‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 130 sur 285 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

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flers aimait véritablement le roi et la pairie; il prouva en cette occasion (malgré la maxime d'un honame de beaucoup d'esprit) que, dans un Étet monarchique, et surtout sous un bon maître, il y a des vertus, fl y en a sans doute tout autant que dans les républiques, avec moins d'enthousiasme peutêtre, mais avec plus de ce qu'on appelle honneur «.

Dès que les Français s'avancèrent pour s'opposer à l'investissement de Mons, les alliés vinrent les attaquer près dec bois de Blangies et du village de Malplaquet.

L'armée des alliés était d'environ quatre-vingt mille combattants, et celle du maréchal de Villars d'environ soixante et dix mille. Les Français traînaient avec eux quatre-vingts pièces de canon, les alliés cent quarante. Le duc de Mariborougb commandait l'aile droite, où étaient les Anglais et les

I. Cet endroit mérite d'être éclairci. L'auteur «utlèbre de V Esprit diê loi» dii ^■e l'honneur est le principe dei gouTernemonU monarchique», et la ^ertu U prineipe dea gouTeruemeots républicains.

Ce «ont là des idées Taguea et coofusrt qu'on » »ttaquées d'une manière auaa ▼ague, parce que rarement on contient de la valeur des termes, parce que rarenent on s'entend. L'honneur est le désir d'être honoré, d'être fslimé ; de là ▼lent l'habitude de ne rien faire dont on puisse rougir. La Tcrtu est l'accorapliEse- ■aent du devoir, indépendamment du désir de l'esUme. De là vient que ihonneur cat commun, la vertu rare.

Le principe d'une monarchie ou d'une république n'est ni l'honneur tii la vertu. Une monarchie est fondée sur le pouvoir dua seul; une république est fondée •ur le pouvoir que plusieurs ont d'empêcher le pouvoir d'uu seul. La plupart des Monarchies ont été étabUes par des chefs d'armée, 1m républiques par des citoyena assemblés. L'honneur est commun à tous If.s hommes, et la vertu i are dans tout gouvernement. L'amour-propre de chaque membre d'une lépublique veille Mir l'amour-propre des autres; chacun voulant être le maîtie, personne ne l'est: l'ambition de chaque particulier est un frein public, et l'égalité règne.

Dans une monarchie «iïermie, l'ambition ne peut s'élever qu'en plaiianl a« ■uître, ou à ceux qui gt.uTeruent sous le maître. Il n'v a dans ces premiers ressorts ni honneur ni vertu de part ni d'autre; il n'y a que l'iolérèt. La vertu e«t ei tout pays le fruit de l'éducation et du caractère. Il est dt dans r£apni des loit qu':l faut plus de vertu dans une république; c'est en ur sens tout le contraireil faut beaucoup plus de vertu dans une cour, pour résister à tant de séductions! Le duc de Montausier, b duc de BeauviUiers, étaient des hommes d'une vertu tres-austère. Le maréchal de ViUeroi joignit des mœurs plus douces à une probité non moins mcorruptible. Le marquis de Torci a été un des plus honnêtes hommes de l'Europe, dans une place où la politique permet le relâchement dans la roo- Talft. Les contrôleur» généraux Le Pelletier et Chamillart passèrent pour êtr« moiiM babiles que vertueux.

U faut avouer que Louis XIV, dans cette guerre malheureuse, ne fut guère ea. towé que d'houimes irréprochables; c'est une observation très-vraie et très-iin- HTtaaftt dans lue histoire uà iMniourt oat tant de paît. {A'otêdê Voltaire,)

troupes allemandes à la solde d'Angleterre ; le prince Eugène était au centre ; TilU et un comte de Nassau à la gauche, avec

les Hollandais. ^ . i • i.

Le maréchal de Villars prit pour lui la gauche, et laissa la droite au maréchal de Boufflers. 11 avait retranché son armée à la hâte, manœuvre probablement convenable à des troupes inférieures en nombre, longtemps malheureuses, dont a moitié était composée de nouvelles recrues, et convenable encore à la situation de la France, qu'une défaite entière eût mise aux derniers abois. Quelques historiens ont blâmé le Bénéral dans sa disposition. « 11 devait, disaient-ils, passer une . large trouée, au lieu de la laisser devant lui. . Ceux qui de leur cabinet jugent ainsi ce qui se passe sur un champ de balailleneaont-ilspas trop habiles? ...

Tout ce que je sais, c'est que le maréchal dit lu.-méme que le, soldats, qui, ayant manqué de pain un jour ent>er. jenaient de le recevoir, en jetèrent une partie pour courir plu» légèrement au combat. Il v a eu, depuis plusieurs siècles, peu de batailles plus disputées et plus longues, aucune plu» Lurtrière. Je ne dirai autre chose de cette bataille que ce qui fut avoué de tout le monde. La gauche des ennemis, où combattaient les Hollandais, fut P^^l^e'oute détruite et même poursuivie la baïonnette au bout du fusil; Marlborough, à la droite, faisait et soutenait les plus grands efforts : le maréchal de Villars dégarnit un peu son centre pour s opposer à Marlborough, et alors mCme ce centre fut attaqué, le» retranchements qui le couvraient furent emporté»; le régiment des gardes, qui le défendait, ne put rés.^ ter. Le maréchal, en accourant de sa gauche à «"îf*"fut blessé, et la bataille fut perdue : le champ était jonché de près de trente mille morto ou mourants (11 septem-

Die 170S).

On marchait sur les cadavres entassés, surtout au quarUer des Hollandais. La France ne perdit guère plus de huit mille hommes dans cette journée; ses ennemis en laissèrent environ vingt et un mille tués on blessés : mais le centre étant forcé, le» deux ailes coupées, ceux qui avaient fait le plu. grand carnage furent le» vaincus.

^■W-il'llT^^i!^

SIfiCLE DB LOUIS XIV.

OHAPITRK XXII.

Le maréchal de Boufflers* fit la retraite en bon ordre^ aidé da prînce de Tiogri-Montmorenci, depuis maréchal de Luxembourg, héritier du courage de ses pères : Tarmée se retira entre te Que^noy et Valenciennes , emportant plusieurs drapeaux et étendards pris sur les ennemis. Ces dépouilles consolèrent Louis XIV; et on, compta pour une victoire l'honneur de ra?oir disputée si longtemps, et de n'avoir perdu que le champ de bataille. Le maréchal de Villars, en revenant à la cour, assura le roi que sans sa blessure il aurait remporté la yio toire : J'en ai vu ce général persuadé; mais j'ai vu peu de personnes qui le crussent.

On peut s'étonner qu'une armée qui avait tué aux ennemis deux tiers plus de monde qu'elle n'en avait perdu, n'essayât pas d'empêcher que ceux qui n'avaient eu d'autre avantage que celui de coucher au milieu de leurs morts n'allassent faire le siège de Mons. Les Hollandais craignirent pour cette entreprise : ils hésitèrent; mais le nom de bataille perdue Impose aux vaincus, et les décourage. Les hommes ne font jamais tout ce qu'ils peuvent faire, et le soldat à qui on dit qu'il a été battu craint de l'être encore : ainsi Mons fut assiégé et pris (20 octobre 4709), et toujours pour les Hollandais, qui le gardèrent ainsi que Tournai et Lille.

1. Daus le tirre intitulé Mémoires du maréchal de Bêrtoicky il e«t dit qus U aaréchal de Berwick fit cette retraite. C'est aiuki que tant de mémoiref aoal 4crit8. On troute dans ceux de madame de Maintenon, par La Beaumeile, tome V, fage 09, que les alliés accusèrent le maréchal de Villars a de s'être blessé lui» • même, et que les Français lui reprochèreut de s'être retiré trop t6t. » Ce sont deux impostures ridicules. Ce général avait reçu un coup de carabine au-dessoi du genou, qui lui fracassa l'os et le tit boiter toute la vie. Le roi lui envoya le lieur Maréchal, «on premier chirurgien, qui seul empêcha qu'on ne lui coupAt et cuisse. C'est ce que je tiens de la bouche de U. ie maréchal de Viliars et de U chirurgien célèbre. C'est ce que tous le« officiers ont su ; c'est ce que M. le duc de TUlars daigne me confirmer par sef lettres. U n'oppose que le m<^pris aux sottises iisolentes de La Beaumeile. (Note de Voliaire.) — Les Mémoire» de Berwick, dont parie ici Voltaire, sont apocryphes. Ils ont paru en 1737, t vol. ia-lfi. Les vedtaibles Mémoire* de Bertoick n'ont paru qu'en 1778. (C I».)

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