‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 152 sur 285 · Fouquet est mort à Pignerol, le t3 mars ISIS · texte numérisé non relu

Fouquet est mort à Pignerol, le t3 mars ISIS

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CHiPlTRE XXV.

à madame du Plessis-Bellièvre, et dans ces papiers on troufà la lettre manuscrite de Saint-Éyremond sur la paix des Pyrénées ; on lut au roi cette plaisanterie, qu'on fit passer pour nn crime d'État. Colberl, qui dédaignait de se venger de Hénault, homme obscur, persécuta dans Saint-Évremond Tami de Fouquet qu'il haïssait, et le bel esprit qu'il craignait. Le roi eut l'extrême sévérité de punir une raillerie innocente, faite il y avait longtemps contre le cardinal Mazann, qu'il ne regrettait pas, et que toute la cour avait outragé, calomnié, et proscrit impunément pendant plusieurs années. De mille écrits faits contre ce ministre, le moins mordant fut le seul puni, et le fut après sa mort.

Saint-Évremond, retiré en Angleterre, vécut et mourut en homme libre et philosophe. Le marquis de Miremont, son ami, me disait autrefois à Londres qu'il y avait une autre cause de sa disgrâce, et que Saint-Évremond n'avait jamais voulu s'en expliquer. Lorsque Louis XIV permit à Saint-Évremond de revenir dans sa patrie sur la tin de ses jours, ce philosophe dédaigna de regarder cette permission comme une grâce; il prouva que U patrie est où l'on vit heureux, et il l'était à Londres.

Le nouveau ministre des finances, sous le simple titre de contrôleur général, justifia la sévérité de ses poursuites, en rétablissant l'ordre que ses prédécesseurs avaient troublé, et en travaillant sans relâche à la grandeur de l'État.

La cour devint le centre des plaisirs et le modèle des autres cours : le roi se piqua de donner des fêtes qui fissent oublier celles de Vaux,

Il semblait que la nature prît plaisir alors à produire en France les plus grands hommes dans tous les arts, et à rassembler à la cour ce qu'il y avait jamais eu de plus beau et de mieux fait en hommes et en femmes. Le roi l'emportait sur tous ses courtisans par la richesse de sa taille et par la beauté majestueuse de ses traits ; le son de sa voix, noble et touchant, gagnait les cœurs qu'intimidait su présence : il avait une démarche qui ne pouvait convenir qu*à lui et à son rang, et qui eût été ridicule en tout autre ; 1 embarras qu'il inspirait à ceux qui lui parlaient flattait en secret la com-

plaisance avec laquelk il sentait sa supériorité. Ce vieil officier qui se troublait, qui bégayait en lui demandant une grAce, et qui, ne pouvant achever son discours, lui dit : « Sire, f je ne tremble pas ainsi devant vos ennemis,» n'eut pas de peine i obtenir ce qu'il demandait.

Le goût de la société n'avait pas encore reçu toute sa pep» fection à la cour. La reine mère, Anne d'Autriche, commençait à aimer la retraite ; la reine régnante savait à peine le français, et la bonté faisait son seul mérite. La princesse d'Angleterre, belle-sœur du roi, apporta à la coup les agréments d'une conversation douce et animée, soutenue bientôt par la lecture des bons ouvrages et par un goût sûr et délicat; elle se perfectionna dans la connaissance de la langue, qu'elle écrivait mal encore au temps de son mariage ; elle inspira une émulation d'esprit nouvelle, et introduisit à la cour une politesse et des grAces dont à peine le reste de l'Europe avai* l'idée. Madame avait tout l'esprit de Charles II, son frère, embelli par les charmes de son sexe, par le don et par le désir de plaire. La cour de Louis XIV respirait une galanterie que la décence rendait plus piquante; celle qui régnait à la cour de Charles II était plus hardie, et trop de grossièreté en déshonorait les plaisirs.

Il y eut d'abord entre Madame et le roi beaucoup de ces foquetteries d'esprit et de cette intelligence secrète qui se remarquèrent dans de petites fOtes souvent répétées. Le roi lui envoyait des vers ; elle y répondait. Il arriva que le même homme fut à la fois le confident du roi et de Madame dans ce commerce ingénieux : c'était le marquis de Dangeau. Le roi le chargeait d'écrire pour lui, et la princesse l'engageait à répondre au roi; il les servit ainsi tous deux, sans laisser soupçonner à l'un qu'il fût employé Da."* l'autre, et ce fut une des causes de sa fortune.

Cette intelligence jeta des alarmes dans la lamîlle royale i le roi réduisit l'éclat de ce commerce 5 un fond d'estime et d'amitié qui ne s'altéra jamais. Lorsque Madame fit depuis travailler Racine et Corneille à la tragédie de Bérénice, elle avait en vue non-seulement la rupture du roi avec le connétoble Colonne, mais le frein qu'elle-même avait mis à son

propre penchant, de peur qu'il ne devint dangereux. Louis XFV •ft aisez désigné dans ces deux vers de \d, Bérénice de Racine^

Qu'en quelque obscurité que 1? ciel l'eât fait naitra, Le monde, en le voyant, eût reconnu son maître.

Ces amusements firent place à la passion plus sérieuse et plus smvie qu'il eut pour mademoiselle de la Vallière, fille d'honneur de Madame. Il goûta avec elle le honheur rare d'être aimé uniquement pour lui-même. Elle fut deux ans l'objet caché de tous les amusements galants et de toutes les fêtes que le roi donnait : un Jeune valet de chambre du roi, nommé Belloc, composa plusieurs récits qu'on mêlait à des danseS) tantôt chez la reine, tantôt chez Madame ; et ces récits exprimaient avec mystère le secret de leurs cœurs, qui cessa bientôt d'être un secret.

Tous les divertissements publics que le roi donnait étaient autant d'hommages à sa maîtresse. On fit, en 1062, un carrousel vis-à-vis les Tuileries % dans une vaste enceinte, qui en a retenu le non de : P/ace du Carrousel, Il y eut cinq quadrilles : le roi était à la tête des Romains ; son frère, des Persans; le prince de Condé, des Turcs; le duc d'Enghien, son fils, des Indiens; le duc de Guise, des Américains. Ce duc de Guise était petit-fils du Balafré : il était célèbre dans le monde par l'audace malheureuse avec laquelle il avait entrepris de se rendre maître de Naples. Sa prison, ses duels, ses amours romanesques, ses profusions, ses aventures, le rendaient singulier en tout; il semblait être d'un autre siècle; on disait de lui, en le voyant courir avec le grand Condé : « Voilà les K héros de l'histoire et de la fable. »

La reine mère, la reine régnante, la reine d'Angleterre,

-euvede Charles I*% oubliant alors ses malheurs, étaient sous

a dais à ce spectacle. Le comte de Saulx, fils du duc de Les*

> guières, remporta le prix, et le reçut des mains de la reine

\ ère. Ces fêtes ranimèrent plus que jamais le goût des deviseï

t . Non dans la place Royale, eomme le dit l'Hiêtoirê de La Hod«, sous le nom d« Ijimartinière. {NoU de Voltair$.)

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