‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 132 sur 285 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

lui faisait déjà des difficuMés, et dont on l'aurait dépouillé à la première occasion.

Cet empereur était heureux partout, et n'était nulle part modéré dans son bonheur. 11 démembrait de sa seule autorité la Bavière; il en donnait les fiefs à ses parents et à ses créa* tures; il dépouillait le jeune duc de la Mirandole en Italie; et les princes de l'Empire lui entretenaient une armée vers le Rhin, sans penser qu'ils travaillaient à cimenter un pouvoir qu'ils craignaient : tant était encore dominante dans les esprits la vieille haine contre le nom de Louis XIV, qui semblait le premier des intérêts l La fortune de Joseph le fit encore triomplier des mécontents de iïongrie. La France avait suscité contre lui le prince Hagotski, armé pour ses prétentions et pour celles de son pays : Ragotski fut battu, ses villes prises, son parti ruiné. Ainsi Louis XIV était également malheureux au dehors, au dedans, sur mer et sur terre, dans les négo« dations publiques et dans les intrigues secrètes.

Toute l'Europe croyait alors que l'archiduc Charles, frèrb de l'heureux Joseph, régnerait sans concurrent en Espagne : l'Europe était menacée d'une puissance plus terrible que celle de Charles -Quint; et c'était l'Angleterre, longtemps ennemie de la branche d'Autriche espagnole, et la Hollande, son esclave révoltée, qui s'épuisaient pour l'établir. Philippe V, réfugié à Madrid, en sortit encore, et se retira à Valladolid, tandis que l'archiduc Charles fit son entrée en vainquent dans la capitale.

Le roi de France ne pouvait plus secourir son petit-fils; il avait été obligé de faire en partie ce que ses ennemis exigeaient à Gertrudemberg, d'abandonner la cause de Philippe en taisant revenir, pour sa propre défense, quelques troupe» demeurées en Espagne : lui-même à peine pouvait résister vers la Savoie, vers le Rhin, et surtout en Flandre, où st portaient les grands coups.

L'Espagne était encore bien plus à plaindre que la France^ presque toutes ses provinces avaient été ravagées par leurs emiemis et par leurs di^fenseurs; elle était attaquée par le Portugal* «on commerce périssait; la disette était générale; niais cette disette fut vlus funeste aux vainqueurs qu'aui

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▼aincuB, parce que, dans une grande étendue de pays, l'affection des peuples refusait tout aux Autrichiens, et donnait tout à Philippe. Ce monarque n'avait plus ni troupes ni général de la part de la France : le duc d'Orléans, par qui s'était un peu rétablie sa fortune chancelante, loin de continuer de commander ses armées, était regardé alors comme son ennemi. Il est certain que, malgré l'affection de la ville de Madrid pour Philippe, malgré la fid^^lité de beaucoup de grands et de toute la Castille , il y avait x^ontre Philippe V un grand parti en Espagne : tous les Catalans, nation belliqueuse et opiniâtre, tenaient obstinément pour son concurrent ; la moitié de l'Aragon était aussi gagnée : une partie des peuples attendait alors l'événement; une autre haïssait plus l'archiduc qu'elle n'aimait Philippe. Le duc d'Orléans, du même nom de Philippe, mécontent d'ailleurs des ministres espagnols, et de la princesse des Ursins qui gouvernait, crut entrevoir qu'il pouvait gagner pour lai le pays qu'il était venu défendre ; et lorsque Louis XIV avait proposé lui-même d'abandonner son petit-fil», et qu'on parlait déjà en Espagne d'une abdication, le duc d'Orléans se crut digne de remplir la place que Philippe V semblait devoir quitter. Il avait à cette couronne des droits que le testament du feu roi d'Espagne avait négliges, et que son père avait maintenus par une protestation.

n fit par ses agents une ligue avec quelques grands d'Espagne, par laquelle ils s'engageaient A le mettre sur le trône en cas que Philippe V en descendit : il aurait ep ce cas trouvé beaucoup d'Espagnols empressés à se ranger sous les drapeaux d'un prince qui savait combattre. Cette entreprise, si elle eût réussi, pouvait ne pas déplaire aux puissances maritimes, qui auraient moins redouté alors de voir l'Espagne et la France réunies dans une même main; et elle aurait apporté moins d'obstacles à la paix. Le projet fut découvert à Madrid, vers le commencement de 1709, tandis que le duc d'Orléans était à Versailles. Ses agents furent emprisonnés en Espagne. Philippe V ne pardonna pas à son parent d'avoir cru qu'il pouvait abdiquer, et d'avoir eu la pensée de lui succéder. U France cria contre le duc d'Orléans. Monseigneur, père ds Philippe V, opina dans le conseil qu'on fit le procès à celui

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