‹ Le siècle de la renaissanceChapitre 22 sur 51 · DE LJ RI · texte numérisé non relu

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issait au dernier moment de provoquer un coup I - Bourbon-Châtil Ion furent-ils au courant? Il est pj I qu'ils ont eu connaissance de la démarche, mais ils n'ont dû rien savoir du projet d'attentat Au fond, l'affaire étail mal engagée, d'une manière indécise, avec trop de secret el pas assez, trop de monde à la fois et insuffisamment, des imprévoyances puériles et des prévisions naïves. Les conjurés auraient pu se douter que jamais le gouvernement n'admettrait près du roi une tello troupe d'hommes arm es arrivant à l'improviste, d'une façon menaçante, le roi étant toujours entouré de ses gardes et bien défendUi.

Les Guises furent mis au courant de l'aventure et de ses détails les plus précis par un des amis de la Renaudie, un avocat protestant de Paris nommé des Avenelles, auquel le conspirateur s'en était ouvert et qui avait été effrayé d'être le dépositaire d'un secret pour lequel il serait criminellement poursuivi s'il ne le révélait pas. Etant donné le caractère des Lorraine, la nouvelle provoqua chez eux une colère furieuse. Les suites allaient cruellement s'en Caire sentir.

Le château de Blois étant trop ouvert et pas assez isolé pour être bien mis à l'abri, les Guises décidèrent de transférer brusquement la cour à Amboise, place plus escarpée, entourée de hauts murs, facile à garder. Ce changement dérangeait les combinaisons des conjurés. La Renaudie reporta la date du rendez-vous du 10 au 16, non

LE WUME PROTESTANT. — FRANÇOI8 II 485

plus à Blois, mais à Am boise. Alors le gouvernement avec rapidité et vigueur. Des partis de cavalerie n l'ordre de battre immédiatement les bois environnant Àmboise, aussi loin que possible et de ramasser tous les individus qu'ils rencontreraient. Les conjurés arrivaient un par un, à la file, ou par petits groupes; ils furent a cueiflis sans se douter de ce qui se passait. Les uns, ayant la conscience tranquille, ne résistèrent pas ; les autres, mettant le pistolet au poing, furent attaqués et taillés en pièces; quelques-uns purent s'enfuir; un certain nombre, prévenu à temps, se sauva : ce fut comme un piège où les malheureux vinrent se faire prendre. Le matin du '20 m la Renaudie, assez inquiet, cheminait à travers la forêt de Château-Renaud lorsqu'il se trouva en présence dune troupe de cavaliers commandée par M. de Pardaillan. « Qui vive! cria Pardaillan. — Liberté! » fit l'autre. Pardaillan reprit : « Vive le roi ! » et, fonçant sur la Renaudie, lui tira un coup de pistolet qui le manqua. Alors, d'un coup d'estoc la Renaudie planta son travers le corps de Pardaillan qu'il tua; mais à ce moment, un des hommes de celui-ci s'approchant lui détachait à bout portant dans la tète un coup de pistolet qui ['étendait rai de mort. Le chef de la conjuration disparaissait avant même que celle-ci eût pris corps. « Jamais, dit Calvin, entreprise ne fut plus mal conçue, ni plus stupidement exé< niée ! »

La nouvelle de cette conspiration provoqua une émotion énorme. Les Guises la représentèrent comme un complot ourdi contre la majesté royale, machiné par les hérétiques, un attentat infâme, un crime sans nom ! Leur indignation était sincère, moins en raison du prétendu complot contre le roi François II, qu'à cause du danger qu'ils avaient cornu eux-mêmes. Ils finirent par croire que ce danger avait plus réel et plus menaçant qu'au premier abord ils ne l'étaient imaginé; la réaction amena une série de m inexorables. François de Guise commença par se faire nommer lieutenant général du royaume, ce qui lui donnait

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une autorité nouvelle bon paif ei lui toumettail lei

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atombe sans pitié et sans merci Las pi conçurenl d'autant plus d'indignation que la culpabilité victimes, en somme, n'était pas très sûre, en tout beaucoup, minime : ils dirent que I<j> Guises se VOO| d'avoir eu peur. Pour achever, les Lorrains eurent le coui de faire pendre les corps de la Henaudie et dos princi] conjurés aux balcons mêmes du logis royal d'Amboise, du côté du fleuve. Ce fut un spectacle lamentable que celui de tous ces cadavres de gentilshommi >s se balançant, dess sur la façade d'Amboise, en vue du grand pont de la Loire. Jean d'Aubigné passant près de là avec son fils Agrippa, le futur écrivain, alors âgé de huit ans et demi, disait à celui ci en lui montrant le sinistre chapelet : « R enfant, regarde bien : il ne faut pas que ta tète soit éj gnée, après la mienne, pour venger ces chefs pleins d'honneur! Si tu t'y épargnes, tu auras ma malédiction . et Agrippa d'Aubigné avait gardé l'impression ineffaçable de la lugubre scène de ce tableau de pendus et de l'émotion intense de son père venant lui faire jurer de venger le sang a des martyrs » !

Ce ne fut pas tout. A la cour et dans l'opinion, le bruit se répandit qu'il y avait d'autres auteurs responsables de l'attentat. Une affaire de telle importance n'avait pu être préparée par un personnage d'aussi mince valeur que la Renaudie; il était légitime de rechercher les véritables instigateurs parmi ceux qui devaient bénéficier du succès de l'entreprise, c'est-à-dire parmi les Bourbons. On désigna les Bourbons comme les inspirateurs de la conjuration. Le roi de Navarre Antoine n'étant pas homme à avoir conçu pareil projet, ce fut le prince de Condé qui fut tenu pour ie chef de l'entreprise. Dans l'entourage du roi, l'accusation fut

acceptée immédiatement; elle cadrait trop avec l'intérêt des Guises d'écarter du trône et de perdre les Bourbons,

Condé fut mandé devant le roi et son conseil afin de donner des explications; on l'interrogea : il répondit avec indignation, humilié d'être soupçonné et de comparaîtra ainsi en accusé devant ses ennemis ; il protesta; il défia qui que ce fût d'apporter le moindre commencement de preuve qu'il eût trempé dans l'affaire; il offrit de se battre avec celui qui oserait soutenir le contraire. Toute la famille protestait. Elle y mit une telle chaleur que les calvinistes, auxquels la rigueur de la répression avait rendu sympathiques les victimes d'Amboise, trouvèrent un peu ex sive cette façon de décliner tout rapport avec les vaincus, et traitèrent les princes de « lâches ». L'incident en resta là, mais il laissait dans les cœurs des ferments de colère et de haine qui allaient bientôt porter leurs fruits. La conjuration d'Amboise était la première tentative, prodrome de la guerre civile. L'expérience avait été faite qu'on pouvait rassembler du monde en armes. Les coups d'épée et de pistolet échangés dans les bois autour de la résidence royale avaient été un essai; la manière peu adroite dont les Guises avaient rejeté les Bourbons malgré eux chez les rebelles donnait à ceux-ci des chefs, susceplibles, par leur qualité de princes du sang, de tranquilliser les âmes loyalistes; enfin la question politique qui s'était greffée sur la question religieuse — domination tyrannique d'étrangers à chasser — amenait à la cause de l'opposition des partisans furieux. Les deux partis, face à face, excités, se trouvèrent insensiblement prêts à en venir aux mains.

Alors entre les deux camps commencèrent à paraître un certain nombre de braves gens plus calmes qui s'aftlir des passions soulevées et eussent voulu qu'on s'entendit dans une tolérance réciproque. C'étaient les continuateurs de la tradition instituée un peu par François I8r, tradition d'apaisement et d'intelligente bienveillance. Après la conjuration d'Amboise, précisément, venait de succéder à Olivier

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n'avait aucune force.

En présence «le l'effervescence générale, les G ar-

tout levèrent des troupes. Les Bourbons, éloignés de gardèrent un silence inquiétant Dans toutes les • exaltés par le martyre, les réformés avaient reprifl prêches pendant que les m

« D'ici un an, écrivait le secrétaire du roi, R le "U

sera encore plus allumé qu'il n'est. » On sentait en effet que loin de s'apaiser, les passions s'excitaient à l'extrême et qu'avant peu on verrait éclater le conflit. Le parti de la conciliation voulut tenter une démarche d'apaisement. Il demanda à Catherine de Médicis et obtint d'elle qu'elle provoquât du gouvernement la réunion d'une assemblée de notables, laquelle étudierait les moyens d'amener une détente. Les Guises consentirent : l'assemblée se réunit en août 1560 à Fontainebleau, composée de grands personn de l'Etat et de notables réformés. Les Chùtillon y vinrent, mais les Bourbons refusèrent de paraître, abstention qui impressionna la cour. Aux réunions, que présidait le roi, Michel de l'Hôpital parla éloquemment de la paix. Coligny, qui avait beaucoup d'autorité en raison de la considération s'attachant à son caractère, — « c'était, dit Brantôme, un seigneur d'honneur, homme de bien, sage, mûr, avisé, politique, brave, censeur, prisant les choses et aimant l'honneur et la vertu » — présenta une requête des calvinistes normands qui sollicitaient la liberté de leur croyance et la faculté de pratiquer leur culte sans entrave. Coligny ajouta qu'il était en mesure de réunir au bas de

cette requête plus de 50 000 signatures. Le duc de Guise lui répondit par un discours irrité dans lequel il répliqua que si Coligny pouvait réunir 50 000 signatures de g réclamant la liberté du calvinisme, il en trouverait, lui, un million de personnes s'y opposant. On discuta L'évêque de Valence, Monluc, fut d'avis que l'on réunît des États généraux, assemblée qui aurait plus de poids qu'une simple réunion de notables et que l'on convoquât un concile national lequel fixerait les points de la doctrine catholique controversés en réformant les abus critiqués, s'il y avait lieu. L'idée de cette double réunion parut rencontrer un accueil favorable. Le cardinal de Lorraine acceptait les Etats généraux, mais s'opposait au concile. Finalement on adopta la résolution proposée : les Etats s'assembleraient en décembre 1560 et le concile en janvier 1501, à moins que le pape ne prît l'initiative d'un grand concile général. On ne décidait rien au sujet des demandes de Coligny qui se trouvaient renvoyées à l'examen de l'assemblée prochaine. Les politiques avaient eu gain de cause.

Mais partout les menaces de lutte s'accentuaient. Des nouvelles arrivaient rendant compte de soulèvements partiels de protestants. Dans le Dauphiné, Montbnm tâchait de faire prendre les armes à ses coreligionnaires ; la Normandie s'agitait ; Villars, lieutenant général du Languedoc, assurait ne plus pouvoir répondre de sa province; des bandes armées étaient signalées courant les campagnes. Le roi et les Guises eurent la conviction que les Bourbons, et principalement le prince de Condé, étaient les auteurs de ces mouvements préparatoires d'une rébellion générale. L a mesures militaires furent multipliées ; on recruta des soldats jusqu'en Allemagne; les garnisons des villes n des renforts. 11 fut entendu qu'on s'en expliquerait nettement avec les Bourbons aux btatfi raux et que fallait, à leur égard, on irait jusqu'au bout. Mais viendraient-ils aux btats ?

D'abord fixé à Meaux, le lieu de convocation de l'assem-

LE DE LA Ki.NAir

blée avait été ensuite Iran iféi 6 à 0 Le roi m odit dana cette dernière ville ent l'un

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pliait de rester dans le Béarn, de ne pas s'aventu] be-

rine de Médicis, soucieuse de parvenir à une en! disait au contraire devenir, leur offrant dus sauf -condu seulement qu'ils n'arrivassent pas en force, le gouvernem étant décidé à faire attaquer sur-le-champ Je* moindre rassemblement suspect. Après de nombreuses hésitations, ils se décidèrent à venir. L'anxiété avait été générale à ( ï, la

nouvelle provoqua un soulagement. « La plus grande partie des fols, écrivait François II au connétable, me sentant marcher où je vais, retirent un peu leurs cornus » On estimait que les procédés d'intimidation avaient réussi.

Les Bourbons arrivèrent à Orléans quelques jours avant la réunion des H.tats. On les reçut d'une façon glaciale. Tout de suite des explications catégoriques leur furent demandées sur ce qui se passait dans les provinces et sur leur attitude. Le prince de Condé releva la question avec emportement ; il s'exclama d'un ton irrité qu'il était l'objet d'infâmes calomnies de la part des Guises; serait-il venu s'il n'avait pas eu la conscience tranquille ? Pour le surplus il donnait des réponses vagues et dilatoires. Antoine de Bourbon demeurait incertain et réservé. Alors le gouvernement se décida. Sur Tordre de François II, le prince de Condé fut arrêté; on emprisonna ses officiers et ses secrétaires ; le roi de Navarre, en raison de sa dignité fut seulement étroitement surveillé; une commission judiciaire composée de magistrats du parlement de Paris et présidée par de Thou, le père de l'historien, qv.[ mission d'instruire leprocèsde Condé comme coupable de haute trahison. Condé exaspéré répétait

qu'il réglerait cette affaire personnellement avec les Guises, ses ennemis, « à la pointe de la lance »; il consentit d'abord à répondre à ses juges, puis brusquement les récusa, réclamant de comparaître devant ses pairs au parlement de Paris Afin de lui donner une manière de satisfaction on augmenta le nombre des commissaires, en y appelant des chevaliers de Saint-Michel, ordre dont le prince faisait partie, et le 20 novembre le tribunal statuait que le prévenu était reconnu coupable de trahison, d'hérésie et de conjuration. Michel de l'Hôpital ne contresigna pas l'arrêt, sous prétexte que l'accusation n'était pas prouvée, les juges n'ayant eu en effet que des présomptions. L'acte produisit un fâcheux effet. Les protestants s'indignèrent d'une mesure politique faussement déguisée sous des apparences judiciaires ; les tolérants déplorèrent un incident plutôt fait pour aggraver les choses que pour les calmer; les catholiques ne trouvèrent rien à répondre, sinon que l'on avait prévenu un adversaire et que c'était de bonne lutte.

Ce fut sous l'impression pénible produite par cette arrestation que les députés des Etats généraux s'assemblèrent ; ils étaient troublés. Enhardis par le sur de leur entreprise, les Guises avaient décidé de mener la délibération des litats dans le sens de la répression la plus rigoureuse du calvinisme. Leurs plans étaient faits ; ils proposeraient de faire signer un formulaire de foi catho lique à tous les juges et officiers royaux, de tout ordre de l'Etat, et môme à tous les sujets du royaume, un à un, de paroisse en paroisse, sous peine d'arrestation immédiate : on viendrait bien à bout de l'hérésie parce moyen. Ainsi, l'annihilation complète des Bourbons leur laissait incontesté le pouvoir ; par les JtUats généraux qu'ils maîtrisaient, ils allaient avoir raison enfin de la Réforme ; les Guises pouvaient se croire au faîte de leur puissance et de leur grandeur, lorsqu'un événement sur lequel ils n'avaient pas compté les précipita brusquement. François II mourait après quelques jours à peine de maladie.

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