CHAPITRE II
Pfétcr serment à un autre qu'à son souverain est un crime de lèse-majesté dans un laïque ; c'est, dans le cloître, un acte do rebgion. La difficulté de savoir à quel point on doit obéir â ce souverain étranger, la facilité de se laisser séduire, le plaisir de secouer un joug naturel pouj^en prendre un qu'on èe donne soi-même, l'esprit de troubIe,ae malheur des temps n ont que trop souvent porté des ordres entiers de religieux a servir Rome contre leur patrie.:
L'esprit éclairé^ qui règne en France depuis un siècle, et qui s est étendu'dans presque toutes les conditions, a été le meilleur remède rcet abus. Les bons livres écrits sur cette matière sont de vraîs services rendus aux rois et aux peunleset un des grands changements qui ,çe soient faits par ce moyen aans nos mœurs sous Louis XlV/c'est la persuasion dans laquelle les religieux commencent (bus à être qu'ils sont sujets du roi, avant que d'être serviteurs du pape. La juridiction ^cctte marque essentielle de la souveraineté, est encore de-' meurée au pontife romain. La France même, malgré toutes ses hbertés de l'Église gallicane, soufl"re que l'on appelle au ^^ape en dernier ressort dans quelques causes ecclésiastiques. Si 1 on veut dissoudre un mariage, épouser sa cousine ou sa nièce, se faire relever de ses vœux, c'est encore à Rome et non à son évèque, qu'on s'adresse; les grâces y sont taxées, et les particuliers de tous les États y achèlent des dispenses à tout prix. *^
Ce^-mranlages, regardés par beaucoup de personnes comme
la suite des plus grands abus, et par d'autres comme les restes
^des droits les plus sacrés, sont toujours soutenus avec art.
Rome ménage son crédit avec autant de politique que la
I répubhque romaine en mit à conquérir la moitié du monde
Vjonnu. .^
Jatnats cour ne sut mieux se conduire selon les hommes et selon le temps. Los papes sont presque toujours des Italiens blanchis dans les affaires, sans passions qui les aveuglentleur conseil est composé de cardinaux qui leur res^Sm^ et qui sont tous arrraés du même esprit. De ce conseil émanent des ordres qui vont jusqu'à la Chine et à l'Amérique • U embrasse eu ce sens l'univers, et ou a pu dire quelquefoii
ce qu'avait dit autrefois un étranger du sénat de Rome « J'ai vu un consistoire de rois. » La plupart de nos écrivaia^ se sont élevés avec raison contre l'ambition de cette cour; mais je n'en vois point qui ait rendu assez de justice à s« prudence. Je ne sais si une autre nation eût pu conserver si longtemps dans f Europe tant de prérogatives toujours combattues : toute autre cour les eût peut-être perdues, ou par sa fierté, ou par sa mollesse, ou par sa lenteur, ou par sa vivacité; mais Rome, employant presque toujours à propos la fermeté et la souplesse , a conservé tout ce qu'elle a pu humainement garder. On la vit rampante sous Charles-Quiut, terrible au roi de France Henri III, ennemie et amie tour à tour de Henri IV, adroite avec Louis XIII, opposée ouvertement à Louis XIY dans le temps qu'il fut à craindre, et souvent ennemie secrète des empereurs, dout elle se défiait plui yue du sultan des Turcs. '
Quelques droits, beaucoup de prétentions, de la politique et de la patience , voilà ce qui reste aujourd'hui à Home de cette ancienne puissauce qui, six siècles auparavant, avait voulu soumettre l'Empire et l'Europe à la tiare.
Naples est un témoignage subsistant encore de ce droit, que les papes surent prendre autrefois avec tant d'art et de grandeur, de créer et do donner des royaumes : mais le roi d'Espagne, possesseur de cet État, ne laissait à la cour romaine que l'honneur et le danger d'avoir un vassal trop puissant.
Au reste, l'État du pape était dans une paix heureuse qui n'avait été altérée que par la petite guerre dont j'ai parlé entre les cardinaux Barbcrin, neveux du pape Urbain VI II, et le duc de Parme.
DU RESTE DK ClTÀLIB.
t^es autres provinces d'Italie écoutaient des inlcrOts divers. Venise craignait les Turcs et l'empereur: elle défendait i beine ses États de terre ferme des prétentions de l'Allomagiiù Et de l'invasion du Grand -Seigneur. Ce n'était plus cetfa Venise autrefois la maîtresse du commerce du monde, qui, cent cinquante ans auparavant, avait excité la jalousie d;3
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TT«ût de rois. La sagesse de son gouvernement subsistaitmais son grand commerce anéanti lui ôtait presque toute sa force, et la ville de Venise était, par sa situation, incapable détre domptée, et, par sa faiblesse , incapable de faire des conquêtes.
L'État de Florence jouissait de la tranquillité et de l'abon. fance sous le gouvernement des Médicis; les lettres, les arte et la politesse, que les Médicis avaient fait naître, florissaient «f/ore. U Toscane alors était en Italie ce qu'Athènes avait été en Grèce. •
La Savoie, déchirée par une guerre civile et par les troupes françaises et espagnoles, s'était enfin réunie tout entière en bveur de la France, et contribuait en Italie à raffaiWissement •e la puissance autrichienne.
Les Suisses conservaient, comme aujourd'hui, leur liberté sans chercher à opprimer personne. Ils vendaient leurs troupes à leurs voisins plus riches qu'eux; ils étaient pauvre*: ils ignoraient les sciences et tous les arts que le luxe a fait naître; mais ils étaient sages et heureux.