CHAPITRE ÏX
galères : il se retira avec gloire et sans perte (t705). Mail dê« puis, le roi ayant envoyé treize vaisseaux pour attaquer Gi» braltar, tandis que le maréchal de Tessé l'assiégeait par terre, cette double témérité perdit à la fois et l'armée et la flotte : une partie des vaisseaux fut brisée par la tempête ; une autre prise par les Anglais à l'abordage, après une résistance admirable ; une autre brûlée sur les côtes d'Espagne. Depuis ce Jour on ne vit plus de grandes flottes françaises, ni sur l'Océan, ni sur la Méditerrannée ; la marine rentra presque dans l'état dont Louis XIV l'avait tirée, ainsi que tant d'autres choseï éclatantes qui ont eu sous lui leur orient et leur couchant.
Ces mômes Anglais, qui avaient pris pour eux Gibraltar, conquirent en six semaines le royaume de Valence et de Catalogne pour l'archiduc Charles ; ils prirent Barcelone par un hasard qui fut Teffet de la témérité des assiégeants.
Les Anglais étaient sous les ordres d'un des plus singulieit hommes qu'ait jamais porté ce pays si fertile en esprits fiers, courageux et bizarres : c'était le comte Peterborough, homme qui ressemblait en tout à ces héros dont l'imagination dei Espagnols a rempli tant de livres. A quinze ans il était parti de Londres pour aller faire la guerre aux Maures, en Afrique; il avait à vingt ans commencé la révolution d'Angleterre, et s'était rendu le premier en Hollande auprès du prince d'Orange : mais, de peur qu'on ne soupçonnât la raison de Bon voyage, il s'était embarqué pour l'Amérique, et de là il était allé à la Haye sur un vaisseau hollandais. Il perdit, il donna tout son bien , et rétablit sa fortune plus d'une fois. 11 faisait alors la guerre en Espagne presque à ses dépens, et nourrissait l'archiduc et toute sa maison. C'était lui qui assiégeait Barcelone avec le prince de Darmstadt' : il lui propose une attaque soudaine aux retranchements qui couvrent le fort Montjoui et la ville; ces retranchements, où le prince de Darmstadt périt, sont emportés l'épée àla main. Une bombé crève dans le fort sur le magasin des poudres, et le fait sauter : le fort est pris, la ville capitule. Le vice-roi parle à Peterborough à la porte de cette ville : les articles n'étaient
I . L'histoire de Reboulet appelle ce princ» ebef des fâcheux , e^mme s'il «et êU «a Ifpagaol révolté contre Philippe Y. {Noté de Voltaire,)
pu encore .igné», quand on entend tout à c»up de» cm et des hurlement». . Voua nou. trahissez, dit »« .^ice-rol à Pe- . terhorough; nous capitulons avec honne foi, et foOà vo» . Anglais qui sont entrés dans la ville par le» rempart» : U. . égorgent, iUpi-llent. il» violent. - Vous vous méprenez, , répondit le comte Peterborough : il faut que ce soit de» , troupes du prince de Darmstadt. Il n'y a qu'un moyen de . Muver votre ville, c'est de me laisser entrer sur-le-champ „ avec mes Anglais; j'apaiserai tout, et je reviendrai à It « porte achever la capitulation. » 11 parlait d'un ton de vérite et de grandeur, qui, joint au danger présent, persuada le Rouverneur : on le laissa entrer. Il court avec ses officier», U trouve des Allemands et des Catalans qui, joints à la populace de la ville, saccageaient les maisons des principaux citoyen.j il les chasse; il leur fait quitter le butin qu'ils enlevaient : il rencontre la duchesse de Popoli entre le» mains de» soldat», prête à être déshonorée; il la rend à »on mari : enfin, ayant tout apaisé, il retourne à cette porte, et signe la capitulation. Les Espagnols étaient confondus de voir tant de magnanimité dans des Anglais que la populace avait pris pour de» barbare, impitoyables, parce qu'ils étaient hérétiques.
A la perte de Barcelone se joignit encore l'humiliation de vouloir inutilement la reprendre. Philippe V, qui avait pour lui la plus grande partie de l'Espagne, n'avait m généraux, oi ingénieurs, ni presque de «.Idat» : la France fourni»«ut tout. Le comte de Toulouse revient bloquer le Port avec vingt^îinq vaisseaux qui restaient à la France; le maréchal de Te.se forme le siège avec trente et un escadron» et trente- «pt bataillon»; mai» la flotte anglaise arrive, la Ixançaise se îeUre : le maréchal de Te.sé lève le siège avec précipitation, n laisM dans wn camp de. provisions immenses; il fuit, et "bandonne quinze cents blessé, à l'humanité du comte Pelerborough. Toute, ces perte» étaient grandes : on ne .avait .•il en avait plu» coûté auparavant à la France pour vaincre i'FsDaKDe, qu'il ne lui en coûtait alors pour la secourir. Toutefoi. le petit-fll. de Louis XIV se soutenait par l'affection de ta nation'castillane, qui met «.n orgueil à être fidèle, et qui persistait dans son choix.
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SIfeOLB DB LOUII ZIT.