CHAPITRE XXIII
est dit dans un des meilleurs livres que non» ayons, que Louis XIV répondit au lord Stair : « Monsieur l'ambassadeur» « j'ai toujours été le maître chez moi, quelquefoi» chez les « autres ; ne m'en faites pas souvenir. » Je sais de science certaine que jamais Louis XIV ne fit une réponse si peu conrenable. Il n'avait jamais été le maître chez les Anglais, il «en fallait beaucoup : il l'était chez lui; mais il s'agissait Je savoir s'il était le maître d'éluder un traité auquel il devait son repos, et peut-être une grande partie de son royaume *.
La clause du traité qui portait la démolition du port de Dunkerque et de ses écluses ne stipulait pas qu'on ne ferait point de port à Mardick ; on a osé imprimer que le lord Bolingbroke, qui rédigea le traité, fit cette omission, gagné par un présent d'un million. On trouve cette lAche calomnie dans l'Histoire de Louis XfV, sous le nom de Lamartinière ; et ce n'est pas la seule qui déshonore cet ouvrage. Louis XIV paraissait être en droit de profiter de la négligence des ministre» anglais, et de s'en tenir à la lettre du traité : mais il aima mieux en remplir l'esprit, uniquement pour le bien de la paix ; et, loin de dire au lord Stair qu'il ne le fit pas smivenir qu'il avait été autrefois le maître chez les autres^ il voulut bien céder à ses représentations auxquelles il pouvait résister. Il fit discontinuer les travaux de Mardick au mois d'avril 1714: le» ouvrages furent démolis bientôt après dans la régence, et le traité accompli dans tous ses points.
Apre» cette paix d'Utrecht et de Rastadt, Philippe V ne jouit pas encore de toute l'Espagne : il lui resta la Catalogne à soumettre, ainsi aue les îles de Majorque et d'Iviça.
Il faut savoir que l'empereur Charles VI, ayant laissé sa femme à Barcelone, ne pouvant soutenir la guerre d'Espagne, et ne voulant ni céder ses droits, ni accepter la paix d'Utrecht, était cependant convenu alor» avec U reine Anne, que l'im-
<. Jamais le lorJ Stair ne parla au roi qu'on présence da secrétaire d'Êtai Torci, qui dit n'avoir jamais cnteudu un discour» si déplacé. Ce discourt aurait été bien bumUiaut pour Louis XIV, auaadil fil o«aaer les ouvrages de Mardick. (Notf éê Voltaire,) ^
de la liberté germanique à Munster, et fit ériger un huitfème électorat pour cette môme maison de Bavière ; le traité de Nimègue confirma celui de Vestphalie ; elle fit rendre par le traité de Rysvick tous les biens du cardinal de Furstemberg; enfin, parla paix d'Utrecht, elle rétablit deux électeurs. Il faut avouer que, dans toute la négociation qui termina cette longue querelle, la France reçut la loi de l'Angleterre, et la
fit à l'Empire.
Les mémoires historique» du temps, sur lesquels on a formé les compilations de tant d'histoires de Louis XIV, disent que le prince Eugène, en finissant les conférences, pria le duc de Villars d'embrasser pour lui les genoux de LouisXIV, et de présenter à ce monarque les assurances du plus profond respect d'un sujet envers son souverain. Premièrement, il n'est pas vrai qu'un prince , petit-fils d'un souverain , demeure le sujet d'un autre prince pour Otre né dans ses États; secondement, il est encore moins vrai que le prince Eugène, vicaire génc^ral de l'Empire, pîit se dire sujet du roi de France.
Cependant chaque État se mît en possession de ses nouveaux droits : le duc de Savoie se fit reconnaître en Sicile, Bans consulter l'empereur, qui s'en plaignit en vain ; Louis XIV fit recevoir ses troupes dans Lille ; les Hollandais se saisirent des villes de leur barrière, et la Flandre leur a payé toujours douze cent cinquante mille florins par an pour être maîtres chez elle. Louis XIV fit combler le port de Dunkerque, raser la citadelle, et démolir toutes les fortifications du côté de la mer, sou» les yeux d'un commissaire anglais. Les Ounkerquoii, qui voyaient par là tout leur commerce périr, députèrent à Londres pour implorer la clémence de la reine Anne. Il était triste pour Louis XIV que ses sujets allassent demander grâce à une reine d'Angleterre ; mais il fut encore plus triste pour eux que la reine Anne fût obligée de Ici
refuser.
Le roi, quelque temps après, fit élargir lo canal de Mardick; et, au moyen dcs écluses, on fit un port qu'on disait déjà égaler celui de Dunkerque. Le comte de Stair, ambassadeur d'Angleterre, s'en plaignit vivement à ce monarque. 0