ainsi une nuit bien pénible; je ne Voulus pas me coucher, je ne voulais pas perdre un instant de ma Vie, qui îouvaitêlre si courte; je voulais qu'ils fussent tous a toi.
Je me remis au lit lorsque l'orage fut passé et je remerciai Dieu d'avoir eu pitié de nons, et Te lendemain je pleurai en lisant ce que j'avais écrit la nuit et en pensant à ce que lu aurais éprouvé en le recevant. Dis-moi, mon Stephen, mon fiancé, tu ne refuserais pas mes dons si je mourais avant toi? Tu ne voudrais pis me priver de la seule consolation que je pourrais emporter?
Mais quelle folie de te parler de cela, aujourd'hui où le temps est serein, où lu penses à moi, où tu tra\ailles pour noire bonbeur!
Mon père est pour moi rempli de complaisances et de '. tés; il m'a fait arranger le petit salon, il est charmant; que n'y es-tu près de moi! As-tu des nouvelles de noire . Eugène? Que je voudrais pouvoir l'assurer de mon amitié de sœur ! Dis-moi comment je p.riis lui faire parvenir une belle bourse que je lui ai brodée | ar il faut qu'il me connaisse) et dans laquelle j'ai n is une faible partie de mes économies. Dis-lui bien que je suis sa sœur et qu'il doit recevoir de bonne amitié ce] Lil prési ni.
Il y a aussi dans ma lettre un cadeau pour loi : c'est une bague de mes cheveux,
A propos d'amitié, je vi ux l'( n demander une petite part pour mon amie Suzai estebarinante :
veux-tu l'aimer sur ma parole?
C'est une tille bonne et spirituelle; elle dessine bien, i elnt un peu et est de première force au piano; elle a une li charmante et pleine de candeur, ji . te plai-
rait; elle est d'une blam
que instant ; ses cheveux sont d'un blond cendré et sa taille parfaite; elle a tous les goûts de la jeunes >al est pour
elle le bonheur; elle aime bien ti adrement la Mac
Adieu, mon Stephen, je n'ai plus de place que pour le dire que je t'aime.
XM.YY.
STEMILX A HAGDELE1NE.
J'ai reçu deux lettres de loi, chère Magdeieine, l'une où lu me demandes mon amitié pour u Suzanne, l'autre où tu me parles delà pluie qui t'a surprise tandis que tu allais porter a la poste la première lettre.
Je ue t'ai pas répondu plus tôt pa n'ai rien de
nouveauel rien de bon à l'apprendre: le sort ne me favorise pas; cependant je suis loin de me décourager; il faudra bien qu'il eeJe à m n ardeur et a ma persevi rance.
Oui, je l'aime, La Suzanm joue du piano, non parée qu'elle est d'une blai mis-
sante, mais parce qu'elle t'aime, parce qu'elle est aimée de i. i.
Je l'aime, el je la remercie du I urdece que
son amitié te donne
Pauvre fille ! lu le easoù tu mourrais avant moi ! Qu'en ferais-je? Kir pui -je vivre sans toi?M'«i-tu pas mon à nie ei ma vie? lit qu'aura -je
à faire ici sans toi, au milieu d'un monde auquel je ne pourrais
nder aucu il donné et que
je n'ai rais rien à lui offrir ' < lie pensée est lel-
lu i eux nf oublier, que l'amour peut s'' I ins ton cœur vienl quelquefois
obscurcir tristement ma vie, je ne suis nul i ment ému de la pensée de ta mort, car je mourrais avec toi ri nous irions nous réunirai! sein de Dii u, dansunevîe meilleure, si elle exisTe-; sinon, nous serions anéantis ensemble, et ma seule crainte serait de ue pas avoir ton dernier regard, de ne pas recueillir ton dernier soupir, de ne] as mourir dans tes bras. Qui sail. Magdeieine, si ce n'est pas la seule union qui nous soit destinée1
Tuas éié bien mouillée, cher ange, de cette pluie qui la surprise! Prends soin de la santé, retarde plutôt d'un jour de tes lettres, je t'en su] li écrit il Eugène pour lui annoncer ton présent ? adressele-lui au troisième régiment dechmn-légei s, la poste se chargera de le lui faire parvenir
Adieu. Je t'envoie en échange de ta bague, que j'ai baisée mille lois, une bague semblable, faite de mes cheveux.
e passa tristement à Goéilingue; il voyait chaque jour se diminuer son petit pécule, chaque jour il inventait de nouvelles économies, et la petite place qu'on it promise n'arrivait pas.
jour, comme i; revenait tristement de chez le vieux pro- :r, qui lui a- Ml dit, comme de coutume : « Je n'ai enpour vous, >> il rencontra un homme qui offrait aux : d( pour la loterie.
dmirait que d-'autres hommes eussent la connu moyen du faire fortune à un homme qui en ; rofitail si peu pour lui-même que ses habits étaient tout déguenillés. Kn passant près de lui, il répondit par un signe de tête négatif.
— Monsieur, dit l'homme, achetez-moi ces numéros; c'est donner un morceau de pain à nia femme, à ma pauvro . qui n'a presque plus de lait pour son enfant. Stephen lui donna une pièce de monnaie et prit les numéros, qu'il roula entre ses doigts et mit dans sa poche. •i C'est horrible! dit-il, avoir une femme qu'il aime peuti me, et la voir souffrir, souffrir de la faim ! voir ses yeux se ternir et ses joues se creuser! Oh ! 1:01:, non, car s'il l'aimait comme j'aime Magdeieine, il lui donnerait sa chair à manger et son sang à boire, ou il n'aiail pas de la pitié le pain pour elle; il le demanderait ime un droit, et il étranglerait de ses mains l'homme qui irait, pour lui prendre cet argent dont il serait si avam... Oh! dit-il, si j'avais cette petite place, comme je travail! lui donner une bonne et douce aisance, pour combler ses moin ires désirs! »
Et il pei qu'il n'était pas sur d'obtenir par son
travail, la I la persévérance, il y avait des hommes
qui y arrivaient par un coup du sort.» Ijui sait, dit-il, si ces numéros ne doivent pas sortir? i
il eut une véhémente envie de jouer à la loterie; mais il lui restait .i peu d'argent qu'il n'osa pas risquer ainsi quatre florins.
Le lendemain, sur les quatre numéros, trois étaient sortis.
Il soupira et dit : « Oh ! je n'ai pas de bonheur ! »
En quoi il dis i' une sottise, autant que l'homme qui pré-
. tte d'après certains calculs, qui veut as-
rd une marche certaine et lui prèle de l'amour
Ile sorte |i rait plus le hasard.
ur est non -seule»
e, mais nuisible, en cela qu'elle donne de la dé-
permet d'agir qu'avec mollesse et
e réellement de réussir.
SOUS LES TILLEULS
STEP1IEN A MAGDELEHE.
Je pars, Magdeleine; enfin le sort se déclare en noire fa veur: j'ai une place, une pelile place-, les émolumens sont lies modiques, mais dans huit mois on m'a promis d'une manière certaine que j'en aurais uue beaucoup plus avantageuse dont les honoraires s'élèveront à l,SOO florins.
Dans huit mois, Magdeleine, dans huit m&is lu seras à moi ; dans huit mois je te conduirai à l'église ! Celte place, je l'obtiendrai, car il ne faut pour 1 obtenir que du zèle et du travail, et mes forées sont plus qu'humaines.
Je suis tout étourdi de bonheur; ce malin, le vieux professeur, qui depuis si longtemps me disait chaque jour: • Je n'ai encore rien pour vous, » m'a dit du même ton dont il donnait la mauvaise nouvelle : <■ J'ai votre affaire, mais il faut partir demain malin. »
Vois-tu, Magdeleine, il ne faut qu'avoir fait le premier pas dans les emplois de l'Université et ensuite on gagne des grades. C'est une chose cerlaine, et moi qui ne croyais pas au bonheur! Va revoir les endroits où je l'ai dit adieu, les endroits que je t'ai laissés si trislcs, va les revoir, ils ne te diront rien que d'heureux -, je les reverrai, j'y reviendrai; j'y reviendrai pour les revoir avec toi, pour ne plus le quitter ; espère ; notre avenir est dégagé des sombres vapeurs qui l'obscurcissaient.
Je me rapproche de toi, treize lieues seulement nous sépareront ; je ne serai qu'à trois lieues de la ville qu'habite ma famille et aussi ton amie Suzanne; ce voyage va être heureux, je me rapproche de toi et j'ai dans les mains noire avenir. Adieu, il faut que je fasse ma valise; je voudrais être parli et arrivé.