JI
— Monsieur de Mornac esi vérilablement loH aimable, dit misiriss lawin-^ion à q' i la démarche du jeun' homme i; spiraitia rec. nnaissaneequ'un.» lémme l.;ide éprouve ïouiours pour les aliei'lions dont e!'e est habilueremenl seviée.
LA. FEMME DE QUARANTE ANS
— Foi l aimable ! répéta sa compagne en souriant tristement-, mais je crains qu'il ne vous fasse attendre votre bouquet.
Le jaloux instinct de madame de Flamareil ne s'était pas trompé en aitribuant le brusque départ de son amant à un niotit tout auire (ii:e la galantt-rie ; en effei, dés (lu'il tut mis le pied hors de la 1 ai^noire. Edouard parut avoir entièrement oublie les pi-rsonnes qu'il y lai- sait et le prétexte dont il s'était servi pour luslilier sa sc^rtie. l'url insensible désormais aux répugnances de mistriss Lawington en lait de parfums, au lieu de chercher labouq-etiére, il es alada lestement deux étages, fil le tour du corridor supérieur, et, arrivé devant une logo dont il lut le numéro, îppliqua un regard curi'ux à l'œil-de-bœuf, iiu'un pctii r deau vert ne couvrait qu'à demi. Il aperçut alors plusieurs femmes, mais son ailention se porta d'abord sur une d'elles, assise au premier rang. C'était une jeune fille, âgée de dix-huit ans au plus, jolie dans lu genre des bergères de Waiteau, dont le frais embonpoint annonçait une santé champêtre et un ca^ur p'acide que n'avait point encore altérés l'éliolenient parisien. Vêtue de blanc avec toute la recherche que comporte une toileite de d mois^lle , elle leisait les yeux immuablement fixés sur le théâtre, sans que ses traits révélassem aucun- des imprcssii ns ijue louvaicnt lui fair cp ouve; la musique. A côte d'elle éta l ui>e feirme d'i;n .-îge mùr, sa mèie. si 1 on en croyait une ressemblance pronomée. dont la pliysionomie offrait \iiK indélini.-suble expression de dé, il, de méconteniement 1 1 de hauteur.
— El'e esi bien, se dit Edouard, malgré sa gaucherie de pensionnaire et ses couleurs de Tasse Normande. Mais, en revanche, madame de Passerot ;'i l'air db.ntren.ent revéclie. Sa figure de caporal autrichien pri n.et une bille-nicre peu réjouissante. Je suis ïùr qu'tlle est furieuse contre moi, et n'at-elle pas raison? i<U con-'uile doit passer pour une impoli^ tesse innuïe, pour une offense piénicdilée. Mais quel caprice devenir aux Italiens a pris subitement Eudoxie, (;ni é'.ait malade i ier ? Ses instances pourcjueje l'accomiiagne, l'anxiété qui lui fait épier mes moindres ge-tis, tout cela n'est pas naturel. Se douteraii-ellrt de qi!!!r;ne chose?
Ici, le soliloque lut interronijui. Le rideau venait defeai.sser, rt l'une des dames de la loge se retournait pour ouvrir la porte. Feu curieux d être suri-ris en tlagrcut délit d'in liscréti^n, et d'ac roilrc ainsi l s to>ls qu'il se reprocl'.aii déjà, lejeui'C homme battit précipiiauiment en retraite. Au niomeni ou il allait descenJre l'escaiier, une grosse main se posa sur son épaule, et une voix de basse taille l'inlcr]>ella vivement.
— Parbleu! vous êies un ainiaîde garçon : voilà deux heures que je monte lalaition ilans le loyer en vous attendant. D'oii diantre sor;ez vous, je vous prie?
L'indi.idu qui parlait de la sorleétait un homme de trenîcsix ans environ, grand, vigourruscmcnt cuusiitué, et doué d'une de ct-s lournuris martiales pour lesquelles certaines femmes conçoivent une estime particulière. Sa rid.ngote.buutonnée jusqu'au menton, ses bo:tes éperonnéi-s, ^on pantalon large comme celui d'un mameliuk, annonçaient une sorie de dédain de later.ue élégaiito et sévère quie-t d'éliqueiteaa Tbéâ're It.ilii'n. Au riban rouge de sa boutonnière, fi ia coupe de ses favoris taillés horizontalement duciindel'o reille à la mou<tache, selon l'urdonnaiiCe r, iiilaire, à ^a ti ii:te cuivrée qu'avait conlr,-.ctée son visage, quoiqu'il fût bloiid, on d.'vinaii un olûcier de l'armée, arrixaut d'Aller, selon toute aiq)arenie; car le liàle de tous les bivoua s d'Eun pe .n'cùi pas produii et lie splcudi.ie cari.ation qui rapptlait le coloris d'un rot brûlé.
— Mon cher Garni, r rcpondH Edouard en se rct'ourDanI, vous voye7. l'Iu mme le i !u.n désesi éré. ..
— Mon cher Mornac, inte rompit l'officier, si c'est ainsi qse vous entendez les entrevues mairin.onialcs, vous courez grand r,Siine de rester f arçon. Comment , mort-dieu! ma lante et Loîdcsonl à leur i ûs;e d' puis le,comK!(ncement de la leprésenati.in, et vous manquez au vu re! te n'ai pas vuulu paraître au bal on sans \ous at.n de \ohs laisser un nioyen d'excuse, en piciianl au l-i'soin sri' mcn cnipte votre ton-
duile cavalière. Ma tante est orgueilleuse et susceptible comme tous 1. s diables, je vous en préviens; elle est devenue Passerot de \d têe lux |)ieds; soyez sûr qu'tlle ne vous pardonnerait pas un manque d'égards. Mais \o:h un serniou assez long; no; deux sialles nous attendent : ainsi, i gauche par quatre, en avant.
— C'est q.ie, reprit Edouard avec un embarras que trahissait l'hésitation de ses fiaroles, j'ai eu le malheur ëe me laisser eixhainer... par un devoir de société... auquel il m'a été impossible de me soustraire... Je ne suis pas seul Ici...
— Vous êtes avec des femmes?
— Oui, répondi. le jeune homme d'un air irrésolu.
— Eh bien! allez leur dire (|u'il s'agit de votre mariage, elles comprendront cela, et vous re n Iront votre liberté,
— Voilà précisément ce que je ne puis pas dire. L'officier s'arrêta, et regarda Mornac entre les deux yeux
— Ah! ah! nous sommes encotiilonnés, dit-il ensuite avec un laisser-aller d'éloci.tion qui sentait la caserne. Vous manquez d'usage, mon cher, la règle est de donner congé trois mois avant le marij^e- Mais vous ne m'aviez pas encore parlé devosanumrs.
Edouard maiirisa la répugnance que lui inspiraient ce langage soldatesque et ces allusions brutales à un sentiment qu'il avait toujours cnlcaré de délicatesse et de respect.
—Je vous aurais fait ma con'^ession tôt ou tard, répondit-i!; mademoiselle de Passerot n'a ni père ni frère, et je dois vous donner, avons, scn cousin, les explications que les parens d'une jeune fille ont le droit d'exiger de celui qui aspire à sa main. iSous parlerjjns de cela un at.tre jour ; en atiendanl, vous voyez que je iîie trouve dans une. position embarrassante, venez à mon secours. Il m'est impossible de vous accompagner, ainsi trouvons quelque prétexte plausible à mon absence...
— Errrrr, fit Garn'er, comme vous voudrez ; mais ne comptez, pas sur moi pour être votre avocat auprès de ma tante. C'est donc une impéi'atrice que votre Dulcinée ? Il me semblait copeiidaiit qu'un j(uir d'entrevue conjugale on pouvait donner congé au scniimenî. Allons, cuirez-vous avec^oi au balcon, oui ou non ?
Les deux hommes se Irouvaiint alors dans le couloir des premières loges ; aVoUt que Mornan eiU pu répondrCj un petit vieillard, portant haut sa tête poudrée, marchant le jairet tendu et les mains d^nsles poches de son panta'on, le menton englouti jusqu'aux oreilles par une craxate blanche dont la rost-tte rappelait les incroyables du direituire, les revers de l'iabit jetés en air'.c e avec une audace juvénile, vint se poster eiilr,- eux en fied. miant d'une voix aigrelette un des motifs cliantés par Lablaclie. On eût dit d'une sonnette fêlée contrefaisani le bourdon de Notre-Dame.
— Eh bien ! jiunts gens, dit le rep ésentant des anciens jours en interrompant sa cantilèr.e, à quoi songez-vous? Je ne vous ai vus au bakxn ni l'un ni l'autre. Ces dames sont là cepeidjnt. Pourquoi n'arrivez-vous ([u'au second acte?
— Demandez cela à voire neveu, répondit l'olTicier avec un accent un peu bourru. Taudis que ma tante et ma cousine se morfondent dans leur Icge, monsieur de Moinac distille le sen iment avec la dame de ses pensées. Cela ne promet-il pas à Loïde un époux tendre et tidfle?
— Permettez, c mniindant, dit monsieur de Pomeiiars, qui, prenant iebr.:s d'Ed uard, femmina à deux pas.
— Jladan.e de F!an:areil est iii.' lui demanda-il ti'un ten sec.
. — Oui, mon onilc, répon 'it le jeune liomn.p en contenant la niau'aise tumeur que lui cau.-ait la perspective d'un inierrcgaloiie à subir.
— Et vous êtes avec elle ! Le petit Boisgon ier me l'avait dit; mais je ne voulais pis le croire. Aou^ êtes Tin f.n, Edouard ! Vous a'iez manjuer un mariage supcrte, et pour qui ? Pour une vit iile feuin.c.
Le sensible Mornac éprouva une ciispalion ncr e.ise, comme si on lui eût promené sur a pollrihe un fer rouge.
— Pour une vieille femme! it'pé a le petit vieiilaid, tu accntuant in.pitoyablemmt chaque sylial.'c; n'a-i-cl'e pa> quinze ans déplus que vous?
DE BERNARD
— Mi.n nnc'e ..
— Oh parbleu! fàiliez-vous si Ijùii vods semble. J'ai aiuii' k« feromi'S plus que vous ne les aimerez de votre vie; inaisjimais en enfant, ainsi que vous le failes. Il est temps queies niaiseries romanesques finis-seril. Une entrevue est eoiiveniie entre vous et niaileuioisclle de Pa'^serol ; manquer de parole serait une inipertii.encc sans exiusi-."\i,us a lezenlirrau bdlron avec le couiniandanl; vous verrez que votre future esi une fort Joil"» personne. Allons, quittez cet air laiîieutable qui ne vous'va pas : il s'agit d'tire beau ei d.* plai e.
— Monon.'iP, dit Edouafd en afle'missant sa voix, jesu^s venu avec madame de Flamareil, ei il m'est impo>siule de ia quitter ainsi ; vous coni|ireiHZ (|iie rusaj;e du monde...
— Ta, ta, ta, répondit monsieur de Ponieiiars, nous alloi s arranger cela. Commandant, (Oiainua-l-il en se rapprochaiu deGariiier, jevai^ encore abusi-r de votre cou pUisance. Ayez la bonté de faire un tour dans le foyer; avant deux minutes je vous aurai ici^vivé cet éiouidi.
Malgré les velléités de révolte ([u'annonçaitla physicncmie Je son neveu, le vieillard lui rc|)i il le bras et le f^rca de s'acheminer av< c lui vers l'escalier descendant aux baignoires.
— .le vais te remplacer dans la loire de madame de l'iamareil, lui dit-il d'un ton radouci ; il est fort naloirel que tu me cèdes tes fonctions de cavalier servant lorsi|ue je l' s réclame; en cela lu ne fais que remplir ton devoir de ne\eu co'. plaidant et respectueux ; ainsi, ta belle dam • n'aura rien à dire. D'ailleurs, ta slalle est directement au dessus desalose, elle ne pourra d.iiic pas le voir. .loue Ion rôle avec aisance et simplicité; regardi- la future de manière i^i ne pas l'embarrasser; deux coups d'œil doivent sulTire A un homme pour juger une lemme. TS'e le tiens |)as trop raide, c'est ton déf.iut; ne bals pas la mc'surc sur le ba'con, cl tàclie de ne pas le li riillerlrs cheveux .'i chaque instant. Tu esauioaid'luii lout-àf it à ton avanta;;e; tuu habit le va fort bien, m as un i;ilet magniiîq :• et l'a'r vérilablcnieiit genl Ihomnie. Courage, mvn gardon, la pelilc Pas ciol aura lienie mil e livres de reule et je l'eu assure vingt sur le contrat ; cela vail bien le sacrilice d'un roman suranné.
Édoiiaid av-iit ciouté ce sermon impro-.isé avec une résignation «ivron t ùt pu prendre pour un eon.-enieiiieut tacite, cl ;l conlinnait de suivre son oncle sans trop se dcballre, lorsqu'une jeune tille, qui tiavcisa le corriilor, les mains pbdnes de fleurs ainsi qu'une divinité niyth logique, lui II! éprouver un assez singulier rmiords.
— .l'étais sorti de la loge, dit il à nu n,-.icur de Pomenars, afin d'à licter des bou(iUi ts pour ctsdai (s...
— Eh b en ! prenons des bouquets. T'ai-je jamais empêché d'itie galani ?
I.e petit vil illard s'approcha de la Flore du Théâtre I;alien, lui frappa Icgrremcnt le menton, en r..coii)|ia,^nanl ce gesie anacréoniiqne d une des phrases à qiiadrui le euienlequese permettent volontiers les scNagénaires, et dont Ls l!0U(|ue.liéres ne rougissent pas, i bois I lis plus beres lieuis, puis, après avoir essayé i;ne pirouette, reprit le. bras de son neveu. Tous deux desceudircHl lesialicr.
C'est qu'il y a deux places vacaiilfs dans h baignoire,
dit lejcniie iiomme, (|ni depuis qu'il avait vu madenioi.selle de Passerot, (lotlait en d'étranges irrésolutions, dierchani à lOn; ilivr les é^arils dus'à une femme aiméi et le secn i desir di- 'ne pas rompre incoiih,idiréi!ieiit un mail ^<: dont il reeoi.naissa t les avanlage?.
—Ah! di.ini.re! j'.'Ur.iis bcs in d'un seco'id.^iép'in lit n.on- ••ienr i!e Pomen.irs en comprenant rend)«rras dexui itiveii. 11 faut que ton a s:ii e paraiNse l'i)ivéerl non voioniaire-, c'est jus'.e- on ne d"it januis blesser i amour-pr.q>re d'une feii.m-. Parbleu! je tiens noire homme.
Ils ncliiie.it plus qu'.i c,uelques pas de la log.\ Contre la porte, le nez collé à l'œil de-hœnf, ainsi qu'F.ilou;.ril l'avait nraiqué deux éia^cs plus haut un mument auparavant, se louait l'ad lesc^nl que l-s hommis d un âge mer .!pi:elaieiit ciu-O'.'C le petit liois;:ûaiier, et qui, en réalité, eiU fait un tvésj<ÏM grenadier, moustaches il part. Hlons eur de Pomenars J^lissa silenelcuseuii ni jusqu'à lui sur le lapi- du corridor, et l.:i frjiipa l'épa'ib' d'e.n aie f.)n!ilier.
— Eh bien I j. une homme, dit-il. que faisons nous ta .' Boisgoniier se retourna vivement, et balbutia, en rougissant, une réponse inintelligible.
— Il ne faut pas rougir pour cela, monsieur Léon, reprit le sexagénaire; les jolies :emmes sont faites pour être regardées : seulement, vous avez tori de vous en tenir ;■! la contemplation; ù votre ;ige et avec yDlre ligure, on est sur d'éire bien accueilli, tandis qu'au ccntraiie, s'arrêter à la porte, c'est le moyen d'y rester. Pourquoi n'enlreï-vous pas?
— Je u'ai pas l'honneur de connaître beaucoup madame de Flamareil, répondit le pelit jeune homme en jetant un regard fauve sui' Edouard.
— Jîa!! ! je vous ai vu au bal oiiezelle. \ (nez, je serai voire introducteur.
Sans attendre la réponse, le malin vieillard lit un signe à louvreuse. et quand l'accès du sanctuaire fut libre, il y entra le premier, ses deux bou(|uets à ia main. Au bruit de la porte, madame de F'amareil s'était letoumée précipitamment, et son amant put juger, à l'expression de sa figure, de. l'elfei (ju'avait produit sur elle l'escapade qu'il s'était per mi.se.
— Madame, dit monsieur de Pomenars avec l'aisance impeilurbable d'un di|)lomaie de salon, permelteznioi de disputer à mon neveu la faveur dont il jouit, et d'user du privilège de mon âgé en lui empruntant sa place. Pour compenser cette substitution, voici monsieur de Boisgontier, que j'ai pris la liberté de vous amener; j'espère qu'à nous deux nous iciissirons à faire la monnaie de l'heureux Edouard.
A ces mots, aecompa;;nés d'un souiire respectueusement ironique, le vie liard offrit un des bouquets à madame de Flamareil, l'au're à l'Anglaise n la parure excentrique, poussa sur un des sièges vacans le jeune Boisgontier lotit rougissaut de son bonlieur, s'assit sur l'autre, et ferma la porte au licz de son neveu, (lui se trouva ainsi maître de ses actions, San,-, trop savoir s'il était content ou f.iclie de sa liberié.
— \ ûilà ce pelit blanc bec de Boisgontier qui va se croire en bonne foilune, se dit celui ci au bout d'un instant. Bah! mon oncle a peut é.re raison. Allons retrouver Garnier et poser devant niadeind-elle Loïde; aju-ès tout, cela ne m'engagea rien.
Mornac rejoignit le commandant, qui se promenait patiera meiit dans le fover, et, sans nouveau débat, tous deux entréreat au balc,o;i. I.eiic appari.ion tardive causa dans la loge où elle était a'tendiie un mou\ement de curiosité ci niprimé par le dccruin. Madame de Pa>serût, qui s'était penchée pour parler à ?A lilie, se redrcs.sa auss tôt, en jouant la plus superbe insoecianci', et conserva pendant le r. sie de la repréîieiilaliiiu le maintien d'une iinpèratiice de sous-préfeclure, land'S que, lidèle à son immobilité de sialuc, mademoistl e J.oîde coniinnail de lixer les yeux sur le .liéâtie avec une alleiition tiop exclusive pour ne pas être un pou affectée, ."^'il n'eût pas appris à ses dépens quelle observation incisive et scru.tatriceles femmes savent cacher sous les dehors (le la disiracl on eu de l'iiidiUërence, Edouard eut pu se croire eniièrenient inaperçu; niais la jalouse soUicitULC de niailanie de Flainare 1 l'.ivail initie dès longtemps à ces petites dissimulations di|.|omati<iues i! deni ura donc fermerticnl p'.'r.-.uadé, un p.ii de vanité aidant, que pas une boucle de S''s cheveux, pas un Ixmtoa de s'.n liahii, pas une Heur de .so:i gi cl, n'e(h;,ppai(nt i n ce moH;ent a un examen aussi s.'rupuleux que celui d un cai>ilaine inspedanl sa compagi;;;:; ;'( c lie iiiéc, il sentit sa contenance s'empeser lOmme la cravate blanche qu'il avait arbcu'ée pour cette Oicasion solennelle.
. — ,ie dois avoir la grâce d'un coiisnit sous les armes, se dit-il, "non pas sans quelq^ic dépit; mon oncle est vrai, ent délit ieux ave^ ses conseils. Je voudrais le voir à ma place sous le fi u de ceitc batterie matrimoniale. J'ai l'air, j'en suis sur, aussi niais (jue ce joiivencel de Boisgontier (piand il
L\ FEMMR DE QUARANTE ANS
regarde Endoxie. Cela est ss'ïez désa^n'itble; car enfin, pane ^ue je veu\ resier lidèle î"! mnii amuur el ne pas me inaiii r. ce n'est pas une raison pour paraître ridicule aux yeux de cetti^ petite pensiuimaire.
Tanili-que Voriia", luttant contre l'influenre d'une situation (jui donne sux linmnies les moins timides un Ar j^auilie et emprunté, rliereliail à se (licuiias>er dans son lialiit, sou voisin s'abandonnait à une piéocciipalion :i peu près semldable-, seul inent, la roue de p:ioii ((ue le premier essayait pour une .seule loge, le second l'etal.iii pour la saile t' ut eiiliéie Garnier était un de ces Lovelacesde garnison qui croient aux irrésist'bles sédut lions de lépaulete; transporté ù Paris, des avant postes d'Alger où il rai>ait le coup d>^ sabre a^ec les Kabyles quelques semaines auparavant, il avait pris au sérieux l'allégorie de Mars désarme par Vénus, el tout, eu néj!Ociant li» mariage de sa cousine, il méditaii pour son propre compte une conquête aristocratique destinée à diaimer les loisirs de ses trois mois de coni;é. Une duchesse faisait .son ambition; mais la duchesse étant rare, il avait résolu de se contenter d'une marquise Au milieu du balcon du Tbéitre-Italien, le Mars des ct^ass-urs d'Afrique avait donc pris position cairén^cnl. comme un pac'ia sur le divan de son harem; ses viux, habitués a d'pist-r dune demilieue le burnou'i d un bédouin, se proinenaient au iai:ieusement -le loge en loge, cherchani, des baignoires à lamphithé-^tre, la Vénus qui devait courorner de myrtes son front brillé par le soleil de la Mitidja. A diaque découverte qui lui semblait d'heureux augure, il relevait héroïquement ses moustaches, souriait avec une volupté martia'e, donnait à sa prunelle une expression fascinatrice et s'^'largissait outre mesure les épaul.-s par le reogO'gement de son biste athlétique. Au bout d'une demi-Tieure iie ce manège, le galant officier fut obligé de reconnaître que 1 s grâces de sa per.son >e eu de su pose étaient autant de frais perdus, de perles méeonnies, el que pas un seul lorgn in féminin n'avait le bon goût de s'enquérir du magnilique militaire si triomp'jalenient assis au balcon.
— Il n'y a pas une seule jolie femme dans toute la salle, dit-il alors à Mornac en fai>ant mine d'étouffer un bâillement, et il s'enf nç3 dans s i stalle, dédaigneux coairae le renard qui trouvait les raisins trop verts.
Le reste de la représenlaiion s'écoula sans nouvel incident. La chute du rideau, impatieuiment atieudue par tous les acteurs de (ctte Scène fastidieuse .)u'oii appelle entrevue de mariage, charma surtout le commandant, qui, en l'ait de musique, ne '.'oillait que les Iroii pettes de son escadron, et dont ramour-pr«pre n'avait pas trouvé la compensation qu'il espérait.
— Ouaaaaahl dit-il à sou voisin, en parodiant malhonnêtement une gamme chromatique, vous venez de me faire faire une corvée dont je me souviendrai. C'est deiTiain dimanche, j'irai à la salle Clianiereiue ; c'est là qu'on trouve des femmes aimables et plus jolies que toutes vos bégueules; mais en ce moment il faut que je fasse mon métier de négociateur. Vous avez eu le temps de prendre le signalement de ma cousin» ; ch bien! comment la trouvez vous?
— Mon cher commandant, répondit l' jeune homme, lapositioti dans laquelle je me trouve ne me rend pas aveuijle; mademoiselle de Passerot est une charmante personne, aussi bien de toutes njanières «lue puisse le désirer un mari.
— A merveille ; maintenant il s'agit de voir si vous aurez produit le même ell'et. Je vais Hccosnpagiier ces dames (jui demeurent, comme vous savez, â ri.ôlel des Princes, rue Richelieu; c'est â deux pas d'ici. Nous avons â causer ensemble ; ainsi, allez fumer un cigarre dans le passage de l'Opéra; avant vin.;t minutes je suis à vous.
Moruac laissj p^issor l'ollieier, puis ù travers la foule é'égante qui enrombrait les corridors, il se glissa secrètement sur ses pas, poussé par un setitimeut de curiosité facile à comprendre. Mas^iuée jiisriu'à la ceinture par l'appui de la loge où elle était assise, mademoiselle Loïde ne s'était montrée à lui qu'en buste; celte idée le préoccupait autant que s'il eût pris coinplétement au sérieux son rôle de futur.
— Pourquoi, se disait-il, madam? de Passerol qui est une
tt SIECLE. — II.
dévote n'at-elle pas voulu que l'entrevue aiet lieu à la messe ou b en dau> une (MOnenadc, ce qui m'eUi convenu, earoi» m'aceordeune tournure assezdistinî.uée! Pour enca^er ainsi sa tille jusqu'au en on, elle doit avoir ses laisoi». La petite jouira t-ellc de quel. pie défecluosilé ^u'on cherche â difsimuler le plus longtemps possibl.- dans l'espoir que si jolie ligure me fera passer sur le reste? Lu moment I je ne me soucie pas d'un liide lérdi'.ns ii-oii ména.uC. E doxiea une taille si noble et si droite! pauvre chère Eiidxie! oh! loi seule au monde'.... Avant de rhercher A savoir si le ramage de cetlejeuiie provinciale r-'p nd â son plumage, il serait bon • e m'assureripie le plumage l.i-même neiachepas quelque vilaine pa lede |ia n. Il m'a semnlé qii» son cou n'était pas attaché a ses épaules d'une manière T ri logique.
Tout en ruminant, le jeune homme s'était placé sous le péristyle, au milieu des groupes (|ui, à la sortie du Théâtre- Italien, loiinent. Sur le passage des femmes, une haie plus épineuse que fleurie, à laquelle les blan lies brebis (lîesmêmej n'échappent pas toujours sans y laisser iiucli]uesuiis de ces floeons dont s'empare la médi.sance aristorratique pour en tisser sa chronii|Ue de chaque jour, ^ourd aux propos plus ou moins irrévéïeneieux de ses voisins. Mornac np tar la pjs à voir p .aidre au retour de 'cscilier mad mois-Ile d* Passerot, marchani à cô é de sa mère, qi-i s'app> yait elleniêiHesur le iras de si n neveu; il put alors se convaincre que celle qu'(.ui lui destinai en mariage possédait une taille en harmonie avec sa ligure, et que le fût de la colonne était digne du chapiteau.
— Vrai ^o^lllande, pur sang! se dit il, sans top se' rendre compte de sa sati^fa lion i térieure ; droite comme iin peuplier, et fraîche loiiim- une pê he. .Mon oncle a raison: ce serait une magnilique bouture à greffer sur la souche des Mornac.
De plus en plus alléché par cet examen, le jei.ne homrne se disposait à soit r du péristyle, à la suitrf de maileuioiselle de Pa--s roi, atin de la voir monter en voiture, lorsqu'une main saisît furt.veuiint la sienne, tandis qu'une voix vibrante quoique couienLejefditâ son oreille ce seul mot :
— Ingrat!
Edouard se senlil troublé dans l'âms , comme un voleur pris en flagrant délit; ava t qu'il eût fait un s-ul mouvement, lamain qu'il avait rec nnue pour l'avoir pressée bien des fois sur ses lèvres s'échappa de rétieînte dans laquelle il cherchait à la etenir; exalté par ce refus, comm.e il arrive d'ordinaire, il se retuurn i vivement : F.udnxie avait passe ; au lieu des ionj;S yeux bleus dont il s'apprciait à dé.-armer le courroux, il rencMUlra les prunelles veidàtres de moll^i^ur de lomenars, qui luidisaient aussi tyranniquemeni qu'un regard d'oi;cle peut le faire :
— Va-t'en.
Madame d» Flaraareil continuait de marcher sans totJrner la têip, entraiiiani par une sorte de saccade nerveuve le sournois vieillaid qui s'éiait eniparé de son bras et constitue son gardien en déidi d'elle-même: derrière eu\ s'enp essaii Léoii deBoisgoulier, à qui, véritable bonne fnriuie de lycéen, élait échue mistriss Lawingto", caparaçonnée, par dessus ses autres a ours, d'une pilaliiie dont les fournnes simulaientle pelage d'un zèbre. Le débutant se dédommageait de sa corvée en caressant du regard les blanches épaules de la dame dent il rêvait les couleurs, et il était tellement perdu dans cette contempla ion, qu'au passage il n'aperçut pas celui qu'il délestait de toute l'.ivers on qu'inspire un rival préféré.
— Comme le peti- bonhomme prend feu! se dit Edouard, qui. tout en coiiiaiii deux lièvres à la fois, n'était pas d'humeur .'1 permettre q-'on vint chasser sur ses terres; au lieu d'elle jal'Use comme une Italienne et devenir me Tierdans l'orei le des mots l'e mélo irame, il me semble qu'elle poiirlail fcri bi n se éba ra ser de cet adolesceiii qui finira par lui donner un ridii ule.
Entre la jeune lil ecl la l-mme encore jeune dont son esprii était pr sque également occupé, Mornac, qui, par une corn, li ali n as-ez fréquente parmi les hommes de v.ngi- isq ans, se trouva t en même temps chevalier d'amour et poursulvict de mariage, resta plongé dans une irrésolution à la-
DS BERNARD
quele nit finie di'part successif des deux vciiures où étaient iDorilées d'une part la fin.ille ries P;isserot, Oe l'auire li niélarco ique Eu>'ûxie, loujciistsioilé»- de son ebaptron d'oilre-M*Jtlie, de iVnanioiiré Uoisgon'ier, el du sexap>-naiie dont U cravate à l'incriiVibie ne CNcLail qu'à demi !e malicieux sourire. Edouard alirs se dirigea tout pensif vers le passage de rO|)Cra, el pendaui la demi-lieu ri- qu'il y ; atsa en atienda< l Garnier, t'ois i'fées assez dispara es se parlagi-renl s;s rfne\iuns. D'abord, une sti-ncde reproilie^, de larmes, pcui-tl'e même d'evanouissetr.eni 'luelui iitenageail , selon loul'2piart!uc, madani • de Fiamji eil, iloi;t il eonnaissaii 11.^fîabilita njrvtute et ladespo i(|ue j»loiisie: en second lieu une paire de soufflets qn il se promt-tiait d'uclrnyi-r au petit Boisgontierù la première occasion favorable; cnlin, la jambe de Diane chasseresse que lui a^ai icvelée le uiarclii-pied de la berline ou mauemoiscHe Loïde s'éiait élaacée avec une é'.ourderie de campagnarde.
Cettf. méditation à trois par!ies àcbaque inslant endiËvê- Ir^es conmciesli sd'uo (elotou, fut interrompue par le comman ani. qui s'avaiivait d'un pas rapide, en poileur de bonnes nouvelles.
— Mon cher, dit ce dernier, il fait beau ; prenons des cigares et all'Miii sur le boulevard, où lous sejo:is plus libres pour notre colloque;, il s'agit de traiter la matière à fond.
Les cgans niluniés. Garnier prit le brssde celui qit'il regardait dejii comme son cousin; i s sortirent du passage el (ourn^reiit à droite ; arrivés devant 'i'orloni, l'ofiicier de chasseurs entama la discussion.
—Sachez d'abord, dit-il, que j'ai réparé votre petite équipée a J moyen d'un duel, qui vous a retenu jusqu'à neuf lieures, et dans lequel j» vous ai f.it jouer un rôlebénïqne. IVu nublemenl e.<siiyé, el coup tiré en l'air de îa manière la plus magnanime 1 Les femni' s aiment assez les brcKeurs.nia lanlc surtoti. qui avait pour tnarl le p us grand poltron de toute la IV'ormandie. Elle a dO' c pris l'histori tie le mieux du monde, et une fois rassurée sur le dia, itre de sa digîiiié compromise, elle s'est déridée à vue d'œil. Déi i 'ément, vous avez fait saconquéie, ce qui ii'cst|)as pou de chose. — Al. de i\I rnar a tout-à fait l'air d'un homme comme il faur, ni'at-ellc dit à l'or'ille ; et cela veut tout dire, ca'- le comwi'il fuul c.^t s^n daila de pridi.edioi : fl.e a rrfusédix partis, parce ([u'ils avaient l'air b' urgeois, selon file. Quant à Loïde, elle ne sonnait n:ol conime vous pi-nsez bien ; m .is l'avis de sa niére est toujours le siei, cl d'ail eurs vous aurez le temps de lui faire vo^re cour. Brc'f, l'cnlfevue a été favorable, v .us avez plu. Je joue caries s .r tab e, n'csl-i; pas vrai? ^laintena t c'età viius de déci 1er s'il vous convient d'ailer en avant et décharger vulre onde de la dmianile ofllcielle.
— Mon cher commandani, répondit Edouard, la bonne grâce el la loyauté que vous apportez dans ( otte alfaire captivent toute ma conliance et m'obligent à une franchise égale à la vùire. .l'aoals donc aussi mon jeu. .l'ai n'ai pas besoin, je pense, de vous assurer de ma respectueuse esùrae pour votre familb', ni de vous dire queje regarderai toujours comme un honneur une alli.uice avec elle; mais je djis vous ex|li-' qiicr ma position persoiiiiere, alin ijue vous n'inteiprc.icr pas dèfavoralilenienl l'iii silalioii qie vous aviz pu rciiianiiier en nii i .li ii ai pas de fortu'ic; ainsi je suis eiitièivmeiil d mis la dci)en(!aiire i!e mon oiii le; il veut que je me marie, et il m'a declaié que si d.ii.s trois nios je ais enciTc gardon, il se rcniaiir:>ii liii-ièii'c; C" <|ii'il léri,it ainsi (lu'll l'a dit, j'en suis pailai I mri tconvai, cii.Or,iiioiion leas'.ixaiiie-ciiiqans,.'ige auquel on a loiijonrs ors i nian», comn^e vmis sav z. Doi'C il faut (|U.- je ne mari. ; sinon je m exp' se a devenir, (eutèlre avjnl un an, le i airain «l'un vi.usinou d'une cousinequi in'i nléverail net qu»ran!e-cii q milie 1 vres de n nte^imt je suis en ce moment i'héiiiiei présomp if. D'tii ùutre coié.je vous e répète, je n'im;;gine pas un mariage plus avantageux et plus bonorable que celui dont il est ([ueslion aujourd'hui. Et ccpendani.au lieu de l'empressemoMt que vous êtes en droit" d'attendrede moi, vous me voyci plongé diiisune mer d'irrésolutions, d? perplexités. 'l'in'iuiciudes déplu- en plnspérih'e? et cruelle?.
— L'histoire de votre princesse des Italiens! dit le commandant.
— De grâce, mon cher Garnier, comprenez ma position, et ne blessez pas, même par une plaisanterie à vos yeux inoffensive, un sentiment sciieux pour moi, trop sCrieux sans doute si je .songe à mon avenir. Cette pei sonne à qui vous faites allusion, je l'aime depuis plus de ciiui ans; je lui suis attache par tendresse, par reconnaissance, peut être aussi par habiludc, eiifln par tous les li. ds que peut créer une iniimité sans interrupiion et sans pariage. Rompre celle cliaine, car j'en coiivims c'est une chaîne, répudier ce passé si (d-in de souvenirs, (iiîe un éternel adieu à cet amour dans lequel j'ai mis mon âme tout entière, depuis que je suis un homme, c'est là un sacrilice qui m'effraie. En y songeant, je doute de mon courage; je crains pour moi, mais je crains pour elle davantage. Elle m'aime, Garnier, elle m'aime; mon marine serait un coup de poignard qui la tuerait peut-être.
— Bah! lit l'oflider de chasseurs, en poussant vers le ciel ure énorme bonHée de tabac, comme un marsouin souffle par SCS evens 1 eau salée.
— Ae pensez pas qu'une ridicule fatuité me fa^^se parler ainsi, reprit Edouard avec chaleur; puissé-je me tromper! Mais je connais trop ce cœur dévoue, cette langueur maladive, cette âme enthousiaste, celle femme cnlin, non moins Hère que sensible, et qui, blessée par moi, ne se plaindrait point, mais....
— Wourrail. n'est-il pas vrai ? interrompit Garnier. Vous êtes jeune, mon cher; mais crovvz-moi, tranquillisez-vous.— Les femmes se rendent el ne meurent pas.
A celte imperiincnlc parodie du mol atiribué à Cambronne, Edouard jeia son cigaie par un geste dédaigneux auquel le prosaïque Ollicier ne lil pas attention.
—Commandant, dit-il ensuite d'un ton légèrement ironique, je m'aperçois (|ue nous ne nous comprenons pas. Je conçois ■ du reste que vos conquêtes de garnison vousaiem peudispos* à apprécier ce qu'il peut y avoir de noble, de passionné, de sublime dans l'âme de quelques femmes d'elile.
— Mes (onquêtes de garnison! qu'entenlez-vous par là! s'écria l'o" cier piqué à son iour ; depais quinze ans que je suis au service, sa-hez que j'ai connu vingt dan.es, je dis dames, plus ;ûlies et plus aimables que toutes vos pies-grièelles de ce soir. Que diantre! disculons sans pe^soniialité. Nous iraiions de votre mariage, auquel je m'intéresse fort, et voilà qu',i propos d'une ancienne passion, vous vuus envolez jusqu'au sep'ième ciel ; ne dois-je pas, en homme raisonnable, vous ramener à terre, rétiblir la qu^^siinn dans ses termes vériiablrs, el la résoudre par le laUul des pioiabililés? Or, je vous soutiens que sur cent mille lemmes, pas une ne péril d'amour. Voyez vous, niun cher Mornae, ces métaphores là sont connues. .Nouj autres nous leur disons : Si vous ne m'aimez pas, je me tuerai; plus tard elles nous disent : Si vous ne m'aimez plu«, j'en mourrai. A la nn, tant tués que mortes, on n'enterre personne. Je vous parle comme tout homme de sens'le ferait à n a place continua Garnier en (iiaiigea II subitement d'inlonaiiun; je vous le répèle, il y a Cl ni mille à parivr conire un ([U- v s craintes -oni cliimérique-. Après cela ne v.ius flairez pas que je sois un s uJaid
• ans âme, comme vonspa'aissez le croire; si, au lieu de vo is l>iiir lelangaged.' larai on o.niiiiiiie, j'iulcriogea s mes o:venii- et nia pro; re expenen e. peut-être s rais-;e de .-.re avis; mais on ne doit jamais prenilre rcxceplion po ; lé- :.lc.
— Comment, dit Édouird iiitiigué par ces paroles, v-.'/vous donc éprouve dans votre vie uuelque sentiment se c^x qui dimenlcla ptiilosopliie incrciuie que vous affectiez to i à-1 heure?
— Pcut-êlre, répondit le chef d'cs adron en jetant à son tour son ci|.are, et il laissa passer entre ses longu s icouslaclies un de ces soupirs pinibleiHcnt bruyans, qu'exhalent les cœurs depuis longtemps rouilles.
— Confidence pour confidence, reprit Morrac, qui, pas?"' le premier moment d'humeur, désirait rester en paix a^er son interlocnt'ur.
LA FEMME DE QUARANTE ANS
L'ûflicier secoua la tt''(e (l'im air molanioliiitie, éinn^e- Dieni dépaysé sur sa rgiii-'^ pleine cl colorée.
— C'est une hisu ire ù laiim-lle je pense le moins possible et dont je ne parle à personne, dit il enfin -, mais je ne re;i'se p.is rie vous la raconter, car, .'i vous . nteiidr , on dir:iii (,ue je n'aie jamais connu que les vivauilii^res de mun réiiinienl, (t cependant j'ai éprouvé dans ma vie une passion d'un numéio égal au moins à ce ni de la vr:tr('. Il y a une dizaine d'années de cela; j'étais alors licuicnant au ~'' chasseurs, en garnison a Lyon. Lyon est une sotte ville, comme vous savez peut-être, et la société de Reilerourt, ;iui avait accueilli quclquesuns de nous, est bien la colle''lion de salons la plus insipide ou l'ofluier puisse perdre son argent a la houil olte contre de \ieilles femmes. Pour moi, qui aime h m'amuser, je commençais à en avoirassez; ça me l'aiii;uait d'être plumé tous les soirs par des contemporaines du roi Louis XV, et j'étais décidé à cherciier fortune ilans le peut commerce où il y a des minois soi, nés, lorsju'un jour, au mil eu u'un de ces saious de Bellecour, ave.; lesquels je voulais divorcer, j'aperi^us une femme que je n'avais pas encore rencontrée dans le monde. Une femme! un angel mon cher ami. Grai.de et faite à leiiidre, d s épaules magniliques, des yeux blfus dont le regard vous caressait le cœur comme avec un gant de ve our-, des cheveux blonds....
— El'eéiait blonde! inierrompit Edouard; je l'aime déjà.
— La votre ^st blonde aussi? Ce n'est pas qu'en général je préfète celte rouleu'-; il y a des brunes lurieiisemeni séuuisantes, mais celte fuis là, toutes les Andal. u es et toutes les Africaines eussent été obligées de bai.- se pavillon Jet epi-n^ pas vous décrire ce que j'éprouvai; ce n^n fut qu'un f. isson «If P'iis la plante des pieds ;u>qu'à la rac n ? d 'S cheveux. J'étais assis â une table d'écaré, où je jouais une centaii;e de 'rancs. je crois, quand ce di:hle de r. gard langoureux .s'arrêta sur m, i. J'avai- ri jusqu'aiois de ce qu'on appe le tu collège les flèches de Cupido'i; mais en ce momeijt je me (■«nvain ;uis de la justesse de l'allégorie, en me scnt.inl pené «Jf part en part tomme par un trait d'arbalète. J'érarlai slupide • eut un ou deux atouts, et scurd aux cria lleiic- de la galerie, je nie levai pour suivre cette sirène qui venait de passer dans un snire salon.
Jp n'ai pas besoiir, mon cher Mornac, de vous raconter en dciail les progrès et Us incidens de ma i.assion; ces folies- 'à se ressemblent toute-; vous veniez qu';"! vingt-cinq a s je " étais pas p us «aisonnable que vo s ne l'èie-. aujomd'iiul. Qu il vous sutlisc de ^avciir que j'éias amoureux cnime un ''On ; dep is ma >ûrtie de Saint Cvr, je n'avais rien éprouvé "<• par il; Éise demeurait...
— Elise! c'e.-t tiit des noms de la femme que j'aime, dit UuoLaul avec une sorte dr- cimpon.tion.
~t'n jo i nom, n'est-ce pas? C'était l'été; Élise habitait une canipa^ne à que'qu'^s Hues de Lyon, tandis qi e s >n •f^ari était retenu à la ville par la place (lu'i: occupait à la tète "Une des adhiinistraiims. Je fus bieilôt au courant et je coi7imo çai sans reta. d une des vies les plus enragées que JHiîsse men°r Un amoure ;x. Dix lieues à franc étrier pies- <\v.e tous les jours! Et notez qu'il ne fallait pas flâner en roule, car le colonel ne plaisantait guère, et je n'avais po'nt tnvie de me faire mettre aux arjèts..1'ai crevé deux clirvaux danscetîe campagne, sans compter que je n'airivais pas toujours à temps au quartier, et que, devant passer ad.udantma;or, je me vis soufDer ma rominiiiion souspréieM^de légligeiice dans leservice. 'VJ-ùs j'avais la cervelle à l'envers, et je nie moquais de la double ipaulette comme de mon sabre de l'école militaire. D'ailleurs quelbagréab'e indemnité! ce que je p rdais en avancement d'un crtlé, ma belle blonde me Ip rendait de l'autre; il est vrai que chaque grade nip causa un t. urment d'enfrr; je mis sept mois ù gagner mon bâton de maréchal de France. Mais songez uue c'était une femme du grand inonde, spirituelle comme un démon, fière comme un
chapitré d'Allemagne, et allant tous les jours à la messe; une vén aMe duchrs-e.
A me v.ir aujiuiid'hui, Morna-, vous ne dcineriez jamais quel Céladon j'éiais slors ; cette femme m'avait fiit subir une. méiimorphos- dont je reste stupéfait quard j'y songe. Moi, qui ne pouvai-i pas r.^-^arder une éciitoire sans avoir la migraiuc, ]e lui in provisais dts U'itrrs de douze pageij h calciner un roiher. Vciis avez lu la yoncellc IJéloise; eh bien! nia paro e d'honneur, c'est direi gefndueà côté de mon sl\ le de ce temps-l-i, M pui-, réforme cou p'cie dan; mes Inbitades. PI. s deiafé. plus de billaid, p us de cigare. A la pmsion, n es camar de.-, (jiii n'y coniprcnainit rii n, m'appi-laieiit mad.inoisellc Garnicr; mais tout m'était éga^ puur.u qu'E* li-e fut cou. ente; elc a^ait que'q'cs années depus que moi, pt cela lui doinait une série n'an'oriié dont e'e aim.iit k faire u<agc;e' le m'imposait ses goûts, ses volontés, quelquefois .'■es caprices ; tout me plaisait. Elle était jalouse, j'ai.iiais jusqu'à sa j^lousii'.
— C'est cèpe, danl un difauKiui cau-e bien des fnnuis, observa Mornac.'tn se rappelan; les épreuvrs auxquelles le soumettait joutUrlitment madame de Flamareil.
— Oui; niai^ ça n.aie. Lemaii ne po .vair pvesque jamais quitter Lyon, il n'y avait pas ce voisins de campagne, ei, en ymctli-nt de a piiidence, nous jouissions d'une certaine liberté. Quand je n'étais pas ob igé de rentrer pour mun service, je restais fort tard, quelquefois tout â-tait. La maison était prè, de la S»ûiie ; le soir, nous nous pron enioiis en bateau, sur ont quand il faisait de la lune. Élise ain.ait beau- «■oup le clair de hue, et moi j'v prenais diantremeiit g. ûl aussi. Ei'e éiait si jolie, a.ss se' au gouvernail, avec s? gentillecapoïc de paille et son c.ôchemite bleu 4ueje vois emore I E ise n'avait qye des cacljemire-. Quand j'étai>fv.tiï:ue de ra- "iT, jcdccUmais!es.Vcf/.'/fl/i(»i6- de Lamatine, qn.leme ^■■i<aii appr.ndre par cœur; oui, mon cher, les M:d<taUo,u de Lam.riiii,'. Vi us v. us i gurez que je n ai (as et- romaHl'que tout comme un autre. Je cioIn que si elle l'avMivou u, j'ajjrais f. iides vers. Ah ! c'ét.i. ni là des m mens qu onii ou- 1> ie pa.s ; i,on, .'scre lieu ! on ne les I ublie pas.
Le comm..ndaiit Garnier se tordit la mou-ia. he à plu.^i ur» ffpi'iscs, et tarda, pchd^iit quelques se cnrjos, un si enc» d'aliendri semeu! respec é par son comp-gnoii.
— Tout do t Cnir dans le monde, reprit-il e suite d un ton niH'an oiique:il v avait cinq mois ù pein- que durait t>on t"nlicur, lorsqu'une alasiropbe inatt' ndue e vint détruite, î n m,iiin,j'èisis <^ans ma chanibrc, préri^ément occupé a 'écrire une deces épitres biiiLnt s doi t je vous par ais i"Uiàl heure; on frapj^e, la iiortc s'ouvre, et je vois enirer un homme de quarante ans, droit, .sec, poli, sérieux. Je vous l'avouerai, j'eus pcur.Cètjil le m.ii, et j'aur.:is mieux aimê lecev, ir la visite d'un lo ip aff mé. De cii^itabies amis lui avai.nt appris ma liais, n avec sa femme : il savait l'J"'' " venait me propo.-er, le plus honnêtement du monde, daller me coup.r la g.Mig>. Je fis d abord des dilTiciiliés, car mes pi' nci, e- sur oHte n^a ière s. ni bien arrêi.-s : tromper un époux, tant qu'on voudra; le tuer, merci! Pourtant, il n > eui pasmoien de refuser : il exi-eaii une lépatalion, eljéais <'«n- mon ion. Nous primes donc chacun un témoin, et nous fûmes iious l>aitre dans u.i pcit chem n m ux, d' rrière Fourvières. J'ai été pn vô de salle à Saint-Cvr, et je me croyais sûr de mon laii; je m'étais juré de re pas le tuer, je voulais simplement le dé-armer, ou, loutaup'us, le blesser legèremem au bras, p lur le mettre hors de coinbai. Après one-qiies i)asrs, j'engage donc soli.lemen', vH quarte, tn cherch nt à lier son ferj^uf je comptais faire suiter à dix pas u'un revers de poignet. Pstt.' voilà cette chienne d'épée, que je croyais bien tenir, qui se dégage, et frétille comme une anguille autour de la niirnne; une", deux; feinte de seconde: puis, quand je la cherche en tierce, un second dégagement, auqueljenevûis que du feu, et une bette qui ro'arriveà fond, oh! mais à fond : six pouces de fer dans le côté, rien que cela. Avant d'avoir pu me rendre compte du coup, je me troiivai par terre, étendu comme un mouton qu'un vient de saigner. Mon diable d'homme, loujour.^ avec le plus beau sangfroid du monde, médit que nous aurions le plaisir de recom-
DE BERNARD
meneer dés que je serais gu<^ii ; puis il nie tourna les talons après ni'avoir salué fort iioliiiieiit.
'Je restai six semaines dans mon lii, liiaspliéniani le' ciel cl la terre, sans ni.uvelli'S dKlisc, à ipii je ne pou>ais pas t crin'. Je savais seulement qutlkMlait lomljie malade le lendemain du duel, ei i|ue si n mari luvait ramenée a l.yun. F.nlln, j'entrai en conv.desience; mnpreniéie \isiie fui pour mon colonel, i qui j'avais éié recommande par un de mes ondes, ei qui me temoii,'riail de i'iniérèl.
— Garnier, me dit-il des qu'il ni'apen.'it, je suis bien ai^e de vous voir sur pied. \. us ne faites plus partie dusepiime; vous passez au réjiimeit de diavseurs qui va en Murée, et vous parlez dem:'in pour rejoindre voire corps à Toulon. Pas d'observations; il y aura la-bas des coups de sabre a donner, ça doit vous aller; c'est une bonne oi:casion de rej;aiiner la double épanlelie que vous avez nun(|uée ici par voue fau-e. Vous ne pouvez pas resier fi Lyon. Votreaveniurea faii In p de bruit. On est bégueule a Deilecourl .je sais qu'oa y a dé a parlé dans plusieurs sa'ons du daii;;er de recevoir des mililaire-i; votre séjour ici feiait du toit à vus camarades; ci pour niO' je n'ai paseinie qu'on mette uion corps d'ofiiciers en inierdit. Ainsi donc, soyez en roule demain a st pi heures, «itjus(|Ne-là pa de folie sriuiiueidnle-, la-bas, l'aile» honneur au se|diéme cl resi nez nou^ cipilaine.
Il n'y avait p^is le jilu> peiii mol ;1 répondre, car quand le colonel avait commaride : en avant! il fallail pariir d.i pied gauche, comme disent les faidas>ii.s. A moitié fou, j'alLii cbczKlise. Son mari éiait s.nii b nreusenient, e je pas entrer. Ah! mon cher Morinu-, quelle s. ène! je vivrais mille ans que ( e laldeau ne sortirait jamais de ma mémoire. Fijiurez-vous une fmime elendiie^siir' un divan, pâle, aniai-rie, brisée ; plus changée par le chigrin que moi par six seniaim s de souffrances; et des soupirs, des éireintes, des sanglots, des désespoirs h briser le cour quand je lui appris mon déparl.
— Mon Théodule, nié disait-elle en ni'éKiU.Tant dans ses bras, c'est ma raison ou ma vie iiue lu emporli s, car si je "t meurs pa-;, jen deviendrai folle.
Ce fui eu effet une n;oira!ile que je laissai lorsque j'eus le couiage de m':'rr;ieher a celle scène <ruelle. Sans voix et sans connaissance elle n'enlendii pas mon dernier adieu, elle nesenlit pas mes derniers baisers. Il n'y a^ail plus d'âme dans ce corps, el quand la porte se ferma sur moi, il sinibla qnec'élait le couvercle de sa bière doni j'entendais le bniil.
/I va dix ans de cela, Mornac, reiuii le commandant après une seconde pause causée par son émoiiou ; el je crois vous parler d'hier. Ces dix amées, je les ai passées presipie loiit pni'ère^ hors de Fran.e, en Morée, h Alger, partout on il y avait des coups ii donner et ;i reeev(Mr. ce souvenir est un ver rongeur (|ni ne m'a jamais (piilié.
Eniriiini's par l'inléréi de leur C(inversalion, les deux amis étaieni ari-ives a la Madeli ine. Le eouimandunt r.ariiirr, dont M verron-eiir avail respeelé l'einboniioinl, marcheur assez mauvais d'ailleurs, en sa ijuali é d'oni(i"r de cavalerie, s'arrêla un peu essonHlé . el, levant les yeux au ciel, eumno^ par réminiscence de l'fige d'or où il avdil su par e,:;ur les Méditolions de Lamartine :
— Je veux vous avouer un dernier enfanliilage, dit-il avec un sourire timide, destiné à désarmer la raillerie. Levez la lèie. Vo>e/-vou3 celte étoile au-des.sus du fionlon, à gauehe de la Grande-Ourse'^
— Eh bien ?
— C'est la nôli*, celle qu'Élise, dont l'imagination étiit fort exaltée, avait choisie pour emblènn- de noire amour. Vous ne me croirez pul-éire pas. Eh bien ! en Grèce, en Afriijue. où les nnils seul presque toujours sereines il m'e^t arrivé bien des lois de passer des heures entières a contempler celle étoile. Kl mainlenant en' ore, au boni di' dix ans, je U" puis pas la regarder sans éprouver l'iiivie de pleurer comme nn enfani.
E loiiard éconiaeetie senlimenlaleconlidence plus sérieusement qu'on n'eùi pu i'ait' mire d'un jeune bonmn? de vingtcinq ans, portant des muustai:hes, des gants jaunes, un loi» gnou dans la (loclie de son gilet, et sor'ani des Italiens.
— C'est une douce superstition, chère à toutes les âmes lendres, dit-il, le nez en l'air à son tour. Mon cher Garnier, ne roujiissez dune pas d'un noi)le seniimenl, paice que son exaliaiiuii ne saurait éire couiprisc du vulgaire. J'ai aussi mon eloile, moi.
— lira\o! répondit le command,tnt, heureux d'échapper ù la niO(|uerie qu il redoiilail. El où êtes vous logéla-haul? semme.->-nous voisins? .
— Là, au couchant, celle belle étoile isolée, plus loin qua la lleehe des Invalides. Ce qu'il y a de liizarre, c'est que j'avais envie de vo're étoile à vous-, mais ma niailressen'en voulut pis, et choisit celle-ci.
— Avouez que les femmes oiit des idées diantremenl gentilles lorsqu'elles aiment, dit Garnier d'uu air ailendii.
— Celle éirange coineidence accroît encore l'inleiét que voire réi it m'inspire ! repundt Mornac, qui, depuis qu'il a^ait découvert dans le gros cemmandant un frère en sonlfranee amoureuse, s'alfeimissaii dans ses senlimens de fidélité, et se livrait jtlus ré e umeni a la pente élégiaiiue de la conversation. — Ainsi, elles otu le même co^ur noble et enlhousiasle.
— JUtcs ont : interrompit l'oflieier de chasseurs avec un aeienl doiilouicux ; je doniieiais ma (roix el mon épaulelte de chef des adioii pour pouvoir dire coniii.e vous. Mais, (|uand je songe à ma pauvre Élise, j'ai raison de regarder Ift-haut notre étoile; (ar sur la terre. .
— Elle est morte?
— Klh doii l'éire, j'en ai la Irisle persuasion. Prive de ses nouvelles pendant longiemps, je n'osai plus ( herelier ù en avoir à mou retour enî'ranee. L"n de ces presseinimens qui ne liuinpenl pas médisait ipie je ne la verrais "plus. Jamais son nom nesl soiii de ma bouche devaiii les personnes qui auraient punie p.irler d'elle, lanl je craignais de voir mes cranil(!s lonlirniées ; je n'ai pas remis les pieds à Lyon, »t j'ai pieferéle doute du nialltenr à sa ceriilude. Depuis dix ans, j'ai aimé d'auli'es feni(nes,et des plus disiinguées, ajouta Gaiiiier du kn imposant dont Rui (iomez denombraii k Chaiievijuinl ses porirails de famille; mais aucune autant (pie Cl Ile-là. On ne Ironve une Élise qu'il;. e fois.
liiviiloniairemenl, Mornac jeta sur son compagnon ce regard ohliiiue, par lequel es jeunes gens se dé|irécient muluedement comme le font les femmes entre elles. La eonclnsiûii de l'examen fui que le comma idani Garnier élait bien gros bien rougeaud, bien florissant, el de lournui'c bien marlialeiru'Ul hourgci-ise, pour qu'une femme du monde se frtt ainsi laissée aller de vie à trépas, par le seul fait de .son absence
— El vous pensez (piécette dame n'a pu survivre à voir» di'parl'.' dil le jeune Iiumme,en passanl suliitement de lasympalliie au persiflage, cir il av.iii sur le c eiir pLisieiirs paroles éclraiq)ées :) son inierloculeur, au comuieneenient de la eonvei-salinn.
L'oflieiei- s'anèhi et roula de gros yeux, comme un laureau qui iV(,'oii au flanc le dard d'un picarior.'
— Vous iirélendez bien, vous, (|ue voire mariage donnerait le coup de la mort k votre princesse? dii-il en faisant sonner sa voix de basse.
— Je suis logirpie dans mes senlimens ; mais vous, n'avexvous pas dil (pie les feurmes ne meurviil pas ?
— 11 y a femme et ftmme' dit Garnier d'un ton sec.
— Coi me il y a homme cl homnie ! pensa Moi ri.ic, en faisant i nire s n cumpajinon et lui-même nue comparaison dont le résuliat Irrt (|ue si l'un d'(ux pouvait nourrir la préienlion de metire une maîtresse au lombeau, c'était ;'i coup sur l'élégaiil Parisien et non le gro^ dandy à graine d'épinards.
— Avec tons ces bavardages, reprit le couimandani, doni ralendrissement avail élé suliiiemrnl gUu'é par l'air railleur d'Liloiianl, nous avons fan une élape et nous sommes tout-àl'ail SOI lis de la (juestion. Permettez-moi d'y revenir'; nous avons changé de n'de carj'^ti pris l'iniiiative, et c'éiait ft vou» de le faire. Je vous ai dit que ma tante paraissait bien disposée en votre faveur; à votre tour quelles sont vos inten» lions?
— Mon cher conimandrtnt, répondit Mornac, qui sentit se
LA FEMME DE QUARANTE AXS
réveill*"!' à cette queslion toutes les irrésolutions de son caracli>ro; en ce moment je sais si peu mui-iiième i;e que je veiix. .je redoute lelleiiient les .suites ri une délerniination prétip tée...c"c.>t une chose si prave qu'un maria;;e... Mon onelf m'acconir trus mois pour nie dcdder; pensez-vous qu'un paieil délai?...
— .le vous accorde, pour tout délai, vingt-quatre heures, lépondii (i^tmier du Ion d'un ^riiéial assié,eani qui impose une capilnlation •. car. depuis le sourire moq'.ieiir que s'était permis Edouard, il tenait Lêauconp noinsà ravoir pour cousin. Vous déviiez |>cnsfr que ma lamille n'est pas faite pour attendre peiid-iUl huis mois le bon plaisir de qui (|ue ce soit. Ma tanie s'est niaiiée a dix-lutii ans, et elle a dicidé que sa liile se n)arier.iil â dix-liuit ans; si ce n'est pas avec vous ce sera avec un auire. Faute d'un moine l'abbaye ne chôme pas. ^c.usdiuons demain ensemble ihez monsieur dePomeniis; au dessert vous me ferez part l'e \oiie résointi' n (iélinitive.
— Soit, à dera-in, répondi! jioinac, empressé de sousciire il let anan^emeut qui laissait un jour de plus à son iiidéiisiuu.
— Il est nii;iuit et demi, reprit l'ofluier. Voici la rue'de la Paix : c'est votre cl.emin; bonne nuit, n-on dier.
A ces mi'ts, il p;it, sans la serrer très cordialement, la main que lui offrait son compaiinon, et s'éloigna d'un pas belliqueux
— Voyez donc ce beau-fils, se disail-il f n faisant sonner ses éperons sur les dalles du trottoir; ne se fi.unre-t-il pas qu'on va nu urir pour ses beaux veux; je gagerais que son infante est une vieilie femme.
— l.c chasseur d'Afrique est a'i'orable avec ses allures de lord Byron, pensait Edouard au mi'me insiant; quel mangeur de cœurs, s'il faut l'en croire ! C est dommage (ju'il soit un peu iir.is pour jouer le rôle de \an-p:re. Celte ducliesse de L.on (|u il a tuée est, je le parierais, quelque marthande de mode qui se porte à merveilie.
Kt les deux hommes s'allèrent coucher, chacun de son cùté, mais non pas sans avoir ccnieniplé une dernière fuis, Mornac, l'astre d'Eudoxie qui brillait au couchant comme Une étiniclli- iailiie de la tlèi- e li'or des Invalides, et lecomman iant Garnier, l'étoile de la défunte Élise, voisine éternelle de la Grande-Ourse.
Le lendemain matin, monsieur de Pomenars et son neveu déjeunaient (n léte à lête, le vici'Iard avec un appétit déjeune homme, le jeune homme avec ce déaain des joiiissane s animales (lU'ir.spiriiit les soucis d'une passion coniraiiée. Lorsque le domestique fut sorti, rpiès avoir servi le thé, le sexagéna re, qui lusqu'alors avait gardé le si ence, coi; me par égard pour la tristesse de Mo!na(', remp it la lasse de celuici, la sucra lui-même, et la lui piésentani avec une piévenance assez iiisoliie d'oncle à neveu :
— Aion ami, lui dilil d'un air gracieux, je suis très content de loi. Il paraii qu'hier tu as fait des merveilles sans le vouloir; notre agent dip omaiiquc, mailame de Lordcs, m'écrit ce matin que ton maintien et la ligure ont également eu le plus grand su. ces. Ou^nt ù ton esprit, qu'on est. à cequ elle me dit, impatient d apprécier, je ne suis pas inquiet; je sais t|ue tu es aimable quand tu veux lètre. Tu vois dcnc que tout va pour le mii ux, et que le sui c- s dépe; d de toi seul. Ce soir, nous terminerons les préliminaires avec le gros commandant; je tàchtrai de coub-r à fond la quesiion linancière; en cas de discussion, j'aurai meilleur man hé de lui que de la bclle-noie, «pie je ciois quelque peu rapace, comme le sont du reste toutes les belles-mères ; et demain, sans plus de retard, j'irai demander à madame de Passerot la permission de le présenter a elle.
— Ainsi mon on. le. vous tenez t.juiours à ce ma'iage, réponJit ie jeune homme d'une vnix dulen e et en repoussant la tasse de tné, comme si elle eût été l'emblème du calice conjugal.
— Hein ? (it monsieur de Pomenars, dont les \erles prunelles sallumèrenl soudain.
— Vous m'aviez donné trois mois pour réfléchir, reprit Eilouarll.
— Propos de peureux; trois mois où trois jours, qu'importe, puisqu'il faut linir par sjuler le fossé'!*
— Mais, mon on. le, vous oubliez qu'il ne s'agit pas de moi seol. En supposant que je vous obéisse, puis-je le faire avant d'a\oir luvparé a I idée d'une rupture une personne digue d égard, et que je n'olTenserais pas sans me rendre coupable d ingratitude ; une personne dont je vous ai entendu faire léloge souvent. Car enfin, vous n'avez pas toujours cherché .'i me séparer d'elle, permettez-moi de vous le dire. Dans le commencement, j'ai pu interpréter votre silence comme une approbation et non comme un blâme. 11 y a plus, rappelez-vous le bal du ministre de l'intérieur, en 1830. il Edouard, me dites-vous, au moment où je venai.; de valser avec e!le, si j'avais vingt ans, et que je voulusse avoir une passion dans le monde, je n aimerais pas une autre femme que madame ie Flaniareil. .. Eh bien ! mon onde, j'avais vingt ans, moi -, ce que vous pensiez, je lai fait. El maintenant vous abusez de votre auioiilé pour me faire rompre, a\ec une précipitation cruelle, une liaison qui, après tout, est votre ouviage : sans vous je n'aurais jamais été admis dans son salon.
— Tous m'accorderez du moins, répondit monsieur de Pomenars avec un sourire moqueur, que je ne vous ai introduit que jusqu'au salon. Si, depuis, vous 'avez obtenu vos entrées dans les petits appartenions, cela ne me regardeplus. Edouard, est-ce sérieusement que vous parlez'? Vous avez vingt-cinq ans; vous êtes dans le monde depuis long-temps, et vous n'ayez pas honte de tenir en ce moment un langage décolieiv! Ecoutez-moi. je vous prie, et dites ensuite si je ne me suis pas conduit dans toute cette affaire comme s'il se fût agi de mon propre lils. 11 y a six ans, lorsquaprés la mort de votre mère, je vous appelai à Paris, vous arrivâtes un beau matin de Toulouse, gauche, dégingandé, ne sachant ni entrer, ni sortir, ni vous asseoir; exhalant, en revanche, partons les pores, en vrai légiste de province, une abominable o.lcur de cigare, et parlant gascon à faire frissonner les roseaux de la Garonne. Je ne vous le cache pas : vous me files peur. Vous étiez trop jeune pour vous marier, et la révolution de juillet, qui survint, vous ferma la carrière des places. Je n'avais donc qu'une seule chose à désirer pour vous, c'était voire mélamorphose en homme. Civiliser l'ours mal appris que vous étiez alors, était une bonne œuvre à laquelle une femme seule pouvait prendre goût et s'appliquer avec suciès. Aiissi,dès que j'eus deviné les dispositions charitables de madame de Flamareil, jem en réjouis dans votre intérêt. Vous prêcher un sermon eût été le fait d'un anachorète ou d'un cliarlreux ; et, à mon âge, j'ai le malheur de n'être encore qu'un homme du monde. Je ne mis donc aucun obstacle à une liaison dans laquelle je voyais pour \ous beaucoup d'avantages et peu d'inconvéniens .Madame de Flaniareii m'offrait, par sa posit on sociale, par la distinction de son esprit et rie ses inaiiicres, par la-n at.r'té de son âge... Ne rcnwrsez pas 'a théière; je conviendrai, si vous voulez, ((ue c'est tne matur.té p'eiLe de f aîcheur, de grâce, de se» daetioes, et que vous êtes un heureux coquin. Maiame de Fiamaieil m'offrait, disje, touies les garan les qi.e l'on doit exiger de l'inst tuteur à qui ron confie ton enfjiii. Une femme piuijeane qi'elic>ousertt fait faiie beaucoup île folies, peutêtre sans beiifflc; iiiie pins \iiille vous eût rcnlu rid cule ; avec une bourgeoise, vous auriez perlu les tradiiions del« boniiC cou. pa^nie; enfin, ave t ces. ..— Coinmenl dirai-j ?... a>e.' ces . our.i-a .fs dont je vois plusieurs de vos amis si riuiculeraeïit o. Ciipés, vous auriez psconipié œ,i suc;;issiûa chez des juif^; aillant d'écueils dangereux ;our un jeune borna e, dont vous êtes sorti sain et sauf, grâce à Dieu, et je dois -lire auisi. grâce à elle! Oui, certes, Erioiard vous devez de 'a reco^nai^sance â celle femme; ear c'est elle qui a fait de vous ce que vous êies aujourd'hui, un homme assez Tire par )e temps qui court, un homme bien élevé et que je puis avouer pour mon neveu. Par attacljeraent,peui-
DE BERNARD
êtra pîr prulence, elle ne vous a inspiré que des goûts simples et modérés quoique élégans. Son inlelligentecxquise de tout ce quirûuvii'nl à son âge... — ne froncez pas le sourcil.... a été pour vous, et par conséquent pour moi, une source d'ccûnoinies, dont vous ne vous douiez peut-êuepas. Forcée de renonrerù la danse, ne montant plus à djcval, ne jouant pas encû^^, elle vous a interdit insensiblemi-nllebal, les chevaux, le jeu, en un mot tous les plaisirs dont elle ne pouvait pas prendre sa part; et, quel ([u'ait été Son motif, tendresse ou calcul, je lui en suis furt reconnaissant. Depuis cinq ans, je n'ai qu'à me louer de votre conduite. Vos six mille francs de pension vous ont sufli ; Je ne connais pas un de vos fournisseurs; enfin, vous n'avez pas cherché à me faire jouer une seule fuis le rùle ridicule d'oncle de comédie; el, en cela, vous avez agi fort prudemment. Aimei-la donc, vous le devez ; et je serais le premier à bl'imer votre ingratitude. Oui, vous avez contracté une dette envers elle. — ."\Jais, à votre âge, poursuivit monsieur de Pomenars avec une ineffable raillerie, on aciiuilte facilement cis dettes lu ; les femmes sont de si indulgens créanciers pour ceux qui peuvent payer quelque chose comptant! J'ai trop bonne opinion de vous pour croire que vous ayez manqué à cet engagement sacré. Soyez franc, l'our prix de votre éducation, dont elle a bien voulu se charger, vous faites son bonheur depuis cinq ans, n'cst-il pas vrai? Eh bien, il me seniye que voilà un compte facile à liquider, et que, mutuellement, vous pouvez TOUS donner quittance.
Edouard assistait avec une résignation morne à cetie dissection de son amour; et chaciue fois que le scalpel de l'ironique vieillard fouillait une libre délicate, il serrait les dents, comme un patient qui craint de trahir par un cri sa souffrance. Le ruué à cheveux gris |irit le silence de son neveu pour un commencement de conversion, et continua son opération en versant sur ciiaiiue plaie, en guise (ie bannie, quelques gouttes de ce matiTialismeéUgammen ini|)ito>ai;le, par lequel les élèves du dix-ijuitième siècle flétrissent toules les croyances du caiir.
— Vous craignez, dilcs-vous, les ennuis qui accompagnent une rupture. Eh ! <|ui vous parle de ru|)iure? Je lie vous comprends pas, vous autres jeunes gens; vous appor;ez dans ton-tes vos liaisons quelque chose de causant et de brutal. C'est votre liltéiature romaniique (|ui vous fausse l'esprit. Il vous faut du mélodrame en amour; de mon leiips nous nous lonteniions de la coméd e. Celait plus amusant et de meilleur gotil.J'ai aitné plus d'une ffUime, je n'ai rompu avec ancjine, el j'ai conservé pour amies toutes celles dont j'avais éi-- l'adorateur. Voilà comme doit se coniUiire nn galant homme. On ne rompt pas, on dénoue, sans l'ro'sseineni, sans irritation, sans brouille. On modifie les lermes d'une inli:;iiié, d'après les exigences nouvelles qui se reiuonlrenl à c'iac|ne pas dans la vie. Auticfois, hommes cl fcmnn^s entendaient cela a merveille. Alon mariage, par exempl,', a éié arrangé par une personne qui me poriait un in'érèt aussi ten'îre que celui dont ?ous pouvez t"i e aujourd'hui l'objet. Si maiiame de FLmareil vous aime rcellemei.t, loin de s'opposer au vo;ro, elle doit eo comprendre la néressilé et vous y cntragerla première.
— L'amour véritable est ton 0;frs cgoLste, s'écria Mornac, fort peu convaincu parce raissnnement.
— Comment ! reprit le vieillard d'un ton de supériorité presque méprisant, tu ne te sens pas de force a enlever son coiisentcment par uncargumenialion paisible! Si j'clais à la place, mon gar<;on. je voudrais que ce frti elle qui vint me dire : M,irit>-li)i, et qui en cola cnM mr faire violeme.
Le jeune homme sei sua la lètcsans répondre.
— E!) Lien 1 s'écria monsieul* de Pomenar.s, à U (in irrité de semer dans uf:e terre stérile le gruiii do s n expérience, puisque vous ne savez pas mieux vivre l'un que l'auire-rrrompez dune, pour Dieu ' >t que cela finisse.
— Alais je n'ai aucun prétexlr', répondit Mornac avec l'accent de détresse d'un homme près d'amen 'r son pavillon.
Le sexagénaire se renversa sur son siège connue pour rire plus à l'aise, pui-, il regarda son neveu en afTeciant l'ébahiisement qu'eût \ni lui faire éprouver la vue de quelque niamuoutb antédiluvien,
— Vn prétexte ! mon pauvre Edouard ; ah! il te faut des prétextes ?... Tu nie permets de rire, n'est-ce pas ? C'est qu'en vérité nos quinze ans d'autrefois éia;ent moins candides que vos vingt-cicq ans d'aujourti'nui... É oute-aioi ; tu vas aller chez ellp, n'est-ce pas? E'i bien, si elle a mis une robe blanciie, Voilà ton prétexte trouvé. Si la robe e-t bleue, autre prétex e ! si lu la ircuves à s n piano, piétexlc ! si elle est gaie, iU'étexie I fi elle est triie, prcie.\!e ! s'il y a des fleurs sur la chemiiée, prétexte! s'il n'y en a pas, prétexte ! Enfant (jue lu es, tout n'est-il pas p.éiextepour (jui en a besoin? un ruban fané, unebouclw de chev.'un dérangée, une mouche qui vole ! Lesduellis.es qui ont envie du: c qui relie savent fort bien se faire coudoyer ou marcher siir le pied. Un prétexte ! tu n'as donc jai.iais lu la fable du loup et de l'agneau ?
— C'est un 1 Ole odieux (jue le rùlc du loup, dit Edouard avec un soupir
— Quelles .fadaises sentimentales vas-tu encore me bêler? s'écria monsieur de Pomenars en se levant par un mouvement de colère; eh bien ! à la bonne I eure, choisis le rùle de l'agneau ; c'est iroi qui ae charge de ton ire ta laine. Ecoutemoi bien : si ce soir tu n'as pas tout terminé avec ta déesse, ïi tu n'engages pa> la parole au (ommandaiit, tu peux èire sûr de ne pas toucher une obo e de ma succession. Non morhieu ! dusse je épouser moi-même la petite Passerot, et lui assurer tout mon bien pir contrat de mariage. Eh ! eh ! (|ui sait?
Saiis expliquer sa pensée, le vieillard sortit de la salle à manger, la tête haute et le jarret tendu plu.s encore que de couiume.
— Vieux de.' poie! se dit Edouard en se voyant seul, si je ne craignais que k'senfans!... niais la cour des aides...! 11 faut en-flnir : c'ist avoir trop longtemps Le poignard sous la gorge: ma fortune ou mîTli amour ! \oilà la quesiiun.
^!or^ac pa-st ne parl'cdela matinée à débattre le pour et le contre de cette ques ion qu'il vi naît de poser d une manière si piécise. Pour la mi lièine f.îs, il prit la ba anc- dans laqiiilleles caractères faibles pèsent leurs irrésolutions; sur l'un des plaieanx il mit 'a sncces^ion de son oncle et 1.^ dot de mafemoise le de Passeroi, qui, réunies, faisaien un totil de près de ijualre vingt mille liues de renie, il plaça sur l'auiic la reine de f on cœur entourée des souvenirs eldeses- P'''raiices de leur amour, comme une Cérès né ancolique as- ,^ise au milieu des gerbes d'un champ à demi moi-sonné. Pendant 1' ngtemps l'argert el la pas-ion s'enlevèrcit aUeinati>ement, comme faisaient :adih les des iné/s des Troyens et des Gre s. soupesées par la main Ju maître de l'Oljmpe ; à la fin le métal remp.ria, el le plateau d'Eud^xie, Unv.é presque auSM haut que son étoile, neredcsi-en lii p'us.
Il y a loujiiurs d.:n ; l'accè- de rnurai;e d'un pokron quelque ihosede brutal, de Ci-uel même et surtout de luTssé. Une fuis décidé à pacrifier i'ijmohr à l'inlérè', Hloriiai: Vi ulut met- Ire à pr-fit «a résolution et brûler s's vaisseaux afin de se fermer le cliemin de la retraite. Il entra doncchfz son one'e, lui li! pari de sa s imii-siiii, qui dé-arma le courroux du viei l-ird ; puis i sortit pour a'ier jouer c ez mad^ni" de Fiam^reil la deinièie scc'ue de ce drame à péripéii>'S trop longtemps prolongées.
Pour les caractères falb'es, exécuter une détermination est plus diffi i!e encore que de la prendre. Malgré ses efforts pour s'échauffer la tète cl se glacer le cœur, Edouard ne se .sentait pas de force à pr.U'quer d:ins celte clrco.-islance la rouerie iranscendanle dont monsieur de Ponicnais venait de lui exposer la théorie toute pacifique. Il s'en tint donc au syslème de provocation querelleuse, ressource grossière des gens inhabiles -, et faute d'adresse p.iur dénouer le nœud gordien, il se promit d'imiter l'expédient d'Alexandre. Tout en cheminant delà rue Bellechasse aux boulevards, il essaya de JH.slilier sa conduite à ses prûi>res yeux. :Méionient de Iniméme, il chercha des torts à Eudoxie. afin de pouvoir s'absoudre des si ns ; il déprécia sa maîtresse pour s'enhardir à la frapper; il lui lit payer alors l'adoration soumise et fidèle
LA. FEMME DE QUARÂ.NTE ANS.
qu'il lui avait prodiguée pendant cinq annexes; il fut pour elle injustf, ri'uel, ironique, inipitoY,:ble. Il flèti-il l'une après l'aulri' des illuMons jiisqu'aliHs sacrées, couinie on effeuille un bouquet après en avoir cpuis' les parfums. Ces laelies légères dont l'amour n'est pas plus exempt que le soleil, il les chereha. les élendil, les accrut, les noircit, en (it un masque qu'il app!i<iua sur t.i face de sa passion, et cette dérision accomi'lie, il roui^it d'avoir aimé ce ma'^que. Les croyances du cœur rlssenib ent aux grains d'u'icliapelet : qu'une seule se détiihe, les autres la suivent. Houleux d'aLord de ses pensées, É-louard s'y livr.i bieniol avec une audace de plus en plus rrofanatriee. Les ins'i'les qu'il n'eût soulTertes- de personne, il se les permit à lui-mèniff. Dans son enivrement blasphéiiiaicur, aucune des qualités de madame de Plamareil ne trouva grâce (levant lui, ni sou esprit, ni l'é'égance de ses manières, ni sa beauté si reniarq able encore, ni le charme de sa conversation, ni la sincérité de sou ; ttachcnienl ; il lui créa des déf,uits imaginaires, il inventa des mensonges; enfin, dernier outrage, le plus san filant de tous ! il ne contesta plus la vérité.
— Apres tout, se dit-il, elle a quarante ans !
En se faisant pour la p.'-eraière fois cet aveu désenchanteur, en formulant nettement une pensée sous laquelle il se débattait naguère les yeux obstinément fi-rnus, Mornac se sentit soulagé comme un homme qui, dans un rêve pénible, désarçonne son cautliemar. Il lui sembla (jue sa jeunesse, car lui était jeune, verdissait soudain par l'ascension d'une sève vivace trop longtemps comprimée; l'existence régulière et monotone dont il devait l'habitude à la prudente tendresse d'Eudoxie, lui parut un déclin aussi préniaturé qu'humiliant. — Ne pouvant se faire jeune, pensiJ-il, elle a voulu me vieillir. Il se promit, en brisant les c* ines de son servage, de dépouiller en nj'me temps cette maturité factice et ridicule En voyant passer sur le boulevard plusieurs jeunes gens qui se rendaient au bois, montés sur des chevaux de prix, il jura de les éilipser biealôt, acheta en imagination un coupé pour sa future, un tilbury pour lui-même, et songea aux moyens de se faire admettre au joikey-club. Plus loin, ayant rencontré uiie j; une femme qui lui avait adressé, quelques jours auparavant, une invitaiion de bal, il l'arrêta pour solliciter la promesse d'une co;itredausc ; se réintégrant ainsi par anticipation dans ces plaisirs frivoles, privilèges de son âge, dont, au dire de monsieur de Pomenars, la politique de la femme de quarante ans lavait despotiqu-ment sevré.
Mornac arriva sur le boulevard de la Madeleine, où demeurait madanie deFIamareil, dans la dispusition héroïque d'un soldat qui, sr^r le point de monter à l'ass.'Ut, s'est grisé d'eau-de-vie et de poudre à canon. A quelques pas de la mai. son où il allait entrer, il aperçut !e jeune Boisgontier, cju'on eût pu prendre, de son côté, pour le faelioiinaire chargé de garder une fcrieresse, car il se promenait eu long devant le logis, allant et venant d'un air grave, et, à chaque^lour, lançant un regard enflammé aux fenJtres du sicond étage. A sa vue, Edouard éprouva une satisfaction féroce.
— Mon oncle, se dit-il, n'a pas te sens commun lorsqu'il prétend qu'une robe bleue ou blanche est un prétexte suiîisant pour une rupture; mais un rival dont les extrava,^aul•es coniiiro.metleni la femme qu'on aime, un rival siins doute autorisé à se conduire ainsi, par que que trahison que j'ignore, c'est là un prétexte! oui. c'est la un prétexte!
Morn.:c ne s'apercevait pas qu il argumentait dans le genre du herû.< de l.j l'ub!e contre leiju 1 il s'était si fort !n-ii;ié qu.lijues liuics auparavant, et que, condami er une leiiime parce qu'u-i a . oureux ?:eviugi ^ns eoiiienplaii po;liqi!cmenl les ridr.iux de sa chambre, éaU une aussi maivaise a. lion de la f an d'nn hc^n.me du mrmdi-, ([ne poi.vjit lêtre de la part d'un loup .'i jeun le fuit de crcqaer en menton. Chanierainant, avec une affcciatiuu in-nique, l'a-r de Chérubin des ^ozze di Figaro, il i'as>a devant son aspirant rival, lui jeta, du bout des doigts, un de ces saluts qui ont i'air de souffleter celui qui les reçoit, puis il entra majestueusement sous la porte cochère, taudis que le petit Boisgoutier, rouge jusqu'aux oreilles, et ser.^ant sa canne à la briser, se raidissait fiir les poinies de ses bottes, comme se di^esse sur ses er-
gots un jeune coq humilié par le sultan de la basse-cour. Sur rescafier, la superbe contenance d'Edouard se modifia subilemmtâ la rencontie d un homme d'une cinquantaine d'années, droit, sec, grave, vêtu de noir, décoré du ruban rou,c. et portant dans les plus petits détails de son costume, dans les moindres linéamens de son visage ce cachet politicoadministratif commun aux lia'dtués des salons ministériels. Ce p i.-onragc répondit au salut empressé, quoiqu'un peu contraint, du visiteur, avec une pidilesse ;"( laquelle un sourire ambigu donnait une iudéliir.ssable expression d'amertume ou d'ironie.
— madame de Flamarcil est un peu souffrante, dit-il, et je crois qu'elle a fait fermer sa porte; mais, sans doute, la consigne n'est pas pour vous.
Le jiune lionime ne supporta pas sans embarras le coup d'œil qui servait de commentaire ù ces paroles banales en apparence.
—Je venais de la part de mon oncle, répondit-il précipitamment ; il a reçu d'excellentes lettres de Périgueux • à l'heure qu'il est, votre éledion paraît assurée.
A cette nouvelle, lancée à l'instjr des gâteaux par lesquels Énée désarma la gueule de Cerbère, le mari se rangea contre la rampe de l'escalier, et livra passage.
— J'espère que vous déciderez madame de Flaraareil à venir ù la soirée dit mistriss Lawington, reprit-il avec un sourire diplomatique ; pensez-vous que j'y verrai monsieur de Pomenar.i ?
— Certainement, et il sera enchanté de vous y rencontrer pour causer de votre élection.
A ces mots, les deux hommes se séparèrent, sans manquer à aucune des formalités de cette civilité hypocrite qui, dans le monde, couvre de son écorce les haines les plus vivaces, les rancunes les plus invétérées.
— Jésuite tricolore? se dit Edouard, en adîevant de monter l'escalier, si tu avais dans les veines quelques gouttes du sang de l'honnête mari qui a corrigé à Lyon ce gros fat de Garnier, il y a longtemps que tu m'aurais jeté par la fenêtre. Et, ma loi, j'aimerais mieux, â 1 heure qu il est. me trouver en face de ta ligure de parchemin dans quelque clairière du bois de Boulogne, que d'affrcnter la physionomie larmoyante qui m'attend lu haut. Elle est malade, à ce qu'il parait : sa migraine, sans doute, ou bien sa gastrite ! Quand ce n'est pas l'une, c'est i'autre. Elle va me faire subir^un interrogatoire sur ma conduite d'hier ; mais qu'elle y prenne garde! à la première bordée de jalousie, je riposte parle Boisgontier, et j'arbore led apeau révolutiynnairi'.
La résolutiim de .Mornac avait atteint, lorsqu'il'sonna, son apogée d'exaltation ; mais dès que la porte fut ouverte, la décroissance co.mraença. En suivant à travers l'antichambre et le salon le domestique c!'.argé de l'annoncer, il laissa un lambeau de son courage à c! aque meuble dont la vue éveillait dans son àme queU[ues uns de ces souvenirs qui ue sont jamais plus puissans qu'aux jours de crise ou de catastrophe. Lorsqee la dernière porte s'ouviit, il se trouva dans la position d'un général qui, en arrivant devant l'ennemi, a déjà perdu par la désertion ou les fatigues de la marche, la moitié de son armée.
La chambre où il fu' introduit était un petit parloir orné dans le goût du mo\enâge, à la mode depuis qitlques annéts Les rideaux de 1 unique finêlre n'y laissaunt pénétrer ^luun demi-jiur, nuauié au pass.iiie d'une teinte nse d -nt 1rs redi-ts ad•■i!ci^^ailnt 'a se\e lié des meuLlcs de Boule et de la t'-niure gris-soml.ie. l,e.s*!iei!is é a:eni bannies, asen- S;l!:lité cervciisi' d Eu !• xleneu s-upp ni lUtpis le^ pa l'i nis
Li ur abseuc-- en lai.'si.nl ileùnei' s.i cause, cu.-idéait le caractère n;élancoli.;ue de ce;te chambre, dont 1 aspect jnspi ait a la fuis le re ueillenu'ni et la .'■éierité. Iiivolintairement on y parlait bas; on y marchait d'un pas ois ret, comme on fait dans une cb^ipeile; on s'y sentaii porté à une sorte de raédilalicn co:itemplalive cl béate, voisine du mysticisme. La mètaulcruhose de ce parloir en oratoire eut paru naturelle et facile ; de fait elle était commencée, car déjà un prie-Dieu y at'cadait la pri're.
A côté de \f. cheminé'», sur un grand fauteuil de form'' go-
DE LERXARD.
thique où plus d'une thàlelaine avait sans doute pris place, madame de Flaniareil était assise, le coude sur le genou, le froit dans la main, tenant à demi ouvrit un volume de Jocelyi), (iae|lc m- lisait pas. Au biuitde la porte, elle tourua lentement la tête, et en entendant le dome.stiiiue annoni;cr D)On.-ieur de Moniae, une rondeur léi-'èie colora son visage, qui d abord avait paru à son amant plus pâle i\'\e de couiume. Kdouard appela sur son front toute la < ruauié qui commençait à sortir de son cœur, et s'avança, l'œil sombre, les sourcils froncés, du pas d'un tigre qui épie sa proie.
— Monsieur de Flamareil^ vient de m'appremire que vous Pies malade, dit-il avec un accent glacial.
Malgré le langoureux assoupissemert de son regard. Eudoxie avait percé le jeune lioinme à jour, (lOiir aiiisi dite; ivec la rapidité d'intuition parti' uliére aux fe.imies expérimentées, elle i[iler|)réta les plus l*Ui;ilives expressions de cette pliysiononiie qu'elle cûnnais^ait si bien-, av nt qu']> douard eut cessé de parler, elle avait co'i pris l'imminence tl'uu péril imprrvu, inconnu, miis lenible; secouant alors comme par enciianieminl la lorpi ur triste et jalousi' dans laquelle i'avail plongée la scène de la veille, elle lit, avec la promptitude de l'éclair, une espèce de branle-bas de c nibal; en une seconde elle fui piête, tandis que Moiuac avait p:.ssé des jours et des nuits ;i niédit(r son ordre de baluille. Sachant qu'à ropposéde riiomo'Opaibie, rarn..ur <loit employer les contraires, ele s'arma d'une ai ab lité improvisée capable d'émousser les traits qu'allait lui darder s. lis do.. le la farouche maussaderie tie sou aniani. Ce fui dune en ui offrant la main, et en accoiiipagnaiil ce geste du plus doux de tous les sourires, qu'elle répondit :
— Malade! vous êtes là, je ne le suis plus.
Edouard prit cl laissa reiomber aussiiùi, sans la sfrrer ni la por;er à ses lèvres, lu main qui lui était si tendrement \U
^■■ée. .... ,. ., „
—Monsieur de Boisgonlier est aussi la, reponditil d une
voix rauque.
Madaii.e de Flamarcil ouvrit àv. loule lair gran'cur ses beaux jeux bleus, et resta piiidaut un insl.mt pkni;ée dans un ébahis>enieulaireclé, mais (de n de grâce.
— Làl dii-e^le, eu seciei cbaimée de la j;.! aisie >i c semblait trahir la physionomie fau^c de .-on an.ant.— Où? ià!
Édouad étendit le bras vers la fenêtre par un geste de n.élodrame.
— Devant la porte, répondit-il, où vous vous laiss z compromettre par lui aux yeux de tous les passans.
AimericL-vous mieux qu'il lïit i i'.' demanda Eudoxie
avec un sourire doucement ivcnique; — tenez, coniinua trlle, eu pr.naiit sur la cheminée une carte de vis. te où étaient gravés les noms et litres du cvmte Léon de lioisgonjjer . il est venu loul-u-l heure et je n'ai pas voulu le recevoir : en quoi suisje coupablei" puis-je empêcher cetemaiit de se promener sur le boulevard?
— Après *es assiduiléi d'hier, vous deviez vous altendre à savisiie, et je m'étonne l'o;t i(Ue vous ne l'ayez pas reçu, reprit Mornac, qui en voyant sa nianifcslation de jalousie menacée d'un échec complet , cvoijua maehiaveliiiuement le souvenir de la veille; il espérait de trouver dans la laniune de madame de Flamareil le prétexte de (jnerelie aines lequel il courait : mais Eudoxie voulait la paix à loui prix, c.ir l'wge de quarante ans est pour les femmes un ■ époque de dcsa niemenl forcé; au'^si n'eu:-elle garde de donner prise aux hostilités par des récriminations inq^iportunes.
— Prenez-vous-en à vol:e oncle , dit-elle avec unesorte de calinerie-, —pensez-vous que je ne lui en veuille pas autant quevousdu nuuviis tour «lu il nous a joué 'Mous .le savez, depuis (pielque temps il i.e nous (■|'ari;ne guè.e et ne manque aucune occasion de nous seiiaier; mais,;amais il ne m'a paru si oiliensemei t niécliant (jubif au soir. La galanterie surannée dont il enjol ve toutes tes noirceurs et la mueile
. éloquence de ce petit monsieu (|ui vous rend si* follement jaloux, m'avaient, a la lin, tellement impalienlée, ipie ma migraine était inévitable pour aujourd'liul , et niaiii(eiiaiU Y.oici que vous. ma,querellcz au lieu de n;e p'aiiidrel c'est ffl^-, Kdouard TaîfoiTS, tic boudez plus, voiisvwej que nous n'a-
vons tort ni l'un ni l'autre. Asseyez-vous là et soyz aimable. Si vous ne voulez pas me li^e un chant de Jorclyn, parlezmoi bien doucement, bien geniîinent; vous savtz que j'aime vos I aroles piiis.iieore ciue les vers de Lae.ariinp. U'aiileurs je suis réel eimnt soutirante, ei voire voix me fait du bien.
— C'est le diable ([ui s'en mêle, peu.sa Mornae, aujourd'hui elle ne veut pas se fâcher. — Jocclyiû s'ecria-t-il d'un ton bi.urru, poésie de cuié constitutionnel ! J'a-merais autant les homélies de l'abbé Grégoire, .l'ai de la sac istie' sentimentale par-dessus les ore 1 es ; je ne peux pas perdre ainsi ma jeunesse. Je vais acheter des chevaux! ,
— Ah! vous allez avoir des chevaux? répondit Eudoxie, en suivant chaque soubresaut de son interlocuteur avec l'anxiété vi;;i;anie du pécheur qui craint de vuir le p .isson rompre le lil de la ligne. — Comment lesclioisirez-vous? baibruns, n'est-ce pas? c'est une belle couleur élégante et sérieuse. \'ous savez. peu;-èlre, que monsieur, deFlama cilveuf changer ma voiture. Oh! je vais être toul-i-rait élégante et vous pourrez m'accompagner au bois sans rougir.
— Au bois ceria nement, et au bal aussi; ne suis-je pas vot'e chevalier? rej) it le jeune homaie. qui, à la vue du terrain qu'il perdait a chaque pas seniil la nécessité d'une charge décisive, et appela à son secours une ironie voisiii« de l'oul âge. — ^'allez-vous pifS, au roOt de nn dame d'Alvimare? Je viens de la lencuntrer, cl je lui ai demandé uii« contredanse. J'espère que vous m'en accoriierez une aussi.
Sla'greses efforts pour se éoniraindre, madame de Flainareil sentit ui^ larme sous sa paupière ; elle b.dssa d'abord la tète pour la cacher; pu'S, épau'cîiement involontaire d'un cour blessé, ou cdcul profond d'un esprit consommé qui utilise tout, nume les ^ouil"♦uces, elle releva sur soi amant ses yeux humides auxquels la tristes.-'e prêtait une éloquenc» inexprimable.
— Édoii. rJ, dit-elle d'une voix brisée que t'ai-je fait? Cette quesii'iu, .Mornac venait de se l'adresseï', car dans les
àme^natiir.l ement généreuses, le remords suit de près l'insulte. N'y trouvant pas de réponse, il se sentit navré, comme s il eût commis un parricide. La réaction, qui jette toujours les caivc ères indécis à roi.posé de leurs résolutions, s'opéra subilement et s.iU.-. résistance. Cette larme qu'il voyait brillir dansies'yeux d'Eudoxie, devint une me qui suinnergeasoudainemeni tous ^e^ pTojelsdu inatiii. 11 oublia la sucr cession de son oncle et la dot de sa future; il n'aperçut plus que la feninic qu'il avait aimée pendant cinq ans, qu'il aimaiteneore, q .'il aimeiaii toujours , il la vi^ belle, il la vit je..ne, et, en so.igeani ;i la blessure qu'il venait de faire â cet ange, il i e tiouva iiu'un mot à lui répondie :
— Pardonne moi !
Ce moi, il le dit à genoux ; et madame do Flain.ireil pardonna, car la clémence estde U grâce toujours, de l'habiielé souvent.
vn.
A six heures du soir, le commandant Gavnier et monsieu • de Pomenars alteudaienl dans le salon de celui-ci Mornac qui ne rentrait pas. Le vieillard fil servir le diner à rueuic accu..tiaiie: . car il ne souiii ail jai. ais au une a. teinte à sa dignité d'oncle. Le premier seivi e se passa, lesecon I de même, iteniin le des^irt; Edouard ne revint pas plus que ne revient !\Ialboron;;h dans la roman e. Au moment où monsieur de Pomenars s'apprêtait à (piilter la table, furieux eu se ret de cette conduite qu'il ne savait comment juslilier aux yeux de son h 'lie , un domestique lui remit une lettre dont il brisa brusquement le cachet.
— Comniadani, s'éeria-t-il après l'avoir lue, y a-t-il dans votre escadron de chasseurs d'Afrique une place pour un drôle (|ue je renie et ((ue je déshériterai? Si j'élais d'un temp' rarament s-an-uin, je croirais qu'il veut se «ubarrasser de moi en me causant une attaque u'apoplexie. Et l'on .1 démoli la Dasiilli! ! 'ieiie/, lisez ce que ce morveux-là m'écrit.
Garnier prit la lettre que lui tendait le vieillard, dont la voix tremblait de colère, et lut à haute voix les lignes sui- ■vantes: -
Lh. FEMME DE QUARANTE ANS.
" Mon cher oncle, u II est dans la vie des c'estinécs auxquelles doivent se soumettre les caracléres les plus résolus; permeitez-moi de suivre la mienne. Quel que suit aujourd'hui voire nKeoulentenient, plus tard, j'ose l'espérer, vous tue pardonnerez d'avoir écoulé les iiispiralions de mon coeur pluiùt ([ue les calculs d'une raison égoïste et glacée. Votre lorlune e.^t à vous, et vous pouvez en disposer sans qu'un seul murmure s'éc appe de ma bouclie; nuiis votre amitié était à moi, de gr;ue ne n:e la relirez pas. Puissiez-vous, en échange du sacrifice (ju'il m'est impossible d'accomplir, m'en imposer un autre qui me mette dans le cas de vous prouver mon respectueux attachedûment et mon inaltérable obéi>sance.
» ÉDOl AKD. i>
>■ P. S. Oll'rez. je vous prie, mes excuses et mes rei;rets au commandant, qui s'il veut bien se rappeler la ville de Lyon, ne refusera pas de les agréer. •>
— Que dites-vous décela? demanla monsieur dePonienars quand son béte euta;lievé la lecture de ceite sen.imcnlale épiire.
— Je dis que'c'cst un mariage rompu, répondit Garnier d'un ton déffag-" ; cela se voit tous les jours.
— Comment trouvez-vous l'impudence de ce faiseur de phrases? ma fortune esta wior'... Parbleu, je le lui prouverai; son inaltérable obéissance... au moment même où il me dfSObéit; et que veut-il dire avec cette ville de Lyon ?
— Rien ; c'est une vieille histoire dont nous parlions hier ausoir, et qui n'a au un rapport avec celled'aujour l'hui. Ainsi donc, mon cher monsieur de Pomcnars, ma cousine n'aura pas l'honneur d'être votre nièce ?
— Pensez-vous qu'elle consentirait à me dédommager en devenant ma femme?
Le chef d'escadron regarila d'un air ébahi le petit vieillard, qui s'était levé subitement comme pour exiiiber à son interloeuteur les grâces de sa personne, et lui faire ainsi apprécier les chances qu'il iiouvait avoir pour toucher le cœur de mademoiselle de Passerot.
— Ma tan le a des idées fort singulières, répondit-il au bout d'un instant en comprimant une violente envie de rire ;— elle avait sept ans de mo.lns que son mari, elle désire qu'il y ait la même différence d'âge enire sa tille et son gendre-, sous ce rapport-là votre neveu, qui a précisément vingt-cinq ans, lui semblait un époux prédestiné pour Loïde.
— Eh bien! lichtre' il l'épousera ou j'y perdrai mon nom, s'écria monsieur de Pomenars en s'oubliaut au point de donner un coup de poing sur la table. — C'est son Armide de quaianle ans qui le ralient dans ses chaiiics; mais je les briserai.
•41 fit plusieurs tours dans la chambre d'un pas rapide^ puis, illuminé par une idée souflaine :
— Commandant, reprit-il, étes-vous un homme?
— Je l'ai toujours cru, répondit Garnier avec un gros rire.
— J'entends par \i , reprit le vieilLtrd en jetant à sou bute le regard scrutateur d'un ser^Ciit qui prend le si>;nalement d'une recrue, — j'entends un hommeca;ablrt d'entreprendre la conquéie d'une femme jeune encore, aimable, jolie, et de réussir dans un temps donné; trois mois, i,uatre mois, je suppose?
— Mon siège le plus long a duré sept mois, dit Garnier d'un air imposant ; ma s c'était une femme à part.
— Celle-ci est une femme comme toutes les femmes; elle ne veut pas être quittée par son amant; mais ce n'est point une raison pour qu'elle ne le ipiiite pas.
— De quoi sagit-'l? demanda l'otlicier, dont l'intelligence ne chemiiiaii pis aussi vite que la pe isé^ du sexagén .ire.
— De rendre à c« lou d Éd-uard le plus grand de lous les services ; un service quejeiie vous demaulerais certes f as si je n'avais qi;e cinquante ans; ce lui enlever sa maîtresse, en un mot.
— Conclu! s'écria Gsrn'er en présentait cavalièrement sa large main, sur laquelle le vieillard neposa qu'avec hésitaiion le bout de ses doigts, tant il craignait devoir se refermer sur eux celte espè(e de patte de crabe.
— Bien ! reprit monsieur de Pomeuars, voilà une assurance
qui me rajeunit. J'étais airsi ù votre .Ige. Danton avait r* Sun: de l'audace! toujours de l'audace' il n'y a ([ue cela, ea amour suriout. J'avais bien songé au peiil lîoisguntie'-, que vous conniiissez peut-être; mais c'tst trop jeune ; cela rougit il chaque mot, cela se décontenance; bicr j'ai voulu le lancer, j'ai cru (ju'il allait pl.uier de tendresse ou se trouver mal. Taudis ([uc vous, comin ndant, vous devez être un loup d« mer ?
— Un peu! dit le chef d'esc.dron en chiffonnant 86» cheveux, tandis qu'il se rengorgeait comme pour s'élargir la poitrine, double tic auquel il se livrait volontiers lorsque s* vanité de lovela e se trouvait mise en jfu.
— Ainsi, je puis compter sur vous comme sur moi? d»manda l'oncle de Mornac.
— Un peu plus que sur ton squelette, Adonis du Père-Lâchaise, pensa l'ofticier en laissant tomber sur le chétif vieillard un regard dont la compassion ne fut pas comprise de celui qui en était l'objet.— J'ai dit: conclu! rêpéta-t-il ensuiie, c'est comme si la chose était faite.
— Huinl lit entre ses dents monsieur de Pomenars; l'assurance est une belle chose, mais un peu de modestie ne gâterait rien. >e dirait-on pas qu'il n'ait qu'à se présenter avec sa grosse prestance de carabinier pour triompher comme César? Tous ces occiseurs en paroles qui av^nt le cgmbat embouchent la lromp^tte, sont presque toujours les pieniiers i tourner le dus. Se figure-t-il par hasard qu'il s'agisse ici d'une actrice ou d'une grisette?
Tandis que du fond de son large fïUteuil, le vieillard exa* minait son bote d'un regard aussi peu bienveillant que celui qu'il en avait reçu lui-même un moment auparavant, Garnier, debout devant la cheminée, étudiait dans la glace l'effet d'un certain sourire sur lequel il comp ait, et relevait des deux cùtés ses moustaches, afin de déi ouvrir davantage ses dents blanches et bien rangées. En même temps, son imaginaliei présomptueuse envahissait par anticipation la nouvelle province du royaume de Tendre, dont il espérait la conquête. Pour s'engager aussi résolument et sans plus de réflexioB dans le complot tramé par monsieur de Pomenars contre son neveu, le chef d'escadron était poussé par un double motif, mobile de la plupart des actions humaines et que le poèt« a impitoyablement énoncé dans ce vers :
Son bien premièrement, et puis le mal d'autrui.
D'un côté, gardant rancune à Edouard à propos de leur gobversation de la veille, il se trouvait entièrement dégagé envers lui des obligations courtoises qu'une contidence impose d'ordinaire, et se réjouissait à l'idée de lui donner une leçon; d'autre part, le projet du vieillard déloyal s'accordait merveilleusement avec le plan de campagne anacréontique qu'il avait médité lui même avi-nt de rentrer en France. Pour se délasser des Bédouins, Garnier, comme nous l'avons dit, avait juré la capture d'une duchesse ou tout au moins d'une marquise, car en sa qualité de bourgeois il regardait l'écusson d'une femme avant sa ligure. Sur le point de voir s'ouvrir la lice après laquelle il soupirait, sa fantaisie aristocratique s'éveilla dsns toute son énergie, et la vaniteuse préoccupation de son esprit se trahit ia volontairement.
— J'espère que c'est une femme titrée? dit-il à son hôte, en parodiant sans s'en douter la susceptibilité d'Alexandre, qui ne voulait descendre dans l'arène que pour y combatlrt des rois.
— Titrée! repartit le vieillard d'un air railleur; ah! il vous faut des femmes titrées! Sans doute vous avez peur de déroger ?
— Mais, répondit l'officier en se mordant les lèvres, si c'est mon idée! Vous m'avez parlé de trois ou quatre msis; je ne suis pas homme h perdre ainsi mon temps pour une mo« diste. Qu.ind on a connu des femmes uistinguees...
— ^ Rassurez-vous, raoncier commandant; je respecte trop vos scrup les aristocratiques pour vouloir vous encanailler, quoique entre nous le mot du marquis rte Moncade ne me paraisse pas applicable en amour. A la vérité, la perso.inedont il s'agit n'est pas une femme titrée, mais soyez s\lr qu'uB succès auprès d'elle n'en est pas moins fort digne d'envie, et
DE BERNARD
qu'il vous renilraîl aussi glorieux qu'ont jamais pu le faire vos connuét s di* gar isoii.
— Qu'i nt ils luu» a mi- j icr au n. z mrs roiqiîf Ip^ de pnrniscn se dit le cumniaiiddiU a-!ec une liumeur cumin. iiee ; il semblfi que ce cela on i:é( répit et son b a eliec d^ neveu s-e soient diMiné le moi. Parble'i! si la dlscié.i;>n n'élaii pas la pr.miere vertu d'un .aliul liommi', je|)0iiiiais ciier tcrlalncs de II. «s aviiiliirc di" t'a''iii5"n i|iii l'-ur lei'.ii nt ouvrir les oreilles. Garnison! Ces l'ar siens qui n'oni jam.iis peidu de vue le dijiiie des In^li es font |i tié, ma paiule irii^nneur !
— Vous vuilà bien rêveur, d.t niunsiear de Pomenars, en voyant que iou hùie tardait le silence ; — est-te que vous hésitez?
— Non, parbleu ! je tiens à vous prouver ([ue la garnison n'est pas une ir.'p mauvaise rcole. Ainsi donc tirée ou nun, puisiiue vuus assuizque «'est une j' lie frimiie. je suis prêt; et même continua Tolfi ier d'un ion lé^'er, j'aimc autam. que ce i< il une bour;;e<iise; ic a me cliangeia.
— Je n'ai pas dit (jue ce fflt une bourgeoise, reprit 'e vieillard en riant iniérieurenieni di- li faïuilé de son inierloiutïur; son mari est un homme de condition, mais non litre
— Bien! je n'en ('cinande pas dav.int.i};e ; princesse ou Ijirgère'm.iinieiiant ca m est égal; l'essentiel p.iur moi esi de vous moninr que m s c nquêles de garnison .. su-.fit; quand tnti'ui.snous en campagne?
— Anjonrd'l ni si *ous xO'ihz.
— tiravo' mais(Omn'enl cela?
— L'Armi e en i|iic-t on, reprii le petit vi^illa^d sera re soir au b;.l de luisniss Li.wiiigt n, un • .An;4'ais.' (lue je . onnais il à qui ji' puis vous piési;nicr sans aune piêa .-iyule. Allez vous habiller; à neuf heures et demie ma vuiiure sera à vo'i'c porte.
lifUv heures aprè.sielleconversaiion, le salon de misris» LiW iig on, où madame de Flamare.l et son mari, ainsi qu'Edouard de Mirna , av.iien-. pris plaie !,nel ues iiisums aapara.aii , vit ,nler l>s deu\ conju.es, m iU-ieur de l'urnenais, les yen-: pétil ..n^ d'u^e iioire maiice, tandis que son menHn s'êi.n.nçai d^ns sa cravate p us soarnoiseinei l que deciiuiu.: e; t lecoiiimandjin (J.iruier,dr(ài, raidi-, glorieux c.o;nme s'.l >e fa p épjie a cliarg.r a la lêtc d : so.i escadron les Aiabrs d vbu-<>l kader.
Au milieu de la cohue moitié hriiannique, moiiié parisienne, qui eiicoiibraii. l'apiMr.ement le mi^ ri>s I.avvin. oa, ui e de 1 rein ères p- r-onnes qui Sf reno ntiéreui s r le passage de mo si.ur d l'o m nars et û^ Sun lOmiagou fut Éd lia d de Moirac Sjisi d une pa'.iq le so idaiiie le.ie.iihomme tenia une r-traite i|ue la dieinluée contre laq itHe il é ait .•! puyé, lue l ib e d'ée.:r l- h dioite cl un i^ro'.pe d.î lemuies a gduclie rei dii. ni iul;ll•aucable^. Se voy nt dans la pofcili.in d'un lo-p l'r s an piégH i' atîen ni nHe b !>*- son oncle, qii' vei'aii dndi à lui, mais dont le- pr m éies | aïolcs le rjs>uiérénl autant .lu'clles le sui^rir n. pa ■ lear mansuéiu-ie iiii spéree.
— Tu Si'ras doi c toute la vie un enfant? lui dit le vieiHard avec une sorte d'il oui- indulgcnie. — Que iigniliece.le ridicule éco e bui^suniiièie?
— Von ombî...
— Tu n.' vux pas te marier?... N'en parlors p'ns. Tu a's que l^ d'-triidiuiioii lonlr riem-s dr.iir>,et lu y ,ers'st>s? S il ■ lu es bien av iti que :u le fii- a le- risques ei péris; maise a n état p sUu raison pi ur nmis fausser com^agnir; et relJider iioir< diurr d'un d ini-luur.-...
— ("royei que le si:is -es lé.. C; ni :uiiilan', j'e-pèro que vous ne ni'i'i MMi Cl pii^? répondit Ivlouad m cff aut ^a mai i à Gaii i r, qui la si rra liai reuseine't ;^pré^ avuir jclé un regar i d' n e Ugencc ii nion-ieu de I''<ni.iia'S.
— Dans toi! blet, tu ;• o fais de l'oit b"'l!'s phrases st Ion obéissance, rcpritce dernier ; je vais ia me.lre !i ré,)n.uve.
Tu sais qu'il y a un^" soirée chei madame de Marfenay; y mmquer tons deux serait un procédé q -'ello ne nuus pardonnerait lias; il f;.ui que tu le dé oue^, .ai je ne veux pas y aile . Je \iens d'apeivevi ir ci d'An cil, madame de Boigne, en lin moi, toute ma pailie de vvtsih et je cède à la tentilion. Ainsi donc, inonsu ur l'obsljné, i ret-ez ma voilure, qui vouS éUeiid, et sosezaim.ble |.onr dfux.
— J y va sa l insiait, mon un le. s'écria Vornae, qui, dans sa jiiie d'en être quii te à si buii niar hé, se serait mis en roule pour Saiiil-Pclersb iirg
En ce inoiiieiil, la lig re sérieuse et blême d'un quatrième pei soniL.ge s'av.iiiea par-dessus l'épaule de Car ier, en adiestant à moiisii urde Pc nieiars u d- ces suurires O'-^équ e ^x aiix<|uels, au mo>ns autaiii qu'à la souplesse delà Cdlunna veii( bra;e, se rcconuaii la race i.'es si llici eurs. A cette iti'rusiun qui menaçait .:e comproinetire l'harmonie de sa coiffure, le ch. I d'e-i aur.n se reti.urna vivement cl te trouva ne/ !\ nez avec monsieur de FlaRiareil. Les Oeux hommes .e regardèrent un iislai't, et resieient mutuel'ement fascinés; une légère confractoii dtslèvrts, uur^ leinie blafarie qii S'iubla dée- 1 rer endure sa p-lleur habilnele Irahiiviil seules l'éinolion du mari d'Eidoxie ; moins maître |Ue lui de ses impressi ns, lofliciirdc (hassenrs fil en arrière un moiveinent si brus ,ue, qu" le contre coup en fui senti à quelques pas aeU dans h fi'Ule dont le groupe et. il en'ouié.
— Qu'a .'j-voum d ii.e, c.i m ndaiit?deiiianda Moinac, qui avilit été la prein ère ie ime de ce soiibresiut.
Gainiei lui prii e bi'as s.:ii.-> répuuure tireniiiena dans rciiiliiaiuie d'tine fen Ird.
— Vius coiiti is ez ce moisieur qui parle à voire oncle? " hii ditil d'iiU voix emu'.
— C est mo sieur .i;' Flamareil, répnndilEJou rd avicnne indiiTir 1 «• aff • tée, un chef e divisioii-du ministère des fliiar.ces. I a envic d êire nommé dé,.uié, cl mon onoie l'appuie de son ' r dit ^-nprès des éleoieuis de Pérgueux. C'est un hi inme de mérite. ■
:— II... e.^t... veuf?... repr'l le commandant en articulant chaq le >yl a^e fouimc -ielle leùt éiiiinglé au pi s g .
— VtutI El poiiciuo vo.ilrz lous ,u i sui M uf ? s écriai» jeune h.jniiiie, ; res jue ir ub.e de ■ elle iJ.e.
— Il es, di..n>- renar !■?
— Il n' 1 été m né lu'iiie f lis dans sa Me
— Ainsi, m. iLiiiie... de 11 nnrv 1. . n'e>l pas morleP bilb 14 roliien r en .s' piinyaiil eO' tr la bds rie.
Piéoc. upé de s» po>iiion d'ninani, Murinic crui q e le lommaiidaiit, n i- an tait par m iis eur e l'omena.s, amenait la Collier alion ~ur ce c apiire deiicat dans iiiie inte.ition de raiUeri.^ ([U il ne se eilii pas d liuini ur à supporter.
— Je s lis désole d- vous quiiter, répondit 11 d'un Ion sec; mii^ vous saVez qu'il faut (jiie i'a 1 e chez madame de Ma senay. A propo.-., avez-v. us fait ce soir votie prière k l'étoile d'il is ?
Après d'Ile jiel le •.eiigeince, le jej:ne Ismime tourna sur les talons et d sp.irni IiLmiIôI a irav.rs a foule, en la ssant Miii iiittriodiieur imr. obiU- dan lenilirasuie '!e 'a fenê're, comme un sai. t dans sa liichi' Ce!ui-ci ne tonit de celle espèc" de I élrilleal on q /en • nleiidant i la h.uieur d' son esloma U viix ;i,;ivlitte de iiioiisnur de Poîcnrs.
— Eli bien! que lail s-^Olls là sons ces rideaux? lui demarda Icvii iUard ; il y a un qii.rt d'heure que je xous cher- <he. Édound est il part'?
— Parii, ré, é;a C.aini r d'u i air disirai'.
— Ben. iVain enant que iio;i< >oinmes débar assésdelui, ouvr. ns la trancliée. I,a d.ime de ses i en ées, cl des vôtres bien.êit. est dans l'antre salmi ; elle iionno unes 'iiée jeudi, et je vais vo s fa'Te iiivucr Quiiqu'clle me (iétesie cordialement en na qua ité d o- de barbare, e le me ménage, et le suis sur qu'el e sci-d eneli méi! de m'olili..;> r. Eli bien ! venez donv..
— Oui a Itius! réi'ondi le commandant avec velitiuence; j'ai bisoin d- m'are-cie' à > e-. souvenirs.
— Des Miuveniis' dit uionscir de Pomcmrs, c'est bon pour un vieillard conm e moi; à voi^e âge ou dnil regard-'r en avnil, jtiea^ en arrière. — Te ez, npiiiil lorsqu'ils furent ai rivés dons l'autre sahiii, vous recoiinas^ez la, pièsdu
LA FFMME DE QUARANTE ANS
pia-'O, e h> nnei t'xlr;i\a-'an do mi^l^iss Itwintrioii, (lue ^ous venez d s;iliu'r loii - i-ilie.irc; e!i bir^i ! vovcz v. iis :i sa diuik' relie t'emine en robe nom-eleii liir'-aii?... Ueg^.dez, la voilii (jui se retouiue... Aie! vous luo cass-jz le iras! Prenez donc garile!
Le pe il vieillard arracha son loud- de Té' au i^ans lequel le Itn.yaii (OMvui-ivemriii a iiiain ue l'oaicier, et regardant celui- i d'un ail- pileuseiiieiit élalii :
— lVne/.-v us beaucoup i nie |r ^uver que vous avfz un poi-iiei de er? ui • il-i ; maHieuieusc -eni, joue puis pas en d're iiuiaiilde h, es os. Oncle fréné>ie sou aiae! Vuilicequi s'apici-ie pren 're leu ^ la pi-eiii;ère vu-! Kst ce d'Ali;er quo vous avez rapi^oite ce leniptianicni africain'/
— Vous d t s que c'est la .. la feume... d nt votre neveu esl a i-ou^eui? de • anvla Garnier d'. ne vuix eiilrccouiiée.
Et il se passa la maiu sur le froni pour eu essu\erla sueur soudaine.
— Elle-mi'me, répondit monsieur de Poniena^s qui conlin.iait de se fiOtier le cou le. Mod rez vos iranspjrUs et at lendez-moi l.r. je vais néguc er votre pré'eiHalion.
— Je me prése. itérai moi-înêm-^, d t ce dernier, dont la figure flam!)o\atc mine inecouièie, et liraversa le salon d'un pas qui, Fan- le t:qiis eût ebianlé le parquet.
FfuiU tant a.eo nondial ;nce une partition ouverte sur le piano madame d.Flaaiarell nele vit pasv ni--. Avani d'avoir reconnu l'iiomme qi.i se (it-n.- a t veis el'e comme poi^r la saluer, « le reç'ut à l'out pO' lanl ces paio es, qu'un |i up, au temps où les animaux parlaient, n'iùt pas pronoiuéesd'unj façon p us ca'n.issiére :
— iije n'en meurs pas, j'en deviendrai folle] Je vois avec plaisir que vous n'êtes ni folle, ni morte.
Eudoxie tressaillit, se retourna, et se renversa à demi sur le piano, comme si quelque choc invisible l'eut frappée. Dans ce mouvement, ^es doigts, en s'accrocbant au\ touches du clavier, leur firent rendre une harm uiie qu'il eût été loit diflielle de noter, et qui se perdit heureusement au milieu du bruit du roùt.
— Elise, vous ne m'attendiez pas! reprit Garnîer, du ton dont Othello dit : — Desdémone , avez-votis prié cette nuit?
In salon est pnnr une femme du monde po qu'est pour un homme le terrain dun duel : il faut vaincre on mourir sur place. Fn face d'une apparition plus effrayante que celle d un revenant, nudame de Flam=ireil s'afl'iTmit sur ses geu'iux (léchissans, dompta 1 émotion de son corsage, puis lançant tout autour d'ell? un regard rapide, impri'i'â sur ses traits dociles à une puissance de voionté presque magicjue, l'air •calme et gracieux par lequel, dans un autre moment, elle eftt accueilli Ks complimens dun h.ramedesa société habituelle.
— Monsieur de Flamareil est ici, dit-elled'une voix basse, mais distiui te.
— Fsl-re lui qui vntts fait peur, ci monsieur de Mornac? répondit l'officier, en lui plongeant dans les yeux un regard furihont.
Eudoxie sentit une rougeur ardente s'étaler sur son pâle visage, et se pencha comme pour regarder son br.ic lei qi'e le feignît de b rmer. In n oi.ient aprvs, lorsqu'elle releva la tù'ie, s n front était calme de nouveau, ses yeux et ses lèvres souiiai nt.
— Th' dule, dit-elle avec un accent pénétrant, autrefois TOUS étiez un homme d'iumni-ur!
Les de ix anciens amans se cont-'Diplèrent un instant en silence, éiuilianl plus allcn;i-.emei)t qu'ils n» lavaient fait jusqu'alors lis cliaitgenKus (ipéri's iii eux ptr dix années de séparati-n. (,)U'ji ([u'on i ui^se ùire de la p éco ite du .lé -lin che les femiiMs, nijidan.ecleFl mireils «r it victoi^eit-edi>iet examen, et pjrui au coniniandant aus>i brie qu'aux jours où elle s'app. lai! pour lui seid : El se.
Une ihcse vraie, (|uo-qiic pe,i remarquée jusqu'ici, c'est que les teuipéiamens tendres, .les organisation- sensibles trouvent -les l'orce-i merve Ile !>• s pour supporter les épreuves auxquelles les expose leur nature impres-ionn-ible. On dirait que l'amour, malgré le bandeau d ^nt l'a puérilement aflublé
h mythologie, r ..«'nnaisse ses amis et le.^ ménage tout en les torturant. Les soulfrances du weur enlaidis-eiit presqu* toujours les êtres qui n" n ont pas l'haliiluilc. Bien, par exemple, de ridicule ou de hideux comnie un gros h raino hmphatique doni les pa pières bouffies et les prun. Iles larmoy.intcs trahisMiii la visite cruelle du dieu n aliu. Les femmes, au contraire, c'e.st-a dire les femmes sentimental g, vivent dans les cliagrins de l'aMiotir comme dans une attuus» picren.iturelle, bénigne, et l'on piiurniillecroire, née ssai'ei; cl.es se ciiiiscrveui dans 1 ur niélan oie comme ces beaux fruits qui acq'iièiint une saveur lumvelle dans l'acool, au lieu d'y briller; eles pleurent de source sans avoirlcs yeux roues, cl la larme suspiiidne a leur paupière semble seulomtnt une perle de plus dans le;ir todcltC; leur p;deur même, causée par I insomnie, a un air de i oqutiierie, depuis qi.e la pâleur esta la mode. Ces lerame -la sunt très malin ureuses, cependani; captivez leur confiani-e, si c'est possible, vous entenilrezls récils les plus douloureux, qu'à leur vue vous n'.iuriez jamais soupçmnés; elles ont lame saignante mais le fiont sans i-ides; le C(tj.r mort mais le vidage plein ds vie. Les peintres ont bien compris ce que nous voiil ns exprimer; a part Muriilo, tous ceux qui ont peint la Madeleine, l'ont représentée bien attrayante encore p lur tant de repentir!
Madame de Flamareil était df ne restée bel'e en dépit des souffrances de son cœur, et le temps pour elle avait montré" presque autant d'indiilgenee que l'amour. D'ailleurs, t ut c» que le goit naturel et la science acquise peuvent inspirerde précautions conservatrices ou d'artifices réparateurs, étai pratiqué par elle de manière à rendre plus impercepti le encore la trace de dix années aux doigts légers et bienveillans. Dordinaire, le- femmes achètent un diamant à chaque ride naissante et remplacent par une fieur le moindre cheveu qtti tombe; Eudoxie n'avait pas attendu les m rtifians eonseils de l'âge délinmi; elle avait adopté le luxe comme fantaisie avant qu il se fût imposé a elle comme né.essité. Eo la voyant dans ses grands jours, c uverte de iderreries, c'iacun se disait qi elle n'en avait pas besoin , et qu'un-' simple couronne d • marguerites des champs eût sulli ù sa coquetterie. Par un rare privilège, sa beauté, noble et douce à la fois. !u! permetta't également la m.ignilicence et la siii.plicilé; cejour-la, par hasard, appariena:t à la magnificence.
En face decetts tayoniiante infidèle, le chef d'escadron sentit malgi-é sa colère un éldouissem-iit involoniaiie. En revanche, l'impression (|u'elle-méme reçut fut ton différente. A la vue de la ligure ei.flamii;ée et du colossal erabon|>oint qui avaient remplacé la pâleur seuiimeutaleel la tournure é ancée de l'ancien lieuteiiant du septième chasseurs, elle se demanda par que le indigne Ijclieiè de son cœur e le ava t pu aimer cetie mauieie de lambiiur-major. Le résultat de cette mutuelle comparaison fut instantané. En se sentant (irèsde redevenir amoureux couime aultel'uis, Garnier éprouva un .^urcr(lit de fureur, eu partie dirigée contre lui-même, tandis que la femme de quarante ans dissimula, sous un redoublement de douciur conc. i..nt-, la haine subite que lui in>pirait la vue de son ancien adorateur.
— .Mou hoi neiii ! répéta le chef d'escadron avec une amène ironie; auticiois vons me par lez du vcjtie.
— Si j'.ci pfidu ce droi;, fs;-ce à vais de m'en faire un crime'? rfpni Eudoxie en tvociu.nt po i[icpieneui les s niM'nir» de sa pr, mière passion ; mus uuaiiLnit se laisse diilicilement ramener au chemin qu'il a ouvert, lors. [u'il sait qu'un autre i'> a remplace.
— Oh! je me rappelle que vous êtes fort spiriiuelle, répondit le gro<. coiïjmaiidant d'un ton brusque ; — si nous discutons, vous liiiiicz par me prouver que deux et deux font six ; permettez-moi de rentrer dans la quesiioii. Il ne s'agit pas iii de Lyon, mais de Paris Voilà quatre ans que j* n'y étiis vi'nn,:'! Paris, et je ne m'attendais p s au bonheur de vous y retrouver. Avoue.' que c'est une reucontre fort originale. Ah! ah! raz donc, mad-tme; CAÎ-ce que cela ne vous parait pas comme à moi, fori original ?
— Voulez-vous me iierdre'? dit madame de Flamareil d'un* voix suppliante, csi vous m'avez jamais aimée, ne me parlez
Ift
DE BERNA.RD
plus. Nous nous rcvprrons, ei je vous expliquerai tout. Mais, ^« erâ"-e, laissez-moi ! on nous regarde déjà.
Garnier liésiia; 'ar rctle voix autrefois si puissante snr Son coeur, y réveilla à chaque mot quel(|Me édio depuis longlenjps endormi -. mais bientôt il se reproi-lia sa faiblesse , et répondit avec toute la lérocilé qui peut être (lermisc à un aosant trahi :
— Pourquoi ne pas commencer l'explicHion tout de suite? Et d'abord, dites-moi, je vous prie, pour quelle raison vous avez donné à ce séduisant monsieur de Mornac une étoile si éloignée de la mienne? D'tirdinaire, on cherche à rapproi:her •es amis; cl vous nous avez lopés, l'un ù laMade'eine, l'au- •reaux Invalides. Est-ce crainie d'un duel dans le ciel? Ras- «irez-vous ; mon étoile ef moi sommes 1res pacifKiues : je ne ■e bats i*1us pour les femmes Et Lamartine! aimez-vous toujours Lamartine? Monsieur de Mornac m'a-l-il remplacé 4ans mes fonctions de lecteur comme dans tout le reste?
L'offi.ier eût pu continuer longtemps de la sorte sans être int<'rrompu. Écrasée par cette Ortàc brutale, ne trouvant rien de prudent à répondre, n'c^nl plus regarder autour <1'clle de peur de rencontrer des regards moqueurs, teniée de fuir mais retenue à sa place par la crainte d'un éclat, madame de Flamareil restait immobile en face de son impitoyable intarrogateur, les dents serrées, les lèvres enir'ouveries par un •ourire où s'était refin;ié tout son courage, les bras croisés snr la poitrine, comme si elle eUt cherché à se raffermir le eœur par cette étreinte convulsive, et implorant du fond de rame quelque ange sauveur qui prit pitié d'elle.
Ce sauveur arriva ; <e ne fut pas un ange, ce fut son mari ; il ne vint point par pitié pour elle, mais par crainie du ridicule pour lui-même. Témoin depuis quelques instans de la torture infligée à sa femme, monsieur de Flamareil comprit qu'il ctait temps d'y mettre un terme ; il traversa le salon d'un air calme, salua le commandant avec une i)oli'esse héroïque, et, oO'rant le bras à Eudoxie, lui dit de la manière la plus naturelle :
— Voire voiture est là, voulez-vous que nous partions?
Madame de Flamareil ne répondit rien, mais elle s'accrocha au bras de son mari avec l'énergie convulsive du malheureux qui se noie. En voyant sa proie lui échapper, Garnier se pencha ver» elle et lui jela pour adieu ces paroles :
— Monsieur de Mornac vous atil fait part de son mariage ave<-. ma cousine ?
A ce dernier coup, aussi foudroyant qu'inattendu, Eudoxie ** '"*"''' frappée d'un vertige; elle serait tombée sans l'appui de son mari, et elle ne se ranima peu à peu qu'en respirant l'air froid auquel donnait accès la glace de la voilure qui l'emportait rapidement.
Dan» le salon de mistriss Lawington une seule personne avait suivi avec curio.sité les moindres détails de cette scène, c'était monsieur de l'omenars; malgré son expérience du inonde et la pénétration habituelle de son esprit, le vieillard ne put parvenir k se rendre compte de la conduite du commandant, lanl elle lui parut inouïe et exorbitante.
— Quelle est celle manière bédouine de se présenter soimême a une femme qu'on n'a jamais vue? se dil-il dans sa ttupéfactioH profonde ; — de quel éléphant sauvage me suisje fait le cornac? loul-à-l'heure il me brise le bras à moitié, et maintenant il roule des yeux si féroces en lui pirlant, qu'elle en perd contenance ; ne dirait on pas qu'il s'api>rMiu à l'emporter dans son antre pour la dévorer? que diantre peutil lui rugir?
Ne pouvant résoudre lui-même cette question, le vieillard s'empressa de rejoindre Garnier, dès qu'il le vit seul:
— Gloir<^ à vous, commandant ! lui dit-il d'un air émerveillé. Est-ce ainsi que vous menez les Arabes.'
— Plût i Diea que j'eusse affaires un Arabe, répondit l'of-
ficier en fermant énergiquement la Bîin comme s'il eût serré la poignée de son sabre.
— J'avoue que je ne comprends pas, reprit monsieur de Pomcnars en ouvrant de grands yeux.
Au lieu de répondre, le comnniidant étendit le bras et prit sur ]>' plateau que lui présentait un domestique un verre, de sirop, qu'il a a'a d'un Irait. Ayant ainsi porté rtraède !k un étranglement causé par la colèr'», il fut sur le point de faire au petit vit illard une confidence eniière; mais comment punir Eudoxie sans parler d'É'ise, et sans accepter, pir consé(|uent, le rOle d'a^aiit oublié? Garnier hésita un irsiant entre la crainte de se rendre ridicule et le besoin d'épancher une des plus violentes fureur^ qu'il eût jamais éprouvées; car il ne p,irJonnait pas .'i madame de Flamareil de n'être pas mûrie après leur séparation, ainsi qu'elle en avait pris l'engagenifiit. Depuis d x ans, ce trépas imaginaire elait son chagrin, son remords, s^n crime, son ver rongeur comme II disait; et sans qu'il o-ât se l'avouer, son cœur prenait parfois un orgueilleux plaisir à se laisser ronger. Cetle femme tuée par son amour lui inspirait une sorte de vénération pour lui-même. F,n se trouvant si fatal, il se respectiif. Chaijuc fois qu'il venait de .s'attendrir au sujet de sa chère morte, le regard qu'il promenait ensuite sur les vivantes avait quelque chose de plus royalement exterminateur. Renoncer i'i celle tombe, dunt sa vaniié s'clait fait un piédestal, dé|muiller ce deuil dans le(|uel se carrait depuis dix ans sa mélancolie, pour endosser le vulgaire uniiorme des amans réformes et remplacés, élait un déscnchanloment dont sa p'iilûsopliic ne put supporter le clioc. Le premier sentiment êclos de son indignation fut un besoin de vengeance, qui neutralisa la haine subite qu'il avait éprouvée pour Mornac en découvrant en lui son successeur.
— C'est elle qu'il faut frapper d'abord, se dit-il; le tour de ce fat viendra plus tard. Kn attendant, il épousera ma cousine, et je veu'i que cette femme sans co'ur en meure de dépit, puisqu'elle n'est pas capable de mourir d'amour.
Garnier résolut donc de garder son secret pour lui seul; mais dans ce parti que lui dictait, avant tout, sa vanité, il (il, selon l'usage, intervenir un moiif plus généreux.
— Elle a fait un appel à mon honneur, je me tairai; ma vengeance, pour être noble, n'en sera pas moins foudroyante.
— Voulez-vous bien nn' dire le mot du proverbe que vou» venez de jouer? reprit nion.sieur de l'omenars en voyant le chef d'escadron absorbé dans ces rénexions (jui projetaient sur sa large fiicure un rellet farouche.
— Rira bien qui rira le dernier ! répondit l'officier en souriant de la m°me manière qu'un amre eût grincé les dents.
— Je suppose que l'âge m'a oié l'intelligence ou la mémoire, repartit le vieillard ; j'^i beau interroger mes souvenirs de jeunesse, je n'y trouve rien qui, de près ou de loin, ressemble à votre manière orienia'e d'entrer en matière. Excusez ma curiosité, mais j'ai toujours aimé a m'instruire, et (inoi(|ue-je ne sois plus dans le cas de proiller de vos leçons, je les recevrais avec reconnaissance. Que diable aveivous pu lui dire pour produire un effet pareil'MMi sortant elle chancelait, et j'ai remarqué positivement qu'elle s'appuyait sur le bras de son mari; vous voyez bien qu'elle avait un peu peidu la tête.
— Eh bien! si j'ai fait impression sur elle, n'est-ce pas d'un bon augure pour la réussite de notre projet? répondit Garnier en ai)pelanl à son aide une dissimulation étrangers à son caractère.
— Assurément! ainsi noire conjuration subsiste toujours?
— Toujours! et, s'il le fallait, je signerais mon serment de mon sang,
— Alor.s dites-moi...
— Je ne puis vous donner aucune explication ; mais croyezea ma parole : le mariage de votre neveu et de ma cousine se fera, dut Salau en personne s'y opposer ; je prends tout sur moi.
Le pelil vieillard se sentit subjugué malgré lui par la solennité de cette aUfirnialion.
— Au fait, pensa t-il, Igî femmes ont parfois des caprices si étranges 1 11 est possible que est Hercule africain réus.
l\ FEMME DE QUARANTE ANS.
sisse avec sa giosre voix, ses nious(achp3 (k' pamlour et ses épaules de ceiU-suiss>. Cep ndaiit. j'avais meilleure opinion d'elle!
Monsieur de Poniciiars élait atleint d'une faililesse partiiulière ai:x petits hommes ; les gens de haute taille lui inspiraient une répulsion dont la cause n'était peut-être pas exempte d'une eert^ine envie. A ses veux, U eolossal cîie à'eseadron passait donc rour un de c s géans mal bâtis qui sèment la teri-jur dans les contes de fées; et pour admcitre qu'un paicil o^Te put idaiie, le vidllard philosophe était obligé il invoi|uer l'irrcvencieuse ironie ([u'Arioste s'e,-t perm sa dans Jocoi.de.
— Edouard, (|uûi([u'un peu grand, est mille fois mieux que ce Goliath, pensa-t-il; mais les femmes ressemblent, presque toutes à cet enfant qui disait ù sa bonne : J'ai tant vu le soleil! Si le soleil ennuie quelquefois, quel amant peut se fldter d'amuser toujours? Hum! si je n'avais que ([uarante ans, ou mémecinquanle, je me chargerais bien de trouver cet instant propice ou l'ennui -parle plus haut que l'amour et conseille l'inconstance; mais à mon âge le rôle de speclalc-ir est le seul qui convienne. Il faut laisser le champ libre à ce gros lion de l' Allas.
H«it jours après, m-'insieur dePomenars, (jui s'était décidé •^atlendre l'ellet des promesses de Garnier, le vit arriver i'oreille basse et la mine allongée.
— Cette femme-l;"> nous fera tous damner ! dit le chef d'escadron, sans autre préambule : — el'e a appris, n'importe eomment, le mariage près de se conclure entre votre neveu et ma cousine; savc7-vous ce qu'elle a fait alors? Elle a trouve moyen de rencontrer ma tante chez madame de tordes, que vous croyez dans vo* intérêts, mais dont la conduite me semble fort louche, et que j'arcuse rais volontiers de défection : là, s'est formée une liaison qui. en moins de huit jourSi est devenue de l'amitié, de l'intimité, de la passion ! Ma tante se laisse n:en?r comme un enfant lorsqu'on sait exploiter son amour-propre. A l'heure (ju'il est, elle ne parle q e de madame de Flaraareil, ne voit que par ses yeux, n'entend que par sts oreilles.
— Bref, madame deFlamarei' a perdu Edouard dans l'esprit de i> adame de Passerot ! s'écria le vieillard en s'agitant dans sen fauteuil.
— Pas du tout : c'a ! vous ne la connaissez pas encore ! '«Ile n'a (las dit un seul mot de Mornac: mais elle s'est prise
d'une si belle tendresse pour Loïde, qu elle la marie à un sien cousin poussé de terre tout exprès pour la cin .-nstane, un monsieur d'Alignifr, un jeune homme charmant, millionnaire, et p us noble que le roi; cn'in un phénix dont Dia tante raffole dé, à sans l'avoir vu, 1 1 que va nous jeter sur les bras, au prem er jour, la malle-poste de IMars ille.
— Bien joué ! dit monsi' ur de Pomenars ; ci tie fenira^-là était née pour être ambassadrice. Mais vous, qu'avpz-vous fait? Car, après votre étourdissant début de l'autre jour, je ne pense pas que vous soyez resté les bras croisés en face d'une pareille manœuvre.
— Moi! s'écria Garnier d'une voix tonnante, j'arrive du Havre, où m'avait appelé la nouvelle delà mort de mon oncle, que j'ai trouvé à déjeuner mangeant sa huitième douzaine d'buitres. Il n'y a que ce démon in -arné q'ji ait pu me jouer un pareil tour et m.e faire faire ce petit voyage d'agrément pour se débarrasser de moi. Dans ma première émotion d'héritier, je n'avais pas remarqué que cetta infernale lettre d"avis n'était pas timbrée. C'est en arrivant ce matin, que j'ai appris de ma tante la révolutirn cjuimencée pendant mon abstnee, et p'ès de s'accomplir si nous ne montoas pas à cheval.
Monsieur de Pomenars se renversa sur son fauteuil et ne chejcha pas i retenir un rire moqueur.
— Eh' eli ! jeunis gen<;, dit il, vous avez trouvé votre maître. L'aulrc juir, «'est Edouard (|ui part d'ici, déterminé comme un Spartiate, et qui revient sans son bouclier; aujourd'hui, c'est vous àqn'i l'on fait eoarir la poste. Ah! ah! le tour est piquant! et cela vous apprendra, commandant, à ne pas croire si vite au dérès des ondes, — Allons, puisque
les soldats en activité me'l'nt bas les armes, je vois bien qu'il n'v a plus d'esiioir que dans les invalides.
Le vieillard sonna.
— Lapicrre, di;-il au domeslii(ue, faites mettre les ehevaux à la voiture et venez m'habiller.
lue heure après, monsieur de Pomenirs, l'œil plus vif, fe tail'e plus droite, l'air plus vert-galant ([ue jamais, se fit annoncer chez madame de Flamareil.
La femme de quarante ans était dans son sa'on.Alavue de l'homme qu'elle détestait le plus au monde, le commandant Garnier excepté, elle si Uva en affectant un gracieux emi'ressemcnt, et avançi elle-même un fauteuil. Le vieillard, îi qui son experisnce avait appris que, même en diplomatie, la ligne droite est â la lois la plus courte et la plus sûre, s'assit, et entama aussitôt la discussion, comme une batterie, s rvie par des canonniers habiies, ouvre son feu dès qu'ele se met en ligne.
— Madame, dit-;l avec un mélange de galanterie respectueuse, de ferme éconci i.u'eetde familiarité paternel e, je> viens irait- r avec vous une négociation si délicate, que je la l'egarderais comme im;:ossible si je m'adressais à une femKe d'un carac'ère et d'un esprit ordinaires. Mais à vous, madame, je puis tout dire ; et la liberté dont je vais user est moinscnoore un droit de mou âge, qu'un hommage qui vous ÉSt dû. D'ailleurs, vous le savez, continua-t-il en portant la msin ci la coiffure soigneusement poudrée qui é:ait une de ses ( oquetieries de sexagénaire, les cheveux blam s d'un vieillard ont le même privilège que la robe d'un confesseur.
— Voilà un exorle ipii sent les approches de Piques, observa madame deFbin'arHll ave ■ un sourire ambigu. De quelle confession s'agii-il? de la mienne ou de lo votre?
— De la miei lie d'abord ; et puiss ez-vous m'accorder l'indulgence que vous seriez sûre de trouver en moi, s'il était possible ([ue vous en eussiez b^'soin.
— Je vous é; ouïe, réi'ondii Eudoxie, en se redressant sur son fauteuil avec la dignité glaciale d'une reinefflrcée d'entendre les remonstranccs de quelque vieux coqsei 1er dévoué et radoîeur.
— Vous savez, madame reprit le vieillard avec une aisance imperturbab'e, que je désire marier mon neveu, Edouard ic Hornacit; c'est votre consentement à ce mariage que je viens solliciter.
— Mon consenlemcnt! s'écria madame de Flamareil dont les yeux habituellement si rfoux étincelèrent soudain ; — je ne comprends pss ceUe p aisanterie, monsieur; suis-je donc mère de m^nsi'-ur de Mornac?
— Si cela était, madame, Élouard ne vous porterait pss un attachement plus profond que celui qu'il vous a voué. De. gràre, ne n'interrompez pas. Je ne parle que des seniimens de mon neveu ; les vôtres sont un secret sacré pour moi et sur lequel je ne me permettrais pas même une conjecture. C'est donc à la femme pour laquelle Edouard donnerait sa vie, j'en suis certain, que je viens demander, en retour de ce dévoùmentsans bornes, une preuve d'intérêt véritable. Vous comprenez bien, je n'en doute pas, qu'il faut qu'Edouard se marie; il est le dernier de sa famille et mon héritier le plus proche, c'est donc pour lui une absolue nécessité de position. Il refuse cependant, et, à mon tour, j'apprécie trop vivement les raisons de son refus pour lui en vouloir. Vous seule, madame, pouvez obtenir de lui le sacrilice qu'exige l'intért't de son avenir. En réclamant cette généreuse intervention, en mettant mes désirs sous la protection des plus nobles inspirations de votre cœur, ai-je trop attendu de vous?
— De la part de tout autre, je regarderais cet étrange discours comme un outrage; de la vôtre, monsieur, je veux n'y voir qu'une méprise. Je n'ai en aucune manière le droit d'offrir mets conseils à monsieur de Mornac : permettez-moi de ne pas abuser plus longtemps de la bonté que vous metle^ à
I œe prfjdiguer les vôtres.
DE BERNARD
A ces mots, prononcés d'une voix caimp. Euloxie se leva comme pour meilie fin Ji une vis « l'ffensante ei désormais • ans but; mais le sexa^'eiaiie uViait |):.sli<iii.nie à se lais- ei si facilement écoiiduire; il nsta (loue cloué sur son fauteuil, el reprit, sans aucune inari|iie d'emt arras :
— Je me >uis adee-s' à voire cœur, et c'est votre cœur qui a répond'i; j'a^ rais drt p'évoir si lép'inse. Sl.iinln) .iit parlons raison. Si K louird ne se marie pas .tiiji.urd luii, il le fera demain, ce S' ra dans un ^n, d.ins deux i-ns, dans dix ans si vous \oulez-, nais ciilin ttt où lard il se mariera, et vous le savez aussi bien que moi. Ab'rs pourriitoi ne pas essayer dès â prési ni un rffurt de couiagé .ue eliaiiue jour doit rendre plus d'flicle? De jiràee , ma ame, ne voyez jiliis en moi un txran sans piiié. mais un bonme dont toutes :es sympathies TOUS soi.l acquises, Oiii, mon cœur Cîl de vo;re parti, ainsi que votre raison s- range du mien. C'est une épreuse crue le, je le sais, et je voudrais en |ircn;iri: !a moitié-, mais cioyez-en mon ex|.éiience, toutes ci s liaisons qui «ont le seul bonheur de la vie doivent Inir ainsi, quand celui qu'on aime es' trop jeune pour offrir ces gages de siabililé sans lesquels l'anioiir n'est (|ij'uii rêve dont il faut s'éveiller tôt ou tard ; tîindis qu'avec un h< mme dôiit la position est faite, et qui joint à la niaturiié ias-;i:rante de li'ig" la chaleur d'une âme toujours j' une, rimimité devier.t*cbaquejour plus douce, car aucune crainte de l'avenir n'en corrompt le charme.
Sans y songer, et par un effet de l'habiliule, monsieur de Ponienars était retombé dans uii:' de ces liomé'.if s que les anciens diidiO(èse de Papiio.s aipru'iient par cœur quai d vient à fleiiiir leur ciiiqiia"iiéme piineniis. En voyait le chemin où s'engaL'cait le vieillard toujours vert, maiiame d ■ Flamareil se rassit ''oueemeat, comme si rin.-idicur-e éloquence des paroles (lu'ellc Venait d'entenJrt l'eût .atcinéeeif dépii d'elle-mèaic.
— Ces réflexions sont trop vraies, dit-elle avec un accent mélancolique; voilà comme souvent nous aiires jauvres fcm mes nous g.1;on.i U'itre vie d'une manière ir tparable.
— Irréparable! s'écria mouMCur de Pomenars avec nne chaleur juvéni c; à v-tie âjçe peut-'l exi-ler quel(|uc chose d'irrép..rable? H n'est au une blessure que le temps nef(ruie, aucune douleur qu'il ne console.
— Le temps! répéta Eudoxie en secouant tristement la Ute.
— Ou, remède p'us pt-ompt et plus eflicare, les eharmei d'unealfe liiin i onvcle, rep -it le vieillard d'une j.eii.e \oix douce lOmnie le sifilen'.eiit d'une couleuv;e.
— le> souffrances du cœur exhaleiit une amertnme qui éloigne leux qui jeut eue piuiracn les guérir, dit la fmme de quarante ans en levant ses grands yeux, comme si elle eûl cheiché au plafuiid U ligtre invisible de quebiue ange guérisseur.
Le lexagénaire, qui depuis quelques iestavs, perd.iil insensibleneni de vue le but de sa visite, suivit du coin de l'œi celle dolei te panioniime, et l'inteinréla d'après lis calculs ordinaires d'uu talent d'observation exerce, ma s non pas infaillible.
—Je parierais, sedii-il, qu'elle n'aime réellement pasÉdouard et(|u'entoutceii savaniie se trouve plus en leu que son eœur. L'amour dun très jeun-" humiiie égaie ordioair m 1 1 une femme d cet .Ige; or, elle me pà ait m'^lanioliiiue noiir ne pas dire trisie. Ces bbn !es à tenqiérammeni anglais oit dans le caractère une foule de nuances el de rallinciiiens, dont un écolier comme ce pauvre Edouard ne se doute s ulemenl pas. Elle a réellement de l'epril, de l'àme; il lui faudrait pour ami un bon. me qui sùi la ionip:cndre avani q l'elle sût parlé. .\b ' si je n'av.is ipie ( inquan'e a s, monsieur n>on neveu serait marié av^nt un mois. M.is, :'i mon âge, ce serai! une folie! Ce iju'ily a de sur, e'esi ipie depuis quel(|ues inst .ns elle use avec moi d'une sorte dfi coiiueiierie ; dans nuel bul?
Avant (|u'il eût résalu cette question, le regard d'Eu.loxic qui ta le plafond et descendit sur lui aussi douceniciit que se pose une colombe.
— Achevez votre confession, lui dit-elle avec un sourire
enchanteur; rêpondez-mt>i ; est-ce uniiiuement par intérêt pour nioilsitur de Murnac que vous tenez tant à le maliage'?
— A-fcel!e enviedcse moquer de moi? pensa monsieur de Pomen r,s, ou bien ai-je (on eu r fusain de compiendie un !a;igage do^ t j'au ai> terrildeiiieir. lire par i ii y a senlenienl (in I OH six ans'? Mais apr(S tout, si c'ist un piège, qu'estce (|ue je risiiue? et si elle est de I oiine foi, ce (|ui est possilde a la ligueur, puuniuoi felndrais-;e une inintelligence impolie?
— i!^i j'avais un autre motif, me le pardonneriez-vous? réiiondii-il alors, entraîné hors des limites de sa prudenct or.lniaire.
— Pour pardonner, il faudr.nit connaître l'oSense, reprit Eu loxie, en velontant i ncore r.iimani de sa prunelle.
M. de l'umenars liésiia, comme un initié aux mystères dd la truui -maçonnerie à qui 1 on iidunne de sauter pieds nus sur un parquet hérissé de clous, sans iju il sache si ces clous sont de fcuirc ou de fer. A la fin, la vanité l'emporta sur la delianee.
— Bah ! se dit-il, quel intérêt aurait-elle ,1 se jouer de moi? eile n'est pas lieuieuse; il esliassez naturel (|u'elle ait besoin d'épancher son cœur, et qu'un and de mon âge lui inspire de la confiance; et puis, je suis peut Oire trop modeste.
A cette réflexion péremptoire, le sexagénaire ne balança plus.
— Vous voulez connaître l'olTense que j'ai commise, et je lis dans vos yeux que vous l'avez i-léja devinée, s écria til d'une voix pa!lj<li(|ne. >I,i raison pour marier Edouard, c'est que depuis longtemps son bonheur m'iniporlune , me désespère ; c'est que... ji,' suis jaloux de lui.
— Jaloux! dit ludoxie d'une voix de sirène; il me semblaii que, pour élre j.ilous.il fui ait d'abord être amoureux?
— Et si je l'étais ?
— De moi ?
— De Vous.
— Quelle ironie!
— Dites quelle vérilé ! s'écria le viellard exal'é par son succès, en faisant vibrer le plus possible sa petite voix fêlée.
Rladime de Flamareil retira sa main que son nouvi adorateur venait de saisir, et se peiuliant vers la cheminée, elle sonna. A ce g>'s!e, monsieur de Fomen;irs s'élança de son fauteuil, en se disant avec < motion :
— Va t-elle me faire jeter pir la fenêtre?
— Pré\en-z monsieur de llam.ircil de la visite de mons'enr de Pomenars, dit Eudoxie au domestique; puis, lors- (ju il eut nf rnié la porte, elle se leva tt coniempla un inslant le peiii vii iilard, qui se lein il au milieu du salon, immobile ci mnet, comme si ijuelque fée mal aisanle l'eût frajp» de sa bagneite.
— Je tons dois des reniereîmens, lui dit-elle avec une raillerie d'aiit.inl pins poigiiaiiie, qu'i 1 e sen bhiit chercher à se contenir; — j'élais soull'rai t lorsque vous êtes venu, et vous m'avez guérie; il y a bien longlenips que je n'ai passé une licuie aussi amusante. Quant à l'oli.iet de votre vi>ite, vol. i ma réponse : puisque vous m'aiinez, vous compreiidn z qu'un autre puisse av(jir aussi de l'ailachement pour moi, et vous me pardoni.crez mon mauvais goiU, si je vous avoue (|ue je liens 11 us S une j- une aniiiie i|u'a une passif n... paîrian aie.
Après avoir eoilfé monsieur de Pomenars de ce dernier mot, propre i\ lui r;q)peler 1 huiiible releone qui sied au vieil âge, madame de Flair.ai eil lui it une révérence dont la grâc» égalai! l'iioiiie, el soriit du salon.
— Échec et mat! je dit le vieillard en seras?ey,inl Iraiiquillemeni. Parb'eu ! voilà une maîtie^se femme ; à trente ans, j'en auriiis i te amoureux fou. Je (Oiiipruids inaiiilenaiU (|U9 ce pauvre Ivlouard se soit laissé t mniaill.jlter , e' ipie le gros c'oi miiidaii! arrive du Havre; mais je lui prouverai qu'on ne vieil! ^lasà boui de moi comme de es deux innocens.
I a porte du salon s'ouvrit, e' monsieur de Flamareil entra d'UM air empressé.
LÀ. FEMME DE QUARANTE ANS
— Je suis dho\é qu'on ne m'a t pas p-^éveni pl'is tùt de votre visite, uii-il avec la pcl tessc acioniplie ([ui lui l'tait habi.uelic.
— Mon cher nionsici.T de Flamareil. réfon'it le vie li.ird d'un tu) un p u s. c, je n^ vous retk'ndr.i pus loii^iemps, car je n'ai (lu*' qiie'ques mots à '•ois dire Vous savez nussi Lien (iuem i que I iiitc it nniucltst la nieiil u-e hase pour toute espce de ncgDciiiion. Or, vous avez envie dV'ii'e député ei vous avez tie^oiu de mo auprès de> électeurs de l'érigueiix ; de raou cùié, j'ai aivie de ma> le'r mon neveu, et j'ai beso n de vous pour te miner t.e mariage.
— Di-p'Sez de mo', répondit mcu'ieur de Fkm rei), en quoi p ris-jo vo' s Civir?
— V' u all-iz le savoir. Madame de Fliniareil, dans une intention que je ne me pe^mclt ai pas ('c jiig r, ^iu're^e■^ malir ni' usieur d Aiignior-, son > urin, à madcm-iseile de P.sseroi, dunt je riéiire la m-in p ur mm neveu. Je sui-; le prejii er en dav. et p ur aui u e con^'déraiion je ne rfuonc^tA à m n pmjet. Je vous prie (ioi>c d'iiilL'rv.nir d?ns eUe affai e, et de lever les ihsiac'e^ que je ren ûn^re, comme je me c'itFpe de lever ceux qui pru raient s'ojpo er ^. vo're éleit'oii. En un m t voici mon ul imalim: pas te mar.ag'' pour Édouar.l, pas de dép t;iii.;n pour vous!
— Vous ..vez le droit oe me dem.n-ler se vire pn;ir service, répiudlT le mari ^-m iiiijxaveo un s'uriremêlé d'amertume J'a'-ct=p'e Vos conditions.
— C'est a jour i'iiui 1 ludi , et l'éle tion a lieu au conmipnfemcnt delà emaiiie proliain- ; mes dt-rni re- ins ructions aux membres du clége sur qus j'ai du cicdi^ doivent dune pa lir veiidr di. J'es i-<e que voa- aur^z i b eim "ici ta bu ré.-<ului, I éfi.ii.if qi.i dii-leia ma londuite.
A ers rao;s, mon:ieu dr' Pomc ars se 1 va e! put con^é avec une , oliievse ha;.tai;e es iuée à v n,;. r s r le mari h peiile i.umi i tion qic h femme \:j\ av..i fail-r.bi.. Ai ns l'avidr re;on uit j s j "à la pore li'enl'ée, monsieur de Fhmar il, le fro-l pbis so ' ieus, l'œil plus sarîc-n (jeenierit triste qce dero tune, travers i d- n •uveau l'app r cment, et enii a dans le j arlyir où s'éiait re^i. ée Eudoxie.
Apr^ç l'escarmouche oii son hab'lelé de femme du monde avait u.is en déroute l'expéj-ience du vieillard anacrcon.i(iU'.', madame de Flamareil s'é ait assise au piano, ilans nu accès de gaitéass"Z éiraiiger a st-s habilud-s sé'ieuses; maisi» la vue de sou maii, la joie puérile à a [uelle la marc' e des Puri'aii s servait de fanfare lit p'aee à un malaise subit; iusiinrtiv.ment, e;le coit:piil iiu'elle s'était trop liàié- de cé'ébnr son irio.nphe, et ses doigt,-, traliireiil l'aiixiélé nouvelle ui venait de s'emparer de son esprii, eu abaudonuaut le moi if maniai qu'ils avaient attaqué d'abord avec une victorieuse énergie. ■*
Monsieur de Flamareil s'approcha lenteraen!, et fermant la parliliou ouverte sur le pup'lre :
— J'ai a vous pailer, da-il d'une voix grave.
— Quel air sùlonuel ! répondit Eudoxie, qui, pour dissimuler son embarras, coniiuiiaitde moduler une suite d'arpégcs de pliisen plus lie oliérente.
Le ru;ur dépuié accuei lii avec une iiRpassibilité glacia'e le sourire qui aval I accompagné ces parcKs. »
— Monsieur de Pumenars vous a- ■•il parlé du motif de sa visite? deojauda-l-il ensuite en regardant sa f. mm'^ lixeineiit
— Sans dtjiite -, mais ji' ne pense pas qu'il vous ait faii pari du résultat, reprit madame de Flanii-.reil, dont le courage et le sai g-froid se réveillèrent a i'approcne du danger.
— Quel rcbuliai";
— ''îonsieur de Poinenars mo paraît su'et à d'étranges distractions. Aujourd'hui, par ex-nipl.-, il s'est fi;;uré avoir rajeuni de (|uaraiiie ai s. .le lui ai rappelé que iioussoainifs «n 18.10, a que les beaux jours Ju directoire sont passés. Voilà tout.
Semblable eux capricieuses divinités du paganisme, mon-
sieur de Flamareil rejeta le saciifice de la vieille victime qut sa feiiinii' iaimolai' politi(iuemeiil sur l'auiel coi jugal.
— Si moi sieur de Pomenars se (■rend pour un jeune homme, dil-il avec une déd àgneiise rail ci ie, il a eu tort de vou* loir fiiiie parMgi'r son illusion ;"i une femme aussi experle que vous. Mais c' n'e.-t i:as de c la (pi'ii s'agit. Ecoutez-moi, je vous prie, ci si ce (jne je dois vous dire me force a m'écarter de ma réserve ordinaire, soudez que je n' -borde pas vo oiilairemeiit un sii;it peiiib e pour lous deux! U y a dix ans, à Lyon, lors(iuejem' bailis avec cet homme 'lUe nous avons r VU l'autre jour, etquivuus adonné, en vous insultant pi'.bliquem nt, une nouvelle preuve de sonaiiachemntet de sa ^oait dsie;ilyadix ans,dis-je je vous ainais assez pour être jaloux, assez pour jouer nia vie à cause de vous, assez pour vous u.er, i tplus d'une lo:s j'ai été iCidé de le faire. Malg é l'entralneiiieiit romanesque de votre caractère, vous n'aviez envie, je crois, ni de votre mort, ni même ilc la mie ne, et vous n'avez rien épargné pour me guérir d'ure sus 'cptibili é si folle ei SI n;al ap rise. Vous avez réussi complétemest. Il n'est point de passion qui résiste aux épreuves auxquelles vous avez soumis la mienne, point de besoin de vengeance <',\x'\\n ouiraga réitéré ne liuisse par < lianger en indiîléience paciliqee. Au-, jourd'hui, je ne vi/us aime plu- et je ne vous hais plus; j'ai compris a la lin que coudre son amour ou son honneur à 'a robe d'une femme était une puérilité sans excuse ; j'ai donc mis mon homeur en moi seul, pou- être plus sitr de le garder, et remplacé l'amour par un autre sentiment aussi iécond P' ut è;re en dé. e| lions mai ■ dont les t>lessures du moins ne f n pus lOiuir. Je suis, oi -on, uii ambi.ieux, cela est vrai, m lis l'est vous qui m'avez rendu tel ; c'e^t vous qui, en me refusant le liO. heur intiiic pour lequel je me sentais né, m'avez jeé d lis 'es wolente- distra-tions de la vie pu' l.que; et rêtidrzgiAce à mou ambitio.i,ca'VOus lui devez la paix que je voHsaccoid'. U- e f< is entré dans c nouveau chemin, je vous ai lais-ée lib e da s le vôtre. Cela e-t- 1 vr i, madame? V. us ai-j-- jamais derarj-îé couple de vos affc' lions? Ai-je che-ché à réprimer te b soin 'i'é^an tement sympathique que V'iire (oeiir éprouve à un d. gré si émineii? Ne me suis-je pss fait voioiiiairemeiit sourd e! ave ^'le'?Eii un m t, n'avez- V"us pas toi'.jiiurs trouvé en moi un ma i, j'ose le dire, exemp ai e?
Vous enr de Flamareil fit une (lawse pour a' tendre une réponse nais saTemme resta muette, le regard sombre et la tét baissée.
— 1 o:ir prix de ma belle f onduife, je vous demande une seule chose, reprit il avec i.ne ironie de plus en filus incisive rnecomiM'omet ez pas ma posi ion comme vous avez autre'os exposé ma vie ; j'ai pu me battre pour vous; mais ma longanimité n irait pa.s jusqu'à supporter patiemmeni une destitution dont vous seriez la cause.
— Je ne vous comprends pas , dit Eudoxie d'une vols faible.
— La chose e-t fort simple, cependant : si je ne suis pas député, avant trois mois i aurai perdu ma place. Je connais les intrigues qui se Iraiiienl ù ce su. et, et ,e s ils ipie mon successeuresi déj t désigné ; taudis qu une t'ois a la chambre, on a bes( in de moi, et l'on me garde. \ ohs voyez donc q^ie ma pi siliin, et par coiiséqueni la votre, dépendent de mon élection, qii, à son tour, dépend de monsie ir de Pomenars, Or, il vient de me déclarer (juil ne m appuierait pas si désormais vo^is apportiez un seul obstacle au mariage de monsieur de^Morna-. Co prenez-vuiis, maintena't?
— Enfant que je suis, se dit la l'erame de quarante ans, j'ai sonné Irop tôt. '
— Ou i.'a donné quatre jours p'ur p'-end e un parti; je vous accorde le èmeilélai. Si vi ndredi tout n'est pas teni.iné, j.e vous préviens que je n'attendrai pas mon remplacement : dans ce cas, jedinwnde ma retraite, et je vous emmène â Flamareil, oi'i nous habiterons dcsirmais. Si la pers ective d'une pareille existent e vous effraie, songez q'iil dépend (i« vous devousy soustraire. Voiie avenir est entre vos mains :û Paris, lineve libre etbril ante,' ubien iine vieillee Irisleraaisonau fondd uueg,irge des Pyrénées. Il i'au'.cho sir. Q antà moi, ïùi décis.on est irrévocable; vous savez que je cherche
DE BERNARD
fort peu à user enveis vous de mon autorité, ma's que, lorsque je veux une chose, il faut (jue cette i liose se fasse.
Monsieur (le Flamareil se tut, et resta un instant immobile; mais voyant que sa femme |iiMsistait dans sa morne attitude, et ne lui r pondat pas nit-nie par un regard, il sinoliua légèrement devant elle, l't suriit.
Si «ne pareille comparaison peut ('ire permise, aprfs le départ de son mari, lùidoxie se trouva dans la position de Napoléon, perdant ù Wa'erluo une bataille à demi gaguée. Lci liens nouveaux dont elle avait chargé le repentant Edouard, la ruse traîtresse qui l'avait déiiarrassée de son ancien adorateur, son triomphe récent sur monsieur de Pomenars, tous ces avantages remportés pied à i)icd, ;■» force d'esprit, de sang-froid et d'habileté, .s'anéantirent devant le manifeste inattendu d'une volonté (prclle savait immuable, comme s'cicignit l'étoile de Ttlmpereur devant le rayoniieffient latal des baïonnettes prussiennes.
— Tuez-moi! s'éiria-t-elle en se sentant vaincue; mais avant de pousser ce cri de désespoir, elle attendit que monsieur de Flamareil fût sorti de la chambre. — Oui, je l'aime, et aucune puissance humaine ne brisera cet amour; ainsi donc, par pitié, tuez-moi !
Alors elle pleura comme pleurent les femmes, ave(- profusion et sincérité ; elle retrouva dans son cicur toutes les angoisses ijui l'avaient déchiré dix ans auparavant. Peut-être même sa soulTrance lut-elle plus poignante qu'elle ne l'avait été alors, tara la torture présente vinrent se joindre les acres souvenirs du passé; et ce rapprochement n'eut rien de con- Bolaleur: jamais une cicatrice n'a guéri d une blessure.
De plus en plus abandonnée à ses Iristis r('llexions, elle accueillit tour-à-tour, elle si accompli^ en esprit de conduite, les plus extravagans projets que puisse méditer la passion malheureuse. Tantôt elle se faisait enlever par Kdouai-d et se sauvait avec lui en llalic; elle combinait d'avance les moindres détails de leur fuite, y compris les diamans, que les fennnes n'oublient guère en pareil cas. Ln moment après, elle se laissait conduire à IMamareil, mais Edouard l'y suivait déguisé en montagnard béarnais, et lii, au milieu d«s belles Pyrénées, connnencait pour eux une de ces existenecs pleines de danger et de mystère, dont la poésie aventureuse exerce tant (le séduction sur les imaginations romanesques. Mais bientôt la raison de la femme de quaiante ans chassa ces rtvurics dignes d'une pensionnaire.
— Ce sont là des chimères, se dit-eile entre dvux soupir.-, notre siéde pro.>aï(iue ne comprend plus ces nobles folies du twur. D'ailleurs pourquoi lutter et me débattre'? ai-je
donc tant de temp^ a soulfrir'/
Madame de riamareil se leva et s'approcha de la glace pla('ée sur la cheminée. En y voyant sa pâleur, ses traits altérés, ses yeux rougis par \c- larmes, elle se sentit malade, et peut-être y eul-il de la coinirtion dans la révélation inslautanée d'une souirraM(\' physi(pH; jus(iuc-l;'i imperceplibl.'. Alors elle se souvint de la gaslrile dont elle se croyait atteinie, c(jmme dix ans auparavant elle avait invo{iué à l'aide de son premier désespoir une maladie de poitrine également imaginaire.
— .Mourir! dit-elle en retombant languissamment sur son fauteuil! Oh! oui, mourir! on oublie tout dans la tombe.
Après celle maxime un peu liéié odoxt\ madame de Flamareil resta lon^temiis accoudée sur le iiiano, le front dans les deux mains, et ()leuranl sur sa destinée comme autrefois la lille de Jephlé, mais pas jiar le même motif.
Ce soir-là se donnait le bal de madame d'Alvimare. Malgré la lièvre dent elle croyait sentir le frisson, Eiidoxie voulut y aller dans l'espoir de renr(]nirer Edouard. Sa douleur ne lui Ht oublier auriin des soins minutieux qu'dle apjiortait toujours dans sa toilette; car, ainsi (|ue toutes les femmes, elle avait la coquetterie des anciens gladiateurs, et préten-
dait être belle même pour mourir. Mais le chagrin , qui glisse sur les visages de vingt ans en séchant du bout de l'aile les pleins qu'il y fait cou!er, laisse une empreinte moins indulgente aux fronts où ne brillent plus les premières llenrs de la j unes.-e. La pâleur cl l'air souffrant de madame de Flamareil fiir< ni remarqués dès son entrée dans le bal ; car le bruit du lutur mariage de nu nsieur de Mornac attirail sue elle latlentiim générale. L'émotion de dépit qu'elle ne put dissimuler à la vue d'ixlouard liguranlau milieu d'une contredanse, l'embarras inaccuulumé de son maintien lorsqu'il s'approcha pour la saluer, jusqu'au redoublement d'attentions que lui prodiguait diplomatiquement son mari, tout devint le texte de commentaires peu bienveillans. Grâce à ces ollicieux amis, qui ont toujours le caillou ;i la main pour \ous écraser sur la face les mouches bourdonnantes de la médisance, Eudoxie passa la nuit à recevoir, sous forme dti conseils affectueux (iU de condoléances sympathiques, le ricochet des épigrammes les plus impitoyables queliii dardaient a l'eiivi tous h s coins du salon ; car, sans en être requis et en vertu du droit de justice discrétionnaire, par leiiuel il châtie Souvent ses favoris, le monde, eu celle occasion, pre» nait unanimement le parti de l'amant de vingt-cinq ans eoH« tre la femme de quarante. Toutes les petites haines qu'avait pu soulever celle-( i dans sa carrière élégante, rancunes d(» rivales et mécomptes de son|)irar.s, se réveillèrent pour altU scr celte réprobation publiipie, toujours si prompte a s'en» flammer. Aux yeux des personnes graves, pour qui le mariage est chose saciée, la conduits de madame de Flamareil approcljait de l'endun-issemenl et de l'ininuMalité; d'autres, moins austères, se contentaient de dire que l'éducation d» Mornac avait duré assez longtemps, et (|u'il avait le droit dt réclamer son émanci|)ation ; enlin les jeunes femmes ne com« )irenaient pas (lu'à quarante ans on apportât dans ses senti» mens une ténacité que l'âge (ommenvait ;'i rendre ridicule; l'avis de tous, en un mot, était qu'en s' opposant au mariage de son amant, Eudoxie n'éloignait (pie pour peu de temps la Coupe d'amertume à laquelle sont condamnées les victimes d'un amour qui n'est plus partagé.
— C'est la femme abandonnée! telle était la sentence qui circulait de bouche en bouche.
Au milieu de toutes ces i)liysionomies hostiles dont plu» sieurs ne dissimulaient qu'A peine, sous le masque de Fur» banité-, leur-secrète moquerie, Eudoxie n'aperçut qu'un seul visige où se peignit l'aiixicté d'une véritable sympathie; c« fut celui de Léon de lioisgoiitier.
l-nliardi par ce rehaussement de soi-même qu'inspire totl« jours le voisinage d'un malheur ù consoler, l'aspirant d'amour ne quittait pas d'un long regard la dolente souverain» de ses jeunes |iensées; et, d'après l'inlerprétation héroique que les femmes donnent volontiers aux sentimens qu'elles inspirent, ce regard disait en langage de paladin ;
— Madame, un seul mot, un seul geste, et mon bras va vous venger des insolens qui vous outragent.
— Pauvre jeune homme! se dit madame de Flamareil, dont les yeux languissans ne se détournèrent pas toujours devant cette contemplation pleine do passion et de prière; — eceur noble et généreux! il m'aime, lui, j'en suis sûre; il devine que je souffre, il mourrait pour moi, tandis qu'Edouard...
Edouard dansait. Par une de ces iV'actioiis familières à son cara( tère, depuis quebpies jours il s'indignait contre les nouvelles chaiiies dont l'avait chargé le pardon d'Eudoxie, et, selon l'usage di's hommes indéiis, au lieu de tenter le sort d'une révolte, il exhalait son linmeHr hostile en puériles bravades, «l'.n voyant l'air de tristes.se peint sur les traits de madame de Flamareil, il s'était imposé pour le resie de la soirée une gaiié d'emprunt; vengeance frivole de sa faiblesse contre le joug (|u'il n'osait briser. Eudoxie se sentit frappée au cœur par ceite conduite ipii semblait s'associer à l'ironie générale, on qui, du moins, lui donnait un aliment nouveau. Lorsque Mornac vint la saluer, au lieu de s'abandonnera l'é« panchement douloureux dont elle éprouvait le besoin quelquet heures auparavant, elle lui dit froidement ces seuls mots :
— Demain, ù trois heures.
Ê l'n moment après, elle quitta le bal la mort dans l'âme,
LA. FEMME DK QVARAJSTE A^"S.
SI
«als k' sourire sur les livres. En passant devant un jroupe qui eni'orabrait la porte du premier salon, elle cnlendil ces paroles que monsieur de Pouienars prononçait d'uue vais ciaire el moqueuse ■
— gue voulez-vous ? les jeunes gens sont plus longs à se- >Ter que les enfans.
Le vieillard se vengeait de sa déionvenue du malin, et le titre de nourrisson donné a Edouard était une rijioste tardive à la qualilieaiion pairiareale dont il s'était vu lui-même allublé.fMadaiiie de Flamaieil le foudroya du plus niagnilii|ue regard que puisse darder Tœil d'une leni me outragée ; puis elle sortit leuttment du salon, imposant aux plus railleurs par une lière contenance de lionne blessée ([u'on n'ose frappe-r que dP loin.
— Si vous ne prenez pas un parti prompt et décisif, lui dit son mari lorsqu'ils furent montés en voiture, avant trois jours vous serez la fable de tout Paris. Eh quoi! vous ([ui.jele sais, me reirardcz comme un vieillard, quoique je n'aie que douze ans de plus que vous, ne vous éles-vous jamais aperçue que vous en aviez <iuînze de plus que lui /Si vous avez oublié de faire ce calcul, le monde le fait à votre place, je vous en préviens ; et si ce monde a parfois de l'indulgence pour les fautes auxquelles la jeunesse |)eut servir d'excuse, en revanche, il pardo.. ne rarement une faiblesse à la maturité.
Madame de Flaniareil ne répondit rien ; mais l'insomnie ijui suivit pour elle cette soirée de tortures vit commencer une de ces révolutions mystérieuses qui s'accomplissent parfois dans le cœur des femmes avec une surprenante rapidité.
En ce moment la femme de (luaraiile ans subissait une de ces souffrances coî5)plexes qui linissent par perdre en intensité ce qu'elles acquièrent en étendue, sorte de mosaïque douloureuse dont chaque fragment froisse une fibre de Vàme, mais qu'écaille la moindre résistance morale; car, ainsi que tout autre mobile, la douleur estsurtout puissante par l'unité de son action. Frappée à la fois par la société, par son mari, par l'homme qui était son amnnt et par celui qui l'avait été, Eûdoxie trouva contre la multiplicité de ces attaques uncoi:rage qu'tùt peut-être fait évaneuir une blessure unique; loin de se laisser accabler sous le nombre, elle imita Horace en divisant ses ennemis, et, plus habile encore, trouva moyen de les mettre aux prises i)0ur s'en débarrasser.
Au commandant Garnier, dont l'importune résurrection lut rappelait sa première faute, elle opposa d'abord la prescription de dix ans aussi péiemploire en amour qu'en droit civil. — J'étais si jeune! se dit-elle. ensuite; puis, pour en finir avec ce désagréable souvenir, el!e se réfugia en pansée sous la protection de son mari ; elle se rappe'a le duel dont Fourvières avait été le théitre; elle se dit qu'en punissant le séducteur, monsieur de Flamareil avait eniiérement effacé une tache qui avait déjà pour excuse riuexpérience, et que scia reproclicr davantage serait outrager la miséricorde conjugale; aîusi bl.inchic et purifiée, elle se sentit saisi d'un bel accès de reconnaissance pour son mari.
— Oui, se dit el'e, en me protégeant contre ce soldat sans 5me el sans distinction, monsieur de Flamareil a montré un caractère aussi noble qu'énergique. Un père ou un frèft n'auraiei.t pu faire davantage pour moi. Oh ! que n'est-il im effet mon père "u mon frère 1 Dieu sait que j'aurais voulu l'a'raer uniquement! Pourquoi faut-il que Kaustérité de son caractère, t'insociabilité de sou humeur, le peu de ressources de flOii esprit, à mou égarJ du moins, la disproportion de nos deux'^es, les travaux de sa place, les préoccupations absorb!(iites de Sun ambition et tant d'autres causes encore dont je «uis innocente, aient crée entre nous cette mésintelliê'ence qui 'ii'a dejù coilté tant de larmes! Le monde nous traite, nous riut.es i)auvrts femmes, avec une sévérité bien impitoyable, i es hommes cm mille m.oyens d'employer leur vie. La renommée, le pouvoir, la fortune, la gloire leur ouvrent auiaiit d.: routes, où ils peuvent marcher sans blâme et sans renii^rds ; mais nous, dont l'e\istence n'a qu'ua seul but, BOUS II avons pas mén;e 1; droit de l'atteindre. Entre le bonheur rt n.His, un m;:riage contrat, t- sans l'aYeu de notre cœur vient dr.'sser sa barriéie tyr tinique ; et si notre âme meurtrie se rév jUe un seul jour timtre la chaîne qu'elle a'a pas a«c<pl('c; si le. besoin de respirer la liberté, de vivifier nos
fcK SJÈfXE. — n.
r{ve«, d'être heureuses, d'être aimée.s enfin, nous eniraioe malgré nous vers la voie interdit/î ; si l'irrésistlhle instinct qui dit à la rose de fleurir, à l'hirondelle de \oler, nous apprend que la femme a des parfums comme la fleur et des ailes comme l'oiseau, uous sommes rriminelU s alors, et le moudt entier nous condamne! Est-ce juste, ô mon Dieu?
Madame de Flamareil joignit les mains, K-va les yeux mi plafond et se trouv:f en ce moment beaucoup iilus nullieureus« que coupable. Chaque fois qu'une femme a trébuché dans Vipre sentier du mariage, elle s'en prend ainsi au ciel d à la terre avant de se blimer elle-même ; elle accuse l'honrme qui l'a épousée, les parcns qui l'ont livrée, le prêtre qui l'a bénie, afin de pouvoir s'absoudre au milieu de celte culpjbilité générale. Se fùt-el:e mariée à trente ans, elle se pose en mineure dont on a extorqué le consentement ; eût-ele fait le voyage de Greina-Green, ellejusiilie .ses pérégrinations extra-eonju»aIes par une primordiale antipathie pour son mari. Eudoxie épuisa en sa faveur les attendrissans sophismes de cette dialectique féminine, tt finit par se dire pour conclusion que, mésaHiée, incomprise, délaissée, l'esprit condamiié à lennui et le cœur à l'isolement, elle avait eu plus que tautft autre !M;ut-êtie le droit de demander à l'amiur la félicité qug lui refusait 1 hymea.
Sa seconde faiblesse se trouva donc presque justifiée à ses propres yeux-, le spectre marital, qu'elle av;;it évoqué pour chasser le faut 'mie de Garnier, à son tour cessa de l'obséder et disparut t!e sa pensée en cédant la place :'» 1 image de Moriiac; mais cette dernière vision, si chère jusqu'alors, avait. perdu son charme accoutumé, et Licntêit eile parut, elle aussi plus importune que consolatrice.
L'amour iiardonne tout, l'am-ur-propre ne pardonne rien La récente conduite d'Edouard, sa gaité factice, sa glaciale légèreté avaient un caractère d'olTense prémtditée dont l'idée réveilla soudainement dans l'àuie de la femn e de quarant ans l'orgueil, ce lion qui ne dort jamais que d'un oil. Par un effet analogue à cette loi ph\si(iue qui veut qu'une douleur récente distraie d'une souffrance antérieure, et la guériss« p. ur ainsi dire en s'y substituait, les blessures de la vanité cicatrisèrent peu ù peu relic-s de la tendresse; l'ia placable ironie de la société versa sur ks plaies saijaiaiiies du cœur un caustique rendu plus efficace par son Scceié même; en songeant au rêde de femme délaissée qui lui était d'avance attribué, Eudoxie éprouva un sentiment d'inaignati' n contre Edouard, épargné, ou plutôt défendu par la médisauce qui s'acharnait sur elle.
— Il entendait comme moi, se dit elle, et cependant il était gai, il dansait, il semblait se f.iire un jeu de nîa peine; il mettait une sorte d'affectation à njipObCr à nia tristesse son air heureux et triomp'îant. S'il avait de rattachement pour moi, se conduirait il ainsi ? Egolsme et vanité, »oilà l'amour des hommes !
En formulant cette condamnation sans appel, Eudoxie n» s'apercevait pas qu'A ses cotés venaient de s'asseoir les. fléaux contre lesquels se révoltait son âme; couple ro\al qui gouverne le monde, car si l'éioisiiic est bomuië, la vanité est femme, et cesèîres odieux font ensemble un très bon ménage.
Madame de Flamareil avait toujours été de bonne foi dans ses sentimens ; abusée la première par son exaltuiir.ii, elle en avait calculé la durée d'aprè> Pi violence, prenant ainsi pour immuab'ece qui n'était qu"exa.éic. En voi.l.i;it mourir, dix ans auparavant, elle avait apporté dans ce vœii touti- la naïveté de la passion malheureuse ; mais le corps, ce tenace adorateur de la vie, s'était révolté cinUrs les fanèi)res désirs d« l'âme: sur lui le chagrin aviit coulé comme l'tuiie sur une belle statue de marbre, et le temps, de S'.n ouiïie railleur, avait finûpar sécher jusqu'an.\ .dernièivs perles de ce douloureux bapièuie ; enfin, au lieu du ir'pas. l'expi-rience était venue, et, quoique déf iv>,raU;:ment écuutée, pailait trop haut parfois pour être toujours méconnue.
Les peines du premier amour sont simples da'is leur amertume, car elles ne connaissent pas le.^ comparaisoH.s; l'âme s'y plonge avec le fanaiisme de. l'homme, qui s;; noie, sauA qu'une vo x ironique \ieniie. lui dire : — On ne trouve pasJa mort dans celte onde oîi lu veux périr; mais c.lui dont le cœur est blessé pour la seconila fais perd jusmt-'ft riilusioa
as
I>E BERNARD
qui croit le (iésesioir éternel ; en tombant dans l'abime, il fiibtingiie malgré lui celte lueur lointaine qu'aperçut Dante au fond de l'enfer et qui annonce le purgaloirr. ; il reconnaît ia porte pnr oli déjà il est sor(i de la filé dolente ; involontairement il s'atirisle en songeant qu'elle peut s'ouvrir encxiTZ, et ses jeux se mouillent de larmes, car il pressent «pi'un jour il ne pUurera plus.
Jl csldcsliomnifs (jui se tuent pour échapper à l'anipulation d'unireubre; il eu est de même qui préféreraient l'anéantjssementdc l'i'iiuc il sa niulilaiion ; mais le plus souvent la mort man pif; decondesceudame, et tel qui voudrait la tombe voit l'hOtel des invalides s'ouvrir devant ses béquilles.
En se trouvant pnsiue ciilnie après la nuit d'angoisses qu'elle venu t de j)»sscr, Eudoxir éprouva t<jul-ù-coup une torture nouvelle plus crutlle encore pour une femme que celle de l'amour malheureux.
— J ai djne bien vieilli, pensa-t-clle, car d'où me viendrait oc;te insensibilité soudain?? L'apathie que j'épruuvc n'est pas Hela rés':gii;itiûn, irais de la fatiyue. Autrefois de parei les • motions m'auiaiL'nt tué", elles me brisent aujourd'hui. Au lieu d'un coup de poignard, c'est une destruclion lente; je n'ai plu.s même l'énergie d'appeler la m.^rt, sans doute parce que je suis plus prés d'elle et qu'elle pourrait m'ente ndrc. Mourir lorsqu'on souffre, cela .serait trop doux! souffjiret vieillir, voila la vie. Lalleur qui s'effeuille doit envier le sort de celle qu'on arrache de sa tige. S'efTeuiller... vieillir....
Madame de Flamarcil se plaça devant la glace et s'y contempla longtemps en silence. Après avoir examiné, l'un après l'autre, les moindres déUiils de son visage, elle prit sur sa loilelte un petit miroir alin de se voir de prolil. Cette scrupuleu.se étude terminée, elle sojina pour appeler sa femme de chambre, et lit changer sa coiffure qui lui laissait les tempes trop i» découvert.
— Je ne suis p^s encore trap affreuse, se dii-ellc alors avec nn mélancolique sourire ; du moin» il parait que telle est l'opinion de monsieur de lioisgontier; mais il est temps que es lourmens continuels linissiMit, ma saule n'y résisterait pas.
Il est probable qu'en ce moment la maladie <le madame de Flaïuareil se présentait h elle sous la forme d'une ride. L'effet de cette vision fut foudroyant. Dés lors la femme souffranle cessa de penser A son amant pour ne s'occuper que <)'elle-méinp.
A l'heure où Mornac se présenta chez elle, Eudoxie avait parcouru jusipi'au bout cctie roule de désenchantement que les esprits forts nomment la scieuce de la vie, ct(iui mène les '•œurs Chlhoiisiasîes au calvaire de la réalité. Les illusions auxquelles se tenait cramponnée son .'inie avec l'énergie particulière aux femmes de son l'ige, s'éiaicnt successivement envolées, en la laissant moins désolée qu'elle ne l'eût imaginé d'abord. Les paroles de monsieur de Pomenars bourdonnaient sans cesse à sen oreille.
— S'il ne ce marie pas aujourd'hui, il le fera demain. Cette vérité, repoussée naguère par sa tendresse, fut enfin
admise par sa raison. Ivlairée par les léoens mécomptes de son amoui' propre, elle osa interpréter les cliaiigemens survenus depuis quel(|Uft temps duns la conduite de Mornac; elle devina, révélatinn cruelle, la cause de riuimeur irritable, des irrésolutions capiicieuses, de l'esprit de révolte, et des retours paihéiiques qu'tlle avait souvent remarqués en lui. Elle comprit eiiiiii (|u'elle ne devait plus qu'.*! un sentiment «le générosité la coiiliiiuitô d'une liaison scellée jusqu'alors par unet endressemulU' Ile. A l'idée de cette aum(Jne d'amour, un froid subit lui glaçi le eonir; mais son orgueil révolté lui rendit à la fois la force el l'énergie.
— Je ne veux point de s;i pitié, se dit-elle; lui ai-je donc donné un pareil droit de vanité? Sans doute il se ligure quu -son maria;sc ferait ma mort, et, par compassion, il ne veut pas qU'S je meure 1
m fier sourire effleura les lèvres d'Eudoxie •, en ce moment fille se trouva guérie de sa gastrite, et presque de son amour. Ele ne songea plus à mourir : elle voulut vivre au contraire ; vivre pour être belle, pour être jeune tonjours; peut-être, car qui sait quel rêve peut faire l'imagination d'une femme ofl'ensée? peut-être pour être aimi^e encore.
Mad^m* d« Flaaureil reçut Edouard avec une froideur
ca'me, sous laquelle te cachaient l'observation pénétrante d'un esprit désabusé, et la résolution d'un cœur affermi qui va au devant du calice.
— Tout le monde s'entretenait hier de votre mariage, lui dit-elle; je suis étonnée ([ue vous ne m'en ayez pas encore parlé ; dois je donc n'en être instruite que parla lettre de .faire part ?
— Vous savez bien qu'il est impossible que je me marie, répondit le jeune homme qui rougit d'émotion devant uue attaque si directe.
— Impossible 1 et pourquoi? reprit-elle en jouant l'élouHement.
— Parce que je vous amie, balbutia Mornac, plus décontenancé par cette tranquillité inailendue, qu'il n'eût été troublé par une scène de jalousie ou de larmes.
Madame de Flamareil se peiulia rapidement, lui prit les mains, et, fixant sur lui deux yeux étincelans :
— Tu m'aimes? dit-elle ; répète-le moi.
Surpris par ce regard dont il se sentit pénétré comme par un fluide électrique, Mornac resta muet. Dans le premier moment il ne trouva pas dans son cœur un seul accent de vérité pour convaincre Eudoxie, ni dans son imagination un seul mensonge pour l'abuser. I.orsiiu'il sortit de sa slu|)eur, il essaya (luelques-unes de ces protestations banales qui ne manquent jamais aux amans, mais (ju'il eut besoin de chercher. Il ét;iit trop tard; l'épreuve était faite. Madame de Flamarei! avait lu dans ces yeux, si passionnes autrefois, si decouragcans aujourd'hui, l'avenir réservé à sa ttndresse. Laissant retomber les mains qu'elle avait vainement interrogées par une étreinte éloquente, elle se leva et s'a|)procha de la fenclre ; i\ travers la vitre où elle avait appuyé son front brûlant, elle aperçut bientoi le petit Uoisgonlier montant sur le boulevard sa faction accoutumée, et dont le regard, en se levant veis elle , sembla mettre à ses pieds le tribut d'amour qu'I'idouard venait de lui refuser. En la rassurant sur le pouvoir de sa beauté, cette vue contribua peut être à sa détermination soudjinc
— Être abandonnée tôt ou tard, ou rompre la première ! se dit-elle en s'cnfermant dans ce dilemme comme dans le cercle de Pupilius. Or, (|uelle femme, maîtresse de choisir, se fût résignée à sortir du coté de l'ahaiidon ?
Eudoxie laissa retomber le rideau, traversa le parloir d'un pas rapide et sonua.
— ^ ous me permettez de ne pas vous retenir, dit-elle, il faut que je sorte, et je vais m'habiiler. A olre onde est riclie ; niademoiselle de Passerot l'est aussi •, c'est une bonne afi'aire que vous ferez l.'>,el je vous conseille de ne pus la man(|uer.
Stupéfait de celle conclusion, Mornac se précii>ila pour reprendre la main ipTil n'avait pas retenue, et ijui lui fui rendue avec une indiliVrenie plus mortifiunte qu'un refus. L'entrée de la femme de chambre suspendit une scène que lui seul désormais chcichait ;i faire lourncr au pathétique ; conlraint de se retirer, il sort't triste, amouieux, et en ira plorant du regard un pardon qu'il ne devait plus obtenir.
Pendatit deux jouis, niadanie de l'iamarcil, dont la porte resta fermée pour tout le monde, s'afrermit dans une résolulion qui lui coûta encore plus d'une larme, mais (|ue son orgueil lui donna 'a force d'accomplir. Le iroisième jour, quand son mari vint lui demander, d'un air soui ieux et sombre, quelle réponse il devait faire à monsieur de Pomenars, elle affecta la distraction d'une personne à qui l'on parle d'une chose parfaitement indifiérente.
— L'autre jour, dil-elle, vous avez profité de ma migraine pour me lourmenler beaucoup, je ne sais trop à quel propos. Pourquoi pensez-vous que je veuille m'opposer à vos désirs? Je cherchais il arranger pour mon cousin un mariage convenable ; cela contrarie vos projets, n'en parlons plus ;j'ai déjà écrit à d'Alignier de rester à Marseille. Quant a monsieur de Mornac, qu'il se marie ou ne se marie pas, que m'importe ?
Monsieur de Flamareil sourit silencieusement comme pour protester de son incrédulité; mais ayant obtenu ce qu'il désirait, il n'était pas homme à engager une de ces polémiques conjugales dont les maris sortent rarement victorieux.
— Vous m'avez menacée d'une manière assez barbare d« m'enferœer à Flamarcil, reprit Eudoxie; loin de ni'effrayer
Ul femme de quarante a.^.
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eetoyage me iilatlel je le demande comme une faveur. Je me »ens plus souffrante depuis ([uelque temps, et j'espère que le changement d'air me fera du bien : d'ailleurs je serai là près de Baréges, dont les eaux me sont ordonnt^es.
Monsieur de Fiamareil aiqmesva, par un second sourire, J celte proposition, dans laiiueilc il crut deviner un plan de retraite momentanée, dicté par la ri^signation et la prudence; puis il SOI lit pour aller sommer nieiisieur de Pomenars de lenir sa promesse.
Le maidi suivant, Eudoxie. qui avait refusi^ de recevoir les Tisites d'iidouard et laissé sans réponse les lettres qu'il lui avait écrites, partit pour les Pyrénées, accompagnée de mistriss Lawington, son chaperon habituel; quelques jours après, monsieur de Fiamareil fut nommé député à Périgueux ; enfin, deux mois plus tard, Mornac, soumis à la volonté de son oncle dont lien ne balançait plus l'indueuce, épousa, dans i'église de Saint-Germain- ri'.'s-Prés, mademoiselle Loi Je de Passerot.
A la fin du mois de juillet, madame de Lordes, qui avait pris une part active à la conihision de ce mariage, donnait une soirée pour le fêter, à sa maison de campagne d'Anleuii; monsieur de Pomenars y montrait l'humeur allègre d'un homme qui a mené ii bon port une négociation difficile, et qui rajeunit à l'idée de devrnir grand oncle. Sur le point de repatlir pour Alger, sans avoir concjuis l'ombre d'une marquise ou d'une dudu'sse, le comniandaiit Garnier se promenait en laissant tomber sur toutes les femmes le regard aigre-doux qui lui était devenu habituel depuis la chute de l'étoile d'Élise. Appuyée presque continuellcaienl sur le bras de sa mère, par une timidité de débutante, madame de Mornac brillait du triple éclat de sa jeunesse, de sa fraîche beauté, et d'une de ces toilettes fastueuses, si chères aux nouvelles mariées dont le goût n'est pas encore formé. Au milieu de ranimati<in générale, i;douard seul paraissait triste et soucieux; il errait niélancoliquemeiil des salons aux jardins. A la tin il selaissa tomber sur une causeuse à côté de son nouveau cousin.
— Quel détestable orchestre et quelle soirée insipide! s'éeria-t-il d'un ton ennuyé.
— Vous voyez tout en jaune, parce que vous-même avez la jaunisse, répondit le chef d'escadron; savez-vous bien que vous êtes cruellement maussade depuis quelques jo'ïrs, et qu'à la place de Loïde, j'aurais pour vous moins d'indulgence qu'elle ne vous en témoigne.
— Oui, Loïde est la meilleure des femmes, et je suis trop heureux de l'avoir épousée, reprit Edouard d'un Ion funèb-e; mais aujourd'hui je suis en proie à une mélancolie contre laquelle je cherche vainement à me débattre. Je le sens, mon pauvre Garnier, je suis plus vicjx que mon âge; je partage le sort de tous ceux <jul ont beaucoup vécu en peu de temps.
— Patlios romantique , dit le coniraandant en s'étendant 6-ur la causeuse.
— Vous ne pouvez pas comprendre cela, et Je vous envie votre lieureux caractère. Vous autres militaires changez d'amour comme de garnison...
— Garnison' jevous ai déj^ dit que ce niot-lh me déplaisait.
— Mais moi, reprit Mornac sans faire attention au mécontentement de son interlocuteur, je ne sais pas briser eu riant la coupe où je me suis enivré.
— Ne la bris( z pas ; mais vcr.?ez-y d'autre vin
— Je n'ai plus soif, dit le jeune homme d'un ton lamentable.
— Vous pouvez vous flatter d'être amusant comme un Animais.
— Pr.rdonncz-moi ; il est dans la vie des Jours qui poilent en eu.x une insurmontable tristesse, et aujourd'hui est un de ces jours-li ; aujourd'hui, ÏLéodule, est pour moi un anniversaire oacré.
— Allez-vous encore retomber dans vos aberrations romanesques? s'écria Garnier, qui, depuis la déception que lui avait fait éprouver la résurrection d'Élise, professait en fait de sentiment l'athéisme le plus féroce; — l'anniversaire de quoi ? d'Austeilitz ou de Friedland?
— L'anniveisaire du jour où je l'ai vue pour la première fois, répondit Mornac eu poussant un soupir.
Le coinmandant se mordit les moustaches poursecontraind«, tant il se sentait disposa ù ùir» à son compagnon uc*
confidence propre h le culbulter de l'empinie aussi brusquement que lui-même s'en étailvu précipité.
— 11 y a six ans de cela; c'était aux Tuileries, dans l'all-'e Jes Feuillans, reprit le nouveau marie d'un ton éUigiaque; et maintenant, sa>ez-vous oh elle est pendant que je dans»' ici? — Elle est aux eaux de Hareges, oU l'a conduite sa saiiù détruite à jamais.— Aux eaux de Bareges ! malade! monranle peut-être!
Garnier haussa les épaules avec une colère naissante.
— Je vou:^ ferai observer, di!-il, f que vous ne dansez pas, ce que votre femme ne trouve pas, je crois, excessivement aimable; 2" que la personne dont vous parlez se porte, j'en suis sûr, aussi bien que vous ou moi. Je parie, si \-ous voulez, quatre vingt mille francs du coté de sa santé; c'e.>t tout ce que je possède, et je ne serais pas fâche de doubler nicii capital. Tenez-vous le pari? 11 y a ici une personne en état de le juger : c'est monsieur de Boisgoutier, ([ui tsl arrive ces jours derniers de Baréges.
En ce moment, le jeune homme dont l'oaicier de chasseurs invoquait le témoignage se Kiontra à l'autre bout du salou comme une apparition docile au magicien qui la conjure. Depuis son retour des Pyrénées, le petit Boisgoutier avait pris l'air sérieux, important et discret d'un homme récemment initié à des mystèrss surhumains; il marchait d'un [«s solennel, regardant'hommes et femmes du haut en bas et portant la léte à la manière de Saint-Just. En passant devant les deux cousins, il sourit avec une ineffable supériorité et jeta à .Mornac un salut aussi leste que celui qu'il en avait reçu sur le boulevard de la Madeleine; en un mol, il lui rendit, comme disent les Anglais, un Roland pour un Olivier.
— nue veut ce drùle? a-t-il envie que j'aille lui couper les oreilles? s'écria Edouard en se levant; mais ses jambes Iléihirent subitement, et il retomba sur la causeuse à la vûixdu domestique qui annonçait a la porte du salou ;
— Madame de Fiamareil !
Conduite par son mari, qui semblait redoubler d'attentions pour elle; mise avec l'élégance simple et noble dont la coquetterie la plus raffinée possède seule le secret ; plus belle, plus séduisante, mieux portante que jamais; offrant, en un mot, sur toute sa personne une sorte de rajeuni-sseisent merveilleux propre à donner aux eaux de Baréges le renom de la fontaine de Jouvence, Eudoxie s'avança d'an pas lent, accueillit gracieusement les empressemens dont elle devint l'objet', et prit possession du salon pour ain:i dire avec la majestueuse aisance d'une reine qui monte à son trùne. Elle prévint madame de Passerot en allant la saluer, complimenta Loïde sur son mariage de l'air le plus naturel, échangea quelques mots d'une exi(uise ironie avec monsieur de Pomenars. qui, ne pouvai.t bouder tant d'esprit et tant de caracti-re, était ac.'ouru des premiers papillonner autour d'elle; enfin, venant à passer devant la causeuse où Garnier et l\îornac demeuraient assis dans une sorte dabrutissemont farouc'ne, elle laissa tomber sur eux un regard, un seul re-;ard pour eux deux, mais un regard si calme, si froid, si distrait, si chargé d'indifférence et d'oubli, que les deux hommes se sentirent oppressés comme si le couvercle d'un cercueil se lût appesanti sur leurs fronts.
Au moment où madame de Fiamareil était entrée d;ins le salon, Léon de Boisgonfier en était sorti par uuî autre porte. Cette manoi-uvre fut remarquée par monsieur de Pomenars, dont l'œil de lynx ne laissait rien échapper et qui senîait déjà sa curiosité étrangement éveillée par la béatitude inexplicable empreinte sur les traits de la femme de quaranlo ans.
— Voici qui est étrange, se dit-il ; ce petit bonhomme e.-^t devenu tout-ît-coup bien discret, lui qui ne pouvait autrefois lui adresser la parole sans rougir jusqu'aux oreilles, lui qu'on était sûr de rencontrer successivement dans tous les m'ws de salons, les yeux béans, fixés sur elle, et la face effarée comme le museau d'un faquir en extase! 11 faut éclaircir cela.
Le vieillard s'approcha de Garnier et lui dit à demi-voix :
— Venez faire jaser le petit Boisgoutier; Je crois que c'est lui qui a recueilli la succession de votre voisin.
Le chef d'escadron se leva d'un bond, éleelrisé par cftie |j)siûiiat4«jQ BwtkiavéJiqHe, car ce qu'il déwait te p4^*s sa
DE BEELNARD.
iBonde éiail d'avoir pour compagnon d'infortune celui (ju'il avait eu pour hrrilier en h.onhtur.
Les deux liommes Irousèrcnl Boisgonlier sur If. balcon de ia salle de billard, les bras croisés sur ia balustrade, les yeux l^és vers le liel, dont une large lone éloiUe servait de plafond aux jardius de la villa.
— (;.jmmeiit, jeune homme, nous ne danson» pa»7 lui dit le petit vieillard en interrompant «ans pille celle seulinientale wcditatiuii; — il il y a là une fuule de demoiselles qui font tapisserie!
— Je ne danse i)lns, monsieur, »'l je n'ai nulle envie de me uiaxier, repondit le p-iii bois^unlier d'un air grave.
— \ ous prcR'ii'z, je le vois, la contcinplation des étoiles à la conversation dt s femmes. Je ne s.ii- pas si c'est là le chemin du ciel, mais ce n'est pas le moyen d'aller fort loin sur la terre.
— Je n'ai pas l'ambition d'aller plus loin qu'où je suis; ijuant aux étoiles, je vous avouerai que je les aime beaucoup.
— C'est un aincur fort innocent, pccsa monsieur de Poroeuars. Allons, j'ai fait trop d'honneur à cet agneau,
Il tète encor sa inére.
— Ah ! vous aimez les étoiles ! s'écria le commandant avec la soudaineté d'un cheval qui licnnit; mais il y a étoiles et étoiles. El d'abord, les aimez vous toutes, ou n'en aimez-vous iju'unr?
— Toutes, ce serait beaucoup, reprit Boisgonlier avec l'accent de moipierie par lequel les esprits exaltés cherchent a garantii- leur entliousiasme des profanations du vulgaire ; — une seule étoile doit suffire à l'homme, puisqu'un seul Dieu suffit au monde.
— Teste! quelle poésie! Est-ce lire d'une strophe de Victor Hugo? demanda monsieur rie l'oraenars, qui, ne comprenant rien aux rei,'arils d'intelligence du chef d'escadron, trouvait que l'enquête ne marchais pas très vite.
— Victor Hujïo! un j;rand poète! un très grand poêle assurément! et j'ai été longtemps son admirateur enthousiasîe. Mais, aujourd'hui, je lui piél'ére Laïuariine : Lamartine est In poèlc du cœur, répondit le petit Doisgontier d'un Ion dogrtiatique.
Garnier laissa passer entre ses longues moustaches un .sifllement sourd , puis, sans en demander davantage, il tourni le dos à ses interlo.nteurs, surpris d'un départ si brusque, et, se laïU'anl A travers la foule comme un ccif volant, vint s'abattre sur la causeuse où Mornac était resté assis dans l'imniobililé d'un sphynx égyptien.
— Erùrc, lui dit-il, donnez-moi la main , et sortez de votre humeur noire : les femmes ne méritent pas i|u'on m:ùgrisse pour elles; j'ai fait ce nn-lier-là trop longtemps. Allons, morbleu! secouez-vous et buvez ce venc de punch. Je vous dis que nouséiion'. frères avant d'être cousins; eomprem^z-voiis'?
— Pas le moins du monde, repondit IklouarJ en repoussant leveire.
— Et en ce moment nous avons un frère cadet, qui vous a layé ce que je vous devais. Conipronez-vous?
— l'as davantage.
— Eli bien ! puisqu'il faut parler clairement, je m'appelle 1-un i, vous vous appelez ?1ar(li et le petit Hoisgonlier s'ap pelle ^'erlredi : comprenez-vous':' saciebleu!
— Je compien Is qu(^ le nègiede Ivobinson s'appelait Vendredi ; (|iielle histoire saugrenue me eonle/.-vo'.is la?
— Vous poiuiz vous llalter d'a>oir la léie linK; je vous dis, puisqu'il faut tout vous expliquer...
Garnier uJa son verre de punch d'un trait, et se pencha i l'oreille d Kdou.ird.
— Je vous dis qu'Klisfi et Eudoxie sont la même femme, cl que le Uoisgoulier est notre successeur à tous deux. Cette fois,. si vous ne comprenez pas...'
— C'est faux ! s'icri.i Mornac, en s'idançant de la eau^'Uisc
— Tout beau, Cousin! reprit l'officier en lui serrant vigoureuseraenl la mdin; je n'ai pas envie de m'aligcef avet;
vous. D'ailleurs, ma profession de foi est connue; je ne me battrais pas pour une femme, fùl-elle impératrice! J'ai toujours remarqué que cela portait malheur : témoin, mon duel avcc le mari de celle...
— Garnier...
— Il parait qu'il s'est formé depuis celte époque et qnfl est miiius féro(-e A Pat is (|u'à Lyon. Alloua, de la philosophie el preoc/. exemple sur nous deux. Vous m'aviez bien rempla- < é, pourquoi î!onc un autre ne vous supplanleiait-il pas'* Oui, mon cher, c'est ce petit blanc-brc de lioisgontier (jui est de semaine aujourd'hui. 11 ne danse jilus : de mon temps c'était déjà la con.sigu:'-. on l'a mis, comme nous, au ri.^gime de Lamartine, et enti>i il a aussi son étoile dans je ne sais quel coin du ciel.
Edouard, qui était devenu fort p:ile pendant cette foudroyante révélation, chancela, el il serait touibé si son onde ne se fût trouvé derrière lui pour le soutenir.
— Qu'as tu donc? lui deniaiula le vicHlaid.
— Uien ; c'est l'aU'aire de cinq minutes, répondit Garnier ; vous sentez une espèce d'étranglement, n'est-ce pas? eontinua-l-il en s'adressanl au jeune homme; je sais ce que c'est. Buvez ce verre de siroj).
Tandis (pia Mornac buvait aver la docilité d'un malade, le lommaiulanl lai'onta brièvement la trilogie d'espèce nouvelle dont madame de Flamareil était l'héroine. ^ionsieurde l'omenars écouta ce récit, sans témoigner une très grande surprise, avci; un sourire indulgent et moqueur; mais 1 indulgence était pour la fi'mnie de quarante ans, la moijuerie pour ses adorateurs dcappuintés. Depuis le mariage de s(m neveu, le vieillard s'était menlalenk-nt réconcilie avec l'.udoxie, pour latiuelle il avait touj.jurs éprouvé cette sorte de sympathie ((u'insiiire l'esprit à l'esprit, t
— Nous avez tort, dit-il en imposant silence au commandant, dont le langage prenait vers le dénoùment de son histoire une allure peu respedueuse pour l'héroine; — (pie lui reprochez-vous? de vous avoir oubliés? mais vous, lui avezvous été tidèles? De n'être |)as morte pour vous? mais êlesvous morts pour elle? Ejlce celte comidication d'étoiles qui vous olfeuse? songez qu'il y a bien des étoiles là-liaut, el qu'on doit savoir gré à un co-ur tendre de n'être allé i|Be jusqu'à trois. Je vous dis, înoi, (pie c'est là une femme très aimable, très spiiiiuelle, très distinguée, el (jui ine rappelle loiil-à l'ail celle rose de la fable persane, dont le paii'um se loniiiiuiiiiiue a tout ce (pii eu approelie. Le petit In.isgonlicr a déjà beaucoup gagné depuis son retour de ilaréges. C'est (le la reconnaissance ipie vous lui devez tous et non une rancune brutale. Oui, certes, c'est une femme pleine de grâce ainsi que de mérite, et ji; la considère fort ; il est impossible de mieux comprendre la vie qu'elle ne le l'ail, eljc suis sur qu'elle iia ainsi jusi|u'à la lin, rattachant courageusemenJ. cbatiue til qui se brise, se modiliant selon la néei ssiié, snuniise à toutes les lois nouvelles i(ue les progrès de l'âge lui imposeront encore. Aujourd'hui elle s'adonne à l'enseignement; que peut faire de mieux une fenime de (piaranle ans':' Plus lard elle s'appliquera à la religion et nous la venons d.iii e de charité eu t.SKî. Chai mante femme! je vous le répète! .Si je n'avais qiK^ ciiuiuiiiile ans, moi qui vous parle,}* vous lure que Je ferais tous mes crùrls pour gagner aussi mon étoile.
— Dans ce cas, observa Garnier, nous pounions faire làbaui une partie do quatre coins; mais (pii meltiiuus-nous au milieu?
— Parbleu, H mariio, répondit le vieillard.
— In l.'iche qui ne la tue pas! dit .Mornac avec une indignation lugubie.
— Us nn borame d'esprit, reprit monsieur de Pomenars en riant, un I omme rie l)eau,:oup d'esprit, qui .se réveillera un de l'es jours pair ou ministre, par la gr'ice de sa femme, 1 1 ipii ne si-ra pas assez enfant pour s'écrier arec Chaleajibriand :
l'n U«jne ne console pas.
rns DE LA ruijis de <jv.vràstr ass, '
^ri^iïic ^miii»
.E YICOMÏE DE BEZIERS.
I^ivte preiBsler.