I . LB Bll CLR DB LA REBAISSAI
buvant peu, vite i< i ablé par la
courbée, il donnait l'impression d'un tempérament pi
débile L'ambassadeur vénitien, Je; n Michiel, qui lui
natt de la générosité, de l'ardeur et de l'intell
trouve joli. Il avait de beaui yeux, un regard qui
pas désagréable, mais son angle facial tro donna
^a bouche proéminente une expression «le m
La personne de ce prince <jui n'a pas d
ans, a les défauts et les qualité de la jeunesse Le mail
a voulu que son règne ait été un des plus sinistren
l'histoire, ce qui a suffi pour rendre .^a figure i
odieuse.
De par les lois et les traditions du ro va unie qui f. ia majorité des rois à quatorze ans, François II avait été majeur en montant sur le trône, ce qui avait permis aux Guises de s'emparer du pouvoir sous la fiction que le pril disposait librement de son autorité Avec Charles IX, il en était autrement, il y avait minorité ; il devait y avoir régence. De par ces mêmes traditions, c'était la reine mère qui généralement était régente. Précise et habile, Catherine de Médicis n'attendit pas que François II eût expiré pour s'assurer du gouvernement. En droit, les Guises n'avaient rien à réclamer; ils allaient en effet se taire; les princes du sang, seuls, à savoir les Bourbons, auraient pu prétendre au pouvoir. Catherine s'entendit avec eux, leur promit ce qu'ils voulurent : à Condé la liberté ; au roi de Navarre l'admission au conseil et à la direction des affaires avec le titre de lieutenant général du royaume, à condition qu'il fit quelque profession de foi catholique; elle obtint leur concours : ils étaient trop heureux d'un changement déjà si considérable. Pour les empêcher de poursuivre leur vengeance contre les Guises, elle leur demanda de se réconcilier avec eux. Elle accueillit Montmorency, se montra aimable pour les Châtillon, parla d'être tolérante envers les huguenots. Elle était conciliante avec tous. Il faut comprendre sa politique.
L'ANARCHIE SANGLAlNTE. — CHARLES IX 195
Femme, étrangère, d'uneoriginemodestedemarchandsenrichis, elle se sentait sans autorité :« Dieu m'a laissée avec trois enfants petits, écrivait-elle à sa fille, la reine d'Espagne, et un royaume tout divisé, n'y ayant un seul à qui je me puisse <lu tout fier. » La prudence — et elle en avait — lui conseillait d'agir avec beaucoup de ménagements, de calmer, de pacifier. Au milieu des passions contraires, elle devait tâcher de faire bon visage à tous. On lui a reproché d'être dissimulée Son rôle, sa nature italienne, son éducation, ses habitudes anlé rieures l'y contraignaient. Elle n'a eu qu'un but : maintenir intacte l'autorité du roi et la sienne; à tort ou à raison, elle a cru ne pouvoir employer qu'un seul moyen, la conciliation; elle a échoué ; on l'a accusée de faiblesse et de fourberie : plus habile, plus chanceux, ou se trouvant dans des conditions meilleures, Henri IV a réussi, il est un grand homme; au fond les deux politiques étaient analogues.
Son caractère la prédisposait d'ailleurs à cette attitude conciliante. Bien portante, robuste, mangeant beaucoup, faisant beaucoup d'exercice, très leste et vive malgré un embonpoint si énorme que Brantôme l'appelle « une dame hommasse en forme », elle était plus que jamais bonne et aimable. On s'accordait à la trouver « gente princesse bien agréable et douce ». Le sourire ne quittait pas sa pauvre figure laide au teint blême 3t olivâtre, aux triples i3ajoues, aux gros yeux saillants; elle se montrait affable et modeste, tout en restant grande dame. Libérale, jusqu'à la prodigalité et au désordre, aimant le confort, les réceptions, toutes les splendeurs d'une vie de cour aussi fastueuse que possible, elle était honorée et aimée des courtisans qui s'empressaient autour d'elle. Sa joie était de voir la noblesse en paix se divertir à ses fêtes. Mais elle était trop intelligente pour être dupe. « II est si difficile que cette farce (le gouvernement du royaume) se joue à tant de personnages sans qu'il n'y en ait quelqu'un qui ne fasse mauvaise mine »! écrivait elle mélancoliquement à son ambassadeur en Espagne, l'évêque de Limoges. Devant tous elle affectait un calme et une maîtrise
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pleurant à chaudes larme
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n'était elle pas d'accord avec la d ; il du |
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« Noms avoua durant vingt ou trente ai i, elle,
ayé le cautère pour cuider arracher la con de ce mal
parmi nous et nou> avona vu par expérience que îence n'a servi qu'à le multiplier ». « J'ai us*'ajoutait-elle, comme femme, mère d'un roi pupille, qui a pensé la douceur plus convenable à cette maladif que nul autre-remède ». Elle avait le sentiment de >un impuissance et des nécessités de la politique:
N'eût-elle pas eu ce sentiment que l'homme qui allait cire son conseiller écouté, le chancelier Michel de I H l'en eût pénétrée. Froid et sec, esprit net et précis, 1 H pital cachait sous sa figure maigre et osseuse rendue vénérable par une longue barbe blanche et qu'illuminaient deux yeux clairs au regard droit et pénétrant, une intelligence ferme dont les idées étaient arrêtées. Il était partisan résolu et réfléchi de la liberté de conscience à l'égard des protestants, de la conciliation à l'égard des grands. Il a soutenu, inspiré et animé Catherine de Médicis.
François II mort, Charles IX devenu roi, Catherine, régente, commença par en finir rapidement avec les JtLtats généraux. L'Hôpital vint y faire un éloquent discours dans lequel, prônant les idées de tolérance, il prononça sa phrase célèbre : « Otons ces mots diaboliques, noms de partis, de factions et de séditions, luthériens, huguenots, papistes : ne changeons le nom de chrétiens ! » Les rMats rédigèrent leurs cahiers de doléances qui manifestèrent une grande diversité dans les vœux des trois ordres. Le 31 janvier 1561, ils étaient déclarés clos et pour leur faire suite, conformément à l'usage, le chancelier obtenait de la régente la publication d'une grande ordonnance en
150 articles dans laquelle il insérait nombre de ses idées de , réforme : rétablissement des élections canoniques de l'Eglise, supprimées par le Concordat, abolition de la véna lité des charges judiciaires, limitation de la juridiction des tribunaux ecclésiastiques, obligation aux baillis et sénéchaux de laisser le soin déjuger à des lieutenants gradués, etc; toutes réformes qui ne devaient être que peu ou mal appliquées.
Puis le gouvernement fit connaître sa résolution a l'égard des protestants. Après tant d'années de répression, reconnue inefficace, on allait enfin tenter, comme l'expliquait Catlie rine, la politique de douceur et de libéralisme. Le 24 février 1561 parut un édit aux termes duquel tous les réformés mis en prison devaient être relâchés, les poursuites judiciaires engagées contre eux arrêtées; les huguenots bannis étaient autorisés à rentrer et ceux qui avaient été envoyés aux galères, rappelés ; l'acte ajoutait, il est vrai, à condition que tous se fissent catholiques, mais on ne fitpasattentionà la phrase. Cet édit libérateur allait en réalité donner au protestantisme le plus décisif élan qu'il eût jamais eu. Jusquelà restreint, menacé et dangereux, le culte protestant ne parvenait à grouper qu'un petit nombre de fidèles. Dès lors il va s'afficher. Par curiosité, les gens viendront au prêche. La simplicité pieuse de la nouvelle religion en attirera beaucoup qui suivront ; peu à peu, un mouvement se fera, un entraînement, une mode, qui accélérera le développement du protestantisme, en présence des catholiques étonnés et arrêtés par l'idée que le roi approuve ou que ce mouvement est irrésistible. Au bout de six mois, dans telle ville du midi, les huguenots étaient devenus virtuellement la majorité. 11 n'est, pour s'en rendre compte, que de Buivre le curieux Journal de Jean Faurin, chaussetier protestant de Castres, consignant jour par jour ce qui se passe dans sa petite ville :
La fin de l'année 1560 a été marquée a Castres par une persécution terrible. Magistrats de Toulouse et de Carcas-
m: LA R| MAI
sonne Boni venus multiplier les ajourne! les pi
de corps, les Incarcérations ; de nuit, secrètement, les prêches onl <*u une peine extrême i se tenu sans i ruer
éclats (l'une populace ardente qui lapide I qu'elle déteste. Arrive l'édifl de février i •"»')! : tous protestants incari onl éli
M de Lostau, se met à prêcher dans les maiso d ne
lui dit rien ; il va prêcher publiquement à l'école le \H a\ril devanl .") à 600 personnes qui accourenl ; les maj fâchenl et lui ordonnent de sortir de la \. 1 1 1 « * ; il I on n'ose pas le contraindre, i nanl une émotion popu-
laire ». Des ministres, «le Genève arrivent les -;,i et 28 avril. Le 5 juin a lieu par la ville la procession du Saint Sacrement de la Fête-Dieu; les réformés, pour la prem fois, ne parent pas leur- maisons dé tentures : i une
ne s'en émeut ». 6 juillet, la sainte cène est célébrée à l'école devant 600 personnes qui reçoivent le sacrement En août, le mardi, à midi, les protestants ferment leurs ! tiques et vont aux prières avec leurs domestiques ; ils continueront tous les mardis : personne ne dit rien. Dimanche, 31 août, premier enterrement huguenot : « nul ne s'est ému ». 1er septembre, on a procédé à l'élection des consuls de la ville et du procureur du roi : ils sont tous protestants. En corps, les consuls et les membres du consistoire vont trouver le clergé de la seconde paroisse de la ville, Notre-Dame de la Plate, et lui demandent les clefs de l'église afin d'y célébrer le culte calviniste; le vicaire de service refuse; on enfonce les portes de l'église et le prêche se fait quand même dans l'édifice : ■ personne ne s'est ému ». 5 octobre, on célèbre la cène à la Plate. Fin octobre, « du commandement de Messieurs magistrats », on abat « toutes les idoles — les statues — et tous les autels de la Plate; sans aucune contradiction ». Ainsi, avant la fin de l'année 1561, le protestantisme, au début contenu, réprimé, châtié, était installé à Castres avec pleine liberté de conscience et libre exercice du culte, maître de la municipalité
et des églises. Il en était à peu près «I'' même un peu partout. D'un bout à l'autre de la France, les catholiques ne
comprenant plus rien, demeuraient interdits.
Cependant, à la cour, les choses se gâtaient. Conformément à sa promesse, Catherine de Médicis avait relâché Condé, mais celui-ci voulant être judiciairement réhabilité et non gracié, avait demandé et obtenu un arrêt du parlement qui l'innocentait. Les Guises, déjà outrés de tout ce qui se passait, fiient entendre de vives protestations : cet arrêt, déclarèrent-ils, était le désaveu d'un acte du roi précédent. Le cardinal de Lorraine quitta la cour. Condé fit savoir à Catherine qu'il ne reviendrait la trouver que si le duc François de Guise, son mortel ennemi, était chassé de sa présence. A force d'adresse, Catherine parvint à calmer ce premier orage. Elle appela Condé à Fontainebleau, le reçut d'une façon charmante ; lui-même, comme dit Brantôme, « fort agréable, accortable et aimable », se laissa toucher. Le nuage passa. Le roi de Navarre avait reçu la lieutenance générale du royaume.
Mais les catholiques ne pouvaient demeurer indéfiniment silencieux devant les changements qui s'opéraient au détriment de leur religion. Causant avec le connétable de Montmorency et le maréchal de Saint-André delà situation, le duc de Guise convint avec eux qu'il fallait s'entendre afin de résister au mouvement qui menaçait de perdre l'Etat. Les trois hommes conclurent un pacte : ils constituèrent une manière de triumvirat. Dès que cette entente fut connue, de toutes parts les adhésions affluèrent. Comme Chantonnay, l'ambassadeur du roi d'Espagne Philippe II, chacun estimait que, volontairement ou non, par sa politique de tolérance, Catherine de Médicis préparait le triomphe du protestantisme. Ne voyait-on pas déjà Condé appeler librement des ministres huguenots à prêcher à la cour? Les protestants n'étaient-ils pas assez influents pour faire disgracier des agents catholiques trop zélés contre les calvinistes, tels que le beau-frère de Montmorency, Villars, en Languedoc?
LE DE l..\
I .- Lriumviral f'it approuvé el acclamé; la cardinal de 1 non, les ducs de Montpensier et de B ic lui apportèrent l.'in urs Lea louverains catholiques, le pape, le
d'Espagne, le duc 'I" S itèrent leui
iliic; car l'Europe suivaif ode attenl
passait en France, Burtout Philippe il. i de
savoir si le protestantisme alla.il gagner un i une
de plus, question troublante pour le roi espagnol en de ses Pays Bas acquis déjà à la religion nouvelle C rine, très ennuyée, chercha à calmer, i rassurer intentions. Elle écrivait à sa fille JbJisabetl) d'Es] buîs contrainte d'avoir le roi de Navarre auprès de moi : les lois de ce royaume le portent ainsi i Elle expliquait à ambassadeur en Espagne qu'en réalité, au milieu des pro tants et des catholiques, des Bourbons et des triumvirs, elle cherchait à « trouver un chemin moyen entre les d Elle mandait aux cours étrangères, au pape, que rien n était changé en France à l'égard des protestants ; qu'on ne s'alarmât pas. Les sujets de s'alarmer davantage n'allaient pas tarder à se multiplier.
De plus en plus, comme une tache, le protestantisme se propageait avec une rapidité surprenante. Mais par une conséquence inévitable, là où il était la majorité, il déclarait, comme à Genève, ne plus pouvoir tolérer près de lui ce qu'il appelait « l'idolâtrie », le scandale de « la superstition romaine ». Il avait demandé la tolérance de conscience, on la lui avait donnée ; il avait pris la liberté du culte, on avait été obligé de le laisser faire ; intolérant à son tour, il entendait maintenant détruire le catholicisme. Excités principalement par le culte des images, les protestants se mirent à briser de tous côtés les statues des églises.
Les catholiques résistant, il y eut des conflits, des morts. Les huguenots se jetaient sur les processions pour les troubler ; les catholiques envahissaient les prêches : c'étaient des désordres dans tout le royaume. Et de tout le royaume montait vers le gouvernement, vers l'Hôpital, une plainte
universelle des catholiques contre sa politique de concession et de faiblesse. Le chancelier était traité de huguenot Que faisait-il des anciennes lois? Les avait-il ou non rapporté Un peu ému, le gouvernement publia un nouvel relit en juillet 1561 qui recommandait de demeurer pacifiques et tolérants, défendait de porter des armes, et tout en renouvelant l'amnistie prononcée a l'égard des réformés pour le passé, leur défendait, comme par le passé, et conformément aux anciens édits, de tenir des réunions publiques ou privées, sous peine d'être traduits devant les tribunaux civils et de se voir emprisonner, condamner à la confiscation d<is biens, la peine de mort étant interdite. Cet expédient timide ne contenta personne. L'effervescence générale ne fit que continuer. On déclara que l'Hôpital était impuissant. Alors, le chancelier eut une idée inattendue; c'était de réunir les deux communions protestante et catholique, en tachant d'accorder les doctrines. Les catholiques feraient des concessions sur la discipline et les cérémonies ; les protestants céderaient de leur côté sur le dogme. Une conférence serait provoquée entre évoques et ministres protestants où seraient discutées les conditions de l'entente. Catherine approuva. Les protestants acceptèrent. Lesévêques humiliés d'un pareil débat n'eussent jamais consenti à s'y rendre, si le cardinal de Lorraine, espérant par son éloquence obtenir un beau succès oratoire, ne les y avait décidés. Le colloque — on appela la réunion un colloque — fut convoqué à Poissy pour août 1561. Douze ministres réformés arrivèrent ayant à leur tète l'illustre Théodore de Bèze, le disciple préféré de Calvin, esprit souple, élégant et caractère aident, et Pierre Martyr de Zurich. Ils passèrent par Saint- Germain où était la cour qui les reçut d'une façon gracieuse, « mieux que n'eût été le pape de Rome s'il fût venu », écrit avec humeur Claude Haton dans son Journal. L'assemblée commença le 9 septembre et se tint dans le vieux réfectoire du couvent des dominicaines de Poissy, datant de Saint-Louis, au milieu d'une affluence énorme. Le petit roi
LE DE LA RI
( Iharlea IX présidai! ayant aui 1 1 - de lui I
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Haton, « une langue diserte el bien affilée par on beau --t
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cœura el vouloirs d< auditeurs i fut
iuta Malheureusemenl il eut une comi n fâcfo
au sujet de l'Eucharistie : l'assemblée éclata eu exclamations; le cardinal deTouroon apostropha violemment l'<
i . « Peu B*en fallut, écrivait Catherine après, que je lui î 1 1 1 1 " Bilence !» A la séance suivante, l<
Lorraine répondit. Les harang
succès. Finalement on jugea préférable de nommer une commission de dix membres, cinq catholiques, cinq prol tants, chargés de trouver une formule d'entente; ils ne la trouvèrent pas. L'affaire devint se terminer sans résultat ; l'impossibilité d'une réunion était constat
Mais le colloque de Poissy ne fit qu'accroître le désordre général. Les protestants se considérèrent comme vainqueurs. « Les réformés, écrivait d'Aubigné, élevés de leurs droits, chantaient la victoire de leurs ministres. » Quelle gloire, en effet, et quelle dignité d'être admis à discuter de pair à | avec des prélats qui jusque-là ne connaissaient les huguenots que comme criminels et infâmes hérétiques ! La Réforme devenait donc une religion reconnue, véritable, digne de respect et d'attention ! Le courage des calvinistes enfla et de to parts, dans les provinces, le résultat s'en fit immédiatement sentir. Reprenons le Journal de Faurin.
14 décembre 1561, à l'église cathédrale Saint-Benoît, de Castres, uncordelier, Claude d'Oraison, prêchant, s'élèveavec véhémence contre la Réforme; un écolier protestant l'interrompt et tout haut lui dit « qu'il en a menti ». Les fidèles chassent l'écolier de l'église à coups de pied. Grande émotion chez les huguenots de la ville. Le soir ils s'attroupent en armes, vont au cloître Saint-Benoît où habite le religieux cordelier, le prennent et le mettent en prison. Les catholiques intimidés ne disent rien. Le lendemain, on reconduit
le Père d'Oraison à la porte de la ville et on le prie de s'en aller. 31 décembre, les magistrats de la vil le, toujours protestants, ordonnent d'abattre les statues et iin e trouvant dans les églises. 1er janvier 1562, ils interdisent formellement aux ecclésiastiques romains de dire la messe dans l'intérieur delà ville: ainsi voilà le culte catholique aboli à Castres 4 janvier, les magistrats en force se rendent au couvent dg Sainte-Claire et en expulsent les 20 reli{ is < jui s'y trouvent. Lundi, 2 février, on a surpris un religieux trinitaire disant la messe secrètement devant quelques fidèles II est appréhendé, juché sur un âne, la figure tournée du côté de la queue, qu'il tient des deux mains; promené ainsi, revêtu de ses habits sacerdotaux, dans toutes les rues; puis amené à la place, on le met sur une chaise, on le tond, après quoi, lui montrant son hostie consacrée on lui demande s'il veut ou non mourir pour elle; l'autre épouvanté faiblit et dit non; on brûle ses vêtements sacerdotaux et on le chasse après lui avoir fait promettre de ne plus célébrer la messe.
Des faits analogues se produisaient de tous côtés. Partout les protestants envahissaient les églises, chassaient les prêtres et s'installaient; les cloches étaient supprimé remplacées par des tambourins; on renversait les autels, on brisait les images des saints. Moins endurants ou plus forts qu'à Castres les catholiques ici et là se jetaient sur leurs adversaires. En décembre IfiGi il y eut une échauffourée à Paris, faubourg Saint-Marcel, au cours de laquelle les huguenots envahirent Saint-Médard et le saccagèrent. Par représailles les catholiques coururent au lieu du prêche et brûlèrent le mobilier.
En présence de la marée qui montait, Michel de l'Hôpital estima qu'il fallait suivre le flot afin de le contenir; il lit publier un édit, en janvier 1562, qui autorisait les protestants à s'assembler — c'était reconnaître légalement un fait existant — «- mais à condition que les réunions n'auraient lieu que hors des villes, par exemple (\-.i\x les faubourgs, avec défense de bâtir des temples; et en outre que
. alvinistei rendraient tus catholique ton! dont ils - étaient emparés L on Elle était
..h le , lées; 1 « * 1 1 r* culte n'était plus un délit, mais 1 e régulier d'un droil Ils a< copièrent A ( . abandonnant la Plate et Saint Benoît allèrent
boulevard de la porte de l'Albinqu tendit Seulement aucun prêtre n'osa venir i
en ville.
Mais alors ce fut chez tous les catholiques une explos d'indignation. Ainsi le gouvernement cédait définitivem
aux hérétiques. Ceux-ci qui n'étaient qu'une minorité « l'erreur » gagnaient peu à peu des privilèf aux à i de la majorité restée fidèle à la vraie religion. Les catholiques n'en étaient plus à prétendre que les calvinistes ne pratiquassent" pas leur religion, ils allaient avoir à se défendre contre des adversaires qui après avoir réc! obtenu la liberté de leur culte, prétendaient enlever autres celle de pratiquer le leur, et de persécutés se tr formaient en persécuteurs. Il n'y avait donc plus de doute; la régente et son chancelier protestantisaient le royaume ! De l'étranger des plaintes vives furent adressées au gouvernement sur sa faiblesse. Si la régente n'était pas en mesure d'avoir raison des hérétiques, écrivait Philippe II irrité, il offrait, lui, ses propres troupes; et comme Catherine offensée répondait qu'il n'était pas admissible que les affaires du royaume fussent menées « par d'autres que ceux du gouvernement », le roi d'Espagne ripostait qu'alors il les enverrait aux catholiques, ce qui avait achevé d'indigner la reine mère. Mais quoi "? « il valait mieux, disait Philippe II, inquiet du contre coup des événements de France dans ses provinces des Pays-Bas, aller éteindre le feu dans la maison du voisin qu'attendre en la sienne ». La régente écrivait lettres sur lettres pour expliquer son attitude et la justifier; elle assurait demeurer ferme dans son intention de réprimer
l'hérésie : on la jugeait double et Maisonfleur l'appelait : a Madame la Serpente. » Le duc- d'AIbe, gouverneur des Pays-Bas, concluait qu'il faudrait bien finir par intervenir en France. Grâce à l'absence de forces suffisantes pour maintenir Tordre public dans le royaume, le moindre incident pouvait faire éclater la guerre civile imminente. Cet incident se produisit le 1er mars 1562; ce fut l'affaire de Vassy.
Le duc François de Guise revenait de Saverne à Paris escorté de plus de deux cents cavaliers, lorsque traversant Vassy, sur la frontière de Champagne, un dimanche matin, il passa devant une grange où se tenait un prêche de 4 à 500 protestants. Il y eut entre lesgens de sa suite et des assistants au prêche échange de mots provocants : on en vint aux coups; les gentilshommes de François de (mise soutinrent les leurs; toute la troupe attaqua L'assemblée; les huguenots cherchant à se défendre, jetèrent des pierres dont l'une vint blesser le duc; les gens de celui-ci furieux mirent l'épée à la main et frappèrent; les protestants s'en fuirent de tous côtés; il y eut vingt-trois tués, et plus de cent blessés. C'était le premier grave événement, le premier aussi sanglant de la lutte qui couvait.
L'affaire fut exploitée; elle souleva dans le monde protestant une émotion considérable. Des catholiques cher durent à atténuer ce qu'ils appelaient « un accident », « un désordre ». Les huguenots ne parlèrent que du « mas sacre de Vassy » et soutinrent avec indignation que le projet de leurs ennemis de les détruire apparaissait clairement. Catherine effrayée donna l'ordre à François de Guise de ne pas se rendre à Paris où le populaire, fervent catholique, eût pu, par son enthousiasme, provoquer- de nouvelles complications, mais de venir la rejoindre à Mootceaux. Les passion: déchaînées étaient trop fortes. Guise n'obéit pas. Il gagna Paris où l'attendaient les deux autres triumvirs et fut r par les acclamations d'une foule en délire. Le prévAt des marchands l'accueillit à la porte Saint-Denis, le traitant de
LE 511 CLE DE LA
i défenseur de la foi • I)'* plus en i lui inquiet rîne de Médicis quitta Montceaui avec la cour el ajl fermer dans le cfa de M ilun, pi lolide. I >••
là elle gagna Fontainebleau Qu'allait-il de Condé était dans Paria, trèi
sortant jamais sans être armé et accompaj entre les doux ennemis était inévitable A . l'instai
le cardinal de Bourbon obtint de Condé qu'il - < j r t î t de ville. Il se rendit à Meaux Là il appela tous les amis, ses serviteurs, ses fidèles; les Châtillon le rejoigi Coligny, à contre-cœur; — il pressentait quecetteconcentration à Meaux était l'ébauche de l'armée de la révolte et sa i science ne pouvait se faire à l'idée de devenir un rebelle. peu de temps un millier de gentilshommes »-t 1 500 cav;i! se trouvèrent réunis. Afin de calmer les scrupules de C Condé expliqua que le roi était prisonnier de consei; dont ils étaient eux, les victimes; qu'il ne s'agissait pas de prendre les armes contre Sa Majesté, mais de la délivrer pour, sous son nom, appliquer une politique plus sage. Par là on sauvait la face de la légalité. De fait, la question se posa à la cour de savoir si entre les deux partis en présence, celui des triumvirs catholiques eteelui des Bourbons protestantdevait se prononcer en faveur des uns ou des autres. Paris était dans une agitation extrême. A tout hasard Catherine de Médicis décida de s'avancer afin de s'interposer, et elle vint avec le roi, s'enfermer dans le château de Vincennes. Mais alors les triumvirs prirent cette démarche pour l'aveu public que le gouvernement se mettait de leur côté. Un conseil fut tenu au Louvre avec la régente. Ils proposèrent de marcher résolument sur Condé. Catherine et l'Hôpital s'y refusèrent.
La cour, en fait, se trouvait entre les mains des catholiques. Condé crut comprendre que le sort en était jeté. Il quitta Meaux, trop voisin de Paris — ses forces étant insuffisantes — il gagna Orléans, publia un manifeste dans lequel il déclarait que le roi n'était plus libre, qu il fallait le délivrer; il
demandait à toutes les églises calvinistes du royaume de lever de.*, troupes et de les lui envoyer; il déclinait la responsabilité de la lutte qui était le fait des Guises et de leurs provocations ; il terminait en répétant qu'il voulait libérer le roi, son frère, la reine mère et assurer l'observation des édits. A l'entendre c'était donc de son côté qu'était le droit.
Pendant ce temps, sur tout le territoire, la guerre civile éclatait. Les catholiques tombaient sur les protestants, ceuxci sur les catholiques. Les Parisiens refusant d'admettre l'édit de janvier ne toléraient la présence d'aucun huguenot connu pour tel dans leur ville. En province, l'anarchie était complète. Par troupes, les protestants attaquaient les églises, cassaient à coups de mousquet les statues, enfonçaient les portes, mettaient en tas, dans le chœur, ornements, clià ciboires, calices et brûlaient le tout, puis s'en prenant aux sépultures les défonçaient, jetaient les squelettes ; la tombe de LouisXI fut ainsi violée à Cléry et les Bourbons furent déterrés à Vendôme. Claude de Sainctes, qui nous raconte ces faits, en est scandalisé. D'assaut ils enlevèrent des bourgs et en chassèrent les prêtres catholiques. « La ville de Puyl aurons, écrit Jean Faurin, a été prise par escalade par ceux de la religion réformée. Etant dedans, on a abattu l'idolâtrie et la messe; le ministère de la parole de Dieu dressé suivant le Saint Evangile. Cette façon de faire est suivre le bon Josias. » Le culte catholique fut aboli partout où les protestants se trouvèrent les plus forts, dans le midi, en Normandie, à Caen, Rouen, Bayeux. De ville à ville Ils s'en voyaient des secours à longues distances, échangeant personnel, munitions. Les champs, sillonnés par des compagnies en expédition marchant sur les places, n'étaient plus sûrs; c'étaient des coups de feu de tous côtés. Les officiers du roi se trouvaient impuissants ; des émeutiers massacraient les gouverneurs. En Dauphiné on vit le terrible baron des Adrets, huguenot, courant la campagne, tuant, brûlant saccageant. Des bandes de catholiques ou de réforr chassés des villes, erraient jusqu au moment ou eiles
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disait il, étonnant plus que cent tués i ; il y allait
j'ai ouï dire qu'il faul commencer par itioo Si l
sent fait de m me ayant cfa
oupi le feu qui a depuis brûlé tout » C a été une «les plus lamentables de notre h royaume n'a présenté un spectacle aussi horrible, m ; huit la guerre de Cent ans où le mal n'a p point général « Il n'y a pas un coin de terre qui échapj la dévastation, » écrivait Hubert ! I
affaires dans ce royaume sont suspendues, mandait Cl tonnay, l'ami) >ur d'Espagne, à Marguerite de Fur:
c'est grand pitié! » et Gastelnau constatait : « La gu< civile est comme une rage et un feu qui brûle et embi toute la France ».
Pendant ce temps Catherine de Médicis désespérée ce qu'elle pouvait afin de retarder encore le conflit avec le prince de Condé ; elle écrivait à celui-ci, cherchant à le calmer, à le ramener, lui disant de venir la voir, lui den dant ses conditions; et Condé répondait qu'il exigeait léloignement des triumvirs, le châtiment du massacre de Les triumvirs acceptaient de s'éloigner, mais ils entendaient au préalable qu'on assurât l'exercice de la seule relig catholique en France : c'était insoluble. Des provinces arrivaient coup sur coup des nouvelles qui ne faisaient qu'exciter les esprits. A Toulouse on s'était battu quatre jours dans les rues, un quartier avait été incendié, 40(J personnes tuées. Les impôts ne rentraient plus. Le pays entier était dans la terreur. Sous la pression de l'opinion exaspérée, devant les instances du nonce et de l'ambassadeur d'Espagne, Catherine de Médicis se décida à laisser partir l'armée marchant sur Condé; cette armée forte de 6 OUI) fantassins et de 4UUÛ
cavaliers était commandée par le roi de Navarre, Antoine de Hourbon, lieutenant général du royaume, cet homme léger, inconsistant et indifférent qui, tout compte fait, préférant rester dans les honneurs et les dignités de l'État, avait abandonné les protestants et fait profession de catholicisme : les circonstances l'amenaient à conduire des troupes contre son propre frère.
Avant le choc, Catherine essaya encore d'une entente; des conférences eurent lieu à Toury ; de deux côtés les prétentions continuaient à être inconciliables. Les protestants déclarèrent que ces pourparlers n'étaient que des feintes et les gentilshommes de Condé réclamèrent la bataille. Peu à peu la cour se pénétrait de cette pensée qu'il en arriverait au gouvernement ce qui se produisait dans les villes ; une fois tolérés les huguenots voudraient l'égalité, l'égalité acquise ils prétendraient être les maîtres, et devenus les maîtres ils détruiraient le catholicisme en France.
Le 3 juillet, Condé tenta un coup de main, la nuit, pour surprendre l'armée catholique; il échoua; il recula vers Blois, Tours; l'armée des triumvirs le suivait; Poitiers fut occupé par le maréchal de Saint-André sans difficulté. Les troupes protestantes mal cohésionnées se débandaient et ne présentaient pas de résistance. Alors le gouvernement décida de marcher sur Rouen. Le bruit courait que Condé était entré en négociations avec la reine d'Angleterre, Llisa beth, afin de lui demander son appui. Envoyés par Condé, en effet, La Haye et Jean de Ferrièrcs s'étaient rendus a Hampton Court afin de discuter avec Elisabeth : celle-ci, intéressée et égoïste, avait spécifié qu'elle consentait à fournir 6000 lioimncet à donner 100 000 couronnes sous condition qu'on l'autoriserait à occuper le Havre; ajoutant qu'aux termes du traité de Cateau-Cambrésis elle devait recouvrer Calais dans huit ans; qu'elle tiendrait le Havre comme gage de cette place 3t quelle l'évacuerait si on lui rendait immédiatement Calais. La Haye et Jean de Ferrières crurent que l'occupation du Havre intimiderait la cour de France : ils
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connues, elles provoqué] en! uni ation
et Colignj protestèrent; ils firent dire I II d'An
son ambassadeur Throckmorton qu'i
i upation du I [a\ re pour p\ tache d'infamie à jamais but leur mémoire et que li la ; des huguenots faite avec le roi de France l< cuaienl pas sans condition la place, toutes du
marcheraient contre eus Jean de F< de la faute qu'il avait commise, écrivait au min beth, lord Cecil : « Je ne puis vous dû que
je i ! Faites que je n'aie occasion d'être tenté de
désespoir de voir jacttvram honoris fructu, » Il
avait conscience <ju t déshoffl
Avec 1 S ()()(» hommes, Charles IX en personne se diri§ vers Rouen dont ;i00 Ai .. le Havre occupé, étai
venus renforcer la garnison que commandait Mongomm l'ancien meurtrier d'Henri II Le roi di N compa-
rait le roi de France. L'assaut fut donné le 26 octobre; il réussit; la ville fut prise; Mongommery se sauva; cette victoire coûta la vie au malheureux roi de Navarre. Antoine de Bourbon, qui, atteint d'un coup d'arquebuse, fut tu»' Il mourait à quarante-quatre ans au service des catholiques, après avoir été le soutien et l'espoir des huguenots Personne ne le regretta.
Pendant ce temps Gondé qui avait reformé son armée à Blois, appelé d'Allemagne 2 600 reîtres et 3 000 lansquen marchait audacieusement sur Paris et venait camper à Gentilly, Arcueil, Montrouge. La ville, bien gardée, tint bon. Sur quoi le prince se repliant vers Chartres songeait à gagner la Normandie pour donner la main aux Anglais, lorsque l'armée catholique et royale qui le cherchait, commandée par les trois triumvirs en personnes, le rejoignit à Dreux ; elle comptait 14 000 fantassins et 3 000 cavaliers; le choc était cette fois inévitable, il eut lieu le 1!) novembre I5G2. C'était la première bataille des guerres
civiles. Tout le monde était ému : « Chacun, dit la Noue, repensoit en soi-même que les hommes qu'il voyoit venir étaient françois entre lesquels il y en avoil qui étoient ses parents et amis et que dans une heure il faudrait se tuer les uns et les autres, ce qui donnoit quelque horreur du fait. » Pour se reconnaître, les huguenots avaient adopté « l'uniforme » qu'ils conserveront dans toutes les guerres civiles, une casaque de drap blanc, et les catholiques arboraient à leurs chapeaux croix et images. Menée par l'habile et vigoureux général qu'était François de Guise, la bataille lut décisive. A cinq heures du soir tout était fini, les protestants culbutés et» en déroute; mais le succès avait coûté cher. Le maréchal de Saint-André était tué; le vieux connétable de Montmorency tombé de cheval, blessé, avait été fait prisonnier par 'ei? huguenots qui l'entraînaient dans leur fuite. En revanche Condé enveloppé était aux mains des catholiques Six mille morts restaient couchés sur le sanglant champ de bataille.
La nouvelle de la victoire excita dans toute la France une allégresse sans pareille. On fit des processions et on chahta des Te Deum. La mort d'Antoine de Bourbon laissant la lieutenance générale du royaume vacante, on la décerna à Guise qui prit le commandement des troupes.
Après Condé, c'était à Coligny que revenait la direction de l'armée protestante. Coligny battit prudemment en retraite et se retira dans Orléans où il s'enferma. Avec sa décision habituelle, Guise le poursuivit, résolu, suivant son mot, à saisir les renards dans leurs terriers. Il établit son camp p des murs de la ville. Il s'était logé avec sa famille aux Valins à quelque distance. Dans le camp toute la journée, il revenait à la nuit chez lui. Le 9 février, le fort des Tourelles fut enlevé ; l'affaire marchait à souhait. Le 18, comme Gu rentrait à sa résidence entre six et sept heures du soir, on vit un cavalier qui faisait les cent pas sur la route demandant aux passants si c'était bien par lu que devait venir le
l.i BU ILE DE LA RI
duc Gu iii expédié en avant in galop un de
tilshommes afin de prévenu* la duchesse qu'il était ( mais qu'il arrivait. Il l'avançait - 1 1 1 pas, -> cheval, ; d'un page monté sur une mule ei accompagné de I Kostaini Dès qu'il aperçut !«• groupe, le cavalier qn hui .se jeta dans un fourré, laissa | que celui-ci eut fuit cinq ou >i\ pas, le visant I !;i tète de pistolet, il tira. Le coup chargé de tro - bail selle droite. Le duc B'affais&a, cr-i ;m t : « .j^^ui- ! »
il se redressa violemment et voulut dégamer : il D eut pas la fore<>. Rostaing s'était précipité du côté d'où le coup de feu était parti : le meurtrier le tint quelque U à distance de la pointe de son épée, après quoi piquanl deux, disparut dans l'obscurité du bois ; il erra toute la nuit, se perdit. Au matin, harassé de fatigue, il entra dans la grange d'une ferme pour se reposer et s'endormit Crovant s'éloigner du camp, en réalité il s'en était rappr en tournant sur lui-même, et il se trouvait au pont d'Olivet, près du quartier des Suisses. Un lieutenant de Guise, M. de Seurre, le trouva dans la grange et l'arrêta; il ne résista pas : c'était un jeune homme de vingt-six ans, protestant, originaire de l'Angoumois et nommé Poltrot de Méré.
Six jours durant, Guise resta entre la vie et la mort; il supporta son mal avec courage ; le 24 février, entre dix et onze heures du matin, il expirait. La nouvelle causa une profonde sensation. C'était le chef qui disparaissait, l'habile et heureux général, le glorieux vainqueur en tant de batailles.^ « Il a été, écrivait l'ambassadeur anglais Smith à la reine Elisabeth, le plus grand homme de guerre de France et on peut dire de toute la chrétienté ; dur à la fatigue, courtois et éloquent, aimé du soldat et des gentilshommes. » D'une commune voix l'opinion accusa Coligny d'avoir armé le bras de l'assassin : ce n'est pas démontré et ce n'était guère vraisemblable. Poltrot interrogé avoua avoir reçu de l'amiral 100 écus pour faire le coup ût le gouvernement publia
partout cette déposition. Coligny était obligé de répondre. Sa réponse fut maladroite. 11 reconnaissait avoir donné à deux reprises 50 et 300 livres à Poltrot. Le duc de Guise était un ennemi de Dieu, du roi et du royaume, continuait il, qui avait l'intention de le faire tuer, lui Coligny, on le lui avait dit. Si Coligny n'avait jamais poussé personne à frapper le duc, il n'avait pas davantage détourné ceux qui parlaient de l'exécuter; et il terminait cette réponse adressée à Catherine en disant : « Ne pensez pas, Madame, que ce que j'en dis soit pour regretter la mort de M. de Guise ; j'estime que c'est le plus grand bien qui pouvait advenir à ce royaume et à l'Eglise de Dieu et particulièrement à moi et à toute ma maison. » La lettre fit un déplorable effet. « S'il n'avoue pas franchement avoir consenti à cette mort, écrivait Pas quier, aussi s'en défend-il si froidement, que ceux qui lui veulent, du bien souhaiteraient ou qu'il se fût tu ou qu'il se fût mieux défendu ! » Et Brantôme ajoutait : « Plusieurs s'étonnèrent comment lui qui était fort froid et modeste en paroles il allât proférer celles-là qui ne servaient de rien et dont il se fût bien passé! » Avec ses grandes qualités, Coligny avait des erreurs de jugement. La famille de Guise convaincue que Coligny était l'assassin n'aura plus que l'idée de venger dans le sang de l'amiral la mort du duc François. Poltrot de Méré fut écartelé en place de Grève le
18 mars.
Condé prisonnier, Guise mort, Coligny déconsidéré, la tâche devenait plus simple pour Catherine de Médicis. On put s'entendre : la paix fut conclue ; un édit royal en proclama les conditions convenues, l'édit d'Amboise du
19 mars 1563. Des deux côtés les prisonniers, Montmorency et Condé, étaient rendus à la liberté ; l'exercice du culte protestant se trouvait définitivement autorisé dans une ville par bailliage et dans les villes où les calvinistes étaient les maîtres incontestés, mais il demeurait interdit à Paris; tout gentilhomme huguenot avait le droit d'entendre le proche chez lui. En retour, les protestants devaient évacuer les
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- qu'ils rendraieni aux catholiqti
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ire plus choqués Catherine dé Médicis préten prix rétablir la tranquillité publique Baire; dans le royaume la m Lait effroyable, lei i i
abandonnées, la vie interrompue La r d'ailleurs aucune illusion : « Nous n'av< aie que |
mieux sauter ». avouait-elle tristement dans une de ses lettres. Le tout était d du temps Pi-»
marcha sur le Havre afin d'en chasser le* A se lit sans difficultés et, au retour, Charles IX futprocla majeur à Rouen; il avait quatorze ans; il pria sa mère de continuer à diriger 1* gouvernement.
Chefs catholiques et protestants se retrouvèrent à la cour, mais dans quel état d'esprit réciproque ! Les Guises — la mère surtout et la veuve du duc François — réclamaient la mise en jugement de Coligny. Le fils de l'assassiné, Henri, nouveau duc de Guise, et son oncle le duc d'Aum proféraient de perpétuelles menaces contre l'amiral. Celuici n'osait plus venir qu'entouré d'un grand nombre de g tilshommes. Quant à Condé, heureux, d'être libre, il jouissait de la vie de cour avec insouciance et légèreté : les ministres protestants se scandalisaient de voir ce petit homme vif assidu auprès de la maréchale de Saint- André, puis auprès de Mlle de Limeuil. Chacun avait la sensation que la paix d'Amboise n'était qu'une trêve.
Alors Catherine de Médicis décida d'emmener tout ce monde, afin de l'occuper, dans un grand voyage à travers la France. Elle donnerait des fêtes, distrairait la noblesse, l'empêcherait ainsi de se jeter dans les complots; elle montrerait surtout au nouveau souverain son rovaume : elle apprendrait aux provinces perdues dans l'anarchie qu'elles avaient un roi, auquel elles devaient obéir.
Le *2i janvier 1561, elle partit. La longue caravane passa par Troyes, les pays lorrains, Dijon, Lyon, le Dauphiné. Les catholiques accouraient sur son passage, assurant de leur dévouement, réclamant une politique énergique. « C est à vous », disait Tavannes au roi à Dijon, en montrant son cœur « et voilà de quoi vous servir », ajoutait-il, en frappant la poignée de son épée. Les entrées solennelles, les réceptions, les banquets, les bals se suivirent. « El tout danse ensemble, mandait Catherine à la duchesse de Guise, huguenots et papistes, si bien que je pense qu'ils ne seraient pas où ils en sont si Dieu voulait que Ton fût aussi sage ailleurs! » On traversa la Provence, le Languedoc, lente ment, avec de très longs séjours dans les villes. La cour ne fut à Toulouse qu'en février 1565 ; elle gagna Bordeaux et fut en mai à Mon! de-Marsan; le 3 juin elle atteignait Bayonne. Là Elisabeth, reine d'Espagne, fille de Catherine de Médicis, vint voir sa mère accompagnée du duc d'Albe. Cette entrevue de Bayonne a eu un très grand retentissement.
Depuis longtemps Catherine de Médicis rêvait d'une manière « d'entente internationale » entre les puissances catholiques afin de convenir de l'attitude à prendre à l'égard du protestantisme. Cette sorte de « sainte alliance » eut fortifié sa propre situation en France. Pour y arriver elle désirait avoir des entrevues avec l'empereur germanique, le roi des Romains, surtout le roi d'Espagne ; « le but auquel je tends, écrivait-elle le 9 novembre 15fi3 à l'évêque de Limoges, un de ses ambassadeurs, n'est autre que de voir si nous, qui sommes les plus grands et les plus puissants princes chrétiens, étant assemblés ensemble, pourrions convenir et nous accorder d'un bon moyen autre que celui des armes pour la pacification et le repos de la chrétien! Mais les princes répondaient mal à ces ouvertures. Le roi d'Espagne et son lieutenant le duc d'Albe, aux prises avec les protestants des Pays-Bas soulevés, ne comprenaient qu'une chose, c'était que le roi de France les secondât en
LE SIÉCLK DE LA lll M
étouffant l'hérésie dani i< d royaume, i ' <l;iit Catherine, que le duc d'Albe roudraii que louî monde lût à la danse on est i puisque I )ieu nous i fait la lortir, je me confc
de n'v entrer jau je puis Philippe II
à l'entrevue. Qu'y ferai! <>n.' il voulait le Sur les longuet instances de Catherine et de sa tenu sabeth il finit par consentir, malgré lui. « Cette a été différée pour plusieurs motii I il i G il'-;
enfin j'ai cédé aux instances des deux reines, ma - elle n'aura aucun bul politique; il importe bien <lele faii nattre et de présenter cette entrevue sous son véritable' jour. )> Puis, à la dernière minute, il décida que lui-in n'irait pas et que la reine Elisabeth se ; lit seul<
Bayonne accompagnée du duc d'Albe. Le duc d'Albe reçut des instructions précises : il devrait insister avec force pour que le roi de France réprimât énergiquemenfl l'hérésie dans son royaume, chassât tous les ministres protestants, interdit formellement l'exercice du culte public ou prn »sàl tous
juges et fonctionnaires calvinistes et promulgàt les dé< du concile de Trente qui venait de finir et que les jur français n'admettaient pas sous prétexte qu'ils étaient contraires aux lois du royaume. Grand, très droit, maigre, doué d'une longue figure jaune et creuse qu'animaient deux yeux noirs, vifs, le duc d'Albe — il avait cinquante-sept ans — allait remplir son rôle avec une rigueur brutale.
L'entrevue eut lieu en juin. Dès ses premières conversations le duc d'Albe parla à Charles IX « de châtier les offenses qui chaque jour se commettaient contre la religion ». Mais Charles IX qui commençait à penser par luimême, éluda : « Je ne veux pas prendre les armes, réponditil, ce serait la ruine de mon rovaume. » Avec Catherine de Médicis, la discussion fut serrée. L'Espagnol abordant résolument la question, réclama des mesures rigoureuses contre les hérétiques : « Il faut bannir de France cette secte, dit-il, le roi votre fils n'a plus que cette ressource. » Catherine
riposta en proposant sa ligue avec L'empereur Maxim i l un . a Cela est impraticable, » dit le duc. La conversation devint vive. A un moment d'Albe ayant affirmé que l'Hôpital était huguenot, « Non, il ne l'est pas » (il la Heine. — « Voua êtes la seule en France, Madame, de cette opinion », répliqua le due. Sur le concile de Trente il n'eut pas plus de suc< Catherine acceptait évasivement de nommer une. commission pour examiner « si les décrets qui y avaient été rendus n'avaient rien de contraire aux libertés de L'ttglise gallicane ». En somme, l'entrevue n'aboutissait pas. Une dernière confé rence solennelle eut lieu le 30 juin. Afin de donner plus de poids à ses déclarations qui étaient celles du gouvernement, Catherine convoqua à la réunion, où était Charles IX, les principaux chefs catholiques, le connétable de Montmorency, le duc de Montpensier, les cardinaux de Guise et de Bourbon . Montmorency prit la parole et, résumant les sentiments de tous, dit qu'ils étaient bons catholiques, mais qu'ils estimaient la guerre civile dangereuse et incertaine : le roi saurait cependant réprimer l'hérésie. Cette dernière déclaration était vague, laite pour sauver la face. Le 6 juillet Catherine répétait par lettre à Philippe II l'affirmation : « Vous pouvez vous assurer de la volonté et zèle que nous avons à notre religion et envie de voir toutes choses au contentement du service de Dieu, chose que nous n'oublierons et nous mettrons en peine de si bien exécuter qu'il en aura le contentement. » Mais en même temps elle écrivait aux ambassadeurs du roi à l'étranger : « Tant s'en faut que Leurs Majestés aient pensé ou traité de rien innover de ce qui a été promis (aux protestants) par les édita de pacification et les déclarations qui en ont été depuis expédiées ! » Ainsi des deux cotés on avait échoué, Catherine pour un projet de ligue, le duc d'Àlbe dans sa tentative d'entraîner le gouvernement français vers une politique de violence. Seulement cette entrevue, dont le public ne connut | les détails, produisit une inquiétude extrême chez les bug nots. Ils furent convaincus qu'on avait demandé leur exter*
l I SIÈCLE DE LA I
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lifîé
De Bayonne, la cour revint sur Paris par N lême, Tours, Blois. Elle passa à Mouline ou M I de l'Hôpital fit signer une de ces grandes ordonnance -. tant celle d'Orléans et continuant les réfoi i rnplifi;:
de la justice. A Paris on retrouva toutes les haines et les passions religieuses plus excitées que jamais. Lei I et les Chàtillon se menaçaient et se défiaient journellement, le duc d'Aumale parlant de provoquer Coligny; et d'Ami disait-on, voulant faire tuer d'Aumale. En province l'intolérance réciproque des catholiques et des protestants était à son comble. Appliqué avec une rudesse brutale, l'édit d'Amboise avait été par endroits le point de départ d'une réaction rigoureuse. A Castres, des troupes royales envahissant la ville avaient ramené le clergé, les religieuses, contraint les réformés à reprendre leurs prêches secrètement, dans les greniers, déménagé toutes les armes et pièces d'artillerie dont auparavant les huguenots avaient garni la place. En Provence on bannissait les protestants en les contraignant à vendre leurs biens ; le bailli de Troves interdisait toute réunion de réformés. Mais ailleurs les hérétiques demeuraient les maîtres et n'admettaient pas les édits. « Les forces nous manquent, écrivaient de Saintonge Bourneuf et Masparault, pour faire observer l'édit ; pas un homme d'église n'ose se hasarder à revenir dans le plat pays et pas un officier de justice n'ose faire son devoir! »
De Thouars M. de Sanzay mandait: « Il y a cent parois où depuis deux ans il ne s'est fait de service divin n De-ci de-là on annonçait des assassinats d'ecclésiastiques ; les gentilshommes, disait-on, vendaient leurs biens pour acheter des armes ; les rixes sanglantes ne se comptaient plus.
Il fallait enfin le reconnaître ; si la politique de répression d'Henri II et de Franeois II n'avait pas arrêté le déveli pement du protestantisme, la politique de conciliation de Catherine de Médicis aboutissait à des résultats bien autrement désastreux. Le désordre, l'anarchie, la guerre civile, toutes les pires conditions d'un Etat se dissociant en étaient le lamentable résultat. On allait à la ruine. Alors une lente évolution se produisit dans l'esprit de Catherine de Médicis découragée. Ainsi il n'y avait donc rien à faire avec les protestants qui ne songeaient évidemment — ■ la conviction peu à peu s'affermissait — qu'à s'emparer du pouvoir pour détruire le catholicisme et obliger tous les Français à être huguenots malgré eux! Le voyage à tr;i\ la France avait permis à la vieille reine de constater qu'ils n'étaient en somme que la minorité, que les catholiq étaient les plus nombreux, les plus forts. Fallait-il donc. subir la tyrannie des hérétiques? Charles IX jeune, ardent, commençait à s'exaspérer plus que tout le monde. Dans une discussion avec Coligny il s'était échappé à lui dir emportement : « Il n'y a pas longtemps que vous vous contentiez d'être soufferts par les catholiques; maintenant vous demandez à être égaux ; bientôt vous voudrez être seuls et nous chasser du royaume ! » Il comprenait. La colère montait contre les rebelles; les imprudences et les provocations des réformés allaient exaspérer le gouvernement.
Sans tenir compte de ce que leurs coreligionnaires, en nombre d'endroits, violaient les édita et demeuraient maîtres exclusifs, les protestants formulèrent des plaintes vives contre le fait que l'édit d'Amboise n'était pas appliqué en
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beaucoup de lieux, à l<-m- détriment, ce qui était i h -
meurtrei de huguenots restaient impunis A lions le gouvernement de Catherine fit i ci dilatoires « .!<" n'ai plus rien I ridé
hors dfe lui et il quitta la cour I
chez lui au château <!•- Valéry, chez Colig I ttillon,
entre chefs protestants. Il lut effectivement < les trompait, que l'édit d'Ara boise n'était \>;i- appliqué iltal d<' l'impuissance du gouvernement , que de
mauvaise volonté — qu'on ne leur laissait mon ville par bailliage. Il fut question de troup faisait venir de l'étranger, de Suisse, d'Allemagne Le bruit même courait que le gouvernement voulait faire a les
chefs. Evidemment ils étaient menacés. Mieux val ait alors prévenir la cour que d'attendre son attaque ; et, audaçieo ment, d'Andelot proposa de tenter ce qui avait Ecosse contre Marie Stuart: enlever le roi et la famille royale à Montceaux! Coligny se récria. Mais la majorité adopta l'idée; il fut convenu qu'on réunirait secrètement des troupes et qu'on envelopperait Montceaux.
Catherine de Médicis fut prévenue à temps: ce fui peine si elle put, le 25 septembre 1567, quitter précipitamment Montceaux et s'enfuir derrière les murailles de Meaux. Mais la honte, la colère, l'humiliation que firent éprouver cet attentat et cette fuite à une reine si pénétrée de sa dignité, déjà ulcérée, et surtout à l'impétueux jeune homme qu'était Charles IX, furent inimaginables. « Jamais, écrivait Catherine au duc de Savoie, je n'eusse pu penser que si grands et malheureux desseins pussent entrer es cœurs de sujets à l'endroit de leur roi !» — « On ne me donnera plus de pareilles alarmes, s'écriait Charles IX avec plus de jurements qu'il ne faudrait, raconte Bouchefort dans une lettre à Renée de Ferrare, j'irai jusque dans leurs maisons et dedans leur lit chercher ceux qui me les baillent ; » Tavannes avait raison; les protestants en avaient trop fait en concevant une pareille aventure et pas assez en ne réussis-
sant pas. Cette affaire va peser sur l'avenir d'un poids terrible en aliénant d'abord définitivement Catherine des huguenots, et surtout en lui donnant l'obsession affolante du danger perpétuel d'un enlèvement et peut-être d'un n sacre.
Etroitement entourés de 6 000 Suisses le roi et la cour rentrèrent à Paris. Condé sentant qu'une nouvelle guerre civile, la seconde, commençait, appela ses partisans, raa sembla 4 000 hommes et se mit à battre l'estrade autour de Paris. Avec 16 000 hommes le connétable de Montmorency, le maréchal de Damville et le duc d'Aumale sortirent de la ville pour le traquer; ils le rejoignirent à Saint- Denis ; c'était le 10 novembre 1567. Le vieux Montmorency, malgré ses soixante-quatorze ans, chargea comme un jeune homme. Frappé mortellement il tomba de cheval ; il allait mourir trois jours après! Les huguenots ne tinrent pas; au bout d'une heure ils s'enfuirent; leurs troupes se débandèrent. Quelque temps les hostilités traînèrent. Puis Michel de l'Hôpital proposa de faire la paix : « le bon pilote ne s'obstine jamais contre la tempête, disait-il mélancoliquement, il baisse les voiles et se tient coi. » On céda : la paix fut signée à Longjumeau le 23 février 1568 ; elle confirmait l'édit d'Amboise et en promettait l'exécution. Mais les catholiques firent entendre des récriminations sans nombre. Maintenant le roi traitait donc d'égal à égal avec des rebelles, ses sujets! Et il leur cédait par faillie Ce devait être le dernier succès du chancelier. Le temps marchait; les idées se modifiaient; sa politique ayant échoué, l'heure était passée de la conciliation et du libéralisme décidément néfastes. « C'est vous, lui disait Catherine désillusionnée, vous qui, avec vos grands mots de modération et de justice, nous avez mis là où nous sommes! » A la fin de ce même mois l'Hôpital rendait les sceaux et s'en allait disgracié.
Tout le monde eut le pressentiment que la paix de Long jumeau n'était qu'une trêve. D'ailleurs dans les province-.
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que ce fût la paix, qu • c€ fût la goen demcurail toujours le m
prises, ma - Apres ce q i pour M
Coudé ci les chefs sentaienl qu'il- boI pas revei
la roui-; ils y eussent été trop peu eu sûreté Dana toi leurs conversations les catholiques réi provenait de cinq ou six meneurs; que si on les supprimait les affaires s'en trouveraient mieux ; cette opinion d< courante : elle n'était p -mante. Condé §q retira à la
Rochelle avec les Chatillon ; leurs partisans vinrent les rejoindre; une armer protestante se reconstituait inseï blement. L'ardente Jeanne d'AILiet amena son fil> Henri de Béarn, le futur Henri IV, alors Agé de quinze ans. La troisième guerre allait éclater.
Alors le gouvernement jeta le masque et, ne it plus
aucun ménagement, publia, le 28 septembre 1568, un édit par lequel il interdisait purement et simplement toute espèce de culte réformé en France, ordonnait aux ministres protestants de vider le royaume dans les quinze jours et excluait les calvinistes des fonctions publiques. C'était le retour à la politique répressive de Henri II. Pour toute réponse Condé se mit en marche avec son armée; elle était forte de 21000 hommes dont 3 000 cavaliers et représentait la plus considérable troupe que les protestants eussent encore mise sur pied. Le gouvernement avant assez péniblement rassemblé 20 000 hommes les envova à la rencontre sous le commandement du jeune frère du roi, le duc d'Anjou, qui sera Henri III, assisté de Tavannes. Longtemps les deux armées s'observèrent, évoluèrent, n'osant pas en venir aux mains. Le contact eut lieu à Jarnac le 13 mars 1569, un peu par surprise. Condé chargea avec 250 hommes contre 2500, et fut enveloppé. Un coup de pied de cheval lui brisa la jambe ; il fut renversé, sa monture s'étant abattue ; il rendait son épée lorsqu'un gentilhomme, Montesqniou, arrivant par derrière, lui c?«sa la tète u un coup de pistolet. Amsi mourait à trenfe-neui ans,
L'ANARCHIK S\N<iLANTE. — CHARLES IX 222
ce prince, brillant et entraînant général, homme souple et gracieux, volontaire et tenace, mais léger et inégal. On conserve à la Bibliothèque Nationale une lettre qui lut trouvée clans sa poche sur le champ de bataille et que lui adressait le matin même Jeanne d'Albret afin de lui parler de son (ils Henri. Cette lettre est toute tachée du sang du prince !
Le désastre de Jarnac et la perte de leur chef découi rentles protestants. Il n'était plus possible, maintenant, pour se révolter, de prétexter le dessein de délivrer le roi, puisqu'on avait combattu contre le frère du roi lui-même Avoir à sa tète un prince du sang sauvait encore les apparences à l'heure qu'il était les hérétiques n'en avaient plus. Jeanne d'Albret accourut présenter aux calvinistes son fils, le jeune Henri de Béarn et son neveu Henri de Condé, tous deux à peu près du môme âge, quinze et seize ans ; elle harangua coreligionnaires à Saintes, tâchant de relever les courafi Comme chef effectif, à Condé, allait succéder Coligny, esprit beaucoup plus calme, pondéré et rassis, mais sans les qualités de vigueur de l'autre. Le frère de celui-ci, d'Aiidelot, étant mort deux mois après Jarnac, Coligny demeurait virtuellement le chef des protestants de France.
Il marcha sur Poitiers dans l'intention de se diriger vers Paris, perdit sept semaines à assiéger la ville, 3000 hommes, et ne réussit pas. Le duc d'Anjou, accompagné toujours de Tavaunes arrivait sur lui avec une armée. La rencontre se produisit à Moncontour le 3 octobre 1569. Après un instant d'indécision, les lignes protestantes flottèrent, puis se brisèrent et prirent la fuite. On fit un véritable rainage, près de 5 à 6 000 hommes restèrent sur le terrain. Coligny s'enfuit à Niort, de là s'en alla dans le midi où il recruta une nouvelle armée, avec l'intention de remonter du côté de Paris par l'est. II était doué de cette patience, do cette constance dans la défaite, de cette fermeté froide et calme qui inspire confiance aux troupes. Simple de manières, tacile à aborder, quoique sa figure, en même temps qu'elle eiait très douce, eût quelque chose de triste, il obtenait de
l' ascendant pi m ab en< e -I ambit on ;
oelle On l<- Buivait En juillet 1570, il atteignit la Charité mit Loire A
les protestant usaient donc Loujouj
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léraux, les impôts ne rentrant plus, il m vivre; impossible de recruter des trouj de les :
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cette détresse il parut à Catherine et à ( - IX qu'il
fallait traiter à tout prix et passer par les conditions qui seraient proposées quelles qu'elles hissent : elles forent dés treuses. La paix, dite de Saint-Germain, «lu 8 août l.'>~ pula que la liberté de conscience et la liberté du cuit»- éta décidément accordées aux protestants dans tout le roj sauf à Paris et autour de la cour; amnistie générale était prononcée en faveur des rebelles ; les huguenots étaient admissibles à tous les emplois; pendant deux ans. cornu, itie de l'exécution du traité, ils recevraient quatre vi! sûreté : la Rochelle, Montauban, Cognac et la Charité; à ce prix le catholicisme était rétabli partout où I 'es-
tants l'avaient supprimé. Ainsi, d'un coup, le roi accordait à l'hérésie toutes les libertés; c'était la première fois que le fait se produisait dans le royaume ; le souverain traitait avec des rebelles qu'il avait vaincus en subissant leurs conditions ; il leur livrait des villes en gage de sa parole, chose énorme ! Ce fut une stupeur chez les catholiques : on appela cette paix « une humiliante capitulation » ! Monluc écrivait : « Nous avions battu et rebattu nos ennemis, nous gagnions par les armes, mais ils gagnaient par ces diables d'écritures ! » Les cours catholiques protestèrent. Charles IX répondit qu'il avait reconnu « par expérience ne pouvoir par les armes mettre fin aux troubles »; il avait agi sous l'empire de la nécessité. Au pape, Catherine écrivait que le roi avait fait la paix avec les huguenots « pour avoir plus
de moyens de remettre toutes choses selon son intention ». Les' politiques dirent philosophiquement avec Pasquier que « c'était finir par où on aurait dû commencer ».
Mais cette fois, les protestants satisfaits, on eut la pais Catherine profita de ce répit pour marier d'abord Charles IX. et lui faire épouser la fille de l'empereur Maximilien II, Elisabeth d'Autriche. Les protestants parlant vaguement de donner leur prince Henri de Béarn en mariage à Elisabeth d'Angleterre, la reine se décida à faire épouser à Henri de Béarn sa propre fille Marguerite de Valois, puis de proi oser à la reine d'Angleterre, son second fils, le duc d'Anjou. Sur dernier point elle ne réussit pas. Elle tenait beaucoup à ce duc d'Anjou qui était son fils préféré, l'enfant choyé, docile, très dans sa main. A l'entrevue de Bayonne, elle avait déjà essayé de lui faire épouser une infante d'Espagne, sans succès. D'Angleterre, pendant quelque temps, on tint les choses en suspens, par politique. Mais l'union était impraticable : Elisabeth, très ardente protestante, avait trente-sept ans; le duc d'Anjou, catholique non moins ardent, qui entendait conserver sa religion en Angleterre, et même l'y restaurer, n'en avait que dix-neuf. Les pourparlers ne devaient pas aboutir.
Il en fut autrement du mariage de. Henri de Béarn avec Marguerite de Valois. Catherine voyait à cette union plusieurs avantages; elle donnait sa fille à un roi, le roi de Navarre; elle mettait la main sur le chef nominal des huguenots, prince du sang, dans la vague espérance de le convertir un jour; elle réalisait un projet caressé depuis de longues années par Henri II. Il y eut des difficultés du côté de Jeanne d'Albret d'abord, sur le chapitre de la religion. Jeanne espérait que Marguerite de Valois se ferait protestante, mais Marguerite avait refusé. Catherine avait ensuite prétendu que la cérémonie du mariage eût lieu à l'égl Jeanne n'avait pas voulu. En fin décompte la reine de Navarre, assez hère au fond de faire épousera son fils la Boeur du roi de France avait cédé. Ce furent de Rome alors que vinrent
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9ntre la cour et le monde huguenot. Jeanne d'AJbret vinrent à Blois, Coligny aussi [18 septembre 1571 plus de 500 gentilshommes protestants. On les I le
mini* possible Par un effel d'indécision de pensée, I rine et Charles IX étaient tout à l'impi cifique du
moment. Le jeune roi parut touché du caracl Coligny; la figure fine, mélancolique, Bm jeui doux et voilés de l'amiral l'attirait; il éprouva une soudaine sympathie pour cette nature droite et honnête Dana I longues conversatioi mble, le jeun i prince '1
ans se prit de confiance à l'égard de ce u quin
naire de tant de guerres, contemporain de quatre i Leur intimité grandit. Coligny profita de cette confiance pour entretenir Charles IX d'une idée à laquelle il tenait. Les Pays-Bas s'étant révoltés contre Philippe II, pourquoi n'irait-on pas à leur secours afin de mettre la in;iin sur provinces françaises susceptibles de revenir au royaun Ce serait détourner vers une guerre étrangère les ardeurs guerrières d'une noblesse qui sans cela chercherait à les satisfaire dans la guerre civile : « Si on ne les amuse pas au dehors, disait Coligny, il recommenceront à brouiller au dedans. » Puis le roi, ajoutait-il, devait être excédé des fa< de Philippe II, de ses remontrances perpétuelles, de .-on allure protectrice ; le duc d'Albe n'avait-il pas offert de venir commander en France l'armée catholique? Philippe II ne négociait-il pas avec les Guises sans tenir compte de la cour; ne faisait-il pas le maître en France ? Il était légitime de l'attaquer. Charles IX entra assez bien dans cette voie.
Mais alors les catholiques élevèrent leurs réclamations véhémentes. Donc, non seulement le traité de Saint-Germain avait tout donné aux protestants, mais maintenant le roi lui-même se livrait à eux! Les Guises quittèrent Blois.
Parmi eux commençait à se faire remarquer le fils du duc François, le nouveau duc, Henri de Guise, jeune homme ambitieux, très brave, volontaire, brillant, et son frère Mayenne. La haine de la famille contre Coligny, l'assassin du duc François, ne faisait que croître de toute la faveur menaçante de l'amiral.
Le contrat de mariage de Marguerite de Valois et d'Henri de Béarn fut signé le 11 avril 1572, à Blois, et la cérémonie du mariage décidée pour plus tard, en août. Jeanne d'Albrel ne devait pas la voir; elle mourait en juin, assez rapide ment, « grande reine, dit d'Aubigné, qui n'avait de la femme que le sexe, l'âme entière aux choses viriles, cœur invincible aux adversités ».
Faisant état des bonnes dispositions de Charles IX, Coligny commença comme amiral des préparatifs militaires en vue de la guerre des Pays-Bas et leva des troupes. Son influence était à ce moment prépondérante; on le disait chef du gouvernement. Une opposition très forte se manifesta contre lui. Catherine de Médicis et ses conseillera ne voyaient pas sans appréhension cette influence. Comme l'expliquait ensuite le chancelier de Birague à l'ambassadeur vénitien Jean Michiel, Coligny se trouvait en fait le chef incontesté des protestants : les protestants n'exécutaient un édit royal qu'après avis favorable de ce chef; ils étaient capables de lui amener en quatre semaines 7 à 8 000 cavaliers, 25 à 30 000 fantassins, ce que le roi ne pouvait réunir qu'en quatre mois. Il y avait donc dans le royaume un maître autre que le roi, situation intolérable. Pour ce qui était des Pays-Bas, d'autre part, le projet de guerre de Coligny était déraisonnable : le royaume était obéré, les troubles intérieurs à peine calmés; engagerait-on la guerre étrangère avec l'Espagne pour voir derrière soi se soulever les provinces? Les catholiques iraient ils, sous les ordres des vaincus de Jarnac et de Moncontour, faire les affaires des huguenots à l'étranger, et par là fortifier si bien Coligny en France qu'au retour celui ci serait en mesure vio
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«lue dans un grand conseil; Le conseil fut tenu : il 'Hait en majorité hostile à l'intervention. Colignj s'irrita : il avoua qu'il avait promis au prince d'Orange, chef des
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iérobait, il serait obligé, lui, de partir, avec ses ami- et ses partisans pour tenir à titre privé son e ment; |
tournant vers Catherine de Médicis il termina en disant : « Madame, le roi renonce à entrer dans une guerre 1 veuille qu'il ne lui en survienne une autre, à laquelle, doute, il ne lui sera pas aussi facile de renoncer ! *> ntait-ce une menace? Catherine fut choquée. Elle commençait à être sérieusement inquiète.
Août arrivait et la date du mariage d'Henri de Béarn. On annonçait de toutes parts que la noblesse protestante avait l'intention de venir en masse assister aux 1 Hantée par l'appréhension d'un enlèvement comme celui de Montceaux ou pire encore, Catherine de Médicis n'avait pas voulu que la cérémonie eût lieu dans une petite ville 'le province où la cour serait à la merci des huguenots, mais à Paris, la ville populeuse et catholique. A l'époque dite, Henri de Béarn et Condé arrivaient à Paris suivis dune escorte de 800 cavaliers. Par toutes les routes s'achemina des gentilshommes protestants s'empressant de venir prendre part à des fêtes qui consacraient le triomphe de leur église et curieux des splendeurs qui allaient se dérouler. L'afflux de tous ces hérétiques mit le gouvernement et les catholiques dans un état de nervosité extraordinaire. Seul Charles IX, toujours au mieux avec Coligny, demeurait calme. Fixé au 10 août, le mariage n'eut lieu que le 18. Il se passa suivant les conventions, devant Notre-Dame,
dehors, et la messe fut dite à l'intérieur en présence de 11 mariée seule. Les fêtes suivirent. Mais les conversations trahissaient les préoccupations irritées des esprits. Du c protestant on s'indignait du refus du gouvernement à décider l'intervention aux Pays-Bas ; on répétail lé dilemme de Coligny : « Ou la guerre civile ou la guerre étrangère. » On s'exprimait publiquement en termes vifs sur le compte du roi, de Catherine de Médicis, des chefs catholiq des Guises. Du côté catholique l'exaspération montait On constatait que la cour était noyée dans le flot protestant : on parlait à mots couverts d'un nouveau coup de force des huguenots analogue à celuide Montceaux avant pour objet <le mettre la famille royale entièrement entre les mains dos réformés. La situation de Goligny surtout excitait la colère et chez les Guises on entendaitproiererdes menaces furieus L'effervescence était générale. Il y avait comme une émotion sourde et contenue; l'air alourdi se trouvait chargé de d électricités contraires, dont la première étincelle ferait exploser la charge. Cette étincelle se produisit le vendredi, 22 août. Ce jour-là, vers onze heure du matin, Coligny allait au Louvre de sa maison située au coin de la rue de l'Arbreet de la rue de Bétizy (la rue de Rivoli actuelle) lorsque dans une petite rue qui longeait l'hôtel du Petit Bourbon, entre la rue des Fossés-Saint-Germain et le quai, au moment où il se baissait pour rajuster sa chaussure qui ne tenait pas bien au pied, un coup de feu partit de derrière le rideau d'une petite fenêtre ; la balle coupa l'index de la main gauche de l'amiral, laboura le bras et alla se loger dans le coude. « Voilà comment l'on traite les ge is de bien eu France! » s'exclama Coligny. Ceux qui l'accompagnaient s'étaient rués sur la maison, avaient enfoncé la port n'avaient trouvé qu'une arquebuse fumante, l'assassin B'étant sauvé par derrière, achevai. On sut que la maison appartenait aux Guises, que le meurtrier, nommé Maurevert, était de leur suite, que le cheval sortait de leurs écuries ; ce ne fut qu'un cri : c'étaient les Guises qui étaient les auteurs de l'attentat.
CLE DU i \ R| •
On ramena Calignv ;i m maison ou Ambroise Paré fini le gner; la balle extraite péniblement, an pr vives et en charcutant le bras, l'opérateur avail répondu de la \ ie du blec
Charles IX jouait à !;i paume lorsqu'on vin! lui annoi !»• crime : « Je n'aurai donc jamais d< i t-il en
jetant sa raquette d'un violent mouvement d< et il
rentra au Louvre. L'émotion y était II ne
fallait |>lus se faire d'illusion, cet accident pouvait être le Bignal de la catastrophe On fit immédiatement r le
palais royal et les gardes furent doublés aux portes.
A la maison de Coligny accouraient, fiévreux tous les | totants : le prince de Coudé. 1.- roi <le Navarre, les chefs, unfoule incessante de huguenots allant et venant, demandant des nouvelles, au milieu d'un concert de paroles s, de
malédictions et d'imprécations furieuses. Il fallait se venger des Guises sur-le-champ, répétait-on, les tuer si c'était nécessaire, en présence du roi lui-même, en plein Louvre ; « ils usèrent, écrit Brantôme, de paroles par trop insolentes, di~ qu'ils frapperoient, qu'ils tueroient ! » Coligny exprima le désir de voir le roi. Dans l'état où étaient les affaires, le vernement fut d'avis que toute la famille royale devait aller rue de Bétizy; cette démarche courtoise calmerait peut-être un peu les protestants. L'après-midi en effet la visite eut lieu; Catherine de Médicis accompagnait Charles IX avec ses deux autres fils. « Le mal est pour vous, dit le roi en abordant l'amiral, la douleur pour moi, » et il l'assura qu'il lui ferait rendre une stricte et exemplaire justice. Il lui proposa même de le faire transporter au Louvre, mais ColL refusa. Ils causèrent : Coligny revenait à son idée de l'expédition des Pays-Bas, seul remède, répétait-il, aux difficultés de l'heure présente. Le soir Charles IX prévint tous les ambassadeurs de l'attentat. « Ce méchant acte procédoit, déclarait-il, de l'inimitié d'entre la maison de Châtillon et celle de Guise et je saurai bien donner ordre qu'ils ne mesleront rien de mes sujets en leur querelle ; » il tâchait de
L'ANARCHIE SANGLAiNTE. — CHARLES IX 131
circonscrire le danger; « je suis résolu, continuait-il, d'en faire si grande justice que chacun y prendra exemple en mon royaume ».
Le lendemain au matin, samedi 23 août, les ducs de Guise et d'Aumale se présentèrent au roi et lui demandèrent la permission de quitter Paris. « Allez où bon vous semblera », leur fit sèchement Charles IX, et lorsqu'ils furent partis il ajouta : « Je saurai bien les retrouver ! » Au lieu de s'en aller les Guises rentrèrent à leur hôtel de Lorraine où ils se barricadèrent. Sous les fenêtres passaient des huguenots poussant des cris de mort. Par précaution la cour envoya 50 arquebusiers garder Col igny ; une enquête fut prescrite sur l'attentat, que commença le premier président de Thou.
Cependant l'effervescence des protestants ne faisait que grandir. A la maison de la rue de Bétizy, dans la petite cour, sur les escaliers, remplis de monde, c'étaient des propos véhéments : « Ce bras coûtera 30 000 aulres bras ! » On voulait aller égorger les Guises, toujours au Louvre, s'il le fallait, en enfonçant les portes et en massacrant les gardes; d'autres noms étaient prononcés, celui du duc d'Anjou, qu'on soupçonnait de connivence avec les Guises; mais alors dans le tumulte qu'arriverait-il au roi, à la reine mère, aux princes? En vain Briquemaut cherchait à faire cesser ces discours. Dans les rues l'agitation commençait; le peuple irrité de l'attitude des huguenots sortait, formant sur les places, aux carrefours, des groupes menaçants : des gens portaient des armes.
Le soir un conseil fut tenu chez Catherine de Médicis; le duc d'Anjou, le chancelier de Birague, Nevers, Tavannes, Gondi y assistaient. Il ne fallait pas se le dissimuler, les circonstances étaient des plus critiques ; on se trouvait à deux doigts de la guerre civile dans Paris; au milieu du peuple si ardent, ce serait une boucherie. La vie du roi et celle de la famille royale étaient en danger. Du dehors par venaient les cchos des paroles menaçantes prononcées autour