‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 138 sur 285 · CHAPITRE XXIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIIL

et il n*eut rien. Le maréchal de Villars, ayant mis ce qui restait de la Flandre française en sûreté, alla vers le Rhin; et, après s'être rendu maître de Spire, de Worms, de tout le pays d'alentour, il prend ce même Landau que l'empereur eût pu conserver par la paix (22 août 1713) ; il force les lignes que le prince Eugène avait fait tirer dans le Brisgau, défait dans ces lignes le maréchal Vaubonne (20 septembre) ; assiège et prend Fribourg, la capitale de l'Autriche antérieure (30

octobre).

Le conseil de Vienne pressait de tous côtés les secours qu'avaient promis les cercles de l'Empire, et ces secours ne venaient point. Il comprit alors que l'empereur, sans l'Angleterre et la Hollande, ne pouvait prévaloir contre la France, et il se résolut trop tard à la paix.

Le maréchal de Villars, après avoir ainsi terminé la guerre, eut encore la gloire de conclure cette paix à Rastadt avec le prince Eugène. C'était peut-être la première fois qu'on avait vu deux généraux opposés, au sortir d'une campagne, ti'aiter au nom de leurs maîtres : ils y portèrent tous deux la franchise de leur caractère. J'ai ouï conter au maréchal de Villars qu'un des premiers discours qu'il tint au prince Eugène fut celui-ci : i« Monsieur, nous ne sommes point ennemis ; vos «ennemis sont à Vienne, et les miens à Versailles. » En effet, l'un et l'autre eurent toujours dans leurs cours des cabales à

combattre. ^

U ne fut point question dans ce traité des droits que 1 empereur réclamait toujours sur la monarchie d'Espagne, ni du vain titre de roi catholique que Charles VI prit toujours, tandis que le royaume restait assuré à Philippe V. Louis XIV garda Strasbourg et Landau, qu'il avait offert de céder auparavant; Huningue et le nouveau Brisach, qu'il avait proposé lui-môme de raser; la souverameté de l'Alsace, à laquelle il avait offert de renoncer : mais ce qu'il y eut de plus honorable, il fit rétablir dans leurs États et dans leurs rangs les électeurs do Bavière et de Cologne.

C'est une chose très-remarquable que la France, dans toui ses traités avec les empereurs, a toujours protégé les droits des princes et des États de l'Empire. Elle posa les fondement

de la liberté germanique à Munster, et fit ériger un huitième élcctorat pour cette môme maison de Bavière ; le traité de Nimègue confirma celui de Vestphalie ; elle fit rendre par le traité de Rysvick tous les biens du cardinal de Furstemberg; enfin, par la paix d'Utrecht, elle rétablit deux électeur». Il faut avouer que, dans toute la négociation qui termina cette longue querelle, la France reçut la loi de l'Angleterre, et la

fit à l'Empire.

Les mémoires historiquei du temps, sur lesquels on a formé les compilations de tant d'histoires de Louis XIV, disent que le prince Eugène, en finissant les conférences, pria le duc de Villars d'embrasser pour lui les genoux de LouisXIV, et de présenter à ce monarque les assurances du plus profond respect d'un sujet envers son souverain. Premièrement, il n*est pas vrai qu'un prince , petit-fils d'un souverain , demeure le sujet d'un autre prince pour être né dans ses États; secondement, il est encore moins vrai que le prince Eugène, vicaire général de l'Empire, pût se dire sujet du roi

de France.

Cependant chaque État se mit en possession de ses nouveaux droits : le duc de Savoie se fit reconnaître en Sicile, sans consulter l'empereur, qui s'en plaignit en vain ; Louis XIV fit recevoir ses troupes dans Lille ; les Hollandais se saisirent des villes de leur barrière, et la Flandre leur a payé toujours douze cent cinquante mille florins par an pour être maîtres chez elle. Louis XIV fit combler le port de Dunkerque, raser la citadelle, et démolir toutes les fortifications du côté de la mer, sou» les yeux d'un commissaire anglais. Les Dunkerquoi», qui voyaient par là tout leur commerce périr, députèrent à Londres pour implorer la clémence de la reine Anne. 11 était triste pour Louis XIV que ses sujets allassent demander grâce à une reine d'Angleterre; mais il fut encore plus triste pour eux que la reine Anne fût obligée de Ici

refuser.

Le roi, quelque temps après, fit élargir lo canal de Mardick; et, au moyen des écluses, on fit un port qu'on disait déjà égaler celui de Dunkerque. Le comte de Stair, ambassadeur d'Angle tc^"re, s'en plaignit vivement à ce monarque. Il

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