‹ Le siècleChapitre 5 sur 62 · LE H ARCHE · texte numérisé non relu

LE H ARCHE

Dans une salle hauîe du r hâteaa de Caicas^onne étaient, réunis trois hommes, dont le silence était assurément la suite «Tune violcBle discussion.

I^ plus âgé, qui avait près de cinquante ans, était assis sflr un large fauteuil en racine d'ulivier, inégalement sculpté; car l'un des pieds de devant représentait un gros serpent TOulé en spirale, et l'autre une sainte Vierge avec une socle do couronne carrée. Cet homme était vêtu dune longue rohe de serge brune, serrée à la taille par une ceinture de cuira laquelle pendait une épée large et haute et un poignard court et étr»it. Il tenait ses regards sévèrement attachés sur un jeune homme de vingt-quatre ans tout au plus, assis comme lui, mais sur une pile de coussins, et qui, le menton dans le «eux de ses mains, tordant sa moustache Llonde du bout de ses doigts, et les yeux fixés ;i terre, sembhit dévorer s,i eolftre.

L'aspect de cette chambre présentait le singulier contraste de la rusticité des Gotlis et de la mollesse orientale. En effet, die n'était autre chose qu'une de ces salies octogones si communes dans les consfruitions de cette époque. Chacun de ses dites était marqué par un pilier fi arêtes tranchantes surmonté d'uu chapiteau d'cii partait le cintre en <i;givequi soutenait !a voûte. 11 n'y avait (\\k deux ouvertures à cette salle; une porte qui donnait sur une pièce également octogone, et en face une fenêtre profonde de toute l'épaisseur du mur extérieur, flui n'avait pas moins de huit à muf pieds.

Le jour qui pénétrait par celte fenêtre arrivait donc comme tm rayon vivement tri;R.-l:é, et séparait, pourainsi dire, l'obscurit' en deux. 11 laissait alors dans l'ombre les deux hommes dont nous venons de parler, l'un sur son fauteuil, l'autre sur ses coussins, et tombait d'aplomb sur un troisième personnage dont limmobililé avait un caraftcrepartieuiier d'indl5f«Bce. Celui-ci était debout à l'tntrée de la porte, les Près

croisés sur sa poitrine. Sa peau, d'un noir jaune et luisant, et ses larges bracelets d'or rivés à ses bra's, annonçKiient que c'était un de ces esclaves que les croisades avaient amenés en Carcassez, à la suite des nobles de ce pays qui avaient été coiiibattre dans la Terre-Sainte. Ses yeux étin'celans, fixés devant lui, étaient immobiles comme son corps, et son regard éiait si insensible et si perdu, que l'on peut dire que, s'il voyait quelque chose, à coup siV il ne regaîdait rien.

Du reste, l'ameublement aussi bien que ceite ligure étrangère attestait l'introduction , alors très commune, du luxe d Orient parmi les rusticités du vieux marquisst de Gothie. Des lapis venus de Tripoli ou de Pise couvraient le m\ et é'aient cloués aux murs; et, pour que toutes les époques de 1 histoire de celte beile province, aujourd'hui françai.-e, fussent représentées dans ce petit espace, on remarquait dans un con un trépied il'or massif du modèle antique le plus pur, et qui remontait au temps de cette riche Xarbounaise dont Rome étiit si fière.

Le silence régnait encore, lorsque le jeune homme, las de tordre ses moustaches et de compter de l'œil les bigarrures de ses tapis, releva la tête et rencontra le regard sévère de son vieux compagnon. 11 parut blessé de cette invesligation de jsa peusée, exercée sur les mouvemens de sa ligure, et il se lera (ièrement en disant d'une voix plutôt irritée que résolue :

— Je te dis, Saissac, qu'il me faut cet argent.

— Invente donc un moyen d'en fabriquer, répondit celiîrici, car les produits de tes mines deMll^magnesont absorbés jusqu'à la Nativité, et, si je ne me tiompe, c'était Pâques il y a un mois -, le juif Bonnet tient dans ses mains le revenu de les meilleures terres pour gage de son dernier prétf et je ne p(n<e pas que tu espères faire payer deux fois à nobles, bourgeois ou serfs le droit de quesie pour le maintien de la paix que tu as signée avec ton oncle de Toulouse.

— Je n'ai pas l'habitude d'exactions ni de violence enTers mes hommes, chevaliers, bourgeois ou serfs, répondit aigrement le jeune homme, et s'il faut que quelqu'un bcU déf ouillj ec cette circonslacc*, ce sera mo'k

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