CHAPITRE XVIII
ion canon, son champ de bataille, après avoir été poursui?! deux lieuBB à travers les bois et les défilés, tandis que, pour preuve de sa défaite, le fort de Fridlingen capitulait, manda cependant à Vienne qu'il avait remporté la victoire, et fit chanter un Te Deum plus honteux pour lui que la bataille perdue.
Les Français, remis de leur terreur panique, proclamèrent Villars maréchal de France sur le champ de bataille; et le roi, quinze jours après, confirma ce que la voix des soldats lui avait donné.
(Août i703.) Le maréchal de Villars joint enfin l'électeur de Bavière avec ses troupes victorieuses : il le trouve vainqueur de son côté, gagnant du terrain, et maître de la ville impériale de Ratisbonne, où Tlimpire assemblé venait de conjurer sa perte.
Villars était plus fait pour bien servir l'État, en ne suivant que son génie, que pour agir de concert avec un prince. Il mena, ou plutôt il entraîna l'électeur au delà du Danube ; et quand le fleuve fut passé, l'électeur se repentit, voyant que le moindre échec laisserait ses États à la merci de l'empereur. Le comte de Styrum, à la tête d'un corps d'environ vingt mille hommes, allait se joindre à la grande armée du prince de Bade, auprès de Donavert. « Il faut les prévenir, dit le maré- « chai au prince : il faut tomber sur Sfyrum et marcher tout « à l'heure. » L'électeur temporisait : il répondait qu'il en devait conférer avec ses généraux et ses ministres. « C'est « moi qui suis votre ministre et votre général, lui répliquait « Villars : vous faut-il d'autre conseil que moi, quand il s'agit « de donner bataille? » Le prince, occupé du danger de ses États, reculait encore; il se fâchait contre le général : « Eh « bien, lui dit Villars, si votre altesse électorale ne veut pas « saisir l'occasion avec ses Bavarois, je vais combattre avec « les Français; » et aussitôt il donna ordre pour l'attaque. Le prince indigné S et ne voyant dans ce Français qu'un témé-
4. Tout ceci doit m trouvcp dans le» Memoire$ du maréchal dé Villars m»auteriti; j'y ai la ee« dèuib. Le pramier tome imprimé de cet Mémoire» e«t a^ eolument de loi; les deux autre* iout d'une main étrangère et un peu difiérentt.
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raire, tut obligé de combattre malgré lui. C'était dans les plaines d'Hochstet, auprès de Donavert (20 septembre 1703>. Après la première charge, on vit encore un effet de ce que peut la fortune dans les combats. L'armée ennemie et la française, saisies d'une terreur panique, prirent la fuite toutes deui en môme temps, et le maréchal de Villars se vit presque seul quelques minutes sur le champ de bataille : il rallia les troupes, les ramena au combat, et remporta la victoire. On tua trois mille Impériaux; on en prit quatre mille : ils perdirent leur canon et leur bagage. L'électeur se rendit maître d'Augsbourg. Le chemin de Vienne était ouvert : il fut agité dans leconsefl de l'empereur s'il sortirait de sa capitale.
La terreur de l'empereur était excusable : il était alors battu partout. Le duc de Bourgogne, ayant sous lui les maréchaux de Tallart et de Vauban, venait de prendre le vieux Brisach (6 septembre 4 703). Tallart venait non-seulement de reprendre Landau, mais il avait encore défait auprès de Spire le prince de Hesse ( 1 5 novembre 1 703), depuis roi de Suède, qui voulait secourir la ville. Si l'on en croit le marquis de Feuquiôres, cet officier et ce juge si instruit dans l'art militaire, mais si sévère dans ses jugements, le maréchal de Tallart ne gagna cette bataille que par une faute et par une méprise. Mais enfin il écrivit du champ de bataille au roi : « Sh-e, votre armée « « pris plus d'étendards et de drapeaux qu'elle n'a perdu de « simples soldats. »
Cette action fut celle de toute la guerre où la baïonnette fit le plus de carnage : le3 Français, par leur impétuosité, avaient un grand avantage en se servant de cette arme. Elle est devenue depuis plus menaçante que meurtrière ; le feu soutenu et roulant a pvévalu. Les Allemands et les Anglais s'accoutumèrent à tirer par divisions avec plus d'ordre et de promptitude que les Français. Les Prussiens furent les premiers qui chargèrent leurs fusils avec des baguettes de fer : le second roi de Prusse les disciplina de sorte qu'ils pouvaient tirer six coups par minute très-aisément. Trois rangs tirant à
■atière : • Peut-être Talait-fl mieux lui plaire que de le bien servir. Set feas eo . uieut ain«. Les BaTaroU, ks étranger», tou. ceux qui ^'o*»» ^<» *»/"P^,^t«? c jen Uwé à l'empereur, on», fait avec lui leur lortuûe^atfl.» {NoU de VoUMn^
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la foi» et avançant ensuite rapidemeot, décident aujourd'ho du sort des batailles : les canons de campagne font un effet non moins redoutable; le» bataillons que ce feu ébranle n'attendent pas l'attaque des baïonnettes, et la cavalerie achève de les rompre. Ainsi la baïonnette effraye plus qu'elle ne tue, •t Tépée est devenue absolument inutile à l'infanterie : la force du corps, l'adresse, le courage d'un combattant, ne lui servent plus de rien. Les bataillons sont devenus de grande» machines, dont la mieux montée dérange nécessairement celle qui lui est opposée. C'est précisément par cette raison que le prince Eugène a gagné contre les Turcs les célèbre» batailles de Témisvar et de Belgrade, où les Turcs auraient eu probablement l'avantage par leur nombre supérieur, »'il y avait eu ce qu'on appelle une mêlée. Ainsi l'art de »e détruire est non-seulement tout autre de ce qu'il était avant l'invention de la poudre, mais de ce qu'il était il y a cent an».
Cependant la fortune de la France se soutenant d'abord si heureusement du côté de l'Allemagne, on présumait que le maréchal de Villars la pousserait encore plus loin avec cette impétuosité qui déconcertait la lenteur allemande : mais ce même caractère qui en faisait un chef redoutable le rendait incompatible avec l'électeur de Bavière. Le roi voulait qu'un général ne fût fier qu'avec l'ennemi; et l'électeur de Bavière fût a8»ez malheureux pour demander un autre maréchal de France.
Villar» lui-même, fatigué de» petite» intrigues d'une cour engeuse et intéressée, des irrésolutions de l'électeur, et plu» encore de» lettre» du ministre d'État Chamillart, plein de prévention contre lui, comme d'ignorance, demanda au roi sa retraite. Ce fut la seule récompense qu'il eut des opération» de guerre le» plus savantes et d'une bataille gagnée. Chamillart, pour le malheur de la France, l'envoya dans le fond des Cévennes réprimer de» paysans fanatiques, et il ôta aux armée» françaises le seul général qui pût alors, ainsi que le duc de Vendôme, leor inspirer un courage invincible. On parlen dd ces fanatique» dans le chapitre de la religion : Louis nv ftfait stes des ennemis plus terribles, plus heu- Hiox, «1 phu iirécoodliables que ces habitants des Cévennes.
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