‹ Le siècleChapitre 1 sur 62 · Le siècle · texte numérisé non relu

Le siècle

Daii» K-s dei'Tiiers jours du mois de mais 1836, on jouait .inna Boleun au Tliéùtre-Iialit-n. La tin prochaine de la saison avait convoqué IV.rriére-ban de ce pub ic d'élite, le plus éclairé de l'Europe à ce qu'il prétend, mais dont en réalité neuf membres sur dix seraient fort embarrassés d'une romance à lire ou d'une pamme 'a chanter juste. L'assemblée fiait donc fort nombreuse, et la salle ollrait un cnup d'œil aussi intéressant pour un homme du monde que^pouvait Té- Ire celui de la scène pour un artiste. Oiseaux privilégiés rie celte splendide volière, les temuies, vieilles et jeunes, laides ou belles, plus généralement jeunes, mais aussi plus généralement laides, élalaieiii, chacune à leur perchoir accoutumé, les mille variéd s du plumage S la mode meHacé de la mue de Longchamps. L'irréprochable élégance des nobles lilles du faubourg Saint Germain, le luxe un peu endimanché des dames de l<i nouvelle cour, les atours fabuleux de «erlaincs Anglaises (|ui oui toujours l'air d'avoir pris un bain dairs l'aicen-ciel, la raideur gommée et lustrée des notables provinciales que chaque printemps voit s'abattre sar Paris, se reconnaissaient il des signes infaillibles et fraclionnaieni cette réunion choisie en autant de castes exclusivt-s.

Les hommes se trouvaient divisés en tribus non moins distinctes, quoique peut-itre liioins liostiles, car la vie publique porte à la tolérance. A traveis les plumes, les aigrettes, les diadèmes, les turbans, les marabouts, les bonnets ornés de fleurs, et autres coilfures exorbitantes qui ondoyaient le long du triple -ang des loges, apparaissaient les mortels admis à un titre quelconque aux faveurs de l'iniimité féminine ; maris, pères, cousins, eavaliers servans, amis de la maison, en un mot tous les hommes en puissance de c-ëffe. Aux stalles du lialcon .se p'éla salent les lions de la ménagerie las ionable : gl-.rieux jeunes gens à qui, pour renouveler les marquis (le Jlolieie, i ne marque qu'une peiiie cliose • les marquisats; race siipeibe conim ni,'uni invari. blemcnt par un toupet frisé, eon inuant par un binocle et Unissant par une paire d'éperons. L'orchestre appartenait sans ciiiitestaiion, nioiiiaux habitues ù chevr^ Hs dont la carri' re musicde compie trois cai:4pagnes l'tJdéon, Louvois, Fa\art et qui, en entendant madeuioiseilc Grisi, chevrolteni de souvenance les cadences de madame £iarilli ; r.ioitié aux suzirains de !a presse, dont pour certaine laison je ne dirai pas de mal. Enli , sur les banijurttis bleues du p-rlerre, à pa"t quelqui s bourgeois égarés, et jurant, comme le corbeau, qu'on ne les y prendrait plus, s'entassatt le vérilahlo auditoire, le public jeune, artiste,

Page 1