CHAPITRE XXV
îe temps qui éteint l'envie publique, et qui inspire la compassion pour les malheureux, enfin les sollicitations toujours plus vives en faveur d'un infortuné que les manœuvres pour le perdre ne sont pressantes : tout cela lui sauva la vie. Le procès ne fut jugé qu'au bout de trois ans, en 1664* : de vingt-deux juges qui opinèrent, il n'y en eut que neuf qui conclurent à la mort; et les treize autres, parmi lesquels il y en avait k qui Gourville avait fait accepter des présents, opinèrent à un bannissement perpétuel*. Le roi commua la peine en une plus dure : cette sévérité n'était conforme ni aux anciennes lois du royaume, ni à celles de l'humanité. Ce qui révolta le plus l'esprit des citoyens, c'est que le chancelier fit exiler l'un des juges, nommé Roquesante, qui avait le plut déterminé la chambre de justice à l'indulgence *. Fouquet fut enfermé au château de Plgnerol. Tous les historiens disent qu'il y mourut en 1680; mais Gourville assure dans ses Mémoires qu'il sortit de prison quelque temps avant sa mort : la comtesse de Vaux, sa belle-fille, m'avait déjà confirmé ce fait; cependant on croit le contraire dans sa famille. Ainsi on ne sait pas où est mort cet infortuné, dont les moindres actions avaient de l'éclat quand il était puissant ♦.
Le secrétaire d'État Guénégaud, qui vendit sa charge à Colbert, n'en fut pas moins poursuivi par la chambre de justice, qui lui ôta la plus grande partie de sa fortune. Ce qu'il y eut de plus singulier dans les arrêts de cette chambre, c'est !|u'un évêque d'Avranche fut condamné à une amende de iouze mille francs : il s'appelait Bolève; c'était le frère d'un. partisan dont ff avait partagé les concussions.
Saint-Évremond, attaché au surintendant, fut enveloppé dans sa disgrâce. Colbert, qui cherchait partout des preuves contre celui qu'il voulait perdre, fit sa^ir des papiers confiés
1 . Voir, puur les détails da procès de Fouquet, les lettres de madame de Séfl fné, du 14 novembre au 20 décembre 1664.
î. yo'jetlet Mémoires de Gourville. {Note de Voltaire,)
t. Racioe assure, dans ses Fragments historiques, que le roi ditchex mademoiseile de la Vallière : • S'il avait été condamné à mort, je l'aurais laissé mott« I rir. » S'il prononça ces paroles, on ne peut les excuser j elles par?isseat trop dures et trop ridicules. {Note de Voltain.)