‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 104 sur 285 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

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■a faveur. Il avait des intelligences et un parti en Espagots ; mais les fruits de ces intelligences ne pouvaient éclore» si Tun des fils de Léopold ne se présentait pour le» recueillir; et ce fils de l'empereur ne pouvait s'y rendre qu'à l'aide dei flottes d'Angleterre et de Hollande. Le roi Guillaume hâtait les préparatifs. Son esprit, plus agissant que jamais, dans un corps sans forces et presque sans vie, remuait tout, moins pour servir la maison d'Autriche que pour abaisser Louis XIV.

Il devait, au commencement de i 702, se mettre à la tête des armées; la mort le prévint dans ce dessein. Une chute de cheval acheva de déranger ses organes affaiblis ; une pe* tite fièvre l'emporta. Il mourut ne répondant rien à ce que des prêtres anglais, qui étaient auprès de son lit, lui dirent •ur leur religion, et ne marquant d'autre inquiétude que celle dont le tourmentaient les affaires de l'Europe.

Il laissa la réputation d'un grand politique, quoiqu'il n'eût point été populaire, et d'un général à craindre, quoiqu'il eût perdu beaucoup de batailles. Toujours mesuré dans sa conduite, et jamais vif que dans un jour de combat, il ne régna paisiblement en Angleterre que parce qu'il ne voulut pat y être absolu. On l'appelait, comme on sait, le stathouder des Anglais et le roi des Hollandais. Il savait toutes les langues de l'Europe, et n'en parlait aucune avec agrément, ayant beaucoup plus de réflexion dans l'esprit que d'imagination. Son caractère était en tout l'opposé de Louis XIV*: sombre, retiré, sévère, sec, silencieux autant que Louis était affable. Il haïssait les femmes autant que Louis les aimait. Louis faisait la guerre en roi, et Guillaume en soldat. 11 avait combattu contre le grand Condé et contre Luxembourg, laissant la victoire indécise entre Condé et lui à Senef, et réparant en peu de temps ses défaites à Steinkerque, à Nervinde; aussi

I On « fut <&re à GuiUaume : t Le roi de France ne detrait point mt hair ;

• je l'imite ea beaucoup de choses, je le crains en plusieuri, et je l'adoiire en tout.» On cite sur cela les Mémoires de Dangeau. Je ne me soutient point d'y aroir ti •es paroles : elles ne sont ni dans le caractère ni dans le style du roi Guillaume, nies ne se trouvent dans aucun mémoire anglais concernant ce prince, et il n'est pas possible qn il ai» ht qu'il imitait Louis XIV, lui dont les mœurs, les goAts, la conduite dans *« gierre et dans la paix, furent en tout l'opposé de ee monarancu

Ntê de Voltaire,)

fier que Louis XIV, mais de cette fierté triste et mélancolique qui rebute plus qu'elle n'impose. Si les beaux-arts fleurireii en France par le soin de son roi , ils furent négligés en Aih gle terre, où on ne connut plus qu'une politique dure et inquiète, conforme au génie du prince.

Ceux qui estiment plus le mérite d'avoir défendu sa patrie, et l'avantage d'avoir acquis un royaume sans aucun droit de la nature, de s'y être maintenu sans être aimé, d'avoir gouverné souverainement la Hollande sans la subjuguer, d'avoir été l'âme et le chef de la moitié de l'Europe, d'avoir eu les ressources d'un général et la valeur d'un soldat, de n'avoir Jamais persécuté personne pour la religion, d'avoir méprisé toutes les superstitions des hommes, d'avoir été simple et modeste dans ses mœurs ; ceux-là sans doute donneront le nom de Grand à Guillaume plutôt qu'à Louis^eux qui sont plus touchés des plaisirs et de l'éclat d'une courl)rillante, de la magnificence, de la protection donnée aux arts, du lèle V pour le bien public, de la passion pour la gloire, du talent de "régner; qui sont plus frappés de cette hauteur avec laquelle des ministres et des généraux ont ajouté des provinces à la France sur un ordre de leur roi; qui s'étonnent davantage d'avoir vu un seul État résister à tant de puissances ; ceux qui estiment plus un roi de France qui sait donner l'Espagne à son petit-fils, qu'un gendre qui détrône son beau-père; enfin, ceux qui admirent davantage le protecteur que le persécuteur du roi Jacques, ceux-là donneront à Louis XIV la préiérence.

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